La rétention placentaire chez la brebis, bien que moins fréquente que chez les bovins, représente un défi pour les éleveurs. Cet article explore les causes de cette condition, les risques associés, et les solutions pour la prévenir et la traiter, en s'appuyant sur des informations scientifiques et des pratiques d'élevage éprouvées.

Introduction

La rétention placentaire, ou non-délivrance, est définie comme la non-expulsion du placenta dans les 24 heures suivant la mise bas. Chez les petits ruminants, elle toucherait environ 1,25% des brebis. Bien que ce pourcentage puisse sembler faible, un taux élevé de rétention placentaire peut entraîner des conséquences économiques significatives pour un élevage.

Causes de la Rétention Placentaire

Plusieurs facteurs peuvent contribuer à la rétention placentaire chez la brebis :

Facteurs Infectieux

La fièvre Q, provoquée par la bactérie Coxiella burnetii, est une cause importante d'avortements et de rétentions placentaires chez les petits ruminants. Les mesures de biosécurité sont donc essentielles pour lutter contre cette infection. La listériose et la chlamydiose sont d'autres pathologies infectieuses qui peuvent favoriser l'hypocalcémie et, par conséquent, la rétention placentaire.

Facteurs Nutritionnels

Un déséquilibre nutritionnel, particulièrement au cours de la fin de gestation, peut augmenter le risque de rétention placentaire. Les carences en calcium, magnésium, sélénium, vitamines A et E, et un excès de phosphore sont souvent impliqués. L'hypocalcémie subclinique, c'est-à-dire une carence en calcium sanguin sans symptômes apparents, est une cause majeure de non-délivrance.

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Facteurs Liés à la Mise Bas

Les vêlages anormaux, tels que les vêlages prématurés, les avortements, la gémellité, ou les manipulations obstétricales lors de vêlages difficiles, peuvent entraîner une inflammation du placenta, gênant son décrochage et augmentant le risque d'infection. L'utilisation d'AINS (anti-inflammatoires non stéroïdiens) dans la période post-partum immédiate peut interférer avec l'involution utérine et l'expulsion des membranes fœtales, entraînant une rétention placentaire.

Facteurs Immunitaires

La rétention placentaire peut être liée à un trouble de l'immunité, souvent associé à la conduite alimentaire en fin de gestation.

Risques et Complications

La rétention placentaire peut entraîner plusieurs complications graves :

  • Métrite aiguë puerpérale : Infection utérine sévère qui se développe après le vêlage, souvent suite à une rétention placentaire ou à un vêlage difficile.
  • Infections utérines : La rétention placentaire favorise la prolifération bactérienne dans l'utérus, pouvant conduire à une endométrite et à l'infertilité.
  • Délai d'involution utérine : La non-expulsion du placenta retarde la restauration de l'utérus à son état normal, affectant la fertilité future de la brebis.
  • Septicémie : Dans les cas graves, l'infection peut se propager dans tout le corps, entraînant une septicémie potentiellement mortelle.
  • Fièvre : La brebis peut présenter de la fièvre, signe d'une infection en cours.
  • Baisse de l'appétit : L'état général de la brebis peut se détériorer, entraînant une diminution de la consommation alimentaire.

Prévention de la Rétention Placentaire

La prévention de la rétention placentaire repose sur plusieurs stratégies clés :

Optimisation de la Nutrition en Fin de Gestation

  • Apports minéraux équilibrés : Assurer un apport adéquat en calcium, magnésium, sélénium, cuivre, vitamine E et vitamine A.
  • Ration adaptée : Éviter les rations avec un bilan anion-cation (BACA) trop élevé. Une solution consiste à ajouter du chlorure de magnésium (MgCl₂) à la ration, à raison de 50 g par brebis et par jour, pendant les quatre à cinq semaines précédant la mise bas.
  • Contrôle du pH urinaire : Surveiller le pH urinaire des brebis en fin de gestation pour s'assurer qu'il est légèrement inférieur à 8, ce qui favorise la mobilisation du calcium osseux.
  • État corporel optimal : Maintenir les brebis dans un état d'embonpoint optimal, en évitant qu'elles ne soient trop maigres ou trop grasses.

Gestion Sanitaire Rigoureuse

  • Biosécurité : Mettre en place des mesures de biosécurité strictes pour prévenir l'introduction et la propagation de la fièvre Q et d'autres maladies infectieuses.
  • Vaccination : Envisager la vaccination contre la fièvre Q, surtout si la maladie est présente dans la région.
  • Surveillance des mises bas : Surveiller attentivement les brebis pendant la mise bas pour détecter et traiter rapidement toute dystocie.
  • Hygiène : Assurer une hygiène rigoureuse lors des interventions obstétricales pour minimiser le risque d'infection. Les sites d'injection doivent être nettoyés et désinfectés soigneusement avant l'administration de tout médicament.

Gestion de l'Environnement

  • Locaux propres et secs : Fournir aux brebis des locaux de mise bas propres, secs et bien ventilés.
  • Éviter le stress : Minimiser le stress des brebis en fin de gestation.

Traitement de la Rétention Placentaire

Le traitement de la rétention placentaire doit être individualisé en fonction de l'état général de la brebis et de la présence de complications.

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Interventions Médicales

  • Antibiotiques : En cas de fièvre ou de signes d'infection, administrer des antibiotiques à large spectre par voie générale. L'oxytétracycline est souvent utilisée à une dose élevée.
  • Prostaglandines : Les prostaglandines peuvent être utilisées pour favoriser la vidange utérine, mais elles ne sont efficaces qu'au-delà de quinze jours après la mise bas.
  • Cloprosténol : Ce médicament vétérinaire, administré par voie intramusculaire, peut être utilisé pour l'induction de l'œstrus et l'interruption de gestation précoce. Il est important de respecter les doses recommandées et de prendre des précautions lors de la manipulation du produit.

Interventions Non Médicales

  • Surveillance : Surveiller attentivement l'état général de la brebis, sa température, son appétit et la présence d'écoulements vaginaux anormaux.
  • Soutien nutritionnel : Fournir à la brebis une alimentation appétissante et facilement digestible pour soutenir son système immunitaire.
  • Délivrance manuelle (avec prudence) : La délivrance manuelle est controversée et doit être réalisée avec une extrême prudence. Elle n'est recommandée que si elle peut être effectuée facilement et rapidement, sans traumatiser l'utérus. Le risque d'introduire des microbes dans la matrice est non négligeable.

Précautions Importantes

  • Éviter l'auto-injection : Les prostaglandines de type F2α, telles que le cloprosténol, peuvent être absorbées par la peau et provoquer un bronchospasme ou une fausse-couche. Des précautions doivent être prises lors de la manipulation du médicament vétérinaire afin d’éviter toute auto-injection ou contact cutané.
  • Consultation vétérinaire : Il est essentiel de consulter un vétérinaire pour établir un protocole de traitement adapté à chaque situation et pour évaluer l'impact des non-délivrances sur le troupeau.

Impact Économique

La rétention placentaire peut avoir un impact économique significatif sur un élevage. Un taux élevé de non-délivrances peut entraîner une diminution de la fertilité, une augmentation des coûts de traitement, une baisse de la production laitière et une augmentation du taux de réforme des brebis. Il est donc crucial de mettre en place des mesures de prévention efficaces pour minimiser les pertes économiques.

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