L'allaitement maternel est une pratique naturelle et bénéfique tant pour la mère que pour l'enfant. Bien qu'il s'agisse d'un acte universel, sa durée et sa prévalence varient considérablement d'un pays à l'autre, influencées par des facteurs culturels, socio-économiques et politiques. Cet article examine les statistiques de durée d'allaitement dans différents pays, en mettant en lumière les disparités et les facteurs qui les sous-tendent.
L'allaitement maternel : un enjeu de santé publique mondial
L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) recommande un allaitement maternel exclusif pendant les six premiers mois de la vie de l'enfant, suivi d'un allaitement partiel jusqu'à l'âge de deux ans ou plus. Cette recommandation repose sur des preuves scientifiques solides démontrant les nombreux avantages de l'allaitement pour la santé de l'enfant et de la mère. D'après une étude internationale, généraliser l’allaitement maternel permettrait d’éviter, chaque année, la mort de 823 000 enfants de moins de 5 ans dans le monde, et de prévenir plusieurs pathologies infantiles. Cette pratique réduirait aussi de 20 000 le nombre annuel de décès par cancer du sein.
Avantages pour l'enfant :
- Réduction du risque de mortalité infantile, en particulier dans les pays à faibles revenus. Dans les pays pauvres, le risque de mortalité, dans les six premiers mois, est huit fois inférieur lorsque les nourrissons bénéficient d’un allaitement maternel complet, par rapport à ceux qui en sont totalement privés.
- Protection contre les infections, notamment les diarrhées et les infections respiratoires. La tétée éviterait en particulier la moitié des épisodes de diarrhée et un tiers des infections respiratoires.
- Réduction du risque de mort subite du nourrisson. Dans les pays riches, l’allaitement y réduit de 36 % le risque de mort subite du nourrisson.
- Protection contre certaines maladies chroniques, telles que l'obésité et le diabète. Le lait maternel assure une protection « probable » contre le surpoids et l’obésité, de même que contre le diabète.
Avantages pour la mère :
- Réduction du risque de cancer du sein et de l'ovaire. L’allaitement maternel permettrait d’éviter non seulement 20 000 décès annuels par cancer du sein, mais encore de les protéger contre le cancer de l’ovaire.
- Aide à la perte de poids après l'accouchement.
- Renforcement du lien mère-enfant.
Disparités régionales et facteurs d'influence
Malgré les recommandations de l'OMS, la durée et la prévalence de l'allaitement maternel varient considérablement d'un pays à l'autre. Globalement, un peu plus d’un enfant sur cinq seulement est allaité au sein - au moins partiellement - jusqu’à 12 mois dans les pays à revenus élevés, alors qu’ils le sont quasiment tous dans les pays à faibles ou moyens revenus. Pour autant, dans ces derniers, seul un enfant sur trois est nourri exclusivement au sein jusqu’à 6 mois. Au-delà de 20 mois, quatre enfants sur dix ne reçoivent plus de lait maternel dans les pays à bas revenus, et plus de huit sur dix dans ceux à hauts revenus.
Pays à revenus élevés :
Dans les pays riches, le taux d’allaitement maternel des enfants d’1 an est le plus faible au Royaume-Uni (0,5 %), en Irlande (2 %) et au Danemark (3 %), très en deçà des chiffres du Japon (60 %), de la Norvège (35 %), de la Finlande (34 %), des Etats-Unis (27 %), de l’Espagne (23 %) ou de l’Allemagne (23 %). En France, ce pourcentage n’est que de 9 % et une précédente étude, parue en septembre 2015, le situait même autour de 5 %.
Plusieurs facteurs peuvent expliquer ces faibles taux :
Lire aussi: Solutions pour la chute de cheveux après l'accouchement
- Facteurs culturels : Dans certaines cultures occidentales, l'allaitement maternel est moins valorisé et perçu comme moins pratique que l'alimentation au biberon.
- Politiques de congé maternité : Les congés maternité courts ou inexistants dans certains pays rendent difficile la conciliation entre l'allaitement et le travail. Aux États-Unis, où il n’existe aucun congé maternité rémunéré au niveau fédéral, le taux d’allaitement exclusif à 6 mois atteint à peine 25 %.
- Marketing des substituts de lait maternel : La promotion agressive des laits infantiles par les industriels influence les choix des parents. C’est l’une des clés du problème : « La saturation des marchés dans les pays riches a poussé les industriels à pénétrer rapidement les marchés émergents », observe le docteur Nigel Rollins, de l’OMS. Une politique commerciale agressive qui sape les efforts pour améliorer les taux d’allaitement maternel.
- Manque de soutien et d'information : Le manque de soutien de la part des professionnels de santé et le manque d'information sur les avantages de l'allaitement peuvent également dissuader les mères d'allaiter.
Pays à faibles et moyens revenus :
L'Afrique et l'Asie ont des taux très élevés, mais on a vu par la carte de l'Unicef, qu'en Afrique, il ne s'agit pas souvent d'un allaitement exclusif jusqu'à 6 mois.
Dans ces pays, l'allaitement maternel est souvent considéré comme la norme culturelle et est encouragé par les communautés et les familles. Cependant, des défis persistent :
- Manque d'accès aux soins de santé : Le manque d'accès aux soins de santé et à l'information peut entraîner des pratiques d'allaitement inappropriées.
- Malnutrition maternelle : La malnutrition chez les mères peut affecter la qualité du lait maternel.
- Pauvreté : La pauvreté peut contraindre les mères à reprendre le travail rapidement après l'accouchement, ce qui peut interrompre l'allaitement.
Exemples spécifiques par pays :
- France : En France, nous sommes parmi les plus bas du Monde, avec 5 % d'enfants encore allaités à un an, environ. La pratique de l'allaitement progresse en France depuis 10 ans, selon une vaste étude publiée ce mardi 23 juillet 2024 par Santé publique France. À la maternité, 77 % des femmes ont allaité leur enfant en 2021 contre 74 % une dizaine d’années plus tôt. La France reste toutefois l’un des pays européens où l’allaitement est le moins pratiqué.
- Pays scandinaves (Finlande, Norvège, Suède) : Ces pays affichent les taux d'allaitement les plus élevés d'Europe, grâce à des politiques de soutien parental généreuses, des campagnes de sensibilisation efficaces et une forte culture de l'allaitement.
- Brésil : Le Brésil est reconnu mondialement pour son réseau de banques de lait maternel, et offre un exemple remarquable. Ces établissements permettent de nourrir les nouveau-nés prématurés. De plus, les mères sont sensibilisées à l’importance du lait maternel. Selon une étude de Lansinoh, c'est au Brésil que 94,6 % des mères affirment qu'elles se sentiraient coupables si elles n'allaitaient pas.
- Émirats Arabes Unis : Si l'allaitement est recommandé par l'OMS, il est devenu obligatoire aux Emirats Arabes Unis depuis 2014. En effet, la loi impose aux jeunes mamans de donner le sein jusqu'au deuxième anniversaire de leur enfant ! Le père peut ainsi poursuivre en justice sa femme si elle décide de refuser d'allaiter.
Initiatives et recommandations pour promouvoir l'allaitement
Face aux disparités observées, il est essentiel de mettre en place des politiques et des initiatives visant à promouvoir et à soutenir l'allaitement maternel à tous les niveaux.
Recommandations pour les gouvernements et les organisations de santé :
- Mettre en œuvre des politiques de congé maternité adéquates, permettant aux mères de concilier l'allaitement et le travail.
- Réglementer le marketing des substituts de lait maternel, en interdisant la publicité agressive et en promouvant l'information objective sur les avantages de l'allaitement.
- Former les professionnels de santé à l'accompagnement des mères allaitantes et à la résolution des problèmes d'allaitement.
- Soutenir les initiatives communautaires et les groupes de soutien à l'allaitement.
- Mener des campagnes de sensibilisation pour promouvoir les avantages de l'allaitement et lutter contre les idées reçues.
Recommandations pour les familles et les communautés :
- Soutenir les mères allaitantes en leur offrant un environnement favorable et en les aidant dans les tâches quotidiennes.
- Encourager les pères à s'impliquer dans l'allaitement et à soutenir leur partenaire.
- Partager les connaissances et les expériences sur l'allaitement au sein de la communauté.
Rôle des maternités :
Les maternités ont renforcé la présence de personnes référentes en allaitement maternel. Dans 68,5% des maternités, la personne référente en allaitement propose des réunions d’équipes pour tenter d’uniformiser les pratiques. Plus le type est élevé, plus les maternités organisent des réunions d’équipe.
Allaitement en France
En France, la pratique de l'allaitement progresse depuis 10 ans, mais reste en retrait par rapport à d'autres pays européens.
Lire aussi: Tendances de l'allaitement
Tendances et chiffres clés :
- À la maternité, 77 % des femmes ont allaité leur enfant en 2021 contre 74 % une dizaine d’années plus tôt.
- La durée médiane de l’allaitement (exclusif + mixte) a progressé de 15 à 20 semaines entre 2012 et 2021.
- À six mois, plus d’un tiers des nouveau-nés étaient encore allaités en 2021.
- La France reste très en retrait en matière d’allaitement par rapport aux autres pays européens, qui se situent pour la plupart au-delà de 80 % d’allaitement à la naissance, selon les dernières données disponibles sur le sujet.
Facteurs influençant l'allaitement en France :
- Congé maternité : La durée du congé maternité en France (16 semaines pour le premier enfant) est relativement courte par rapport aux pays nordiques.
- Reprise du travail : La reprise du travail est souvent citée comme une raison d'arrêt de l'allaitement.
- Difficultés liées à la mise au sein : Les difficultés liées à la mise au sein sont également invoquées par plus d’une femme sur deux.
- Manque d'information et de soutien : Le manque d'information et de soutien peut également dissuader les mères d'allaiter.
Initiatives en France :
- Label "Hôpital ami des bébés" : Seulement 56 maternités françaises ont obtenu le label “Hôpital ami des bébés”, un label accordé aux établissement favorisant l’allaitement maternel.
- Enquêtes nationales périnatales (ENP) : Les Enquêtes Nationales Périnatales (ENP) recueillent des informations sur l’état de santé des mères et des nouveau-nés, les pratiques médicales pendant la grossesse et l’accouchement et les caractéristiques démographiques et sociales des femmes et des familles.
- Associations de soutien à l'allaitement : Des associations comme La Leche League offrent un soutien et des informations aux mères allaitantes.
Lire aussi: Durée des saignements après IVG : Ce qui est normal
tags: #durée #moyenne #allaitement #par #pays #statistiques
