Le trouble obsessionnel compulsif (TOC) chez l'enfant est un sujet délicat qui mérite une attention particulière. Il se manifeste par des comportements répétitifs et des pensées obsédantes qui peuvent perturber considérablement la vie quotidienne de l'enfant et de sa famille. Il est essentiel de savoir comment dépister ce trouble, qui consulter et quels traitements sont disponibles.

Qu'est-ce que le TOC chez l'enfant ?

Le TOC se caractérise par des obsessions et des compulsions. Les obsessions sont des pensées, des images ou des impulsions intrusives et involontaires qui provoquent de l'anxiété, de la peur, du dégoût ou de la culpabilité. Les compulsions sont des comportements ou des actes mentaux répétitifs que l'enfant effectue pour tenter de réduire l'anxiété causée par les obsessions. Les troubles obsessionnels compulsifs (TOC) sont très handicapants au quotidien chez un enfant et bouleversent souvent la vie familiale.

Obsessions courantes chez l'enfant

Les obsessions peuvent porter sur différents thèmes, tels que la peur de la contamination, le besoin d'ordre et de symétrie, la peur de causer du tort à soi-même ou aux autres, ou des pensées intrusives à caractère sexuel ou religieux.

Compulsions courantes chez l'enfant

Les compulsions peuvent inclure des rituels de lavage, de vérification, de rangement, de comptage ou de répétition de mots ou de phrases. L'enfant peut se laver les mains dix fois avant de manger ou se lever plusieurs fois de son lit pour vérifier que la porte de la maison est bien fermée. Il peut aussi aligner toutes ses petites voitures avant d’aller se coucher.

Comment reconnaître un TOC chez un enfant de 4 ans ?

Il est important de noter que les TOC apparaissent généralement vers l’âge de 7 ou 8 ans chez les enfants et à la période pré-pubère (10-11 ans) chez les adolescents. Chez les enfants de 4 ans, il peut être plus difficile de distinguer les comportements normaux des comportements obsessionnels compulsifs. Cependant, certains signes peuvent alerter les parents :

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  • Répétition excessive de certains comportements : L'enfant répète des actions simples de manière excessive, comme allumer et éteindre la lumière, toucher un objet plusieurs fois, etc.
  • Préoccupation excessive pour l'ordre et la symétrie : L'enfant insiste pour que ses jouets soient rangés d'une manière très précise et s'énerve si quelque chose est déplacé.
  • Questions répétées et insistantes : L'enfant pose les mêmes questions à plusieurs reprises, même après avoir reçu une réponse.
  • Difficulté à gérer les transitions : L'enfant a du mal à passer d'une activité à l'autre et peut devenir anxieux ou irritable.
  • Crises de colère : Les enfants qui souffrent de TOC peuvent aussi avoir des crises de colère lorsque leur routine est interrompue.

Pourquoi mon enfant a-t-il des TOC ?

Les causes exactes du TOC ne sont pas entièrement connues, mais plusieurs facteurs peuvent être impliqués :

  • Facteurs génétiques : L’héritabilité est globalement estimée à 27-49 %, et ce chiffre monte à 65 % chez les personnes dont les symptômes surviennent lors de l’enfance ou l’adolescence.
  • Facteurs neurobiologiques : Des anomalies dans certaines zones du cerveau et dans la communication entre les neurones peuvent jouer un rôle dans le développement du TOC. Il a été démontré que différents circuits cérébraux sont perturbés dans cette maladie, notamment au niveau des ganglions de la base, du cortex cingulaire antérieur et du cortex orbito-frontal.
  • Facteurs environnementaux : Des événements stressants ou traumatisants peuvent déclencher ou aggraver les symptômes du TOC chez les personnes prédisposées. De multiples causes peuvent être à leur origine puisqu'ils traduisent le plus souvent un surplus de tension. Ces petites manies apparaissent donc souvent à la suite d’un événement qui est venu déranger son quotidien : l’entrée à l’école, l’arrivée d’un petit frère, un déménagement…

Impact du TOC sur la vie de l'enfant

Les troubles obsessionnels fatiguent les enfants et perturbent leur scolarité et leur vie sociale. En particulier, les rituels liés à la vie scolaire (vérifications incessantes des exercices, répétitions des devoirs, etc.) interfèrent avec la qualité de leur travail et leur participation en classe. Les TOC peuvent avoir des conséquences importantes sur la vie de l'enfant :

  • Difficultés scolaires : Les obsessions et les compulsions peuvent interférer avec la concentration et l'apprentissage.
  • Problèmes sociaux : L'enfant peut avoir du mal à se faire des amis et à participer à des activités sociales en raison de ses rituels et de son anxiété.
  • Troubles émotionnels : L'enfant peut se sentir anxieux, déprimé, coupable ou honteux en raison de ses TOC.
  • Conflits familiaux : Les TOC peuvent être une source de tension et de frustration pour les parents et les autres membres de la famille. Les troubles obsessionnels compulsifs deviennent alors un vrai sujet de crispation au sein de la cellule familiale et peuvent fortement impacter le quotidien.

Qui consulter ?

Si vous pensez que votre enfant souffre de TOC, il est important de consulter un professionnel de la santé mentale, tel qu'un pédopsychiatre ou un psychologue spécialisé dans les TOC. Les professionnels de santé qui interviennent (pédiatre, pédopsychiatre, médecin traitant, infirmière scolaire, etc.) travaillent en étroite coordination entre eux et avec la famille de l’enfant ou de l’adolescent. Le professionnel évaluera les symptômes de votre enfant et posera un diagnostic précis.

Traitements disponibles pour le TOC chez l'enfant

Pour les enfants et les adolescents souffrant de TOC, la thérapie comportementale et cognitive (TCC) est le traitement le plus utilisé, en séances individuelles ou en groupe. L’objectif est d’apprendre aux jeunes patients à réduire leurs rituels en s’exposant et à prendre de la distance par rapport à leurs obsessions.

Thérapie Comportementale et Cognitive (TCC)

La TCC est une approche thérapeutique qui vise à modifier les pensées et les comportements problématiques associés au TOC. La TCC débute par une évaluation des symptômes et des circonstances de déclenchement des troubles. Après ce premier diagnostic, le thérapeute formé aux TCC (psychiatre ou psychologue) et le patient vont définir un certain nombre d’objectifs. Elle repose sur l’exposition progressive aux conditions qui déclenchent les rituels, en fonction de l’âge de l’enfant et de ses rituels. Les TCC sont des thérapies qui durent en moyenne de trois à six mois. Elles impliquent une coopération étroite entre le jeune patient et le thérapeute. « La TCC va permettre à l’enfant de modifier ses comportements anxieux et d’apprendre à mieux réguler ses pensées et ses émotions. Mais pour qu’elle fonctionne, il faut pratiquer les exercices dans la vie quotidienne. C’est une thérapie active ! ». « On obtient près de 80 % de guérison à un an », affirme le Dr. Hélène Denis.

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Médicaments

Si la thérapie comportementale et cognitive n’est pas assez efficace, elle peut être complétée par la prise d’antidépresseurs (inhibiteurs de la recapture de la sérotonine, IRS). Ces médicaments sont prescrits avec une surveillance particulière des éventuels effets indésirables. Bien qu’on les classe parmi les antidépresseurs, ces molécules ont aussi un effet anti-TOC lorsqu’on les utilise à des doses plus élevées (2 à 3 fois les posologies antidépressives). Il faut au moins 3 mois pour juger de l’efficacité d’un médicament sur l’intensité des TOC. La durée de la prescription est souvent longue - jusqu’à plusieurs années - et se poursuit après la disparition des symptômes. Si les traitements de première intention ne sont pas suffisants pour réduire les TOC, ou lorsqu’il y a des tics associés, il est possible d’y ajouter des antipsychotiques qui ciblent la dopamine.

Conseils pour les parents

En plus des traitements professionnels, les parents peuvent jouer un rôle important dans le soutien de leur enfant :

  • Informer et éduquer : Prenez le temps de mieux connaître ce trouble. Des livres et des ressources Internet sont à votre disposition. Expliquez le TOC au reste de la fratrie. Pour limiter les risques de conflits, il peut être utile d’expliquer aux frères et/ou sœurs de votre enfant les difficultés qu’il rencontre et qui justifient l’attention particulière que vous lui témoignez.
  • Être patient et compréhensif : Évitez de critiquer ou de punir votre enfant pour ses rituels.
  • Ne pas participer aux rituels : Il vous est difficile de voir votre enfant en souffrance dans des petits actes du quotidien. Il arrive que pour l’apaiser ou pour gagner du temps vous réalisiez certaines choses à sa place. En réagissant ainsi, vous lui permettez d’éviter de se confronter à ce qui lui fait peur et vous limitez la possibilité pour lui de sentir son anxiété diminuer naturellement.
  • Encourager l'enfant à affronter ses peurs : Confronter progressivement votre enfant à ce qui le rend anxieux est une clé pour diminuer ses obsessions et compulsions. L’exposition doit être progressive. Fixez avec votre enfant des objectifs atteignables pour éviter l’échec. Avec le temps et la répétition, l’anxiété diminue en intensité et en durée.
  • Séparez le TOC et votre l’enfant : Au lieu de dire « tu n’arrêtes pas de faire tes compulsions, tu m’énerves », vous pouvez dire « je vois que le TOC t’embête beaucoup aujourd’hui ». Ça y est, pour une fois, vous pouvez encourager votre enfant à désobéir… au TOC ! Vous pouvez même ensemble lui donner un nom : place à la créativité ! Cette personnification va être utile à votre enfant pour moins culpabiliser sur les obsessions. Et surtout cela vous permet d’être partenaire, vous et votre enfant, face à un ennemi commun : Le TOC.
  • Maintenir une routine stable : Essayez de maintenir une routine régulière pour aider votre enfant à se sentir en sécurité et en contrôle.
  • Créer un environnement calme et relaxant : Introduisez des temps de détente. Vous pouvez proposer à votre enfant des exercices de yoga et de respiration, de relaxation guidée (cf. des liens à la fin du document). Il est cependant recommandé d’éviter les relaxations qui laissent trop libre court au flux de pensées et qui pourraient favoriser l’émergence d’obsessions (on évitera la méditation, par exemple).
  • Prendre soin de vous : Prenez soin de vous en tant que parent. Informez-vous. Trouvez de l’inspiration. Écoutez, regardez, lisez des témoignages de personnes qui racontent leur parcours pour favoriser la motivation.
  • Rechercher un soutien : Rejoignez un groupe de soutien pour les parents d'enfants atteints de TOC.

Différence entre tics et TOC

Il est important de distinguer les tics des TOC. Les tics sont des mouvements ou des sons involontaires, rapides et répétitifs, mais non rythmiques. Ils peuvent apparaître chez les enfants quand ils sont d'âge à entrer en école primaire. Les TOC, en revanche, sont caractérisés par des obsessions et des compulsions qui causent une anxiété importante et interfèrent avec la vie quotidienne. Un TOC est une obsession ou une compulsion, focalisées par exemple sur l'hygiène, la responsabilité, la symétrie…, entraînée par des pensées récurrentes et angoissantes.

Quelques idées reçues sur les troubles anxieux

  • “Les problèmes d’anxiété, c’est réservé aux émotifs, aux petites natures.” EN FAIT : L’anxiété est une émotion que tout le monde ressent, dès l’enfance et ensuite durant sa vie d’adulte. Les causes des troubles anxieux demeurent mal connues. Selon les scientifiques, elles pourraient inclure les événements de la vie et la biologie.
  • “L’anxiété, ça ne se soigne pas.” EN FAIT : Des traitements, par exemple une thérapie comportementale, permettent de soulager efficacement les symptômes dans la plupart des cas. Les médicaments anxiolytiques, eux, ne peuvent être pris sur une longue période car ils exposent à une dépendance.

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