L'affaire Séréna, du nom de cette petite fille découverte en 2013 dans le coffre d'une voiture, a profondément marqué la France. Au-delà du fait divers, elle soulève des questions complexes sur le déni de grossesse, la dénégation d'enfant et les responsabilités parentales. Le procès de Rosa Maria da Cruz, la mère de Séréna, a mis en lumière ces enjeux cruciaux.

Les Faits : Une Découverte Macabre

Le 25 octobre 2013, à Brignac-la-Plaine, en Corrèze, des garagistes font une découverte effroyable : une fillette de 23 mois, rachitique, nue et sale, est retrouvée gémissante dans le coffre de la voiture de Rosa Maria da Cruz. L'enfant, rapidement identifiée comme Séréna, est immédiatement prise en charge par les services sociaux. La mère est placée en garde à vue et le père est arrêté.

L'enquête révèle que Séréna a passé la majeure partie de ses 23 premiers mois enfermée dans un couffin, souvent reléguée dans le coffre de la voiture familiale ou dans une pièce en travaux de la maison, à l'insu de tous. Cette privation de soins et de stimulation a eu des conséquences désastreuses sur son développement.

Le Profil de la Mère : Entre Normalité et Dissimulation

Tout au long du procès, la personnalité de Rosa Maria da Cruz a été scrutée à la loupe. Les experts psychiatres ont décrit une femme "indemne de toute pathologie psychiatrique", "pas psychotique", manifestant "une certaine normalité" et une intelligence "d'une bonne moyenne". Pourtant, cette même femme a été capable de dissimuler une grossesse et de confiner son enfant dans des conditions inhumaines pendant près de deux ans.

Le psychiatre Jacques Bertrand a estimé que Rosa Maria da Cruz a fait preuve d'un "déni de grossesse total", caractérisé par "l'inconscience de l'état de grossesse, l'absence de signe extérieur ou physiologique, par la transparence au regard de l'entourage, et par des antécédents similaires". Il a également souligné la "chosification de l'enfant" et la "négligence de l'enfant", ainsi que la "nécessité de "mise au monde" symbolique par un tiers découvrant".

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Une autre experte a évoqué la "dénégation de grossesse", expliquant qu'il s'agit de "je sais que je suis enceinte, mais je ne veux rien savoir". Michel-Henri Delcroix, président de l'Association française pour la reconnaissance du déni de grossesse (AFRDG), a parlé d'un "déni absolu" jusqu'à l'accouchement, qui n'est levé que par un tiers, par l'environnement.

Le Déni de Grossesse : Symptôme ou Pathologie ?

Le déni de grossesse est au cœur de l'affaire Séréna. Il s'agit d'un phénomène complexe, encore mal compris, qui se manifeste par l'absence de conscience de la grossesse chez la femme enceinte. Le Dr Bertrand a rappelé que le déni de grossesse "n'est qu'un symptôme, un comportement, pas une pathologie à part entière. Il n'est pas classé comme une maladie mentale".

Ce "vide scientifique" a été soulevé par la défense, qui a plaidé pour une meilleure prise en compte médico-judiciaire du déni, considéré par le Dr Delcroix comme un "problème de santé publique, pas un fait divers".

L'avocate de Rosa da Cruz, Me Chrystèle Chassagne-Delpech, a défendu la thèse d'un "déni de grossesse" suivi d'un "déni d'enfant", concept controversé, et d'une "dissociation psychique post-traumatique" de sa cliente, "face à l'inacceptable". Selon elle, cette dissociation aurait entraîné des négligences "horribles", mais aussi des "gestes automatiques" de protection qui ont permis la survie de l'enfant. "Sans cette dissociation, elle aurait vraisemblablement tué Séréna", a-t-elle affirmé.

Les Conséquences pour Séréna : Un Avenir Incertain

Aujourd'hui âgée de près de 8 ans, Séréna a le développement mental d'un enfant de 2-3 ans. Elle souffre d'infirmités irréversibles, conséquences directes de son enfermement et de la privation de soins durant ses 23 premiers mois. Elle vivra jusqu'à sa majorité au moins entre famille d'accueil et institut spécialisé.

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Selon le docteur Bernard Magret, "ce sera à l'adolescence et à l'âge adulte qu'on pourra véritablement évaluer les déficiences" durables, liées à la privation sensorielle et de stimuli. Malgré les efforts déployés par sa famille d'accueil et les professionnels de santé, "ce qui est cérébral, c'est irrécupérable".

La cour d'assises de la Corrèze n'a pas souhaité que Séréna témoigne. Sur les images, l'enfant est apparue «assez pleine de vie», «plutôt jolie», en «bonne forme physique», et avec «quelques capacités de coordination sur des choses simples», a résumé le président de la cour, Gilles Fonrouge. Sur la vidéo, on perçoit le son qu'émet l'enfant, un «mouvement de succion permanente de la langue». Et si elle prononce trois-quatre mots, ils sont le fait «de la sollicitation constante et massive» de l'assistante familiale, la mère d'accueil, ajoute Me Peis-Hitier.

Le Verdict : Une Peine Plus Lourde en Appel

En première instance, Rosa da Cruz avait été condamnée à cinq ans de prison, dont trois avec sursis. Une peine jugée trop clémente par l'avocat général, qui a requis "pas moins de dix ans" de prison en appel.

Le 16 octobre 2019, la cour d'assises d'appel de la Haute-Vienne a finalement condamné Rosa da Cruz à cinq ans de prison ferme, assortis d'un suivi socio-judiciaire de six ans, avec obligation de soins. Une peine plus lourde qu'en première instance, mais bien en deçà des réquisitions.

A l'annonce du verdict, Rosa Da Cruz est restée impassible. "Après avoir entendu qu'elle risquait 10 ans, elle s'est dit qu'elle avait échappé au pire, en quelque sorte" analyse son avocate Maître Chrystèle Chassagne-Delpech.

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Les avocats des parties civiles se sont dits satisfaits de voir cette peine alourdie. Les avocates du conseil départemental de la Corrèze, collectivité qui a désormais la charge de Serena, sont aussi soulagées que la cour d'assises de la Haute-Vienne ait prononcé le retrait total d'autorité parentale de Rosa Da Cruz sur la fillette.

Le Rôle du Père : Un Homme Effacé ?

Domingos Sampaio Alves, le père de Séréna, a bénéficié d'un non-lieu dans cette affaire. Il a témoigné au procès, décrivant un foyer où, selon lui, "tout allait très bien". Il a affirmé n'avoir jamais remarqué la grossesse de sa compagne, ni l'odeur nauséabonde dans la voiture.

Certains ont vu en lui un homme "totalement effacé, qui n'a pas de fonction dans le couple". D'autres ont souligné sa maladresse et sa difficulté à s'exprimer.

Domingos Sampaio Alves a maladroitement tenté ce mardi de défendre sa compagne, dressant à la barre le portrait d'un foyer où selon lui, « tout allait très bien ». Arrivé en Corrèze en 2004 pour rejoindre Rosa Maria après la naissance de leur premier enfant, conçu « sans le faire exprès » lors de vacances de cette dernière au Portugal, l'homme s'installe avec elle dans le village de Brignac-la-Plaine où il est employé comme maçon. Le rôle de chacun est vite établi : « Elle faisait les courses, moi je travaillais ».Du reste, il n'a pas le permis, ne parle pas français et passe beaucoup de temps dans les bars, faisant reposer la marche du ménage sur sa seule compagne.

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