Les troubles de la thyroïde sont relativement fréquents, et leur impact sur la grossesse nécessite une attention particulière. Cet article détaille les symptômes, les méthodes de diagnostic et les approches de prise en charge de ces troubles chez la femme enceinte, en s'appuyant sur les recommandations actuelles et les connaissances médicales.
Introduction
La thyroïde, petite glande située à la base du cou, joue un rôle crucial dans la régulation du métabolisme. Pendant la grossesse, les besoins en hormones thyroïdiennes augmentent, ce qui peut entraîner des dysfonctionnements. Il est donc essentiel de comprendre les enjeux liés à la thyroïde durant cette période.
Importance de la Thyroïde Pendant la Grossesse
La thyroïde est un peu le chef d’orchestre de notre organisme. Elle sécrète des hormones, appelées communément T3 et T4, qui agissent sur la régulation du métabolisme, c’est-à-dire sur l’utilisation d’énergie par l’organisme. La température de notre corps, le rythme cardiaque, mais aussi le système digestif et nerveux sont sous l’influence de la thyroïde. Elle intervient également sur la qualité de la peau ou des cheveux.
Pendant la grossesse, la thyroïde joue un rôle clé : elle fournit au fœtus les hormones nécessaires à son développement, en particulier au cours du premier trimestre. En effet, jusqu’au 4ème mois de la grossesse le fœtus a besoin, pour son développement cérébral, des hormones thyroïdiennes de la mère. C’est grâce à l’iode provenant de l’alimentation que les hormones thyroïdiennes sont fabriquées. Les hormones thyroïdiennes sont sécrétées en fonction de nos besoins grâce à l’action régulatrice d’une hormone de l’hypophyse, appelée TSH. En règle générale, le taux de TSH est plus élevé durant la grossesse. En moyenne, on considère que le taux de TSH doit être situé entre 0,4 et 2,5 MUI/L durant le premier trimestre de grossesse. Pour fabriquer cette grande quantité d’hormones, la thyroïde nécessite plus d’iode. Or, un manque d’iode est fréquent durant cette période, car une fraction passe par voie placentaire chez le fœtus, l’autre partie étant éliminée par les reins de façon plus importante qu’en dehors de la grossesse. Chez certaines mamans, cette carence conduit à une augmentation importante de la thyroïde : on parle alors de goitre.
Hypothyroïdie et Grossesse
L’hypothyroïdie est la maladie thyroïdienne la plus fréquente, touchant environ 1 à 2 % de la population française, principalement les femmes entre 35 et 60 ans. Elle se caractérise par un manque d’hormones thyroïdiennes. Pendant la grossesse, elle peut avoir des conséquences graves pour la mère et l’enfant si elle n’est pas traitée.
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Symptômes de l'Hypothyroïdie Pendant la Grossesse
Les symptômes de l’hypothyroïdie ne sont pas spécifiques et sont variés : fatigue, frilosité, symptômes dépressifs, chute de cheveux, troubles du cycle menstruel… Aussi, un symptôme isolé ne peut seul prédire une hypothyroïdie. La fatigue, la prise de poids excessive, la peau sèche et un rythme cardiaque plus lent que d’habitude sont des signes qui doivent alerter. L’hypothyroïdie débutante ou peu sévère, est le plus souvent asymptomatique ou très peu symptomatique. C’est pour cette raison que le diagnostic en est difficile.
Diagnostic de l'Hypothyroïdie Pendant la Grossesse
Le diagnostic de l’hypothyroïdie repose sur le dosage de la TSH (thyréostimuline). En cas de suspicion d’hypothyroïdie, la HAS recommande la réalisation des analyses biologiques de manière séquencée, selon un procédé appelé « en cascade » : le médecin établit une seule et même ordonnance dans laquelle il liste les différents dosages utiles, à commencer par celui de la thyréostimuline (TSH). Un seul prélèvement sanguin est réalisé, le biologiste n’enclenchant les dosages complémentaires que si le résultat de la TSH est d’emblée anormal (ou confirmé anormal après quelques semaines). Cette modalité de prescription permet d’éviter des prises de sang répétées et inutiles pour la personne. Pour les patients dont le dosage de la TSH est anormal, le laboratoire d’analyse dosera la tétra-iodothyronine libre (T4L) pour distinguer une hypothyroïdie avérée d’une hypothyroïdie fruste. Les valeurs seuils de la TSH doivent être adaptées en fonction du trimestre de grossesse. La plage de référence normale pour les taux de TSH chez les femmes qui ne sont pas enceintes se situe, en général, entre 0,4 et 4,0 mIU/L. Toutefois, durant la grossesse, on considère que les taux normaux de TSH sont plus bas. La plage normale lors du premier trimestre se situe, en général, entre 0,5 et 2,5 mIU/L.
Traitement de l'Hypothyroïdie Pendant la Grossesse
Le traitement de l’hypothyroïdie consiste à prendre tous les jours des comprimés à base d’L-thyroxine qui correspond à la T4. Pourquoi utilise-t-on un traitement à base de T4 ? Car la T4 est l’hormone qui est capable de traverser le placenta. Le fœtus va donc pouvoir utiliser cette hormone thyroïdienne pour son développement cérébral. Le traitement de l’hypothyroïdie repose sur la prise d’hormones thyroïdiennes de synthèse (lévothyroxine). Cette prise de lévothyroxine est sans danger pour le fœtus et ne doit en aucun cas être interrompue sans avis médical. Les doses de lévothyroxine doivent alors être majorées de 20 % à 30 % en début de grossesse. Dans l’éventualité où la patiente n’a pas accès rapidement à un médecin et si elle n’a pas d’ordonnance établie à l’avance avec des doses augmentées, elle doit augmenter d’elle-même ses doses de lévothyroxine en attendant la consultation. Après l’accouchement, il est recommandé de diminuer la dose de lévothyroxine, à la dose préconceptionnelle et de doser la TSH six semaines après cette diminution.
Risques de l'Hypothyroïdie Non Traitée Pendant la Grossesse
L’hypothyroïdie pendant la grossesse, si elle n’est pas traitée, peut avoir de graves conséquences pour la mère (augmentation du risque de fausse-couche, d’hypertension et de pré-éclampsie) et pour l’enfant à naître (retard du développement psychomoteur du nouveau-né). Même s'il y a peu de risque pour le foetus, le risque majeur pour le bébé lorsque la mère est atteinte d’hypothyroïdie et qu'elle n'est pas traitée ou tardivement, est un retard intellectuel. Il a été remarqué un peu plus de risque de fausse couche.
Hyperthyroïdie et Grossesse
L’hyperthyroïdie est la production excessive d’hormones thyroïdiennes par la thyroïde. On estime que l’hyperthyroïdie touche environ 0,4 % de la population. Elle apparait en général entre 40 et 60 ans. Dans 70 % des cas, elle est la conséquence d’une maladie auto-immune, la maladie de Basedow. La femme enceinte peut souffrir d’hyperthyroïdie sans que cela n'empêche sa grossesse. Il peut s’agir d’une thyrotoxicose gestationnelle transitoire ou d’une thyroïdite transitoire après un accouchement.
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Symptômes de l'Hyperthyroïdie Pendant la Grossesse
Lorsqu’une personne souffre d’hyperthyroïdie, les taux sanguins d’hormones T3 et T4 sont trop élevés. Si ces hormones sont produites en excès, certaines fonctions s’accélèrent et plusieurs symptômes caractéristiques se manifestent. Le rythme cardiaque est plus rapide (tachycardie), la température du corps augmente (avec des bouffées de chaleur, une transpiration excessive et une sensation de soif intense) et des troubles du système nerveux apparaissent (troubles du sommeil, anxiété, irritabilité et hyperémotivité, nervosité, tremblements au niveau des mains, baisse de la libido…). Certains signes peuvent alerter la future maman : elle peut avoir des vomissements importants, perdre du poids, se sentir fatiguée et avoir le cœur qui bat plus rapidement que d’habitude.
Diagnostic de l'Hyperthyroïdie Pendant la Grossesse
Pour diagnostiquer une hyperthyroïdie, le dosage de la TSH est suffisant en première intention. Face à des symptômes évocateurs d’hyperthyroïdie (palpitations, nervosité, irritabilité…), la confirmation du diagnostic repose sur le seul dosage de la TSH. L’hyperthyroïdie doit être détectée le plus tôt possible, pour que la prise soit la plus rapide et la plus efficace possible. La femme enceinte réalise des bilans sanguins réguliers (et d’autres examens) tout au long de sa grossesse. Si le médecin suspecte un trouble de la thyroïde, il demande un dosage des hormones thyroïdiennes.
Traitement de l'Hyperthyroïdie Pendant la Grossesse
Le traitement d’une hyperthyroïdie pendant la grossesse repose ensuite sur la prise d’un médicament antithyroïdien de synthèse (propylthiouracile, PTU). Le médecin prescrit en général la dose la plus faible possible pour obtenir le bon taux d’hormones thyroïdiennes dans le sang. Le traitement médical par antithyroïdien de synthèse pourra être poursuivi. D'autres médicaments peuvent être prescrits pour contrôler certains symptômes de l'hyperthyroïdie. Consistant à détruire définitivement une partie des cellules de la glande thyroïde pour qu’elle produise moins d’hormones, le traitement à l’iode radioactif est quant à lui contre-indiqué pendant la grossesse. En règle générale, l’allaitement est déconseillé chez la femme qui suit un traitement à base d’un antithyroïdien de synthèse (le médicament passe dans le lait maternel).
Risques de l'Hyperthyroïdie Pendant la Grossesse
L’hyperthyroïdie doit être détectée le plus tôt possible, pour que la prise soit la plus rapide et la plus efficace possible. Il peut alors souffrir d’une accélération du rythme cardiaque et d’un retard de croissance in utero.
Thyroïdite du Post-Partum
Après un accouchement, une thyroïdite du post-partum peut survenir. Il s’agit d’un syndrome transitoire qui arrive à 1 femme sur 20. Elle se manifeste par une hyperthyroïdie suivie d’une hypothyroïdie avant un retour à une euthyroïdie (TSH équilibrée). Souvent asymptomatique, elle peut être difficile à diagnostiquer. Cette période dure quelques mois après la naissance du bébé, en général dans les 12 à 16 semaines. La phase d’hyperthyroïdie nécessite la prise de bêtabloquants. En revanche, la phase d’hypothyroïdie, qui dure plus longtemps, requiert un traitement substitutif d’hormones thyroïdiennes. En effet, pendant cette période, la T4 et la T3 sont basses et le taux de TSH est élevé. La phase d’hypothyroïdie peut devenir permanente après l’accouchement, c’est pourquoi un traitement est nécessaire. Dans ce cas, l’allaitement peut se poursuivre, car il n’est pas contre-indiqué malgré la prise de lévothyroxine.
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Prévention et Conseils
Les futures mamans peuvent prévenir les carences en iode en consommant certains aliments - principalement, les algues, les poissons, les crustacés et les laitages. Certains aliments ont tendance, au contraire, à détruire l’iode : les choux (sous toutes leurs formes), les radis, la moutarde et le manioc. Les femmes enceintes doivent également arrêter la consommation de tabac qui, outre ses méfaits connus, a tendance à augmenter le volume de la thyroïde.
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