La suppression du concours d'entrée en IFAP (Institut de Formation d'Auxiliaire de Puériculture) et son remplacement par une sélection sur dossier marquent un tournant important dans la formation des professionnels de la petite enfance en France. Cette réforme, actée par un arrêté publié au Journal Officiel, vise à simplifier l'accès à la formation et à lutter contre la crise de recrutement qui frappe le secteur. Si cette mesure suscite l'espoir d'un renouveau, elle soulève également des inquiétudes quant à la qualité de la sélection et à la valorisation des compétences humaines essentielles pour ce métier.
Contexte et enjeux de la réforme
Une pénurie alarmante de professionnels de la petite enfance
Le secteur de la petite enfance est confronté à une pénurie de personnel sans précédent. Le gouvernement s'est engagé à créer 100 000 places supplémentaires d'ici 2027, et 200 000 à l'horizon 2030, mais l'IGAS (Inspection Générale des Affaires Sociales) estime qu'il faudra former 70 000 professionnels supplémentaires pour atteindre cet objectif. Or, les filières de formation peinent à attirer suffisamment de candidats, et le secteur peine à recruter et à fidéliser ses professionnels.
Plusieurs facteurs expliquent cette crise :
- Le manque d'attractivité des métiers : Les métiers de la petite enfance sont souvent perçus comme peu valorisés et mal rémunérés.
- Les conditions de travail difficiles : Pénibilité physique et mentale, sous-effectifs, manque de temps pour la formation continue…
- Le vieillissement de la population : Près de la moitié des assistantes maternelles en activité partiront à la retraite d'ici 2030.
La nécessité de revaloriser les métiers de la petite enfance
Face à cette situation, il est impératif de revaloriser les métiers de la petite enfance et de rendre les formations plus attractives. Cela passe par :
- L'amélioration des conditions de travail : Augmentation des salaires, réduction de la pénibilité, amélioration de l'encadrement…
- La reconnaissance des compétences : Valorisation des compétences humaines et techniques, développement de la formation continue…
- La simplification de l'accès à la formation : Suppression des obstacles financiers et administratifs, adaptation des modalités de sélection…
Les causes de la suppression du concours
Les limites du concours d'entrée
Le concours d'entrée en IFAP, qui comprenait des épreuves écrites et un entretien oral, était critiqué pour plusieurs raisons :
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- Un frein pour les candidats : Le concours pouvait décourager les candidats potentiels, notamment ceux qui manquaient de confiance en leurs capacités ou qui ne pouvaient pas se permettre de payer les frais d'inscription à plusieurs concours.
- Un coût élevé : Les candidats devaient souvent passer plusieurs concours pour avoir une chance d'être admis, ce qui représentait un coût important.
- Une valorisation insuffisante des compétences humaines : Le concours mettait l'accent sur les connaissances théoriques et ne valorisait pas suffisamment les compétences humaines, telles que l'empathie, l'écoute et la capacité à travailler en équipe, qui sont essentielles pour exercer le métier d'auxiliaire de puériculture.
La volonté de simplifier l'accès à la formation
La suppression du concours d'entrée s'inscrit dans une volonté de simplifier l'accès à la formation et de la rendre plus attractive. L'objectif est d'élargir le vivier de candidats potentiels et de lutter contre la crise de recrutement qui frappe le secteur.
L'expérimentation de la sélection sur dossier pendant la crise sanitaire
La crise sanitaire liée à la COVID-19 a conduit à la suppression de l'entretien oral du concours d'entrée en 2020, et à la mise en place d'une sélection sur dossier uniquement. Cette expérimentation a permis de tester l'efficacité de ce nouveau mode de sélection et de recueillir les avis des professionnels du secteur.
Les modalités de la sélection sur dossier
Un dossier valorisant le parcours et les motivations du candidat
La sélection sur dossier vise à évaluer les connaissances, les aptitudes et les motivations du candidat à suivre la formation d'auxiliaire de puériculture. Le dossier doit comporter les éléments suivants :
- Un document manuscrit relatant une situation personnelle ou professionnelle vécue, ou le projet professionnel du candidat en lien avec les attendus de la formation.
- Tout autre justificatif valorisant un engagement ou une expérience personnelle (associative, sportive…) en lien avec la profession d'aide-soignant.
Un jury de sélection composé de professionnels
La sélection des candidats est effectuée par un jury composé d'un ou d'une auxiliaire de puériculture en activité professionnelle et d'un formateur infirmier ou cadre de santé d'un institut de formation paramédical. Le jury évalue les dossiers et établit une liste principale et une liste complémentaire des candidats admis.
La possibilité d'un entretien (supprimé en 2020 en raison de la pandémie)
Le projet initial prévoyait un entretien avec le jury, destiné à apprécier les motivations et les aptitudes relationnelles du candidat. Cependant, en raison de la crise sanitaire, l'entretien a été supprimé en 2020 et la sélection s'est faite uniquement sur dossier.
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Les conséquences de la suppression du concours
Des avantages potentiels
- Un accès à la formation facilité : La suppression du concours peut permettre à un plus grand nombre de candidats d'accéder à la formation, notamment ceux qui étaient découragés par les épreuves écrites ou qui ne pouvaient pas se permettre de payer les frais d'inscription.
- Une valorisation des compétences humaines : La sélection sur dossier peut permettre de mieux valoriser les compétences humaines, telles que l'empathie, l'écoute et la capacité à travailler en équipe, qui sont essentielles pour exercer le métier d'auxiliaire de puériculture.
- Une simplification administrative : La suppression du concours peut simplifier les procédures administratives pour les candidats et les centres de formation.
Des risques à anticiper
- Une sélection moins rigoureuse : La suppression du concours pourrait entraîner une sélection moins rigoureuse des candidats, et un risque de voir des personnes peu motivées ou peu aptes à exercer le métier être admises en formation.
- Une perte de l'évaluation des capacités d'expression : L'entretien oral permettait d'évaluer les capacités d'expression des candidats, ce qui est important pour un métier qui fait appel aux relations humaines. Sa suppression pourrait être préjudiciable.
- Un risque d'abandon en cours de formation : Une sélection moins rigoureuse pourrait entraîner un risque d'abandon en cours de formation, ce qui serait préjudiciable pour les écoles, les élèves et le secteur.
Les mesures d'accompagnement nécessaires
Pour que la suppression du concours d'entrée soit une réussite, il est indispensable de mettre en place des mesures d'accompagnement, telles que :
- La définition de critères de sélection clairs et précis : Les écoles doivent savoir sur quels critères elles doivent sélectionner les candidats. Le dossier doit comporter des éléments sur le parcours du candidat, sa situation et ses motivations.
- Le renforcement de l'accompagnement des élèves en formation : Les écoles doivent mettre en place un accompagnement renforcé des élèves en formation, afin de les aider à surmonter les difficultés et à réussir leur parcours.
- La valorisation des compétences des auxiliaires de puériculture : Il est important de valoriser les compétences des auxiliaires de puériculture, en leur permettant de réaliser de nouveaux actes et en reconnaissant leur rôle essentiel dans l'accueil et l'éveil des jeunes enfants.
Autres points de la réingénierie du diplôme
Allongement de la formation
La formation d'auxiliaire de puériculture devrait passer de 10 mois à 12 mois, avec deux modules supplémentaires : l'un sur la protection de l'enfance, l'autre sur le renforcement pédagogique.
Passage du diplôme au niveau IV
Le diplôme d'auxiliaire de puériculture devrait passer du niveau V (comme le CAP-AEPE) au niveau IV, dans l'idée de créer une vraie filière petite enfance avec des diplômes de différents niveaux et des possibles progressions de carrière.
Pas de filière spécifique pour les AP travaillant en crèche
Il n'y aura pas une filière AP en maternité et une filière AP en crèche différenciée par le choix de certains modules en cours de formation. Le stage en maternité sera obligatoire pour toutes les futures AP.
L'attractivité des métiers au cœur du problème
La suppression du concours d'entrée ne résoudra pas à elle seule la crise de recrutement du secteur de la petite enfance. Il est indispensable de s'attaquer aux causes profondes du manque d'attractivité des métiers, en améliorant les conditions de travail, en augmentant les salaires et en valorisant les compétences des professionnels.
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Améliorer les conditions de travail
Plusieurs propositions ont été formulées pour améliorer les conditions de travail des professionnels de la petite enfance :
- Généraliser la mise en place de dispositifs de matching intégrant le lieu de travail et le lieu d'habitation des salariés.
- Aligner les obligations de qualification des professionnels des micro-crèches sur celles des autres EAJE (Établissements d'Accueil du Jeune Enfant).
- Augmenter le temps d'équipe et la préparation pédagogique.
- Prendre davantage en compte les critères qualitatifs dans les appels d'offres.
Valoriser les métiers et les compétences
Il est également important de valoriser les métiers de la petite enfance et les compétences des professionnels :
- Créer un cadre national de formation pour uniformiser les enseignements et y intégrer les avancées en sciences cognitives.
- Investir dans la formation initiale et continue sur le développement précoce de l'enfant.
- Mettre en place des plans de reconversion en milieu de carrière.
- Faciliter l'accès à la VAE (Validation des Acquis de l'Expérience).
- Multiplier les passerelles de formation.
- Changer le regard sur ces métiers en communiquant dès le collège pour les valoriser.
Revalorisations salariales
Les revalorisations salariales restent la question clé pour l'attractivité des métiers de la petite enfance. Pour l'heure, une seule chose est sûre : les salariés dépendant de la convention collective d'Alisfa verront leurs rémunérations augmenter avec l'aide de l'État en janvier 2024. Pour les autres, rien n'est encore acté.
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