L'huître plate, Ostrea edulis, est un mollusque bivalve emblématique des côtes européennes, autrefois abondant et aujourd'hui confronté à de nombreux défis environnementaux. Sa reproduction, un processus fascinant et complexe, est étroitement liée à la température de l'eau et à d'autres facteurs environnementaux. Cet article explore en détail la relation entre la température et la fécondation chez l'huître plate, en abordant son cycle de vie, son mode de reproduction unique et les menaces qui pèsent sur sa survie.

Caractéristiques de l'Huître Plate

Ce mollusque bivalve présente une coquille épaisse gris-brun, constituée de deux valves rondes qui mesurent 6 à 8 cm, parfois 10 cm et plus. La supérieure est plate, de nature feuilletée et crayeuse, ornée de reliefs marqués. La valve inférieure qui est creuse, contient l’animal de couleur verdâtre. A l’état sauvage, cette huître vit le plus souvent sur un substrat dur, un rocher par exemple, sur lequel elle se colle définitivement, jusqu’à 30 mètres de profondeur. Elle préfère les eaux salées, même si on peut la trouver dans les estuaires. Elle s'intalle dans les eaux côtières, de préférence en milieux abrités, dans des habitats rocheux, parfois vaseux ou graveleux. Mais la turbidité de l'eau doit rester faible : riche en nutriments, l'eau doit être propre et oxygénée. La coquille de l'huître plate est circulaire (6 à 8 cm, parfois 10 cm et plus), bien qu'irrégulière, épaisse, avec une valve inférieure creuse, car elle contient l'animal, et une valve supérieure plate, avec une structure feuilletée et crayeuse. Des lamelles concentriques se superposent, marquées par des côtes transversales. Le périostracum* est très mince. L'intérieur est blanc grisâtre, nacré et lisse. L'extérieur, gris-brun, présente des reliefs proéminents. Les coquilles sont soudées aux rochers ou entre elles par la valve inférieure (ou valve gauche). Leur contour est souvent crénelé mais la charnière est sans dent. La couleur de l'animal est due à des diatomées suite à un affinage dans des parcs où certaines espèces de diatomées sont présentes.

Le Cycle de Reproduction de l'Huître Plate

La reproduction des huîtres a lieu tous les ans, pendant l’été. La sexualité des huîtres a très tôt été décrite comme reposant sur un hermaphrodisme successif : elles peuvent être mâles et femelles alternativement mais la présence simultanée des deux sexes chez un même individu est rare. Toutefois, la détermination du sexe est un phénomène complexe qui semble régulé par de nombreux paramètres extérieurs. Dans les premières études sur le sujet, toutes les possibilités de changements ont été observés lors de suivis individuels sur plusieurs années avec cependant toujours une proportion importante d’huîtres qui restent mâles. C’est ce qui à conduit Coe (1934) à différencier, pour C. virginica, les « vrais mâles » des mâles hermaphrodites. La seconde observation générale consiste en la baisse du sexe-ratio mâle/femelle au fil du temps au sein d’une même classe d’âge vers une valeur de 1.

Le cycle de reproduction de l’huître creuse est composé de deux phases bien distinctes : une phase de maturation saisonnière des produits sexuels, la gamétogenèse, et une phase de vie larvaire. Les périodes de transition entre ces phases sont brèves, il s’agit de la fécondation et de la fixation. Au cours de la première phase, les géniteurs adultes sessiles maturent un grand nombre de gamètes. Cette maturation commence à la fin de l’hiver ce qui, sur les côtes françaises, correspond généralement à des températures de l’eau de 8 à 11°C. A cette période, l’huître entre dans une période d’instabilité où des conditions favorables pourront déclencher l’émission des gamètes. L’émission des gamètes s’effectue donc principalement au cours des mois de juillet ou d’août. L’émission des gamètes chez l’huître creuse se traduit chez la femelle par de violents mouvements valvaires. Ceci rend la ponte de la femelle détectable au moyen d’un enregistrement de l’activité valvaire. Chez le mâle, c’est une importante action des cils qui propulse les spermatozoïdes à l’extérieur. Cette émission de gamètes peut être partielle ou totale en fonction de la quantité de gamètes et des conditions du milieu. Sa durée peut aller de quelques minutes à plus d’une heure. Elle a lieu préférentiellement durant le flot de la marée. L’importance de l’émission et sa synchronicité sont des facteurs de succès de la cohorte larvaire qui en résulte. A partir de ce moment débute la vie larvaire de l’huître creuse. La larve commence sa vie au stade de larve trochophore avant de rapidement devenir une larve véligère, au bout de 24h environ. A ce stade, elle mesure seulement 60 µm et vit encore de ses réserves énergétiques. Elle devient strictement planctotrophe, c’est à dire qu’elle se nourrit du phytoplancton, au bout de 5 jours environ. La larve véligère dispose d’un velum, une sorte de voile cilié, qui lui sert à se déplacer et à capturer ses proies. La coquille formée de deux valves, ou prodissoconque, est déjà présente. A la fin de la vie larvaire, lorsqu’elle atteint les 300 µm, la larve se munit d’un pied, elle devient pédivéligère. Cet organe va lui permettre de ramper pour choisir le substrat sur lequel elle va se fixer. C’est aussi cet organe qui sécrétera le ciment pour la fixation. Quand arrive le moment de la fixation, la larve nage grâce à son velum, à la recherche d’un support solide, libre de vase ou de limon. Elle y fixe son pied et commence à ramper, le vélum rétracté, explorant ainsi la surface atteinte, se déplaçant valves en avant, allant et rampant « comme un chien préparant sa niche »[. . .] Lorsqu’elle est prête à se fixer, la charnière surélevée, se balançant d’arrière en avant, et d’un côté à l’autre, elle expulse le contenu de la glande byssogène « comme d’un tube de seccotine » (Yonge, 1960), se tourne aussitôt sur la valve gauche qui s’applique à la goutte de ciment qui va durcir en quelques minutes et la maintiendra attachée. C’est donc par le bord supérieur de la valve gauche qu’elle se fixe et non par la charnière comme on le croit parfois. La larve, si elle peut explorer plusieurs substrats différents, ne peut se fixer qu’une seule fois. La présence d’un substrat adaptée à la fixation conditionne ainsi naturellement le captage. Un comportement grégaire des larves a été montré chez C. virginica, les larves se fixent préférentiellement sur les substrats où des huîtres sont déjà présentes (Hidu, 1969). Des éléments chimiques semblent être responsables de ce phénomène dans le milieu naturel (Crisp, 1967). Ainsi, l’epinephrine est connue pour induire la métamorphose chez C. gigas tandis que la L-3,4-dihydroxyphenylalanine (L-DOPA) induit un comportement de fixation (Coon et al., 1990). A l’aide de ces stimulants chimiques, il a été montré une déconnection entre le comportement de fixation et la métamorphose et plus particulièrement la possibilité pour la larve de C.

Hermaphrodisme et Fécondation Interne

L'huître plate est hermaphrodite, ce qui signifie qu'elle peut changer de sexe plusieurs fois au cours de sa vie, souvent pendant l'été. Ce phénomène est influencé par des facteurs environnementaux et physiologiques, mais les mécanismes exacts qui le régissent restent encore à l'étude.

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Contrairement à la plupart des autres espèces d'huîtres, la fécondation chez l'huître plate est interne. Le mâle, toujours aussi peu passionné, lance ses spermatozoïdes dans l’eau pour qui en veut, et la femelle les attrape au vol pour les féconder. Les spermatozoïdes émis dans l'eau sont filtrés par d'autres individus. Une fois ceci fait, elle expulse les larves de sa coquille, où elles connaîtront le même type de développement que les Crassostrea.

Développement Larvaire

Les larves se développent pour être évacuées une dizaine de jours plus tard (taille : 0,2 mm). L'animal est alors ardoisé. A chaque ponte, l'huître émet de 500 000 à 1 500 000 larves, qui de blanchâtres deviennent grises en se développant. Selon la température de l'eau, la phase planctonique dure de cinq jours (26 °C) à 14 jours (17 °C). Après métamorphose, les larves planctoniques se fixent en rampant sur un support solide grâce à leur « pied », par sécrétion d'un liquide qui devient solide au contact de l'eau. A ce stade, elles mesurent moins d'un mm : on les appelle naissains. En général, elles cherchent une profondeur entre 1 et 7 m sous les basses eaux, même si elles peuvent supporter momentanément l'absence d'eau. Elles se fixent par quelques filaments de byssus, en attendant que cette glande sécrète une substance collante.

L'Importance de la Température

La température de l'eau est un facteur crucial pour la reproduction de l'huître plate. Pour qu’elle se reproduise, la température de l’eau doit rester sous 15 °C l’été. La gamétogenèse commence à la fin de l’hiver ce qui, sur les côtes françaises, correspond généralement à des températures de l’eau de 8 à 11°C. L’huître plate initie sa reproduction dès que les masses d’eau dépassent 17°C, l’huître creuse attend les 18-19°C.

Impact du Réchauffement Climatique

L’océan absorbe plus de 90% de l’excès de chaleur et plus de 30% des émissions de dioxyde de carbone (CO2) atmosphérique. Il joue donc un rôle essentiel de régulateur du climat à l’échelle mondiale. Le revers de la médaille est que l’océan de surface (0-300 m) s’est réchauffé d’environ 0,11°C par décennie depuis 1971. Selon le scénario le plus pessimiste du Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat (GIEC ; RCP 8.5), la température pourrait augmenter d’environ 4°C d’ici la fin du siècle et le pH (potentiel hydrogène) de l’océan global, actuellement de 8,1, pourrait encore diminuer de 0,32 unités, ce qui correspondrait à une augmentation de son acidité de 110%. Animal ectotherme, l’huître ne régule pas sa température interne et dépend des conditions thermiques de son environnement. Pour l’huître creuse, d’un point de vue biogéographique, 50 ans après son introduction, la reproduction est maintenant possible un peu partout en Europe… jusqu’en Norvège. Cela représente un déplacement de 1400 km vers le nord depuis son point d’introduction en France. Mais sur la côte méditerranéenne, les canicules des dernières années inquiètent un peu plus les scientifiques. Ainsi, dans la lagune de Thau - le principal site ostréicole de Méditerranée-, lors des canicules de 2018 et 2019, l’eau a atteint une salinité record de 42 PSU et une température frôlant les 30°C associée à une baisse des concentrations en oxygène dissous dans l’eau. Très proches des limites physiologiques de l’huître creuse, ces conditions déstabilisent les biocénoses benthiques et modifient les communautés planctoniques dont l’huitre se nourrit. Elles favorisent par exemple des espèces de très petite taille tolérant ces grandes variations environnementales. Or ces espèces planctoniques sont sans intérêt alimentaire pour l’huître provoquant ainsi un arrêt de leur croissance, un amaigrissement et une mortalité accrue.

Menaces et Conservation

Les huîtres sont des invertébrés marins essentiels dans nos écosystèmes côtiers. Ces architectes de l’environnement rendent de nombreux services écosystémiques tout en soutenant une activité économique florissante et structurante des paysages littoraux. Depuis plusieurs millions d’années, ils sont à l’origine de l’édification d’épaisses couches de roches sédimentaires essentielles à l’équilibre planétaire et démonstratives de leurs formidables capacités biogéniques. Mais avec l’Anthropocène, ces colosses géologiques affrontent sans répit : surexploitation, destruction d’habitat, introduction de maladies, réchauffement climatique et pollutions de tous types. Un peu comme l’abeille en milieu terrestre, mais en moins photogénique, cette espèce ingénieur est vraiment une clé de voûte du milieu marin, mais elle est menacée et il conviendrait d’y prêter plus d’attention. Si le recrutement des jeunes huitres échoue plusieurs fois de suite, la population décline et peut disparaître surtout si d’autres facteurs défavorables s’en mêlent comme les pressions anthropiques multiples et variées. Dans ce cas particulier d’espèces-ingénieurs d’écosystème, les répercussions en cascade affectent la distribution, la structure des communautés, la biodiversité et parfois l’écosystème en entier.

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Destruction de l'Habitat et Surexploitation

La destruction de leur habitat et la surexploitation par la pêche puis l’introduction de parasites ou de maladies par les échanges ostréicoles mondiaux ont eu des répercussions désastreuses pouvant même ruiner localement des économies maritimes. Ces populations résiduelles et affaiblies deviennent rapidement des proies faciles pour des prédateurs naturels et introduits ! Cette ultime pression régulière peut entraver définitivement le rétablissement de la population.

Acidification des Océans

Une hausse de l’acidité de l’eau réduit la disponibilité du carbonate de calcium qui est une brique minérale essentielle utilisée par les organismes calcifiants, comme les huîtres, pour fabriquer leurs coquilles. Une acidification sévère pourrait même entraîner la dissolution de ces coquilles. Les eaux littorales, peuplées par nos coquillages favoris, sont naturellement plus acides et variables en pH que la pleine mer, mais elles pourraient le devenir de façon accrue et permanente. Les études scientifiques montrent en effet que l’huître creuse, aux stades juvénile et adulte, pourrait assez bien résister à l’acidification des océans attendue en 2100. Par exemple, il a été montré qu’en laboratoire, la croissance des huîtres n’est altérée qu’en deçà d’un pH de 7,1. Par contre, pour les deux espèces, le stade larvaire pourrait constituer une phase beaucoup plus sensible : par exemple, sur la larve de C. gigas, un ralentissement de la croissance et une diminution de la survie sont observés dès que le pH passe en dessous de 7,6.

Initiatives de Restauration

Sur le plan international, les récifs d’huîtres natives font l’objet d’une attention très particulière organisée au sein de différents réseaux scientifiques et au travers du congrès annuel de l’ICSR (International Conference on Shellfish Restoration). En France, l’huître plate, seule huître native et endémique d’Europe, a longtemps été oubliée par le code de l’environnement. Depuis 1992, la Directive Européenne Habitat Faune Flore prévoit « le maintien d’un état favorable des habitats voire leur restauration » et depuis 2008, la convention OSPAR (Oslo-Paris) liste les récifs d’huîtres plates comme un habitat « en danger critique d’extinction ». De plus, une alliance mise en place récemment à l’échelle de l’Europe (NORA - Native Oyster Restoration Alliance) commence aussi à être de plus en plus active sur ces questions de restauration. Cet engouement devrait prendre de l’ampleur à compter de 2021 dans le cadre de la décennie des Nations Unis pour la restauration des écosystèmes (UN Decade on Ecosystem Restoration).

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