Serge Ayoub, alias "Batskin", est une figure emblématique de l'extrême droite radicale en France depuis les années 1980. Son parcours, marqué par des engagements politiques fluctuants, des démêlés avec la justice et une rhétorique provocatrice, en fait un personnage controversé, souvent au centre de l'attention médiatique et politique.

Jeunesse et Premiers Engagements Politiques

Fils de magistrat et de fonctionnaire, Serge Ayoub a fait ses études au collège Saint Sulpice, dans le 6ème arrondissement de Paris. Contrairement à l'image bourgeoise de son établissement, il se fait rapidement connaître de la police en tant que skinhead revendiqué. Il confirme avoir rejoint le mouvement skin fin 1981 après avoir été déçu par Mitterrand.

En 1983, il est interpellé pour "agression et propos racistes tenus à l’encontre d’élève" d’un autre lycée, puis un an plus tard, pour "port d’arme blanche", "vol avec violence" et "coups et blessures volontaires". Rapidement, il se fait un nom et devient Batskin - un surnom en référence à son maniement de la batte de baseball qui lui colle toujours à la peau. Il mène le kop de Boulogne, un groupe de supporters du PSG, puis tente de fédérer les groupuscules skinhead naissants en France en fondant les Jeunesses nationalistes révolutionnaires (ou JNR) à la fin des années 80.

Ayoub s'est cherché politiquement. Il a d'abord débuté au PS à la section de Bagnolet, ville du 9-3 où il a grandi. Puis, en claquant la porte d'un parti au final "petit-bourgeois", il prête main-forte au FN en collant des affiches pour Jean-Marie Le Pen tout en y assurant un service d'ordre musclé. Le FN, c'est encore trop mou pour cette tête dure. Il frappe alors à la porte de Jean-Gilles Malliarakis, activiste et théoricien du néofascisme, fondateur de Troisième Voie (un groupuscule qu'Ayoub a réactivé en 2010 et dont les JNR assurent le service d'ordre). Le compagnonnage ne dure que le temps de la passion.

Les Jeunesses Nationalistes Révolutionnaires (JNR) et Troisième Voie

Serge Ayoub est connu pour avoir fondé ou réactivé plusieurs organisations d'extrême droite, dont les Jeunesses Nationalistes Révolutionnaires (JNR) et Troisième Voie. Les JNR, qu'il a fondées à la fin des années 80, étaient un groupuscule skinhead connu pour ses actions violentes et son idéologie nationaliste révolutionnaire. Troisième Voie, réactivée par Ayoub en 2010, se présentait comme un mouvement "solidariste" prônant une "troisième voie" entre le capitalisme et le communisme, tout en véhiculant des idées nationalistes et identitaires.

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Troisième Voie prônait alors une idéologie anti-américaine, anticommuniste, anticapitaliste et antisioniste.

Sur le créneau du nationalisme de combat, Ayoub est désormais débordé par la jeune génération. Dans la vague "anti-mariage pour tous", les Jeunesses nationalistes d'Alexandre Gabriac se sont montrées plus violentes. Pas sûr que le gouvernement fasse le distinguo, du reste. Les JNR sont, en vérité, des militants aguerris de 35-40 ans censés riposter aux attaques des "antifas". " La consigne, c'est d'éviter toute confrontation, assure Ayoub. On n'est pas des agités, on est la seule formation radicale à disposer d'une doctrine et d'un programme. " Une pique contre les groupuscules rivaux, les Jeunesses nationalistes ou encore le Bloc identitaire.

Si Serge Ayoub et Marine Le Pen ont dîné ensemble il y a quelques années, la leader frontiste assure avoir vérifié à cette occasion qu'elle n'avait rien en commun avec Batskin. " Pourtant, notre programme est assez proche du sien, en plus social", répond Ayoub.

En 2013, à la suite de la mort de Clément Méric, militant antifasciste décédé après une rixe avec des skinheads proches des JNR, le gouvernement français a lancé une procédure de dissolution contre Troisième Voie et les JNR. Serge Ayoub a alors annoncé la dissolution de ses deux groupes "pour l'honneur", afin de ne pas être dissous par le gouvernement.

Démêlés Judiciaires et Controverses

Le parcours de Serge Ayoub est également marqué par de nombreux démêlés avec la justice. En 1994, le bad boy se range … un temps. Une fois les JNR dissout, il reprend ses études, se lance dans le commerce et voyage. Selon Libération, son séjour en Russie dure un peu plus longtemps que prévu, il y est condamné à 8 mois de prison pour trafic de stéroïdes. Ce n’est malheureusement pas la seule affaire qui l’obligera à s’expliquer face à la justice. En 2000, il est entendu comme témoin au procès de Régis Kerhuel et Joël Giraud, ses anciens lieutenants du JNR. Les deux hommes sont accusés du meurtre d’un jeune Mauricien, empoisonné et jeté dans la mer au Havre en 1990. Soupçonné d'avoir participé à ce meurtre sordide, Serge Ayoub est un temps mis en examen avant de bénéficier d'un non lieu.

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Autre affaire, en 2017, il est mis en examen pour complicité de "tentative d’homicide volontaire". On reproche à celui qui dirigeait alors le groupe néo-nazi White Wolves d'avoir commandité en 2012 une expédition punitive contre un groupe rival. Il sera finalement relaxé.

Outre ces affaires judiciaires, Serge Ayoub a été impliqué dans de nombreuses controverses liées à ses activités politiques et à ses déclarations publiques. Il est régulièrement accusé de racisme, d'antisémitisme et d'incitation à la haine. Ses prises de position radicales et son passé de skinhead violent lui valent une image sulfureuse et une forte opposition de la part des mouvements antifascistes et des organisations de défense des droits de l'homme.

L'Affaire Clément Méric

Le nom de Serge Ayoub est réapparu il y a plusieurs mois lors de l'affaire Clément Méric. L'affaire Clément Méric, du nom de ce jeune militant antifasciste tué lors d'une rixe, le 5 juin 2013 à Paris, entre skinheads et militants d'extrême gauche, a eu un impact significatif sur la carrière politique de Serge Ayoub. Les cinq personnes mises en examen dans cette affaire, dont le principal protagoniste, Esteban Mortillo, étaient sympathisants ou membres des groupuscules d'extrême droite fondés par Serge Ayoub, Troisième Voie, et son service d'ordre, les Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR).

Depuis le décès de Clément Méric, il ne dort plus. Ayrault veut dissoudre son mouvement. Alors, il se démène pour le disculper : " Dès la mise en cause des JNR, j'ai appelé tous mes amis pour savoir s'ils avaient participé à cette rixe. Ce n'était pas le cas. Puis, par cercles concentriques, on a réussi à entrer en contact avec Esteban et sa compagne, Katia." Le couple a été mis en examen pour violences volontaires et complicité. " Esteban voulait aller déposer plainte pour agression. Je lui ai dit qu'on n'en était plus là. Je leur ai conseillé de trouver un avocat et de se rendre à la police. Pour moi, c'est clair, Esteban et ses amis étaient en état de légitime défense ", ajoute Ayoub, lui aussi entendu par les enquêteurs de la police judiciaire. Ses propos ont été par la suite confirmés par les témoins.

Son rôle dans cette affaire a été déterminant car il ne serait rien de moins que le mentor des trois skinheads à la barre.

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En septembre, l’ancien taulier du Local, le QG parisien des crânes rasés, a dégainé un certificat médical qui l’a dispensé de se déplacer pour quelques jours. Il se sait très attendu et le message est clair : c’est lui qui décide, maître de son propre suspense. Ce mardi midi, les bancs de la presse étaient pleins comme jamais quand Serge Ayoub est sorti de la salle des témoins, prêt pour un one man show en terrain hostile qui inspirera le dégoût de tous, sauf de ceux qui sont d’accord avec lui. Massif, il pose son blouson de moto sur la table et s’appuie nonchalamment sur la barre. Se lance dans une tirade sur l’incompatibilité de son mouvement d’extrême droite, Troisième voie, avec le fascisme. S’autoproclame, en agitant les mains, « héritier du Conseil national de la Résistance ». Sort de son sac le livre qu’il a écrit. La présidente Xavière Siméoni l’interrompt à plusieurs reprises ; lui joue au témoin vexé. « Monsieur, vous pouvez vous éloigner un peu du micro ? - J’y peux rien, j’ai du coffre. » Serge Ayoub est fier de lui, c’est un vrai mec et il veut que tout le monde le sache. La présidente l’appelle, sans succès, à adapter son ton aux circonstances.

Vie Privée

Mal à l'aise dans le registre personnel, on ne lui connaît ni femme ni enfant. " Pas envie qu'il devienne un esclave", lâche-t-il.

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