L'hématome rétroplacentaire est une complication obstétricale grave, mais relativement rare, qui survient pendant la grossesse. Il est crucial d'informer et de soutenir les femmes enceintes face à cette pathologie. Cet article vise à fournir des informations claires et des témoignages poignants pour mieux comprendre cette condition.

Qu'est-ce qu'un Hématome Rétroplacentaire ?

L’hématome rétroplacentaire se manifeste par un gros caillot de sang qui se forme soudainement entre le placenta et l'utérus, résultant de l’éclatement d’un petit vaisseau du placenta, comme l'explique le Dr Eve Mousty. Le placenta se décolle alors sur une surface plus ou moins étendue. Cette complication, heureusement assez rare (moins de 1% des grossesses), apparaît le plus souvent au 3ème trimestre de grossesse.

Symptômes et Diagnostic

Une douleur brutale et violente dans le ventre, ressemblant à une contraction persistante, est un signe caractéristique d’un hématome rétroplacentaire, selon la gynécologue. L’examen révèle souvent un utérus de bois, c’est-à-dire un utérus très dur. Des saignements noirs, peu abondants car il s’agit de sang coagulé, sont fréquemment observés. La future mère peut également ressentir des malaises ou constater une diminution des mouvements fœtaux.

Devant tout saignement, une future mère doit se rendre au service des urgences de la maternité la plus proche. La description des symptômes peut aboutir à une suspicion de décollement placentaire. Lorsque les tests sanguins et la fréquence cardiaque fœtale confirment le pré-diagnostic, il n'y a pas de traitement possible.

Risques et Complications

L’hématome rétroplacentaire est l’une des plus graves situations d’urgence en obstétrique, selon les spécialistes. Les risques concernent tant le futur bébé que sa maman. La partie décollée du placenta ne peut plus bien jouer son rôle de « plate-forme » des échanges (de sang et d’oxygène notamment) entre la maman et le fœtus. Le fœtus peut alors manquer d’oxygène (hypoxie), ce qui peut entraîner une souffrance fœtale et, dans les cas les plus graves et en l’absence de prise en charge, une mort fœtale in utero. En cas de décollement placentaire chronique, des troubles de la croissance et de l'oligohydramnios (manque de liquide amniotique) peuvent être constatés.

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Prise en Charge et Traitement

Une césarienne en urgence est pratiquée afin de faire naître le bébé au plus vite, car il est en danger. Dans certains cas, un accouchement par voie basse peut être envisagé, notamment lorsque l'examen du sang de la future mère est stable, la fréquence cardiaque fœtale n'est pas en déclin et qu'aucun placenta praevia (ou toute autre contre-indication d'accouchement vaginal) n'est constaté. En fonction de l'avancée de la grossesse, l'enfant peut donc naître prématuré de plusieurs semaines.

Causes et Prévention

L’origine de cette pathologie est généralement liée à des perturbations de la circulation sanguine dans le placenta. On ne peut malheureusement pas toujours prévoir la survenue d’un hématome rétroplacentaire, surtout lors d’une première grossesse. En revanche, si une femme a déjà rencontré un décollement placentaire lors d'une précédente grossesse, elle fera l’objet d’une surveillance particulière pour toute autre grossesse, en raison du risque de récidive. Cela passera notamment par un Doppler, qui permet de mesurer le flux sanguin des artères utérines. S’il présente des anomalies, une surveillance rapprochée du bébé sera mise en place et pourra conduire à une hospitalisation, puis à un déclenchement de l’accouchement si des signes de récidive apparaissent.

Témoignages et Expériences Vécues

Le témoignage de la perte et de l'espoir

Une maman partage son expérience déchirante : « J'ai commencé à perdre du sang un mois avant, plusieurs tours aux urgences mais à chaque fois ça allait… Ne vous inquiétez pas, ça arrive souvent, pas d'inquiétude. Jusqu'au jour de mon rdv mensuel où la sf m'a annoncé que bébé était en rciu et qu'il n'y avait presque plus de liquide amniotique. J'avais fissuré la poche sans m'en rendre compte. En effet je perdais beaucoup de sang et c'était mélangé, je n'avais pas réalisé… J'ai été hospitalisée le lendemain de ce rdv car je perdais encore beaucoup de sang, c'était un mercredi. Là j'ai appris que j'avais un hématome de 9cm, causé par un décollement du placenta. C'est ce qui engendrait tous ces saignements. Ma fille est décédée le dimanche suivant et est née sans vie le lundi. Ces 4j à l'hôpital ont été les plus longs de ma vie. Attendre à chaque doppler d'entendre que c'était fini, justement ne rien entendre. Au rdv post natal, j'ai appris suite à l'anapath du placenta que le cordon était en insertion marginale. C'est-à-dire que le départ du cordon ombilical n'était pas au centre du placenta mais plus sur un côté. Ça crée alors des difficultés dans les échanges et tout ce qui en a suivi. On m'a dit que c'était une des complications possibles de l'utérus bicorne. Je peux te rassurer en te disant que ça ne s'est pas reproduit. Ma fille babyhope a 6 mois . Évidemment la grossesse a été très difficile moralement, alors que physiquement c'était comme pour mon aîné, super, en forme, j'adore être enceinte. Mais bien sûr, psychologiquement c'est autre chose. J'avais peur presque toute la grossesse de perdre du sang, de ne plus la sentir bouger. J'ai passé beaucoup de temps aux toilettes à vérifier. Jusqu'à cette nuit où j'ai perdu les eaux (en pleine nuit comme la première nuit où j'avais perdu du sang pour mon ange), j'étais terrorisée avant d'aller vérifier aux toilettes. Mais non, ma poupette avait décidé d'arriver quand elle le voulait, 4j avant la césa programmée. Aujourd'hui je pense toujours tous les jours à ma Léonie mais de manière beaucoup plus apaisée et avec le sourire. Elle est passée dans nos vies, elle est dans notre famille dans nos cœurs, elle n'est pas un hasard. Aujourd'hui Albane est notre , notre rayon de soleil, un amour de bébé qui sourit tout le temps. Notre revanche, notre victoire. »

Ce témoignage poignant illustre la douleur de la perte, mais aussi l'espoir et la joie retrouvés avec l'arrivée d'un autre enfant.

Expérience d'un hématome en début de grossesse

Une autre femme raconte son expérience d'un hématome en début de grossesse : « J’ai saigné pendant le premier trimestre de ma grossesse. Saviez-vous que cela était possible ? Voici mon témoignage pour vous apporter du soutien si vous traversez cette épreuve aussi. Bonjour à toutes les futures mamans ! Aujourd’hui je vais parler aux femmes enceintes qui rencontreraient le problème que j’ai eu au début de la grossesse c’est-à-dire des saignements dû à un hématome dans l’utérus. Qu’est-ce qu’un hématome de début de grossesse ? C’est une poche qui se forme dans l’utérus, à côté de l’enfant par exemple, sur la paroi et qui grossit au fur et à mesure parce que c’est un hématome et cela provoque des saignements (pas des petits saignements…). Pourquoi je vous en parle ? Je ne trouvais pas les réponses à mes questions, ni de témoignages de femmes ayant vécues la même chose. Du coup, pour moi c’est important d’en parler pour que des femmes qui ont ce problème-là puissent écouter et se sentir moins seule à ce sujet. À l’époque, je n’avais pas vraiment d’informations… Par exemple, je sentais qu’il fallait que je sois arrêtée et que je reste au lit et pourtant on ne m’a pas forcément arrêtée beaucoup. Je retournais tout le temps au travail. Voilà pourquoi j’ai voulu faire cette vidéo. »

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Elle décrit les symptômes initiaux, la peur de la fausse couche et le manque d'informations claires de la part des professionnels de santé. Elle souligne l'importance de s'écouter et de se reposer : « Si vous sentez que vous ne pouvez pas retourner au travail, il faut demander un arrêt, parce que quand on a un hématome et que l’on saigne, il ne faut pas faire de la route et marcher ou pas autant et faire de gros efforts, parce qu’on peut risquer de perdre notre bébé rien qu’en faisant ça. Il faut se reposer. En fait, ça nous oblige à nous reposer. »

Angoisses et surveillance accrue

"Je suis la maman d'un petit Mathis, décédé après un mois et demi de souffrance. J'ai fait un hématome rétroplacentaire et malgré une césarienne rapide, les lésions cérébrales de Mathis étaient très graves. Je suis très inquiète sur les éventualités de récidive même si les médecins m'ont dit qu'une prochaine grossesse serait très surveillée et les risques limités. Je n'ai pas eu de signes avant coureurs (douleurs notamment) juste qqs contractions non douloureuses. Toutefois, je m'interroge sur d'éventuels signes qui pourraient alerter. J'ai eu qqs temps auparavant ce que je pensais être une gastro (vomissements uniquement ttfs, une amie de ma soeur qui a aussi fait un HRP a eu les mêmes symptômes la veille de cet accident. Dans un témoignage lu sur le net, une maman mentionne aussi des vomissements qu'elle prend pour une gastro. Si vous avez été concernées par l'HRP, quels ont été selon vous les 1ers symptômes. Aucun symptome pour moi d'ailleurs tu verras probablement ça en faisant des recherches, ils parlent d'un "coup de tonnerre dans un ciel serein". En moins de 2h j'ai perdu mon bébé (en fait ça a été quasi immédiat, une fois 1/5e du placenta décollé c'est trop tard et moi tout s'est quasiment arraché d'un coup) et j'ai failli mourrir. Ce soir je n'ai pas la force de raconter à nouveau tout ça, il y a un post de Clatic qui traite du sujet, je ne sais pas si tu pourras le retrouver, il doit dater à l'origine de février 2004. Il est plein de témoignages de mamans qui ont eu des HRP. J'ai perdu mon petit Matthis le 5 mars 2004 et je suis actuellement enceinte de son petit frère. Si tu veux que nous en parlions envoie moi un mp, je te répondrai. Mais quand à trouver des symptomes avant coureurs, à part pour les femmes qui font de l'hypertension ce qui n'est pas notre cas je crois que nous garderont nos questions…Je suis effectivement surveillée de trés trés près pour cette nouvelle grossesse, mais je deviens fataliste car je sais que le HRP ne prévient pas. Mon accouchement devrait donc être déclenché une semaine avant le terme auquel j'ai perdu Matthis, et je serai hospitalisée 10 jours avant, c'est ce qui se fait en général. Manifestement les risques de récidives sont quasi nuls mais en fait quand tu as fait un HRP tu as plus de probabilité d'en faire un à nouveau qu'une femme qui n'en n'à jamais fait. Avec ça nous voilà bien avancées… Mais bon, j'ai des témoignages de mamans très rassurants (par exemple clatic, 3 bébés après : amour: aucun soucis) et en fait malgrè tout je me raccroche à l'idée que j'ai eu deux grossesses tout à fait normales avant aussi. Qu'ont ils conclu pour toi? Moi ils pensent que c'est un problème lié à une artère utérine pas assez solide mais indétectable au doppler (Matthis n'avait pas de retard de croissance d'ailleurs) En fait quand ils ne trouvent rien ils concluent à ça… Quand as tu perdu ton petit trésor? Et à quel terme?"

Ce témoignage souligne l'importance d'une surveillance accrue lors des grossesses suivantes, surtout après un HRP. La surveillance comprend généralement : aspégic nourrisson dès le début de grossesse et quasi jusqu'à la fin, écho à chaque visite (en moyenne toutes les 3 semaines et bientôt tous les 15 jours), dopplers à compter de 22 semaines en plus des échos, analyses sanguines un peu plus poussées au 6e mois, et à compter du début du 6e mois surveillance à la maison par une SF qui fait monito, prise de TA, 1 fois par semaine et à partir de la semaine 31 (j'ai perdu Matthis à 36.5 sa) 2 fois par semaine avec contrôle des urines. Enfin hospitalisation à 35 semaines et après on verra mais probable déclenchement aux alentours de 36.5sa.

Expérience d'un HRP à quelques jours du terme

Juju témoigne : « Ma grossesse se passe plutôt bien, avec les quelques désagréments habituels, nausée et fatigue, et un confirment qui viens se mettre au milieu et qui me permet de profiter de mon petit garçon un peu plus avant l’arrivée du petit deuxième. Bébé qui se développe bien, premier rendez-vous au début du 8ème mois chez le gynécologue de l’hôpital qui doit m’accoucher, tout va bien ! Le soir mon mari est parti jouer au foot avec des copains, moi je reste tranquille, couche mon fils, m’allonge pour lire et là… je me retrouve dans une mare de sang (littéralement) et je comprends tout de suite que quelque chose ne va pas avec mon bébé, j’ai peur ! Arrivée a l’hôpital, tout est allé très vite, la sage-femme me fait un monitoring, le gynéco de garde vient me voir et il dit : « Madame il faut sauver votre bébé, on part en césarienne, code rouge !« . En quelques minutes je suis sur la table, tout le monde s’affaire autour de moi, l’anesthésie agit en quelques minutes, on sort le bébé et je ne l’entends pas respirer, ni pleurer. Les minutes sont interminables, tout le monde s’agite autour de moi. »

Elle décrit la rapidité de la prise en charge et les moments d'angoisse intense.

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Hématome sous-membranaire

Caroline raconte : « Alors qu’elle savoure avec son amoureux un dernier voyage à deux, avant l’arrivée de leur bébé, Caroline est réveillée en pleine nuit par un liquide chaud qui coule entre ses jambes… Je suis assez étonnée et je crois d’abord mettre fait pipi dessus. Cela ne m’est encore jamais arrivé mais bon je me dis : “voilà, encore un truc de la grossesse… je vais gérer”. Sauf qu'en allant aux toilettes dans l’obscurité, j'ai la sensation que ce n'est pas de l'urine qui coule mais quelque chose de plus visqueux… Et, en effet, en allumant la lumière je vois que c’est du sang ! Il y en a partout, du lit jusqu'aux toilettes ! Moment de panique ! Tout défile dans ma tête : le bébé et la peur face à la quantité de sang perdu. »

Elle souligne l'importance du soutien psychologique après de tels événements : « Les premiers mois de vie de Taho ne sont pas si simples, beaucoup de pleurs et de questionnements sur mon bébé, et un lien d'attachement qui ne me semble pas si évident. Je finis par comprendre, grâce à un soutien psychologique, que l'épisode qu’on a vécu au cinquième mois n'y est pas pour rien. J’ai subi une forme de traumatisme avec des images qui ont continué à tourner dans ma tête, même après notre retour en France, et beaucoup d'incertitudes sur la venue de ce bébé. Inconsciemment, je me suis protégée, j'ai mis des barrières émotionnelles entre mon bébé et moi car je ne savais pas si ça irait pour lui. »

Soutien Psychologique

Les témoignages révèlent l'importance cruciale du soutien psychologique pour les femmes ayant vécu un hématome rétroplacentaire. La peur, l'angoisse et le traumatisme peuvent avoir des conséquences durables. Il est essentiel de parler de ses émotions, de se faire accompagner par des professionnels et de trouver du soutien auprès de ses proches et d'autres mamans ayant vécu des expériences similaires.

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