Introduction

La fécondation in vitro (FIV) est devenue une solution d'espoir pour de nombreux couples et individus confrontés à des problèmes d'infertilité. L'Inde, avec son industrie de la procréation médicalement assistée (PMA) en plein essor, a longtemps été une destination prisée pour la FIV, notamment en raison de coûts relativement bas. Cependant, des changements récents dans la réglementation indienne ont considérablement modifié l'accès à ces technologies, soulevant des questions éthiques et juridiques complexes, particulièrement en ce qui concerne les couples homosexuels et les personnes seules.

L'évolution de la réglementation en matière de GPA et de FIV

En décembre, le ministère de l'Intérieur a promulgué une série de directives visant à réguler l'accès des étrangers aux mères porteuses indiennes. Ces nouvelles règles ont eu un impact significatif sur l'industrie de la GPA et de la FIV en Inde.

Restrictions d'accès pour les étrangers

Selon la nouvelle réglementation, New Delhi n’accordera plus de visa aux couples gays et aux célibataires résidant à l’étranger qui se rendent en Inde pour faire appel à une mère porteuse. L’accès à cette pratique est désormais limité à des couples hétérosexuels mariés depuis au moins deux ans, qui ne peuvent plus entrer en Inde avec un simple visa touristique mais sont tenus de faire une demande de visa médical. Les parents adoptants doivent en outre faire établir par une clinique un certificat attestant qu’ils forment bien un couple hétérosexuel, ne peuvent avoir d’enfant de façon naturelle et doivent en passer par une procédure de procréation médicalement assistée (PMA).

Les conséquences pour les cliniques et les patients

Ces restrictions ont placé les cliniques de fertilité indiennes dans une situation délicate. Le Dr Shivani Sachdev exprime son désarroi face à la quantité d'embryons congelés dans son laboratoire, qu'elle ne peut plus utiliser en raison de ces nouvelles règles. Elle ne peut se résoudre à les détruire, car pour certains parents, ces embryons représentent leurs futurs bébés.

Le Dr Gour, gynécologue à Delhi, constate que la majorité de ses patients venaient d'Australie et des États-Unis, et beaucoup étaient célibataires et homosexuels. La fermeture du marché des mères porteuses aux couples gays soulève une question inédite : qu’adviendra-t-il des embryons déjà congelés et stockés pour eux dans les cliniques spécialisées ? Le Dr Gour conserve ainsi dans son laboratoire plus d’une centaine d’embryons marqués et étiquetés dans une cuve d’azote liquide. Pour l’heure, la loi indienne ne prévoit rien pour l’importation ou l’exportation d’embryons, et les cliniques se mettraient dans l’illégalité en les expédiant à l’étranger à des parents qui ne peuvent plus recourir à la PMA en Inde. Elle a en effet plusieurs grossesses en cours pour des pa­rents qui, depuis décembre, ne peuvent plus légalement faire appel à une mère de substitution.

Lire aussi: Grossesses tardives et FIV en Inde

Les difficultés rencontrées par les parents

L’ob­ten­tion d’un visa relève déjà du parcours du combattant et, pour ne rien ­arranger, les parents gays disent maintenant rencontrer d’autres dif­ficultés pour quitter le pays avec leurs enfants. En janvier dernier, Jake Docker, un fonctionnaire australien de 27 ans et parent gay célibataire, a eu des jumelles par une mère porteuse de Delhi. La sortie du pays avec ses filles a tourné au cauchemar : Docker raconte avoir subi plus de deux heures d’interrogatoire serré au Centre régional d’enregistrement des étrangers de Delhi, qui voulait savoir pourquoi il voulait des enfants alors qu’il était homosexuel et n’était pas marié. “A un moment donné, ils m’ont même accusé d’emmener des enfants dans mon pays pour faire du trafic d’organes”, s’indigne-t-il, taxant les autorités indiennes d’“homophobie”. Docker, qui espérait avoir d’autres enfants par la suite, avait fait stocker ses embryons dans une clinique et les a fait dé­truire.

Justifications et controverses autour de la nouvelle réglementation

Tout le monde n’est pas d’accord avec l’idée selon laquelle les nouvelles règles se­raient par nature homophobes. Le Conseil indien de la recherche médicale, par la voix de M. Sharma, membre de la commission chargée de rédiger le projet de loi sur la GPA, explique qu’elles ont été mises en place en réaction à un afflux de demandes émanant de ressortissants de pays qui refusent de reconnaître la filiation des enfants nés de mères de substitution. C’est par exemple le cas de l’Allemagne, de la Suisse, de l’Italie, de la France et de la Suède, qui interdisent la GPA sous toutes ses formes.

L'essor du tourisme procréatif et ses dérives

Récemment encore, la plupart des parents adoptants arrivaient en Inde avec un visa touristique et se rendaient dans une clinique qui les aidait à choisir une mère porteuse. Lorsque la FIV était faite, l’embryon était congelé, la mère porteuse amorçait un ­traitement médicamenteux et hormonal, puis l’embryon était im­planté. S’il arrivait que certains parents viennent rendre visite à la mère porteuse pendant la grossesse, la plupart arrivaient (toujours avec un visa touristique) vers la date prévue de l’accouchement et faisaient la demande de nationalité de l’enfant dans leur pays d’origine par l’intermédiaire du Centre régional d’enregistrement des étrangers. Dès que tous les papiers étaient en règle, ils pouvaient ramener leurs enfants dans leur pays.

M. Sharma explique que la maternité de substitution existait déjà dans la société indienne, mais c’était soit un geste altruiste par nature, soit une pratique qui se faisait en famille. Mais le marché des mères porteuses rémunérées, qui revient pour un couple à louer un utérus, a littéralement explosé. Du coup, la maternité de substitution est devenue un véritable commerce et c’est la raison pour laquelle il est important de réguler cette activité. Les cliniques seront plus responsabilisées et les parents devront remplir plus scrupuleusement leurs demandes d’accès à une mère porteuse en Inde.

Les conditions de vie des mères porteuses

Garhi Jharia Maria est une petite localité réputée pour son réseau d’intermédiaires, de mères porteuses et de donneurs de sperme et d’ovules. Si une grande partie des mères porteuses du quartier vivent avec leur famille ou dans des appartements loués par les parents adoptants, d’autres sont logées dans des résidences gérées par les cliniques de fertilité. Les mères perçoivent généralement entre 250 000 et 400 000 roupies [entre 3 000 et 5 000 euros] pour leur grossesse.

Lire aussi: Poussette Double Baby Monsters Kuki Twin : Test et Analyse

Mamta, 29 ans, mariée à un tailleur de Garhi, a pris en charge deux grossesses pour autrui (dont une gémellaire) en plus des siennes. Elle refuse de dire combien elle a gagné, mais laisse entendre que la somme lui a permis de faire réparer la maison de son mari dans leur village d’origine. En attendant d’être sollicitée pour une nouvelle GPA l’année prochaine - après l’intermède obligatoire de deux ans entre deux maternités -, elle est employée comme “travailleuse sociale” dans une résidence pour mères porteuses dépendant de l’une des cliniques de fertilité du quartier.

Shabana, 27 ans, une nouvelle recrue, est enceinte de sept mois dans le cadre de sa première maternité de substitution et suivie par Mamta, elle vit avec son époux (également tailleur) et ses deux filles dans un appartement de location d’une pièce non loin de Garhi. Alors que son mari ne gagne que 6 500 roupies par mois [83 euros], dans le cadre du forfait qui lui a été proposé par les parents adoptants elle touche des mensualités de 12 500 roupies [160 euros]. L’appartement fait partie de cet accord, mais elle ne pourra y rester que jusqu’à la naissance de l’enfant.

Les risques sanitaires et les critiques

Si beaucoup d’observateurs con­sidèrent la maternité de substi­tution comme un arrangement gagnant-gagnant pour les parents et les mères porteuses, certains activistes estiment pour leur part que, à l’heure où les cliniques essaient d’attirer autant de patientes que possible, beaucoup de ces femmes s’exposent à de graves risques sanitaires. Selon une étude réalisée par l’association Sama, organisme de recherche basé à Delhi et spécialisé dans les questions de genre et de santé, la plupart des mères porteuses subissent une césarienne, car les médecins ont tendance à se plier au calendrier des parents adoptants. Certains détracteurs de la GPA prétendent également que les cliniques et hôpitaux privés sont moins attentifs aux besoins des mères porteuses pauvres que des parents riches qui paient la facture.

Anurag Chawla, associée d’un cabinet juridique de Delhi qui aide à rédiger des contrats pour les parents adoptants, souligne que la plupart des mères porteuses ne font cela que pour l’argent et n’ont donc pas d’avocat pour les représenter au moment de la signature de l’accord. Dans certains cas, les médecins implantent plus de trois embryons dans l’utérus de la mère porteuse afin d’accroître les chances de grossesse. Non seulement cela aboutit souvent à des grossesses multiples et met en danger leur santé, mais c’est aussi illégal.

L'importance de la sexualité dans les parcours de conception assistée

Cet article met en évidence l’importance de la sexualité dans les parcours de conception assistée. Ce faisant, il propose une méthode d’enquête centrée sur les professionnels des cliniques de conception assistée ainsi que sur le déploiement des prises en charge qui y sont proposées. Sont successivement évoqués les dons de gamète et leur lien au thème de l’inceste, l’organisation des recueils de sperme et la caractérisation d’une forme de l’infertilité peu étudiée, l’infertilité sexuelle.

Lire aussi: Pampers Baby Dry Taille 5 : Le guide complet

Wendy est technicienne de laboratoire dans une clinique de fertilité publique française. Alors que nous discutons de la prise en charge des patients, du recueil de sperme et de la ponction ovocytaire pour réaliser une fécondation in vitro (FIV), elle commente : « Le couple est complètement désolidarisé ce jour-là ». Parce que les biotechnologies médicales savent extraire les cellules germinales des corps de femmes et d’hommes, deux modèles reproductifs semblent de facto remis en question : le coït et l’hétérosexualité personnelle.

En Inde, la stigmatisation de l’infertilité est une réalité évoquée par tous les interlocuteurs rencontrés. Aditya Bharadwaj (2003) évoque une « triade sacrée » composée par les deux parents de sexe différent et l’enfant. Dans ce cadre, l’adoption est peu envisageable car elle donne de la visibilité à l’infertilité et propulse la sexualité sur la scène publique. L’extériorisation des cellules par rapport au corps des patients est donc promue comme un outil pragmatique par lequel faire famille.

La FIV pour les femmes âgées : Un espoir controversé

L'Agence France Presse (AFP) annonce que P. Daljinder Kaur a accouché d'un garçon après avoir eu recours à une fécondation in vitro (FIV). Si, comme nombre de ses concitoyens, elle ne dispose pas de certificat de naissance, elle estime son âge voisin de 70 ans. Mariée depuis 46 ans, elle a déclaré à la presse avoir abandonné pratiquement tout espoir d'être mère. "Quand on a vu la publicité pour la FIV, on s'est dit que l'on devrait essayer, étant donné que je voulais vraiment avoir un bébé", a-t-elle ajouté. La fécondation aurait été réalisée "à partir des ovules et du sperme du couple". Toutefois, le quotidien britannique The Guardian a affirmé que la femme avait en réalité bénéficié d'un don d'ovocytes.

Ces FIV sont particulièrement controversées, du fait d'importants risques pour les mères (notamment un fort risque de diabète gestationnel, d'AVC, de fausse couche, d'éclampsie et de pré-éclampsie) et les enfants à naître. "Si l'utérus est sain, une grossesse par FIV est théoriquement possible à tout âge", explique le médecin, soulignant que quelques cas de grossesses sans FIV sont chaque année recensées en France sur des patientes dans la deuxième moitié de leur cinquantaine.

La FIV et la libération conditionnelle

En Inde, la Haute Cour du Kerala a accordé une libération conditionnelle à un homme condamné à perpétuité afin qu’il puisse avoir recours à une fécondation in vitro (FIV). Après leur mariage en 2012, le couple avait suivi différents traitements pour avoir un enfant mais en 2016, l’homme a été condamné à perpétuité pour une affaire de meurtre, mettant fin à leurs projets alors qu’un médecin leur avait suggéré de recourir à une FIV avec ICSI (injection intracytoplasmique de spermatozoïdes). Son épouse, âgée de 31 ans, a saisi la Haute Cour afin d’obtenir la libération conditionnelle de son mari. Une demande qui lui a été accordée. Le tribunal a souligné « la nécessité d’une réforme et d’une réhabilitation des condamnés », affirmant qu’ils ont « le droit de mener une vie digne » même si chaque demande doit être examinée au cas par cas.

La FIV post-décès

En octobre , le fils unique du couple, âgé de 19 ans, s’est suicidé. Désirant être à nouveau parents, ils se sont adressés à une clinique privée. Les médecins ont considéré que la femme pouvait « médicalement » avoir recours à la fécondation in vitro (FIV) avec don d’ovocyte. Le tribunal a accepté de faire une exception compte tenu de l’âge de la femme qui a 46 ans. Dans son ordonnance, le juge Sabyasachi Bhattacharyya relève que la loi ne précise pas que les gamètes doivent être ceux du couple lors d’une PMA.

tags: #FIV #pour #garçon #en #Inde

Articles populaires: