L'autisme est un trouble du développement qui préoccupe de nombreux parents. La détection précoce des signes de l'autisme est essentielle pour une prise en charge adaptée et pour améliorer considérablement les chances de développement et d'intégration sociale de l'enfant. Plus tôt les premiers signes d’autisme sont détectés chez un enfant, plus tôt une prise en charge peut lui être proposée et compenser ainsi une partie de son handicap. Cet article vise à aider les parents à mieux observer certains signaux chez leur enfant et à l’accompagner au mieux.

Importance du dépistage précoce

Compte tenu de l’augmentation constante du nombre d’enfants touchés par un Trouble du Spectre Autistique (TSA), l’autisme a été érigé au rang de Grande Cause nationale. De nombreux challenges unissent les associations de familles, les collectifs d’experts et les laboratoires de recherche : perfectionner la prise en charge de ces enfants, favoriser leur intégration dans notre société, identifier la cause de l’émergence de ce trouble et permettre un dépistage précoce.

Le cerveau des jeunes enfants est doté d’une précieuse fonctionnalité que l’on appelle la « plasticité cérébrale ». Cela signifie que leur petit cerveau est en capacité de se modifier, de se moduler, de se transformer en fonction de son environnement. Si une prise en charge survient tôt dans le développement d’un enfant présentant un TSA, de nombreuses stimulations positives lui seront apportées et viendront alors booster ses points faibles et améliorer ses capacités de communication et de socialisation. Si cette prise en charge ne permettra pas d’évincer tout symptôme autistique de la vie de l’enfant, elle augmentera significativement ses chances de développer des apprentissages et de peaufiner sa communication. L’enjeu est donc de taille.

Premiers signes d'alerte

Les premiers signes et symptômes de l’autisme, également connu sous le nom de trouble du spectre de l’autisme (TSA), peuvent varier largement et apparaître à des moments différents. Les premiers symptômes peuvent apparaître très tôt dans le développement de l’enfant. Une équipe de chercheurs a souligné que le contact visuel de ces bébés tendait à s’altérer dès deux mois. Habituellement, les bébés viennent au monde avec différentes prédispositions à la communication, dont le contact visuel. Ceux-ci observent davantage les yeux de leur interlocuteur plutôt que le reste du visage, et davantage le visage plutôt que le reste du corps.

Voici quelques signes d'alerte à surveiller chez les bébés et les jeunes enfants :

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  • Difficultés dans le contact visuel : Le bébé peut éviter de regarder les visages et ne pas établir de connexion visuelle. Difficulté à capter son regard, dès les premiers mois.
  • Réactions sociales limitées : Le bébé peut sembler indifférent aux interactions sociales. Il ne tend pas les bras pour être porté. Il ne sourit pas, ne répond pas à son prénom ou ne réagit pas à la voix des parents. Il est plus intéressé par les objets que par les personnes.
  • Absence ou faible attention conjointe : C’est la capacité à partager un évènement avec autrui, à attirer et à maintenir son attention vers un objet ou une personne dans le but d’obtenir une observation commune et conjointe. Le pointage est un exemple d’attention conjointe. Ne pointe pas du doigt ou pointe dans le but d’obtenir quelque chose en échange et non pas pour partager un évènement. Par exemple pointe un gâteau quand il a faim mais ne pointe pas un avion qui passe dans le ciel pour le montrer à ses parents. Quand vous lui montrez du doigt la porte qui est derrière lui, il fixe du regard votre doigt et non la porte désignée.
  • Retard dans l’acquisition du langage : Le bébé ne prononce pas de mots ou n’utilise pas de gestes pour communiquer. Il ne fait pas coucou par exemple. Absence ou retard de langage (pas de mots, phrases) sauf dans le cas des personnes autistes sans déficience intellectuelle qui peuvent développer le langage au stade normal pour un enfant voir précocement.
  • Langage limité : L’enfant peine à suivre des instructions verbales simples et communique peu verbalement. Il a du mal à construire des phrases ou n’en construit pas du tout.
  • Difficulté à établir des liens sociaux : Le bébé a du mal à comprendre les émotions des autres et à interagir avec eux. Absence d’intérêt pour les autres enfants ou semble être craintif et/ou maladroit à l’idée d’entrer en contact avec eux. Cela peut passer pour de la timidité ou de la maladresse sociale.
  • Intérêts restreints et obsessions : Il peut se focaliser sur des sujets spécifiques de manière intense, comme un objet, une activité, une action spécifique. Préoccupation persistante pour certaines parties d’objets : fait tourner la roue d’une petite voiture au lieu de jouer avec. Attachement inhabituel à des objets, l’enfant peut être fortement déstabilisé si on lui retire.
  • Comportements répétitifs : Présentation de mouvements stéréotypés, comme se balancer d’avant en arrière. Un enfant autiste peut adopter un comportement et des mouvements inadaptés avec, par exemple, une gestuelle stéréotypée (battement de bras « flapping », sautillement, balancement…).
  • Attachement excessif à la routine : Préférence pour la stabilité et la prévisibilité. Insistance à poursuivre les actes routiniers strictement et dans le détail : emprunter le même trajet pour se rendre au parc ou à l’école, faire différentes actions toujours dans le même ordre avant de se coucher, aligner toujours les peluches de la même manière. Acceptant difficilement le changement et la nouveauté, il se construit des routines qui le rassurent.
  • Sensibilité : Le bébé est sensible au son, à la vue, à l’odorat, au goût ou autre expérience sensorielle. Par ailleurs, les enfants autistes présentent régulièrement des particularités sensorielles par exemple au toucher, aux bruits ou à la lumière.
  • Motricité : La motricité du bébé n’est pas bien organisée.
  • Constat anormal : Il est trop souvent calme ou anormalement excité. Son tonus n’est pas correct. Il pleure très souvent sans raison apparente. Impression d’anormalité : bébé trop calme ou excité.
  • Apathie : état d’impassivité, manque d’intérêt émotionnel ou social.
  • Impression d’indifférence au monde extérieur : semble pensif et peu sensible à son environnement immédiat.
  • Niveau de vigilance : le bébé est trop calme et réclame peu l’adulte.
  • Sommeil souvent atypique : le bébé dort beaucoup, n’appelle pas au réveil.
  • Alimentation : souvent il n’a pas su téter au sein, il réclame peu ou mange tout le temps. Il est souvent très sélectif et refuse les textures nouvelles et les goûts nouveaux et il est très ritualisé.
  • Régulation des émotions : il peut faire des crises de colère inexpliquées. Il « n’aime pas » être pris dans les bras.
  • Atypies relationnelles : il a peu d’initiatives relationnelles. Il peut jouer longtemps seul, il est très indépendant. Il peut aussi être tout le temps collé à l’adulte.
  • Atypie de la réactivité sociale : il a peu de réponse au prénom. Il est décrit comme « dans son monde », « dans sa bulle ».
  • Atypies du langage et de la communication : il comprend peu les consignes orales, son langage expressif est atypique, souvent limité à des sons ou des syllabes répétées. Il utilise parfois un jargon. Il peut aussi répéter toujours les mêmes mots ou expressions.
  • Atypies du jeu et du comportement : Son jeu est souvent pauvre et répétitif, il aime faire tourner, il regarde souvent de près les objets qu’il fait tourner et peut rester longtemps devant la machine à laver ou allumer et éteindre une lampe. Il aime manipuler, construire, jouer avec l’eau. Il est fasciné par les lumières, les écrans et peut devenir « addict ». Il aime souvent mettre des objets dans des trous, se cacher sous les meubles. Il a souvent une intolérance à la frustration, il veut faire comme il veut.
  • Atypie des réponses sensorielles : il peut être hypo (absence ou quasi-absence de réaction) ou hyper-réactif (réaction disproportionnée).

Diagnostic et évaluation

Quel que soit l’âge de l’enfant, tout doute sur son développement doit être considéré par ses parents. Chaque enfant va à son rythme, il est important de le répéter. Si vous êtes inquiet pour le développement de votre enfant, il est important de consulter un médecin. Pour vous aider à identifier les difficultés de votre enfant, il existe un livret à remplir. Il existe une consultation spécifique dédiée au repérage de l’autisme. La consultation est réalisée par votre médecin généraliste ou par un pédiatre.

Il est important de noter que le dépistage ne signifie pas un diagnostic. Si le dépistage peut survenir tôt dans la vie de l’enfant, le diagnostic sera posé plus tard, vers ses trois ans, à la suite de bilans effectués par une équipe pluridisciplinaire.

Les pédiatres, les psychologues spécialisés dans le développement de l’enfant et les neurologues sont des experts qualifiés pour évaluer les symptômes de l’autisme.

Rôle des parents et des professionnels

En tant que parents et professionnels, soyez attentifs à ces signes et consultez un spécialiste si vous avez des inquiétudes concernant le développement de votre enfant. Vous, parents, êtes les personnes qui connaissez le mieux votre enfant et jouez un rôle fondamental dans son développement.

Tout au long de cette démarche, il est primordial de conserver une certaine prudence dans l’identification et le décryptage de ces signes. N’oublions pas que chaque enfant a une trajectoire de développement qui lui est propre. Certaines trajectoires sont linéaires et harmonieuses, d’autres non. Pour autant, une trajectoire de développement atypique n’est pas nécessairement pathologique. Tous les enfants qui sont touchés par un réel Trouble du Spectre Autistique ne présentent pas l’ensemble de ces signes. Il s’agit donc d’appréhender chaque développement au cas par cas, ce qui est le rôle du psychologue et du médecin de la structure.

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Il est fréquent que le médecin traitant de l’enfant se veuille rassurant quant au développement de son jeune patient et soutienne un point de vue tout à fait opposé à celui de l’équipe de la crèche (les raisons sont multiples, notamment le manque de formation de certains médecins au diagnostic de l’autisme et la courte durée des consultations qui ne leur permettent pas d’élaborer une observation fine et suffisante de l’enfant).

Certains psychologues et autres professionnels de la petite enfance continuent à s’opposer à la perspective d’un dépistage précoce, soutenant l’idée qu’identifier une pathologie revient à étiqueter l’enfant.

Nouvelles perspectives : diagnostic avec les yeux ?

Une récente étude annonce la découverte d’un nouvel outil permettant le diagnostic de l’autisme. Les mouvements rapides que font les yeux lorsque l’attention passe d’un objet à un autre sont appelés « saccades ». Ils sont essentiels pour naviguer, comprendre et interagir avec l’environnement. La zone du cerveau contrôlant les mouvements des yeux est le cervelet. Or, ce dernier a été identifié comme étant essentiel au développement des émotions et à l’acquisition de connaissances, grâce aux nombreuses connexions avec le reste du cerveau.

Les participants devaient suivre des yeux une cible visuelle apparaissant à divers endroits sur l’écran. Chez les individus non autistes, le cerveau corrigeait et adaptait le mouvement des yeux lorsque la tâche était répétée. Ainsi, les auteurs suggèrent que l’évaluation de la capacité d’adaptation de ces mouvements oculaires rapides ou « saccades » permet de détecter une potentielle altération du cervelet.

D’autres études sont encore nécessaires pour confirmer ces observations, mais ce nouvel indicateur permettrait de détecter plus tôt l’autisme.

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