L'opposition, l'agitation et les colères chez le jeune enfant sont un motif fréquent de préoccupation des parents. Faut-il considérer qu’il s’agit d’un simple passage ? Comment le prendre en charge ? Certains considèrent même qu’il peut s’agir d’une phase du développement de l’enfant. Quoi qu’il en soit, c’est l’intensité de ces comportements, leur fréquence, les mises en danger, le prolongement dans le temps des difficultés et leur retentissement sur l’enfant dans son quotidien ainsi que sur le vôtre qui doivent alerter et inciter à demander de l’aide.
Le Trouble Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité (TDAH) est un trouble neurodéveloppemental qui affecte la concentration, le contrôle des impulsions et parfois l’hyperactivité. Il est essentiel de comprendre les manifestations du TDAH chez les jeunes enfants, notamment ceux de 3 ans, afin de mettre en place une prise en charge précoce et adaptée.
Qu'est-ce que le TDAH ?
Le TDAH est un trouble du neurodéveloppement, c’est à dire du développement des neurones - et donc du cerveau. Il touche environ 5 % des enfants en France, et persiste dans 2/3 des cas à l'âge adulte. Le TDAH se caractérise la plupart du temps par :
- des difficultés d’attention : l’enfant perd souvent les objets nécessaires à son travail ou à ses activités. Il est distrait, semble ne pas écouter quand on lui parle. Il est difficile pour lui d’organiser ses activités et ses travaux.
- des problèmes de gestion de l’impulsivité : l'impulsivité s'observe par la prise de décisions irréfléchies.
- des symptômes d’hyperactivité : l'hyperactivité se caractérise par une grande excitation, le plus souvent physique. Dans ces deux derniers cas, ces comportements sont dus à un manque d'inhibition. Les principaux signes d’hyperactivité et d’impulsivité peuvent être un enfant qui court, saute, crie alors que la situation n’est pas propice à cela. Cela peut également se caractériser par des difficultés à attendre son tour.
Symptômes du TDAH chez l'enfant de 3 ans
Identifier un TDAH nécessite une évaluation approfondie menée par un professionnel de santé spécialisé, tel qu’un psychiatre, un psychologue ou un pédiatre. Les signes du TDAH sont de plusieurs catégories. Généralement, ce sont les parents qui vont les repérer. Un enfant atteint de TDAH peut avoir du mal à se concentrer sur une tâche ou une activité, même si celle-ci est courte.
Voici les symptômes fréquemment observés chez les enfants de 3 ans pouvant évoquer un TDAH :
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- Difficultés d'attention :
- L’enfant perd souvent les objets nécessaires à son travail ou à ses activités.
- Il est distrait, semble ne pas écouter quand on lui parle.
- Il est difficile pour lui d’organiser ses activités et ses travaux.
- Incapacité à aller jusqu’au bout d’une tâche.
- À l’inverse, l’enfant peut manifester une hyperattention pour certains sujets ou certains détails.
- Faible appétence pour les tâches complexes ou nécessitant de la réflexion, de se « prendre la tête ».
- Hyperactivité :
- Agitation motrice excessive, difficulté à rester assis ou à jouer calmement.
- L'hyperactivité se caractérise par une grande excitation, le plus souvent physique.
- L'enfant court, saute, crie alors que la situation n’est pas propice à cela.
- Impulsivité :
- Difficulté à attendre son tour.
- L'impulsivité s'observe par la prise de décisions irréfléchies.
- L’impulsivité s’explique par le fait que le patient TDAH voit ses actions principalement guidées par ses émotions.
- Comportements malveillants. Cet item est souvent dur à comprendre et à appréhender pour l’entourage.
- Difficultés de concentration l’empêche de mesurer sur le long terme les conséquences de ses actes.
- L’enfant dit régulièrement: « c’est plus fort que moi ».
- Autres signes :
- Chutes, hématomes par maladresse. L’enfant présente de grandes difficultés à faire attention à son corps dans l’espace.
- Procrastination majeure. L’enfant paraît alors provocant ou paresseux.
Il est important de noter que ces symptômes doivent être persistants (au moins 6 mois) et se manifester dans différents contextes (à la maison, à la crèche, etc.) pour évoquer un TDAH.
Difficultés relationnelles et TDAH
On ne s’en rend pas compte spontanément, mais l’interaction avec l’autre est une opération cognitive complexe. En effet, pour communiquer correctement, il faut faire attention à ce qu’on veut dire, à la forme qu’on emploie, au ton, à ses propres émotions, à ce que dit, l’autre, aux émotions de l’autre, aux émotions. En d’autres termes, cette avalanche de paramètres simultanés nécessite énormément d’attention. Par conséquent, l’enfant présentant un TDAH est naturellement mis en difficulté par les contraintes inhérentes à la relation à l’autre. Des difficultés relationnelles avec les pairs sont retrouvées chez 50 à 70 % des jeunes atteints de TDAH. Plus précisément, ils sont plus souvent victimes de stigmatisation, de rejet et de victimisation de la part de leurs pairs, ce qui est associé à des conséquences négatives à long terme, dont des difficultés sociales persistantes. Les enfants souffrant de TDAH prennent moins le temps d’observer le fonctionnement d’un groupe social qu’ils ne connaissent pas avant d’initier un premier contact.
Démarche diagnostique
Même si les comportements d’opposition, de colère, d’agitation sont fréquents à l’âge préscolaire, leur permanence, leur sévérité et leur retentissement doivent inciter à une démarche diagnostique et une prise en charge. Dès cet âge, une démarche diagnostique spécifique du TDAH qui inclut la recherche des facteurs de risques et des troubles associés peut également être menée.
Le diagnostic de TDAH est posé par un médecin, le plus souvent un neuropédiatre ou un pédopsychiatre pour les enfants. Le diagnostic du TDAH est clinique. Il repose sur l’observation de symptômes persistants d’inattention et d’hyperactivité/impulsivité depuis l’enfance. Le médecin de premier recours comme le médecin traitant, grâce à sa proximité avec l’enfant et sa famille, est central dans l’établissement d’un pré-diagnostic, en prenant en compte la durée, la fréquence et le contexte des symptômes.
La démarche diagnostique est avant tout clinique. C’est le Trouble Oppositionnel avec Provocation qui est le plus fréquent et qui est retrouvé dans plus de la moitié des cas. Peuvent également être associés des troubles du développement du langage ou des coordinations motrices dans près d’un quart des cas. D’autres troubles neurodéveloppementaux comme les tics, ou le Trouble du Spectre de l’Autisme peuvent également être associés. Le test de QI (évaluation de plusieurs fonctions cognitives et du niveau de fonctionnement cognitif global) le plus utilisé est le WPPSI (Wechsler Preschool and Primary Scale of Intelligence). Certains tests visant à évaluer plus spécifiquement les fonctions attentionnelles et exécutives peuvent être réalisés à partir de l’âge de 5 ans. Des prises en charge spécialisées du TDAH existent à cet âge là.
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Pour savoir si l’on est atteint d’un TDAH, il faut observer la présence de symptômes tels qu’un manque d’attention, une impulsivité marquée, une agitation constante, et des problèmes d’organisation. Ces symptômes doivent être persistants depuis l’enfance et affecter plusieurs aspects de la vie quotidienne.
Quand repérer les premiers signes du TDAH ?
C’est très souvent à l’école que l’on repère les premiers signes du TDAH. On observe un fléchissement voire des difficultés scolaires qui peuvent s’avérer très importantes.
- Passage de la petite section de maternelle au CP. En effet, la maternelle est une période de découverte, respectant le rythme de l’enfant. De plus, elle ne lui demande qu’une faible quantité de contrainte. A l’inverse, à partir du CP, le cadre devient plus rigide, avec une obligation de respecter des règles, notamment dans l’apprentissage.
- Arrivée en sixième. Cette étape s’avère complexe parce que c’est le début de l’apprentissage des concepts abstraits. De plus, c’est le début de l’adolescence. L’enfant devenant adolescent voit son attention déjà faible se disperser dans d’autres sujets jusque-là peu importants à ses yeux. En effet, c’est l’essor des besoins de liberté, d’identité, d’appartenance groupale.
- Lycée. Le lycée est très compliqué parce qu’outre les problématiques adolescentes, on demande aux enfants de faire des choix.
On voit que toutes les périodes de transition sont des moments de vulnérabilité. En effet, toute situation nouvelle nécessite un surcroît d’attention afin de s’adapter. Souvent, l’enfant réussit les tâches bien mieux à la maison ou en petits groupes, qu’à l’école. Le manque d’attention crée chez l’enfant une tension interne importante. Cette dernière s’exprime ainsi de façon inadaptée, ou l’enfant peut adopter des comportements exutoires.
Prise en charge du TDAH chez l'enfant de 3 ans
La prise en charge précoce de ces difficultés est primordiale, même en amont de la confirmation d’un éventuel diagnostic, afin de prévenir le plus possible des conséquences délétères pour l’enfant sur le plan scolaire, familial, social et psychologique. Des prises en charge spécialisées du TDAH existent à cet âge là.
La prise en charge du TDAH est multimodale et peut inclure :
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- Aide aux parents : Une aide destinée aux parents sous forme de programmes de psychoéducation et de guidance. Le programme triple P de parentalité dite positive destinée aux parents d’enfants et adolescents de 0 à 12 ans. Il se définit de la sorte : “un programme de soutien à la parentalité qui ne dit pas comment être parent, mais consiste plutôt en une trousse à outils et à idées. Vous choisissez les stratégies dont vous avez besoin et la façon dont vous voulez les mettre en pratique. Bref, tout ce qu’il faut pour que Triple P fonctionne pour vous”.
- Aménagements scolaires : Des aménagements scolaires pour éviter le plus possible la stigmatisation des comportements négatifs, le sentiment de rejet et le retentissement académique mais aussi sur l’estime qu’a l’enfant de lui-même.
- Prise en charge comportementale : Une prise en charge comportementale pour les enfants qui vise à ce que l’enfant ait une meilleure prise de conscience de ces comportements et notamment des mises en danger et obtenir des modifications de comportement avec l’utilisation de contrats de comportement ou de tableaux à points par exemple. Il inclut des thérapies comportementales, cognitives et éducatives. D’autres ressources sont disponibles, comme les programmes de guidance pour les parents et les enseignants.
- Traitement médicamenteux : Le traitement médicamenteux est un traitement de seconde intention et doit faire l’objet d’un avis spécialisé. Le traitement médicamenteux par méthylphénidate n’a pas l’autorisation de mise sur le marché avant 6 ans. La présence ainsi que l’attention soutenue des parents envers les enfants atteints de TDAH sont primordiaux. Les enfants atteints de TDAH vont avoir besoin de beaucoup de pédagogie et d’attention afin d’organiser autour d’eux un cadre nécessaire à leur épanouissement. Dans ce contexte, les médicaments utilisés sont de la famille des psychostimulants. Ils permettent de créer une concentration plus importante et durable chez l’enfant. La seule molécule commercialisée en france est le Méthylphénidate (Ritaline). Elle agit sur des molécules transmettrices des messages nerveux (dopamine et noradrénaline) et permet d’accentuer la concentration de l’enfant ou de l’adulte. La pluridisciplinarité est une nouvelle fois la solution pour accompagner l’enfant vers un épanouissement et une guérison. Les psychothérapies de soutien, l’aide éducative, les groupes de parents, la relaxation / méditation, la phytothérapie ou bien encore les groupes de classes réduits participent à la prise en charge de ce trouble de l’attention.
Causes possibles du TDAH
Les causes du TDAH sont multiples et probablement imbriquées. Les TDAH - Troubles du Déficit de l'Attention avec ou sans Hyperactivité - peuvent être dus à :
- la génétiques
- des causes auto immunes (c’est à dire que les cellules de notre corps humains se retournent contre nous - en quelques sortes)
- la consommation d’alcool durant la grossesse…
Mais plus fréquemment, il semblerait que l’environnement joue un rôle essentiel dans la genèse de ce trouble. En effet, de nombreuses études ont montré que l’exposition in utero ou après la naissance à certaines substances était en lien avec le développement d’un TDAH :
- les additifs alimentaires comme le benzoate de sodium
- les pesticides organophosphorés
A contrario, l’allaitement maternel (comme recommandé par la Haute Autorité de Santé) jusqu’à 6 mois minimum aurait un effet protecteur contre le TDAH, lié à la composition du lait. Par ailleurs, de récentes études ont montré la nocivité des écrans chez les enfants, avec une recrudescence des cas de TDAH chez les enfants ayant une exposition élevée aux TV, smartphones, tablettes…
L'exposition aux écrans chez les enfants : la règle des 3-6-9-12
La règle des “3-6-9-12” vous aidera à doser l'exposition aux écrans de vos enfants. La voici :
- 3 comme… Pas d’écran avant 3 ans
- 6 comme… Pas de console de jeu portable avant 6 ans
- 9 comme… Pas d’internet avant 9ans / internet accompagné jusqu’à l’entrée au collège
- 12 comme… Internet seulement à partir de 12 ans tout en instaurant des règles de temps.
TDAH chez l’adulte
Le TDAH chez l’adulte est souvent moins reconnu et diagnostiqué que chez l’enfant. Le TDAH peut avoir un retentissement profond sur le quotidien. Dans le cadre professionnel, les personnes atteintes de TDAH peuvent avoir du mal à se concentrer, à respecter les délais et à organiser leurs tâches, ce qui peut entraîner une baisse de productivité, des conflits avec les collègues et des opportunités de carrière limitées. Sur le plan familial, le TDAH peut engendrer des tensions et des incompréhensions. Les adultes atteints de TDAH peuvent avoir du mal à gérer les responsabilités domestiques, à suivre les routines familiales et à maintenir une communication claire et cohérente avec leurs proches. La vie sociale d’une personne avec TDAH peut également être affectée. L’impulsivité et l’hyperactivité peuvent rendre difficile le maintien de relations stables et harmonieuses. Concernant la santé mentale, très souvent l’estime de soi est significativement affectée chez les adultes atteints de TDAH. Les femmes atteintes de TDAH peuvent éprouver des difficultés à gérer leurs responsabilités professionnelles et familiales, ressentant une surcharge mentale et une frustration. Le TDAH persiste à l’âge adulte dans 2/3 des cas. Il est admis que :
- 1/3 des enfants atteints guériront à l’âge adulte avec une disparition des symptôme
- 1/3 auront une persistance des symptômes avec bonne tolérance dans la vie quotidienne
- 1/3 garderont des symptômes francs * avec des difficultés à les gérer.*
Dans la majorité des cas, les adultes conservant des symptômes de TDAH mal tolérés souffrent de dépendance aux jeux vidéos, aux écrans et/ou aux substances addictives (telles que les anxiolytiques - benzodiazépines - ou drogues en tout genre). Chez l’adulte atteint de TDAH, un traitement médicamenteux associé à des aides psychologiques permettent d’améliorer sa condition de vie. Il apparaît dans plusieurs études que les associations avec travail en groupe et les échanges entre patients atteints permettent d’améliorer la symptomatologie et la tolérance de la maladie.
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