L'affaire Séréna est l'une des affaires les plus marquantes de la décennie écoulée en Corrèze. Cette histoire tragique a commencé le 25 octobre 2013, lorsqu'un garagiste a découvert un bébé de 23 mois, Séréna, dans le coffre de la voiture de sa mère, Rosa Maria Da Cruz. L'enfant vivait dans des conditions inhumaines, cachée de tous, et souffrait de graves problèmes de santé.

Découverte et premiers secours

Le 25 octobre 2013, Guillaume Iguacel, garagiste à Terrasson en Dordogne, est alerté par des bruits venant du coffre de la voiture d’une cliente. Pensant trouver un chiot, il découvre avec horreur une petite fille dévêtue, émaciée, entourée d’asticots, de larves, de mouches et en grande difficulté respiratoire. Selon les pompiers, si la découverte avait été faite vingt minutes plus tard, l'enfant serait morte.

La mère, Rosa da Cruz, est immédiatement arrêtée et Séréna est emmenée à l’hôpital de Brive-la-Gaillarde. L'état de l'enfant est alarmant : elle a la taille et le poids d’un bébé d’un an alors qu’elle en a presque deux. Son corps est couvert d’hématomes, de cicatrices et les radios révèlent des traces d’une fracture au bras qui, en l’absence de soins, s’est consolidée toute seule avec le temps. Un soignant témoigne que Séréna attrapait son biberon avec ses pieds, un comportement typique d'un "enfant sauvage".

L'enquête et les révélations

L’enquête révèle que Rosa da Cruz avait mis au monde Séréna seule, le 24 novembre 2011, à Brignac-la-Plaine, en Corrèze, et l'avait cachée à son mari et à ses trois autres enfants. Elle laissait le nourrisson dans une pièce et vaquait à ses occupations quotidiennes comme si rien ne s’était passé.

Personne dans l'entourage de Rosa ne semble avoir remarqué quoi que ce soit. Les gendarmes sont stupéfaits par les réponses qu'ils reçoivent lors de leurs investigations. Les habitants de la commune se souviennent avoir été intrigués par certains agissements de la mère de famille, mais sans plus.

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Le procès et le verdict

Le procès de Rosa da Cruz s'ouvre en novembre 2018 devant la cour d'assises de la Corrèze à Tulle. L'accusée est jugée pour "violences volontaires ayant entraîné une infirmité permanente" et "privation de soins". Le parquet a reçu des dizaines de lettres de mécontentement au moment de la remise en liberté de Rosa da Cruz à l’issue de sa garde à vue. Une sœur et des nièces arrivent du Portugal pour soutenir leur parente, lui présentant même des excuses pour n’avoir pas vu qu’elle avait besoin d’aide depuis ses deux derniers accouchements.

Les experts débattent de la question du déni de grossesse et du déni d'enfant. Rosa da Cruz explique avoir menti lors de ses premières auditions, quand elle avait déclaré avoir tôt nommé sa fille Séréna, lui avoir parlé, l'avoir lavée, câlinée parfois. "Je ne m'en suis jamais occupée, je ne l'ai jamais tenue dans mes bras, je ne lui ai jamais fait de câlins, je ne l'ai nourrie qu'occasionnellement", avait-elle alors assuré, noircissant son portrait et démentant presque point par point ses déclarations en auditions.

Le verdict est jugé trop clément : cinq ans de prison dont deux ferme. L’année suivante, en 2019, le procès en appel se déroule devant la cour d’assises de Limoges. La mère est finalement condamnée à cinq ans de prison ferme et déchue de ses droits parentaux sur Serena.

L'état de santé de Séréna et son avenir

Après sa découverte, Séréna est hospitalisée au CHU de Brive. Un bilan sanitaire révèle "d’importantes carences". Son âge est tout d’abord estimé à 1 an. En réalité, elle est née le 24 novembre 2011. Les pédiatres qui la suivent à l'hôpital de Brive, précisent qu’elle sourit désormais et pleure de temps en temps. Séréna dispose désormais d’un état civil. Elle est placée en famille d’accueil à Objat.

Aujourd'hui, Séréna souffre de séquelles irréversibles. Elle a le développement mental d'un enfant de 2-3 ans et partage sa vie entre une famille d'accueil et un institut médico-éducatif spécialisé. Elle ne sait pas lire ni écrire, et on ne pense pas qu’elle pourra un jour. Les expertises ont décrit un syndrome autistique "vraisemblablement irréversible", constitutif d'une "infirmité permanente" et d'un "déficit fonctionnel à 80%", conséquence de 23 premiers mois de "privations sensorielles", "sans aucun contact extérieur ni stimuli".

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L'avocate du département qui a représenté les intérêts de la fillette souligne le travail sans relâche de la famille d’accueil : « C'est extraordinaire qu'elle puisse faire du vélo, qu'elle ait du plaisir à marcher, qu'elle ait du plaisir à mettre son petit museau au soleil. Par contre, sur le plan psychologique, psychiatrique, il y a des choses qui n’évolueront pas […]. Son cerveau a été violemment endommagé. […]. Elle est d’une fragilité exacerbée.

Déni de grossesse et déni d'enfant : les enjeux du procès

L'affaire Séréna a mis en lumière la question du déni de grossesse et du déni d'enfant. Le déni de grossesse est un phénomène psychique complexe qui se caractérise par le fait qu'une femme n'a pas conscience de sa grossesse. Le déni d'enfant est un concept plus controversé qui désigne le fait qu'une mère n'est pas capable de reconnaître son enfant comme une personne à part entière.

Lors du procès de Rosa da Cruz, les experts ont débattu de la question de savoir si elle était atteinte de déni de grossesse et de déni d'enfant. Certains ont estimé que oui, d'autres que non. L'avocate de Rosa da Cruz a plaidé le déni de grossesse, arguant que sa cliente n'avait pas conscience de sa grossesse et qu'elle avait agi de manière automatique, sans intention de nuire à son enfant.

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