L'alimentation joue un rôle fondamental dans la croissance, le développement psychomoteur et intellectuel des enfants, ainsi que dans leur niveau d'activité. Les besoins nutritionnels sont particulièrement intenses pendant l'enfance. Cet article examine les recommandations en matière de suppléments nutritionnels pour les enfants, en tenant compte de leurs besoins spécifiques et des défis courants en matière d'alimentation.
Besoins Nutritionnels Spécifiques de l'Enfant
Les enfants ont des besoins nutritionnels qui diffèrent de ceux des adultes. Leurs besoins en calories, vitamines et minéraux sont plus élevés par rapport à leur taille et à leur poids. Il est donc essentiel de comprendre ces besoins spécifiques pour assurer une croissance et un développement optimaux.
Hydratation
L’eau représente une part importante du poids corporel, soit 75 % chez le nourrisson dans les premières semaines de vie et 60 % à l’âge d’un an. En raison de cette proportion élevée d'eau et de l'immaturité des fonctions de concentration et de dilution des urines, le nourrisson est très dépendant des apports hydriques.
Macronutriments
- Protéines: Les apports nutritionnels conseillés (ANC) en protéines sont d’environ 10 g par jour jusqu’à l’âge de 2 ans, puis d’environ 1 g/kg par jour. Il est important de noter qu'il s’agit des apports minimaux pour couvrir les besoins, et non d’une valeur maximale à ne pas dépasser.
- Lipides: Les lipides contribuent à la couverture des besoins énergétiques et assurent les besoins en vitamines liposolubles (A, D, E et K) et en acides gras essentiels (AGE). Les AGE, notamment l'acide linoléique (oméga 6) et l'acide α-linolénique (oméga 3), ne peuvent pas être synthétisés par l'organisme et doivent être apportés par l'alimentation. Une carence peut entraîner des anomalies du développement psychomoteur. Les lipides doivent contribuer à 50 % des apports énergétiques totaux de 0 à 6 mois, puis diminuer progressivement tout en restant notables. Les besoins en AGE sont assurés par la consommation d’huiles végétales, notamment d’huile de colza, bien équilibrée en oméga 6 et oméga 3.
- Glucides: Les glucides ont un rôle essentiel d'apport calorique. Comme chez l’adulte, les glucides doivent constituer la principale source d’énergie des enfants et représenter environ 50 à 55 % des apports caloriques quotidiens. Selon les recommandations officielles, la consommation de pain complet, de céréales complètes et de féculents par les enfants français doit augmenter aux dépens des produits sucrés qui contiennent des matières grasses.
Micronutriments Essentiels
- Fer: Les besoins en fer sont importants à couvrir chez le nourrisson, en raison de son rôle essentiel dans la synthèse de l’hémoglobine et dans le développement du système nerveux central. L'absorption intestinale du fer est faible, ce qui explique que les ANC atteignent 6 à 10 mg par jour jusqu’à 10 ans, puis 13 à 16 mg par jour au-delà. Le fer héminique (viande, poisson, abats) est mieux absorbé que le fer non héminique (lait, végétaux, œuf). Les besoins en fer sont assurés chez le nourrisson et le jeune enfant par les laits infantiles (1er âge, 2e âge, lait de croissance) et, chez l’enfant et l’adolescent, par la consommation de deux produits carnés par jour.
- Calcium: Les apports sont principalement assurés par le lait et les produits laitiers, mais aussi par les eaux minérales riches en calcium. Pour assurer les besoins en calcium, il est recommandé de consommer trois ou quatre produits laitiers par jour.
- Vitamine D: La vitamine D est nécessaire à l’absorption du calcium par l’intestin, à sa fixation sur les os et au métabolisme du phosphore. Même si le lait maternel et les préparations industrielles contiennent de la vitamine D, une prescription par voie orale est parfois nécessaire pour assurer des apports suffisants et prévenir le rachitisme (la carence en vitamine D).
- Vitamine K: La vitamine K joue un rôle essentiel dans la synthèse des facteurs de coagulation, en particulier en période néonatale. Afin de prévenir la maladie hémorragique du nouveau-né, il est recommandé de donner 2 mg de vitamine K per os à la naissance et entre le 4e et le 7e jour de vie. Pour tenir compte de la faible teneur en vitamine K du lait maternel, une supplémentation de 2 mg per os est indiquée à 1 mois de vie en cas d’allaitement exclusif chez le nouveau-né à terme.
Alimentation du Nourrisson et Diversification Alimentaire
Alimentation Lactée Exclusive (Naissance à 4-6 mois)
De la naissance à 4-6 mois, l’alimentation lactée exclusive est recommandée. L’équipement enzymatique du tube digestif permet la digestion des protéines, des lipides et des glucides du lait maternel ou des préparations lactées, mais pas encore de grandes quantités d’amidon.
Le lait maternel est le modèle nutritionnel idéal pour l’alimentation du nourrisson et constitue la référence pour le calcul des besoins et des ANC dans cette tranche d’âge. En l’absence d’allaitement ou en complément de celui-ci, il est important de connaître les préparations lactées adaptées au nourrisson.
Lire aussi: Supplémentation en fer en pédiatrie : un guide détaillé
Le lait de vache n’est pas adapté à l’alimentation du nourrisson en raison de sa faible teneur en acides gras essentiels, en fer et en vitamine D.
Diversification Alimentaire (4-6 mois à 12 mois)
La diversification alimentaire est une période de transition caractérisée par l’introduction progressive d’aliments autres que le lait, débutant entre 4 et 6 mois. La diversification alimentaire doit être débutée entre 4 et 6 mois, notamment pour prévenir l’apparition de manifestations allergiques ultérieures. Cela concerne aussi les aliments à fort potentiel allergisant (œuf, arachide [sous forme de beurre de cacahuète] et fruits à coque) dont l’introduction précoce est recommandée, que l’enfant soit atopique ou non. Jusqu’à l’âge de 1 an, la presque totalité des besoins micronutritionnels est assurée par les préparations infantiles, notamment ceux en fer et en AGE. L’ingestion de 700 ml par jour de préparation de suite permet d’assurer la totalité des besoins en fer et en AGE.
La diversification menée par l’enfant (DME) consiste à proposer des aliments en morceaux aux nourrissons dès qu’ils peuvent tenir assis (vers l’âge de 6 mois) et de les laisser se nourrir seuls avec leurs doigts, tout en poursuivant parallèlement l’allaitement ou les biberons de lait infantile. Par rapport à la diversification traditionnelle à la cuillère, les enfants ont moins de troubles de l’oralité, mais les risques de fausses routes et de carences en lipides et en fer sont accrus.
Après 1 an
Après l’âge de 1 an, l’alimentation est totalement diversifiée, comme celle de l’adulte. Jusqu'à l'âge de trois ans, les enfants doivent consommer au moins 500 ml de lait par jour sous forme de préparations de suite (ou laits 2e âge), de laits de croissance ou, au-delà de un an, de lait entier.
Situations Spécifiques Nécessitant une Supplémentation
Prématurité
Les nourrissons prématurés ont des besoins nutritionnels encore plus spécifiques en raison de leur immaturité et de leur croissance rapide. Ils peuvent nécessiter des suppléments en fer, en vitamines et en minéraux pour soutenir leur développement.
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Allergies et Intolérances Alimentaires
Les enfants souffrant d'allergies ou d'intolérances alimentaires peuvent avoir des difficultés à obtenir tous les nutriments nécessaires par le biais de leur alimentation. Dans ces cas, une supplémentation ciblée peut être nécessaire pour prévenir les carences. Une attention particulière doit être portée aux enfants ayant une APLV (allergie aux protéines de lait de vache).
La justification de l’utilisation principale des laits sans lactose repose sur la possibilité d’un déficit en lactase (disaccharidase hydrolysant le lactose en galactose et glucose, située au sommet des villosités intestinales) au décours d’un épisode de diarrhée (gastroentérite) infectieuse sévère, en particulier à rotavirus.
Régimes Végétariens et Végétaliens
Une diversification alimentaire de type végétarienne ou végétalienne n’est pas formellement proscrite. Elle doit cependant être mise en place sous contrôle médical ou diététique afin d’éviter les carences en vitamines B12 et D, en fer, zinc, folate, calcium, acides gras polyinsaturés oméga-3 à longue chaîne et en protéines.
Compléments Alimentaires Courants en Pédiatrie
Il existe une variété de compléments alimentaires disponibles sur le marché spécialement conçus pour les enfants.
Vitamines et Minéraux Essentiels
Les vitamines telles que la vitamine C, la vitamine D, la vitamine E et les minéraux comme le calcium, le fer et le zinc sont essentiels pour la croissance et le développement des os, des muscles et du système immunitaire.
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Probiotiques
Les probiotiques sont des bactéries bénéfiques pour la santé intestinale. Ils aident à maintenir un équilibre sain de la flore intestinale, ce qui peut avoir un impact positif sur la digestion, l'absorption des nutriments et le système immunitaire. Les probiotiques peuvent être particulièrement utiles pour les enfants qui souffrent de troubles gastro-intestinaux tels que les ballonnements, les diarrhées ou la constipation.
Comment Choisir et Administrer les Compléments Alimentaires
Lors du choix d'un complément alimentaire pour enfant, il est essentiel de lire attentivement les étiquettes des produits et de consulter un professionnel de la santé.
Lecture des Étiquettes
Avant d'acheter un complément alimentaire, il est crucial de lire attentivement les étiquettes des produits. Vérifiez les ingrédients, les quantités de vitamines et de minéraux, ainsi que les autres substances actives ou excipients présents. Les informations nutritionnelles doivent être clairement indiquées, avec des taux de vitamines et de minéraux conformes aux recommandations nutritionnelles spécifiques aux enfants.
Considérations d'Âge
L'âge de l'enfant est un facteur déterminant dans le choix du bon complément alimentaire. Les besoins nutritionnels varient considérablement selon l'âge, le stade de développement et les spécificités individuelles.
Moment et Méthode d'Administration
Le moment et la manière d'administrer les compléments alimentaires peuvent influencer leur efficacité. Il est recommandé de donner les compléments alimentaires avec les repas, car cela favorise une meilleure absorption des nutriments. Cependant, certaines vitamines, comme la vitamine D, peuvent nécessiter une prise à des moments spécifiques de la journée.
Précautions
Lors de l'administration de compléments alimentaires, il est important de respecter les précautions appropriées. Ne dépassez jamais la posologie recommandée, sauf indication contraire d'un professionnel de la santé. Évitez également de donner des compléments alimentaires en même temps que des médicaments, car cela peut interférer avec leur absorption ou leur efficacité.
Erreurs Courantes à Éviter
Il y a quelques erreurs courantes à éviter lors du choix d'un complément alimentaire pour enfant. Il existe de nombreuses idées fausses courantes sur les compléments alimentaires, y compris l'idée que les compléments peuvent remplacer une alimentation équilibrée ou que plus de compléments signifient mieux. Un surdosage en vitamines et minéraux peut être dangereux pour la santé des enfants. Certaines vitamines et certains minéraux peuvent s'accumuler dans l'organisme lorsqu'ils sont consommés en excès, ce qui peut entraîner des effets indésirables tels que des problèmes gastro-intestinaux, des troubles métaboliques ou des interactions avec d'autres médicaments.
Supplémentation en Vitamine D et Fluor : Mesures Préventives
Vitamine D
Même si le lait maternel et les préparations industrielles contiennent de la vitamine D, une prescription par voie orale est parfois nécessaire pour assurer des apports suffisants et prévenir le rachitisme (la carence en vitamine D).
Fluor
En France, le sel de cuisine des cantines scolaires est systématiquement enrichi en fluor. L'usage du fluor, du fait de sa toxicité, nécessite de nombreuses précautions. L'intoxication chronique (fluorose) se traduit chez les enfants par des dents grisâtres, rayées, ternes et, chez les adultes, par une fragilité osseuse ainsi que par des douleurs et des raideurs dans les membres. La fluorose toucherait jusqu'à 3 % des enfants dans les pays industrialisés !
Obésité Infantile : un Enjeu de Santé Publique
En France, entre 1980 et 1996, le nombre de cas d’obésité a été multiplié par 2,5 chez les enfants de dix ans. Parmi les collégiens et les lycéens, 12 % souffrent d’obésité et 22 % de surpoids. La sédentarité est une des principales causes d’obésité ou d’excès de poids chez ces jeunes. Les études ont montré que la surcharge pondérale était fortement liée au temps passé devant la télévision et les jeux vidéo. Devant cette vague de surpoids et d’obésité infantiles, les autorités de santé se mobilisent autour de repères simples afin de prévenir, voire de guérir ces problèmes de déséquilibre alimentaire : moins de gras, moins de sucre, plus d’activité physique, telles sont les consignes officielles.
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