L'avortement chez la jument représente un défi sanitaire et économique majeur pour l'industrie équine. Lorsqu'une jument avorte, il est essentiel d'en identifier la cause afin de mettre en place des mesures préventives et de protéger les autres juments gestantes.
Importance de la surveillance des avortements
La surveillance des avortements a été mise en place fin 2008 au sein du RESPE (Réseau d'Épidémio-Surveillance en Pathologie Équine). Elle cible les maladies infectieuses responsables d’avortements chez la jument, et ayant une importance sanitaire, économique et/ou zoonotique en France. Lorsqu’une jument avorte, le Vétérinaire Sentinelle qui l’examine peut, s’il soupçonne une cause infectieuse, et avec l’accord du propriétaire, le déclarer, au RESPE dans le cadre du Syndrome Avortement. Le Vétérinaire Sentinelle prélève des échantillons : organes du fœtus et placenta. Si le résultat revient positif sur une maladie surveillée, cette seconde information permet de connaitre la répartition des maladies en France.
Définition de l'avortement et de la prématurité chez la jument
La gestation de la jument dure en moyenne 11 mois, soit entre 320 et 365 jours. Le terme « avortement » est utilisé pour désigner l'expulsion du fœtus (non viable ou mort) et de ses membranes avant le 300e jour de gestation. Après cette période, l’expulsion est considérée comme une naissance « prématurée ». Le terme «prématurité» correspond à un poulinage entre le 300ème et le 320ème jour de gestation (le fœtus est viable).
Causes d'avortement chez la jument
Les raisons des avortements dans l’espèce équine sont multiples et souvent mal connues. La réalisation d’examens complémentaires permet d’élucider la cause de l’avortement dans 3 cas sur 4 ; sans ces examens, le chiffre tombe à 1 sur 2.
Selon un bilan de l’équipe « Épidémiologie et Plateforme Resumeq » - unité « Physiopathologie et épidémiologie des maladies équines » (PhEED) du laboratoire de santé animale (site de Normandie) de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) portant sur 851 fœtus dont l’autopsie a été réalisée entre 2010 et 2019, en France, par les structures du Réseau national de surveillance des causes de mortalité des équidés (Resumeq), la cause de l’avortement a pu être déterminée dans 81 % des cas, avec la répartition suivante (IEIDC, 2024) :
Lire aussi: Premières semaines de grossesse
- Cause infectieuse (microbe) dans 56 % des cas
- Cause non infectieuse dans 25 % des cas
- Cause indéterminée dans 19 % des cas
Causes infectieuses
Les avortements d'origine infectieuse représentent environ le tiers de tous les avortements diagnostiqués.
Les bactéries sont de loin les agents pathogènes les plus fréquemment responsables d’avortements (82 % des causes infectieuses). Une placentite macroscopique est visible dans un quart de ces cas. Une quarantaine d’espèces bactériennes ont été isolées en culture pure (seule) ou en association (plusieurs bactéries). Parmi toutes ces bactéries, Streptococcus zooepidemicus est la bactérie la plus fréquemment isolée (20 % des avortements d’origine bactérienne). Parmi les bactéries, ce sont essentiellement les streptocoques et les colibacilles (bactéries de l’environnement) qui sont mis en cause, plus rarement les entérobactéries et les staphylocoques.
Des infections virales sont identifiées dans 9 % des cas d’avortement d’origine infectieuse, avec très majoritairement les virus de la rhinopneumonie forme abortive, dont l’herpèsvirus de type 1 (identifié sur 38 cas, soit 90 % des virus isolés) et l’herpèsvirus de type 4 (identifié sur 1 cas). 2 cas étaient causés par le virus de l’artérite virale équine. Les avortements d’origine virale sont essentiellement dus au virus de la rhinopneumonie (EHV1). Le virus se transmet par voie respiratoire, par contact avec un avorton ou un placenta infectés ou par le milieu extérieur contaminé (par exemple, un box de poulinage mal désinfecté).
Des infections fongiques (ou mycoses), ainsi que des infections mixtes (bactériennes et fongiques), ont été diagnostiquées respectivement dans 1,5 % et 2,5 % des cas. Une placentite est observée dans 95 % de ces types d’infection.
Une des principales causes d’avortement est la placentite ascendante, c’est-à-dire une infection du placenta par des bactéries ayant pénétré par la vulve, puis « remonté » par le vagin et le col de l’utérus. La première cause d’avortement chez la jument est la placentite. Rappelons que le placenta est essentiel lors de la gestation, puisqu’il permet les échanges entre la jument et son poulain. Il assure la bonne oxygénation et la nutrition du fœtus. La cause infectieuse est la plus fréquente dans le cas des atteintes placentaires. Ces infections sont issues d’une colonisation bactérienne d’origine vulvo-vaginale qui remonte l’appareil génital, passe le col et se développe au niveau du placenta.
Lire aussi: Prévention du cytomégalovirus chez les bébés
L'entrée de bactéries peut se faire lors d'une mauvaise conformation de la vulve, qui laisse pénétrer le crottin. Ces juments nécessitent alors une suture adéquate (vulvoplastie). Une modification de l’orientation de la vulve faisant suite à un amaigrissement peut aussi être à l'origine de placentite chez les juments pleines. En effet, la fonte des coussinets graisseux autour de l’anus fait basculer ce dernier et la partie supérieure de la vulve vers l’avant. Il est également primordial de maintenir les juments pleines dans de bonnes conditions d’hygiène pour limiter les risques de contamination microbienne (boxes ou stabulations régulièrement curés…). Bien entendu, les palpations vaginales chez les juments pleines sont fortement déconseillées.
Les poulains se contaminent par inhalation, et développent des abcès dans les poumons. Les adultes ne sont quasiment pas atteints car leur système immunitaire les protège. Dans la forme aiguë, les symptômes apparaissent brutalement et sont suivis par la mort du poulain. Dans la forme chronique l’apparition est plus progressive et les soins sont encore possibles.
Les avortements infectieux se traduisent par un épaississement et des zones de coloration anormale du placenta.
Causes non infectieuses
Des facteurs attribuables à la jument, au fœtus ou à des causes externes peuvent aussi causer la perte de l'embryon ou du fœtus.
Les gestations gémellaires sont responsables d’un avortement non infectieux sur 4. La période d’avortement se situe alors préférentiellement entre le 8ème et le 9ème mois de gestation. La jument ne peut pas assurer le développement à terme de deux poulains. Lors de gestation gémellaire, il peut se produire dans certains cas une résorption spontanée d’une vésicule, et donc la naissance à terme d’un seul poulain. Lorsque la gestation gémellaire persiste au-delà de 45 jours, on observe environ 80 % d’avortement des deux fœtus vers le 9ème ou 10ème mois de gestation. En autopsie, les avortements sont observés de façon plus précoce dans la gestation : 27 cas d'avortements entre 6,5 et 9 mois de gestation (moyenne de 7,8 mois) entre 1986 et 2009. De 2010 à 2024, ces derniers ont été encore plus précoces, entre 2,75 et 8 mois de gestation (moyenne de 6 mois).
Lire aussi: Reconnaître une fausse couche
Les anomalies du placenta (placenta mal vascularisé, déchiré, décollé, insuffisamment développé) sont à l’origine d’échanges mère/fœtus insuffisants. Les juments présentant une fibrose de l’endomètre ont trois fois plus de risque d’avorter que celles dont l’endomètre est intact.
Toutefois, dans certains cas, le nombre de tours est excessif et bloque la circulation sanguine en direction du fœtus, provoquant la mort de ce dernier. Les causes de cet excès de torsion sont encore mal connues. Un cordon trop long est un facteur prédisposant (6 fois plus de risques de torsion de cordon si la longueur est supérieure à 90 cm), mais les facteurs influençant la taille du cordon ne sont cependant pas bien connus.
Certaines maladies de la jument, telles que des coliques sévères, la grippe, la piroplasmose ou encore la leptospirose par exemple, peuvent provoquer l'avortement. Pour tenter de l’éviter, il est impératif de diagnostiquer et traiter le plus rapidement possible la maladie en question. Attention cependant, car certains médicaments peuvent également provoquer l’avortement.
En dehors d’une infection, un décollement placentaire peut également être occasionné par un traumatisme (coup de pied…).
Signes cliniques d'avortement chez la jument
Il est possible qu’une jument avorte sans manifester aucun signe clinique, surtout en début de gestation. Un éleveur attentif observera peut-être un manque d’appétit et un abattement passagers. Ne pas hésiter à appeler le vétérinaire en cas de signes suspects (écoulement vulvaire, gonflement précoce des mamelles, fièvre…). Un examen complet et une échographie permettront d’évaluer les signes vitaux du fœtus et les éventuelles anomalies du placenta (type épaississement).
Dans la forme abortive de la rhinopneumonie, essentiellement due à l'herpèsvirus équin de type1 (HVE-1), l'avortement intervient sans signes prémonitoires (pas d’écoulements vulvaires, pas de montée laiteuse) le plus souvent en fin de gestation (entre le 9ème et le 11ème mois). Cependant, il peut survenir dès le 4ème mois. Le fœtus et le placenta sont expulsés sans difficultés, la jument n’est pas malade. Dans certains cas, le poulain naît à terme et vivant, mais il présente des difficultés respiratoires et meurt, le plus souvent dans les 3 jours (parfois jusqu'à 6 jours après la naissance). Ces poulains sont hautement contagieux pour les autres chevaux.
Conduite à tenir en cas d'avortement
Le plus simple est de contacter un vétérinaire, qui, selon les circonstances, indiquera la marche à suivre. Achemine au laboratoire, le plus rapidement possible, l’avorton et les enveloppes. Si le transport n’est pas possible, il est possible qu’il procède à une autopsie du fœtus sur place (dans un local facilement désinfectable). Le recueil des commémoratifs (âge de la jument, stade de gestation, antécédents gynécologiques, traitements médicaux récents…) et l’examen des annexes déterminent généralement le type d’avortement (infectieux/non infectieux).
Traitement de l'avortement chez la jument
Les avortements non infectieux et les avortements d’origine virale ne nécessitent pas de traitement, seulement un temps de repos de l’appareil génital. En revanche, les infections dues à des germes bactériens ou à des mycoses doivent être traités sérieusement, par des antibiotiques (précisés selon les résultats d’un antibiogramme) ou des antifongiques administrés localement par irrigation utérine pendant 4 à 5 jours.
Prévention de l'avortement chez la jument
Mesures générales
Pour tenter de l’éviter, il est impératif de diagnostiquer et traiter le plus rapidement possible la maladie en question.
Il faut bien examiner chaque jour les juments dans les deux derniers mois de gestation (mamelle, vulve…) et consulter son vétérinaire lors de la moindre anomalie. Il pourra alors confirmer ou non la suspicion de placentite en effectuant, par exemple, une échographie du placenta. Le cas échéant, il mettra en place un traitement antibiotique si nécessaire. Un traitement précoce peut permettre d’éviter l’avortement.
Faire pratiquer précocement un diagnostic échographique de gestation par le vétérinaire pour être conseillé sur la marche à suivre. Dans certains cas, il est préférable que ce dernier effectue une réduction manuelle des jumeaux par pincement d’une des vésicules.
Prévention de la rhinopneumonie
Même si la rhinopneumonie n'est la cause que de 5 à 8 % des cas d'avortement, elle se distingue par son caractère viral qui multiplie les risques de propagation à l'ensemble du troupeau de juments gestantes. Il existe sur le marché des vaccins qui contribuent à prévenir les avortements découlant d'une infection par le HVE-1. Toutefois, ces vaccins ne peuvent garantir une protection totale contre les avortements. Le fait qu'une jument ait avorté de rhinopneumonie une année ne signifie pas que cette dernière soit protégée contre les avortements les années suivantes.
Surveillance des maladies contagieuses
Le risque zéro n'existe pas, que ce soit en période de crise sanitaire ou non. L’important est de mesurer ce risque et de s’y adapter. Il n’est donc pas nécessaire d’annuler votre participation au concours si par exemple, l’alerte ne concerne qu’un seul cas dans un seul endroit (foyer). Il n’est donc pas nécessaire d’annuler la randonnée si par exemple, l’alerte ne concerne qu’un seul cas dans un seul endroit (foyer).
Le RESPE ne diffuse des alertes que sur les cas qui lui sont déclarés par ses Vétérinaires Sentinelles (VS). Si les cas dans votre établissement n’ont pas été déclarés au RESPE par un VS ou que les analyses n’ont pas été réalisées dans un laboratoire partenaire, ils ne font effectivement pas l’objet d’une alerte. Vous pouvez en discuter avec votre vétérinaire pour savoir s’il est VS ou pas. S’il l’est, il peut déclarer les cas a posteriori et selon les analyses faites ou non, vos équidés malades pourront être comptabilisés et faire l’objet d’une alerte.
La résistance de l'HVE1 dans le milieu extérieur est assez faible, de l'ordre de quelques heures.
Autres causes d'infertilité chez la jument
De nombreuses maladies bactériennes ou virales peuvent être la cause de problèmes de reproduction chez la jument. Le cas des métrites chroniques : elles sont la première cause d’infertilité chez la jument. On les qualifie de chronique car elles évoluent sur la durée, cependant elles n’engendrent aucune répercussion sur l’état général de l’animal. Les femelles de tout âge sont concernées mais il existe des causes prédisposantes (oestrus long à l’origine d’un col ouvert et d’une contamination ascendante favorisée, lésions traumatiques, baisses des défenses utérines avec l’âge…). Les germes impliqués sont des bactéries le plus souvent, mais aussi des champignons ou des levures. L’animal se contamine via ses matières fécales, mais aussi via un étalon contaminé ou un matériel d’insémination artificielle ou d’examen génital non stérile.
C’est une inflammation plus ou moins infectieuse de l’utérus. La métrite aiguë, elle, beaucoup plus grave, potentiellement mortelle, apparaît après le poulinage. Un point essentiel est la surveillance de la délivrance, c’est-à-dire l’expulsion complète du placenta suite à la sortie du poulain. Si le placenta se déchire et qu’il en reste un morceau à l’intérieur, c’est une métrite aiguë assurée.
Dans le cas où la saillie est impossible : la première étape sera de vérifier que la jument est bien en chaleur au moment du passage à la barre. Hors chaleur, il sera en effet impossible que la saillie soit fécondante. Si le moment choisi est optimum, une obstruction vulvaire ou vaginale peut provoquer une gêne mécanique et empêcher la fécondation. Bien plus fréquemment, l’inexpérience, l’impotence de l’étalon ou encore un comportement anormal de la jument, rendent la saillie impossible.
Comportement de la jument après le poulinage
Les différentes anomalies du comportement sont l’ambivalence (sous expression du comportement maternelle), la peur du poulain, le refus de la tétée, la protection exagérée, les attaques sauvages à l’encontre du poulain. Chez les juments aussi il peut exister le vol ou l’adoption de poulain étranger. En général, ces comportements s’observent chez la jument primipare, et sont plus ou moins graves. Une cause génétique est aussi suspectée, l’incidence des rejets étant supérieure chez les juments arabes. La présence humaine peut favoriser le rejet mais aussi le stress et la douleur reliée au poulain (douleur des mamelles, de la mise bas, etc). Pour prévenir le rejet, la première règle est de limiter le plus possible les interventions et interpositions entre le poulain et sa mère. Il est conseillé de laisser les enveloppes fœtales et les fluides quelques temps après le poulinage. Si une intervention est nécessaire, il est important de laisser la mère voir le poulain.
tags: #symptomes #avortement #jument #causes
