L'hypertension artérielle (HTA) pendant la grossesse est une condition qui nécessite une attention particulière en raison de son impact potentiel sur la santé de la mère et du fœtus. Cet article vise à fournir une vue d'ensemble complète de l'HTA pendant la grossesse, en abordant les différents types d'hypertension, les risques associés, la prise en charge et les conseils pratiques pour les femmes enceintes.
Définition et types d'hypertension artérielle pendant la grossesse
L'hypertension artérielle (HTA) au cours de la grossesse est le premier marqueur de risque de morbidité et de mortalité maternelles et fœtales dans le monde. Elle se définit par la mesure d'une pression artérielle (PA) supérieure à 140/90 mmHg. Il est important de noter que le terme de "troubles hypertensifs" est plus approprié, car il englobe divers aspects cliniques hétérogènes.
On distingue principalement deux types d'hypertension pendant la grossesse :
Hypertension chronique : Elle préexiste avant la grossesse ou est diagnostiquée avant la 20e semaine d'aménorrhée. Il est possible qu'il s'agisse d'une hypertension chronique méconnue antérieure à la grossesse.
Hypertension gravidique (ou gestationnelle) : Elle survient après la 20e semaine d'aménorrhée chez une femme dont la tension artérielle était normale jusque-là. Elle doit disparaître dans les 3 mois qui suivent l’accouchement.
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Fréquence et facteurs de risque
Pour les femmes dont c’est la première grossesse, l’hypertension survient lors d’une grossesse sur dix (10 % des cas), ce n’est donc pas rare. C’est moins fréquent (2 à 5 % des cas) pour les femmes ayant déjà eu des enfants.
Le risque d’avoir de l’HTA due à la grossesse augmente avec l’âge (après 35 ans), chez la femme en surpoids ou obèse, la multipare, la fumeuse, la diabétique, avec le stress, les grossesses médicalement assistées. Les grossesses gémellaires augmentent aussi ce risque de mauvaise placentation.
Risques associés à l'hypertension pendant la grossesse
Les risques encourus sont communs aux deux types d'hypertension :
Pour la mère : Le risque d'évoluer vers la pré-éclampsie et ses complications (atteinte rénale, hépatique, cérébrale, etc.) est accru. L’HTA peut aussi augmenter le risque de complications rénales et cérébrales, avec la crise d’éclampsie qui est une urgence hypertensive absolue.
Pour le fœtus : Le risque de retard de croissance intra-utérine (RCIU), de souffrance in utero, de prématurité et de mort fœtale est augmenté. Le principal risque pour le fœtus est un retard de croissance intra-utérin, visible par une cassure de sa courbe de croissance durant le deuxième trimestre ou plus tard.
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Pré-éclampsie : une complication grave
La pré-éclampsie est une maladie spécifique de la grossesse, complication rénale et parfois hépatique de la mauvaise placentation. Le fœtus n’est pas correctement nourri. Elle peut se compliquer chez la mère de défaillance de plusieurs organes comme le cerveau, les reins ou le foie entre autres et peut même en danger la santé de la mère. Elle survient à partir du 2ème trimestre de grossesse (après 20 SA) et est diagnostiquée devant la présence d’une hypertension artérielle souvent sévère et de protéines dans les urines. Elle peut chez le fœtus entraîner des retards de croissance intra-utérin, une souffrance fœtale, une prématurité et parfois une morts fœtale in utéro. En cas d'extrême gravité, il est parfois nécessaire d’effectuer une interruption médicale de la grossesse un accouchement en urgence pour sauver la maman et son enfant.
Autre complication : l’apparition d’un hématome rétro-placentaire, qui a pour conséquence le décollement plus ou moins important du placenta. Il s’accompagne en général d’une douleur abdominale aigue (en coup de poignard), d’une diminution ou d’un arrêt des mouvements du bébé et de saignements.
Diagnostic de l'hypertension pendant la grossesse
Quel que soit vos antécédents, une mesure de la pression artérielle est recommandée à chaque consultation pré natale durant toute votre grossesse. L’HTA confirmée, est la complication la plus fréquente de la grossesse puisqu’elle touche 5 à 10 % des femmes. Elle est le plus souvent asymptomatique. Dans certains cas, elle peut donner des symptômes tels que maux de tête, troubles visuels, douleurs épigastriques en barre, bourdonnements d’oreilles… Il faut donc rester vigilante sur ces symptômes d’alerte et consulter la maternité au moindre doute.
Quand la pression artérielle est mesurée par le médecin ou la sage-femme, l’hypertension de la grossesse est définie par le constat - à plusieurs reprises - d’une pression artérielle au-delà de 140/90 mm Hg. Mais comme la tension peut être augmentée par le stress de la présence du médecin il est utile d’avoir recours à l’automesure, c’est-à-dire une mesure faite par vous-même, à votre domicile, bien au calme. Avec l’automesure, on parle d’hypertension lorsque la moyenne des mesures sur plusieurs jours dépasse 135/85 mm Hg. En cas d’hypertension pendant la grossesse un avis médical est toujours nécessaire.
Si l’hypertension gestationnelle est confirmée par la prise de votre tension, ce diagnostic doit également s’appuyer sur un autre examen incontournable : une analyse d’urine par bandelette urinaire.
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Symptômes nécessitant une consultation urgente
Il est crucial de consulter en urgence en cas de :
- Tension artérielle élevée (PAS ≥ 160 mmHg et/ou PAD ≥ 110 mmHg).
- Maux de tête violents/inhabituels.
- Vision floue, taches devant les yeux.
- Bourdonnements d'oreilles.
- Gonflement du visage, des mains ou des jambes.
- Douleur en barre en haut du ventre, persistante ou intense.
- Diminution des mouvements du bébé.
Prise en charge de l'hypertension pendant la grossesse
La survenue de cette pathologie perturbe l'organisation « classique » des soins. La coordination des différents intervenants est alors essentielle. La prise en charge doit être multidisciplinaire et globale.
Le plus souvent, votre médecin vous proposera un suivi rapproché avec une prise en charge dans un centre obstétrical de référence. Le repos est un élément très important dans la prise en charge. Il n'est pas recommandé d'effectuer de régime pendant la grossesse.
Traitement médicamenteux
L'objectif du traitement anti-hypertenseur est uniquement de prévenir les complications maternelles de l'HTA. Il n'a aucun effet sur l'évolution de la grossesse. Hormis l'HTA sévère (PA> 160/110 mmHg), et la pré-éclampsie il n'y a aucune urgence à instaurer un traitement hypotenseur au cours de la grossesse. Les différentes classes thérapeutiques ont une efficacité comparable.
Si vous souffrez d’hypertension gravidique sévère, cette prise en charge doit également s’accompagner d’un traitement médicamenteux à base d’antihypertenseurs. A noter que ce traitement est prescrit aux femmes souffrant d’hypertension gestationnelle légère à modérée lorsqu’elles présentent un risque cardiovasculaire important. Leur posologie doit être adaptée aux chiffres tensionnels attendus par votre médecin, soit 13/8.5.
Les antihypertenseurs couramment utilisés pendant la grossesse sont classés en classe B : α-méthyldopa ou en classe C : β-bloquants, inhibiteur calcique et diurétiques thiazidiques.
La Clonidine et la Methyldopa sont les plus prescrits en raison de leur innocuité. La Nicardipine et le Labétalol sont également utilisés car ils sont bien tolérés.
Médicaments contre-indiqués
Il est crucial d'éviter certains médicaments pendant la grossesse en raison de leur risque tératogène (risque de malformations fœtales). Les inhibiteurs de l'enzyme de conversion (IEC) et les antagonistes des récepteurs à l'angiotensine II (sartans) sont formellement contre-indiqués. Si vous avez déjà une hypertension artérielle chronique, il faut absolument parler de votre projet de grossesse avec votre médecin. Certains médicaments de l’HTA comme les inhibiteurs de l’enzyme de conversion, les antagonistes des récepteurs à l’angiotensine et la spironolactone sont contre indiqués dès le deuxième trimestre de grossesse car ils peuvent être dangereux pour le développement du fœtus. Votre médecin effectuera des changements de traitement avant de débuter votre grossesse, autorisés comme la nicardipine ou le labétalol par exemple.
Surveillance et suivi
Dès lors que l’hypertension gestationnelle est confirmée, vous devez être surveillée très régulièrement au sein d’une maternité adaptée : les consultations sont plus rapprochées, les analyses biologiques plus fréquentes et une échographie avec doppler utérin est réalisée chaque mois afin de surveiller la croissance de votre bébé.
Une surveillance de la pression artérielle à domicile peut être conseillée. Utilisez de préférence un tensiomètre au bras. Notez vos mesures dans un carnet de suivi.
Accouchement
Tant que la santé de la mère et du fœtus n’est pas compromise, la grossesse peut être poursuivie jusqu’au terme. Dans les cas les plus graves, il peut être nécessaire de décider de la naissance parfois à un terme prématuré. En d’autres termes, il peut être nécessaire de mettre un terme à la grossesse, seul moyen d’interrompre le déséquilibre circulatoire qui menace le pronostic vital de la mère.
Après l'accouchement
Chez les femmes souffrant d’hypertension artérielle gestationnelle ou de pré-éclampsie, on observe un retour à la normale de la pression artérielle dans les 3 mois suivant l’accouchement dans la plupart des cas.
L’hypertension gestationnelle peut perdurer plusieurs semaines après avoir accouché. Vous serez très surveillée pendant votre séjour en suites de naissance. Si vous aviez un traitement médicamenteux, il pourra être arrêté ou maintenu selon les valeurs mesurées après l’accouchement. En outre, signalez votre choix d’allaitement afin qu’un traitement compatible soit choisi par l’obstétricien. Certains médicaments pour couper la montée de lait sont en effet contre-indiqués en cas de HTA.
Même avec une normalisation de sa pression artérielle, les études montrent que le fait d’avoir présenté une HTA et/ou une pré-éclampsie est un marqueur de risque cardio-vasculaire à plus long terme. Il conviendra donc d’être plus vigilante sur les éventuels facteurs de risque cardio-vasculaire associés. Il sera important d’avoir un suivi de ses pressions artérielles notamment au moment de la péri-ménopause et encore plus de la ménopause.
Conseils pour une grossesse sereine en cas d'hypertension
Adoptez une alimentation variée et équilibrée : En dehors des précautions alimentaires propres à la grossesse, aucun aliment n'est interdit. Cependant, limitez votre consommation d'excitants (café, thé) et de réglisse. Prenez au moins 3 repas par jour et évitez le grignotage. Faites attention au nutri-score et aux étiquettes alimentaires des produits commerciaux. La restriction stricte du sodium n'est pas recommandée alors que la réduction de poids est proposée chez les femmes en surpoids/obèses souffrant d'hypertension chronique avant leur grossesse.
Pratiquez une activité physique régulière : Demandez l'avis de votre médecin pour éliminer toute contre-indication à l'activité physique liée à la grossesse. Pratiquez une activité physique régulière : 30 minutes, 3 à 5 fois par semaine. Adaptez la durée et l'intensité de l'exercice au fil de la grossesse. Bougez davantage au quotidien (privilégiez la marche aux transports, les escaliers à l’ascenseur, etc.). Privilégiez des sports tels que la natation, l'aquagym, la marche, le vélo d’appartement, la gymnastique douce et les activités d’expression corporelle. Évitez les sports à risque de coups ou de chute (boxe, équitation, etc.).
Surveillez régulièrement votre tension artérielle : Votre médecin définira un rythme de surveillance. Une surveillance de la pression artérielle à domicile peut être conseillée. Utilisez de préférence un tensiomètre au bras. Notez vos mesures dans un carnet de suivi.
Communiquez avec votre équipe médicale : Informez votre médecin de tout symptôme inhabituel et suivez scrupuleusement ses recommandations.
Le rôle du pharmacien
Le pharmacien est, de par la connaissance de sa patientèle, un interlocuteur privilégié de la future mère. Il peut en instaurant une relation de confiance, aider à la gestion du traitement, participer à la surveillance par la mesure de la pression artérielle et prodiguer des conseils.
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