L'implication dans le sport, en particulier à un niveau intensif, peut avoir des implications spécifiques pour les femmes. Cet article explore ces implications, en mettant l'accent sur les considérations liées à la santé, à la physiologie et aux adaptations nécessaires pour maintenir le bien-être tout en poursuivant des objectifs sportifs.
Introduction
La pratique sportive intensive, qu'elle concerne des athlètes de haut niveau ou des amatrices passionnées, peut engendrer des défis spécifiques pour les femmes. Cet article examine les risques potentiels associés à cette pratique et propose des stratégies de prévention et de prise en charge pour préserver la santé des sportives.
Intensité et Types de Sport
La notion de sport intensif est liée à la quantité de travail effectuée par unité de temps. Cette intensité peut se manifester dans des sports à composante musculaire prédominante (haltérophilie, lutte) ou à composante cardiorespiratoire prédominante (marathon, cyclisme). La pratique intensive peut générer des troubles endocriniens, notamment des perturbations du cycle menstruel, et des dysfonctionnements du plancher pelvien, conduisant à une incontinence urinaire d'effort.
En 2018, le Baromètre national des pratiques sportives a révélé que 12 % des pratiquants réguliers déclaraient une pratique intensive.
Troubles Endocriniens et Cycle Menstruel
Les troubles du cycle menstruel sont une manifestation clinique du ralentissement de l'axe hypothalamo-hypophysaire. L'anovulation peut être présente à tous les stades de ce ralentissement. L'aménorrhée primaire touche 1,2 à 6 % des sportives, l'aménorrhée secondaire atteint 5,3 à 69 % et l'oligoménorrhée 5,4 à 18 %.
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Certains sports sont plus à risque, notamment ceux à catégories de poids (judo, karaté, boxe, lutte, taekwondo, haltérophilie, aviron), les sports esthétiques (natation synchronisée, patinage, gymnastique) et les sports d'endurance (athlétisme, course à pied, cyclisme).
Disponibilité Énergétique et Triade de l'Athlète
La prévalence des troubles du cycle n'est pas directement liée au volume ou à l'intensité de l'entraînement, mais est corrélée à l'insuffisance de la disponibilité énergétique. L'indice de masse corporelle (IMC) n'est pas un indicateur fiable de la composition corporelle.
La disponibilité énergétique est la différence entre l'apport énergétique nutritionnel et la dépense énergétique liée à la pratique sportive. Un seuil minimal de 30 kcal par jour et par kilo de masse maigre est nécessaire à la fonction de l'axe hypothalamo-hypophysaire.
La balance énergétique négative intervient par l'intermédiaire de plusieurs médiateurs, tels que la leptine, l'IGF-1, le neuropeptide Y et la kisspeptine. L'augmentation de la sécrétion de certains médiateurs (peptide YY, ghréline, cortisol) contribue également au ralentissement de l'axe hypothalamo-hypophysaire.
La triade de l'athlète associe une disponibilité énergétique effondrée, une aménorrhée et une ostéoporose. L'ensemble de ces dysfonctionnements doit être dépisté et traité.
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Bilan et Examens
Le bilan devant une aménorrhée ou une spanioménorrhée chez une sportive comprend :
- Anamnèse : ancienneté des troubles, nombre de cycles par an, antécédents de fracture de fatigue, signes de troubles du comportement alimentaire (exclusion d'aliments, régimes répétés, anorexie, boulimie, perte de poids récente).
- Examen clinique : poids, taille, pourcentage de masse grasse, signes d'hyperandrogénie (acné, hirsutisme).
- Examen gynécologique : volume utérin, absence d'hypertrophie clitoridienne.
- Bilan hormonal : dosages plasmatiques de LH, FSH, estradiolémie, 17-OH-progestérone, testostéronémie, S-DHEA, delta-4-androstènedione, TSH et prolactinémie. Un dosage des bêta-hCG plasmatiques est indispensable pour ne pas méconnaître un début de grossesse.
- Échographie pelvienne : recherche d'un syndrome des ovaires polykystiques.
Conséquences sur la Santé Osseuse et la Fertilité
Les cycles irréguliers sont associés à une diminution de la densité osseuse et à un risque accru de fractures de fatigue. L'hypo-estrogénie prolongée et la pratique de sports portés (natation, vélo) augmentent ce risque.
Un indice d'activité physique élevé majore le risque d'infertilité par rapport aux femmes ayant une activité modérée ou légère.
Effets Cardiovasculaires
À court terme, une diminution de la production endothéliale de monoxyde d'azote et une diminution de la vasodilatation ont été observées chez les sportives en aménorrhée, entraînant une diminution des capacités musculaires et une augmentation du risque d'athérosclérose.
Prise en Charge Multidisciplinaire
La prise en charge est multidisciplinaire, incluant un suivi nutritionnel, psychologique si besoin, et hormonal. Un traitement hormonal substitutif peut être envisagé en l'absence de besoin contraceptif pour limiter les conséquences de l'aménorrhée.
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Les contraceptifs hormonaux oraux sont fréquemment utilisés par les jeunes femmes pratiquant un sport intensif, suivis par les dispositifs intra-utérins. Le choix se fait en concertation avec la sportive, en tenant compte des contre-indications éventuelles.
Une vigilance particulière est accordée au bilan lipidique et au profil de saignement, notamment dans les sports d'endurance où l'anémie ferriprive est fréquente. La performance sportive n'est pas modifiée par la prise de contraceptif hormonal.
Sport et Grossesse
La poursuite d'un entraînement adapté et évolutif au cours de la grossesse est possible, sans objectif de compétition. La durée de séance ne doit pas dépasser 60 minutes, limitée à 30 minutes au 3e trimestre. Les sports à risque de chute ou de traumatisme sont à éviter. Les activités en endurance possibles incluent la marche rapide, le jogging (jusqu'à 5 mois), la natation et l'aquagym. Tout exercice en décubitus dorsal est proscrit au-delà de la 16e semaine d'aménorrhée.
Une hydratation régulière et une collation adaptée à la dépense énergétique après la séance sont conseillées. Le respect de ces recommandations permet de limiter les risques de retard de croissance intra-utérin, d'hypotrophie à la naissance, de fausse couche ou de prématurité.
La reprise sportive en post-partum est progressive, privilégiant les activités à faible impact périnéal.
Incontinence Urinaire d'Effort
L'incontinence urinaire d'effort est rapportée chez 28 à 80 % des sportives ayant un entraînement intensif. Les facteurs déclenchants sont le saut, la course à pied, le travail des abdominaux et le soulèvement de poids. Les sports à risque pour le périnée sont ceux s'accompagnant de déplacements dynamiques rapides ou de contractions abdominales fortes.
Le traitement de première intention est la kinésithérapie du périnée, comprenant une rééducation manuelle dynamique, un biofeedback et une autorééducation à domicile.
Sport et Handicap: le sport bionique
Le sport bionique est sur le point d’ouvrir un nouveau chapitre de l’histoire du sport et du droit sportif, auquel le tribunal arbitral du sport doit déjà et devra apporter des réponses précises. La question des équipements techniques adaptés à des sportifs non valides, la même question appliquée à des sportifs valides, l’élaboration des catégories de handicap, la préservation de « l’égalité des chances » s’inscrivent dans un processus social complexe en pleine évolution.
Dès lors, une série de questions ne manque pas de surgir. On peut ramener celles-ci à trois ou quatre principales : Le « sport bionique » est-il le prolongement logique, d’une certaine façon, du sport de haut niveau axé sur l’amélioration quasi obsessionnelle des performances et le progrès des techniques ?
S’agissant des personnes handicapées et du « handisport », le principe d’un corps réparé ou d’un corps - d’athlète non valide - augmenté dans les limites d’une intégrité individuelle restaurée n’illustre-t-il pas la réalisation d’une aspiration logique de l’humanité ?
Cependant, s’agissant des sportifs équipés de prothèses, la restauration d’une intégrité individuelle ne risque-t-elle pas de transgresser le principe de l’« homme réparé » en imposant l’image de l’« homme augmenté » ?
En outre, le « sport bionique » ne peut-il pas engendrer un dévoiement ou susciter un risque de dévoiement du « sport », en particulier chez les sportifs valides, avec ou sans la complicité des agents opérant dans l’environnement du sport ?
Aujourd’hui, des lignes de forces, de tensions et d’oppositions traversent la communauté du sport et les institutions qui l’ont en charge, tout particulièrement à l’occasion des grands rendez-vous internationaux (Jeux Olympiques, Jeux paralympiques…). Oscar Pistorius, amputé des pieds et jambes (né avec une agénésie des péronés), équipé de lames en fibres de carbone, dispute des épreuves de course à pied parmi les athlètes valides aux JO de Londres, 2012. Il est l’auteur de Courir après un rêve (2010), ouvrage initialement publié en 2009 dans lequel il relate son obstination à surmonter son handicap et à rejoindre l’univers des sportifs d’excellence3. La question se présente différemment lorsqu’il s’agit d’authentiques exploits sportifs individuels, à l’exemple des défis réussis par le nageur Philippe Croizon à l’aide de « prothèses palmées ultra-perfectionnées4 ». Dans ce cas, le défi à soi-même qui se double d’une aventure personnelle ne s’inscrit pas dans une compétition collective régie par l’organisation fédérale et conformément à un règlement précis.
Si l’athlète, handicapé de naissance ou du fait d’un accident, accède par la pratique sportive et grâce au progrès technologique à la « communauté du sport », c’est incontestablement une avancée dans la réalisation de l’humanité à laquelle la grande majorité des hommes participent.
S’il s’agit en partant de l’individu valide d’inventer un sport post-humain, dans le sens où les tenants de l’idéologie dite « transhumaniste » considèrent qu’il est dans la logique d’utiliser certaines technologies, des hybridations, des ressources électroniques, etc., à des prétendues fins d’amélioration de la condition humaine, c’est, de toute évidence, mettre en péril la « communauté sportive », par désagrégation, et abaisser chez l’individu sa part d’humanité.
Conclusion
La pratique sportive intensive chez la femme expose à des risques spécifiques, tels que la triade de l'athlète, le risque accru de fracture de fatigue et l'insuffisance périnéale. Le dépistage de facteurs de risque, comme un déficit énergétique lié au sport et une perturbation des cycles menstruels, ainsi qu'une vigilance particulière vis-à-vis des sports à contrainte périnéale, permettent de préserver la santé des sportives. La recherche de performance et la pratique intensive n'excluent pas d'intégrer le projet de grossesse dans la vie de la sportive, avec des adaptations en intensité, durée et fréquence des séances pour favoriser une maternité sans risque. L'information de la sportive et de son environnement sportif est essentielle pour rassurer et mettre en place une stratégie de prévention des risques, avec sa participation.
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