Quand une femme se retrouve enceinte, il y a deux personnes impliquées : elle et son conjoint. La décision d'avorter peut avoir des conséquences psychologiques profondes pour les deux partenaires, même si la loi française donne à la femme le droit de prendre seule cette décision. Cet article explore ces conséquences, en mettant en lumière les différents points de vue et expériences des hommes confrontés à l'avortement de leur enfant.
L'implication de l'homme dans la décision d'avortement
La place de l’homme dans la décision d’avortement est très variable. Dans certains cas, l’homme et la femme sont d’accord. Cependant, même lorsque la décision est prise conjointement, des hommes peuvent regretter l’IVG de leur partenaire et en souffrir. D’autres hommes peuvent se sentir impuissants si l’IVG a lieu contre leur gré.
Les conséquences psychologiques pour l'homme
L’avortement peut avoir de graves conséquences psychiques pour l’homme quelle que soit la façon dont il s’est positionné pour la décision de cet acte. La propension des hommes à cacher leurs sentiments rend plus difficile l’estimation des conséquences psychiques de l’avortement pour les hommes.
Regret et deuil
Des hommes regrettent l’IVG de leur compagne, épouse, partenaire, et en souffrent. Ils peuvent ressentir un deuil profond de l'enfant qu'ils n'ont pas eu, comme le décrit Mickaël : « Dès que je vois un enfant, je me dis que ça pourrait être le mien. L’enfant que je lui avais donné n’a pas pu voir la vie et je n’ai pas pu le rencontrer sur terre. »
Certains hommes peuvent être hantés par l'avortement pendant des années. Rodolfo, par exemple, se sentait coupable et égoïste d'avoir pensé davantage à l'aspect financier de l'avortement qu'à la vie potentielle de l'enfant.
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Traumatisme et culpabilité
L'avortement peut laisser des cicatrices profondes chez certains hommes. Tony témoigne : « Cela m’a laissé de profondes cicatrices. Il y a tout le temps une ombre dans l’arrière plan. »
D'autres peuvent ressentir de la culpabilité, surtout s'ils ont forcé leur partenaire à avorter. Carl, par exemple, se sent puni pour avoir forcé sa petite amie à avorter et réalise qu'il a raté sa seule chance de paternité.
Sentiment d'impuissance et de perte de contrôle
Quand l’IVG a eu lieu contre son gré, cela peut être une terrible souffrance pour lui, à la fois du fait de la mort de son propre enfant, et du fait de son désir de vivre la paternité, qui pour beaucoup d’hommes est un désir très profond.
Pierre a laissé son ex-compagne décider de la suite à donner à sa grossesse. Elle voulait garder l’enfant, mais pas partager l’éducation avec le père. Lui se refusait à abandonner l’enfant au cas où il naîtrait. Elle a donc décidé d’avorter pour ne pas avoir à garder contact avec son ex-compagnon. Il témoigne : « J’ai réussi à traverser ça. Il a fallu que je cicatrise. C’était dur, de me remettre d’une rupture plus d’un éventuel enfant que j’aurais pu avoir. »
Détresse psychologique et troubles de stress post-traumatique
Une étude révèle que 40,7 % des hommes vivent une détresse psychologique forte avant l’avortement, détresse qui se poursuit pour encore 30,9 % des hommes trois semaines après l’avortement. Une autre étude de 2007 indique que quatre hommes sur dix ayant fait une IVG souffraient de syndrome de stress post-traumatique chronique, 15 ans après l’avortement. Parmi ceux qui avaient ces symptômes, 88% vivaient un deuil et ressentaient de la tristesse, 82% de la culpabilité, 77% de la colère, 64% de l’anxiété, 68% de l’isolement, 40% des problèmes sexuels.
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Dans certains cas extrêmes, l'avortement peut même conduire au suicide. Le Daily Telegraph rapporte le cas d’un homme qui s’est donné la mort après avoir appris que sa fiancée avait avorté sans lui en parler.
Le manque de reconnaissance de la souffrance masculine
Beaucoup pensent que seule la femme porte les conséquences de l’avortement. Sur le plan physique c’est vrai, mais c’est loin d’être vrai sur le plan psychique. Ainsi, beaucoup d’hommes ne se sentent pas légitimes pour exprimer une souffrance liée à l’avortement. « Certains [de mes proches], parce que j’étais un homme et ce n’était pas moi qui portait…, estimaient que ma détresse n’était pas justifiée, ou n’était pas aussi légitime que ça pourrait l’être pour une femme. Ce que je peux comprendre aussi, parce que physiquement j’allais rien traverser. Mais j’ai trouvé ça un peu méchant, indélicat de dire ça à quelqu’un : en gros, ta souffrance, je m’en fous » témoigne Pierre.
Facteurs influençant le vécu de l'avortement chez l'homme
Plusieurs facteurs peuvent influencer la manière dont un homme vit l'avortement de son enfant :
- L'accord ou le désaccord avec la décision : Un homme qui est en désaccord avec la décision d'avorter peut ressentir plus de détresse et de culpabilité.
- Le niveau de soutien de la partenaire : Un homme qui se sent soutenu par sa partenaire peut mieux faire face aux émotions difficiles.
- Le contexte de la relation : La stabilité de la relation et les circonstances de la grossesse peuvent également jouer un rôle.
- Les croyances personnelles et religieuses : Les convictions personnelles et religieuses peuvent influencer la perception de l'avortement et les émotions qui y sont associées.
- La capacité à exprimer ses émotions : Les hommes qui ont du mal à exprimer leurs émotions peuvent être plus susceptibles de souffrir en silence.
Comment faire face aux conséquences psychologiques de l'avortement
Heureusement, des chemins existent qui peuvent permettre aux hommes de se libérer de ce fardeau.
Parler et chercher du soutien
Pouvoir parler est un premier pas essentiel pour se libérer de la souffrance du regret de l’avortement. Les hommes confrontés à l’IVG peuvent avoir peur d’en parler dans leur entourage ou leur famille, peur de décevoir, de causer de la souffrance, ou de rencontrer de l’indifférence.
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Il est important de briser le silence et de chercher du soutien auprès de personnes de confiance, comme des amis, des membres de la famille ou des professionnels de la santé mentale.
Suivi psychothérapeutique
Un suivi psychothérapeutique peut parfois être vraiment utile. Cependant, il y a le risque d’être accompagné par un thérapeute qui nierait le fait qu’un enfant a été tué.
Associations d'aide
Des associations comme Agapa, Mère de Miséricorde et La Vigne de Rachel offrent un accompagnement et un soutien aux personnes souffrant de la perte d'un enfant non né.
La confession (pour les catholiques)
Pour les catholiques qui regrettent un avortement, la confession peut vraiment contribuer à la libération de la souffrance de l’IVG. Il s’agit de reconnaître ses péchés devant Dieu, et d’accueillir son pardon.
La miséricorde de Dieu
Et il est toujours possible de se tourner vers la miséricorde de Dieu, qui aime chaque homme et désire lui faire expérimenter son pardon.
Le deuil périnatal : une reconnaissance croissante
La France a progressé dans l’accompagnement du deuil périnatal, en améliorant la reconnaissance et les droits des parents qui y sont confrontés. Ces évolutions étaient urgentes et indispensables. Elles restent cependant à parfaire : beaucoup reste à accomplir pour mieux soutenir les familles éprouvées par un deuil périnatal, notamment sur le plan psychologique.
La fausse couche : un événement naturel et très fréquent
La fausse couche est un événement naturel et très fréquent, ce qui ne signifie pas qu’il peut être absorbé sans difficulté par les couples qui y sont confrontés. Cette dimension psychique est pour le moment ignorée ou négligée dans la prise en charge des fausses couches en France.
Les fausses couches précoces sont des événements fréquents puisqu’elles concernent entre 12 % et 24 % des grossesses. Le taux de survenue d’une fausse couche croît avec l’âge de la femme et avec le nombre d’accidents antérieurs. La fausse couche tardive est beaucoup plus rare puisqu’elle concerne seulement moins de 1 % des grossesses.
Les conséquences psychologiques de la fausse couche
Aussi courantes et bénignes que soient les fausses couches aux yeux des équipes médicales, elles sont souvent loin d’être anodines pour les femmes - et les couples - qui y sont confrontés. Au mieux, la fausse couche est un événement désagréable de la vie d’une femme. Au pire, elle engendre une souffrance intense, un réel traumatisme avec des effets graves sur la vie de la femme et de son entourage.
La douleur du partenaire ne doit pas être négligée puisque 17 % d’entre eux présenteraient également des symptômes dépressifs après une fausse couche. Le soutien moral dont ils bénéficient est souvent moins important encore que celui qui est adressé à la femme.
Les défaillances dans l’accompagnement des fausses couches
Ce vide juridique est constaté par le… Il y a de nombreux événements de la vie qui peuvent fragiliser le couple. Parmi eux, l’Interruption volontaire de grossesse. Si c’est une épreuve pour les femmes, cela peut aussi l’être pour l’homme. Quant au couple, il peut en pâtir et parfois mener à la rupture.
Le professeur René Frydman, gynécologue-obstétricien pionnier dans le domaine de l’assistance médicale à la procréation, souligne le « vide juridique » qui caractérise l’accompagnement des fausses couches en France ainsi que l’absence de soutien psychologique des couples éprouvés par ces événements. Il en résulte un sentiment de détresse et d’abandon qui semble plus important lorsque la fausse couche se produit en dehors du cadre hospitalier, au domicile voire sur le lieu de travail.
Des leviers pour améliorer l'accompagnement
Les défaillances dans l’accompagnement des fausses couches ne sont pas insurmontables. Il existe des leviers sur lesquels agir pour organiser cet accompagnement, à un coût d’autant plus raisonnable qu’il doit être considéré comme un investissement en termes de santé publique.
La décision d'avorter : une décision à deux ?
Si la décision finale revient souvent à la femme, le choix de l’IVG se fait avant tout à deux. On ne peut pas imposer un enfant à un homme ni imposer une IVG à une femme quand on sait les conséquences psychologiques que cela peut présenter. L’important est donc de parler ensemble afin de trouver la meilleure solution pour le couple.
Valérie découvre qu’elle est enceinte et interroge l’homme qui partage sa vie depuis dix ans : « Qu’est-ce qu’on fait ? » Matthieu se sent envahi par la panique. « La perspective d’un quatrième enfant, c’était impossible pour moi, raconte-t-il. On était fatigués, en plein dans les couches avec notre troisième. Cette annonce, c’était le bouleversement de trop. J’ai immédiatement dit que je ne voulais pas en entendre parler. » Valérie n’a pas d’avis tranché. Elle se dit qu’un autre bébé pourrait compléter la famille, que ce test positif a des allures de « miracle » après leurs difficultés à concevoir trois enfants. Elle hésite mais constate que face à elle, il y a un mur. « Il a ajouté que ce serait ma décision, qu’il ne me forcerait à rien, mais que si je faisais le choix de continuer la grossesse, j’allais l’élever seule. »
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