Le trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) est un trouble neurodéveloppemental qui touche un nombre important d'enfants et d'adolescents. Face aux défis posés par les traitements conventionnels, de nombreuses familles se tournent vers des alternatives naturelles, parmi lesquelles le safran suscite un intérêt croissant. Cet article se penche sur les études scientifiques explorant le potentiel du safran dans la gestion du TDAH chez l'enfant, en évaluant son efficacité, ses limites et les mises en garde nécessaires.
Safran : Un aperçu de ses propriétés traditionnelles et de son intérêt récent
Utilisé depuis l'Antiquité, le safran (Crocus sativus L.) est traditionnellement reconnu pour favoriser la détente et la relaxation, contribuant à diminuer la tension nerveuse et l'agitation, tout en aidant à maintenir une humeur positive et un équilibre émotionnel. Cette épice, extraite des stigmates rouges de la plante Crocus sativus, est prisée pour ses propriétés médicinales. Le safran est constitué de plus de 150 molécules, notamment des glucides, des polypeptides, des lipides, ainsi que des composés actifs tels que la crocétine, la crocine (responsable de la couleur), la picrocrocine (responsable du goût) et le safranal (responsable de l’odeur).
Des recherches récentes s'intéressent aux propriétés de cette épice précieuse dans différents contextes, notamment chez les personnes qui présentent une grande vivacité d'esprit, parfois accompagnée de difficultés à maintenir leur attention sur une tâche, ou qui peuvent se sentir facilement distraites par leur environnement. Le safran s'inscrit dans une démarche de soutien naturel, complémentaire à une hygiène de vie saine.
Mécanismes d'action potentiels du safran dans le TDAH
Le safran possède plusieurs propriétés psychoactives. Il agit sur les récepteurs NMDA et du GABA et facilite la sécrétion de la dopamine, de la sérotonine et de la noradrénaline. La dopamine et la noradrénaline sont deux neurotransmetteurs fortement associés au TDAH.
Études scientifiques sur le safran et le TDAH : un examen critique
Plusieurs publications scientifiques s'intéressent aux propriétés du safran dans le contexte de la gestion de l'attention et de l'équilibre émotionnel. Le safran (Crocus sativus L.) pourrait-il être aussi efficace que les médicaments stimulants dans le traitement du trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH) ? Les résultats d'une étude pilote de court terme de l'université de médecine de Téhéran, menée chez des enfants et des adolescents, le suggèrent.
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En 2019, une étude pilote randomisée en double aveugle a comparé un extrait de safran à un traitement de référence, le méthylphénidate. Une étude a comparé les effets d’un extrait de safran à ceux du méthylphénidate sur les symptômes du TDAH et les fonctions exécutives. Soixante-trois enfants et adolescents âgés de 7 à 17 ans ont participé à cet essai clinique non randomisé. Les résultats montrent des améliorations significatives, avec les deux traitements, des symptômes du TDAH et des fonctions exécutives.
Analyse critique des études existantes
Sébastien Weibel, psychiatre et chercheur aux Hôpitaux universitaires de Strasbourg, a examiné l’étude principale sur laquelle semble reposer les argumentaires marketing décrivant l’intérêt du safran dans le TDAH. Il s’agit d’une « étude iranienne réalisée en 2019 sur 54 enfants, qui montre une absence de différence de résultat entre ceux traités par méthylphénidate et ceux par safran ». Sa lecture critique relève qu’« outre sa courte durée - six semaines -, l’échantillon de petite taille et l’utilisation de posologies faibles, l’étude semble discutable sur le plan méthodologique ».
L’analyse critique, menée par exemple par Sébastien Henrard, psychologue spécialisé en neuropsychologie clinique, relève des biais importants : absence de groupe placebo, petits échantillons, risque de conflits d’intérêts… Sur ce dernier point, l’Iran produit en effet 95 % des volumes de safran commercialisés annuellement dans le monde. Pour toutes ces raisons, les résultats de ces études ne sont pas généralisables. De plus, ces travaux n’explorent pas les potentiels effets indésirables du safran, un aspect pourtant indispensable si l’on souhaite recommander le recours à cette épice dans un complément alimentaire.
Méta-analyses et recommandations actuelles
Avec l’accumulation d’études positives, le safran s’impose comme une solution naturelle crédible pour accompagner certains symptômes du TDAH. Afin de tirer les choses au clair, les scientifiques ont recours à ce que l’on appelle les méta-analyses. Celles-ci visent à synthétiser les résultats de plusieurs études correctement menées afin de tirer une conclusion sûre. Aujourd’hui, leur conclusion est claire : les compléments alimentaires, comme le safran, ne passent pas le crible de la méthode scientifique et c’est bien la raison pour laquelle leur prescription ne figure pas dans les recommandations de la HAS parues en septembre 2024.
Compléments alimentaires à base de safran pour le TDAH : promesses et réalités
Depuis quelques temps, émergent sur les réseaux sociaux des publicités vantant les bienfaits de compléments alimentaires à base de safran qui auraient une action « incroyable » sur les symptômes du trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). Il s’agirait de « solutions naturelles, efficaces et sans effets secondaires » susceptibles de « changer la vie des parents et enfants » concernés car elles seraient « aussi efficaces que le méthylphénidate », la molécule présente dans les médicaments de référence que sont la Ritaline ou le Concerta.
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Ils s’appellent Brainzyme, Zenkids, Hyperkid, ou encore Safran B6. Depuis quelques années, ces compléments alimentaires se multiplient, promus activement en ligne, sur les réseaux sociaux et parfois en pharmacie. Ils affirment atténuer naturellement les manifestations du trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), chez l’enfant comme chez l’adulte : difficultés de concentration, impulsivité, troubles de la mémoire… Certains se présentent même comme des alternatives à la Ritaline, médicament à base de méthylphénidate, couramment prescrit.
Ces produits se distinguent par leur composition mettant en avant le safran comme ingrédient principal. Ces compléments mettent en avant plusieurs arguments pour convaincre les parents en quête d’une alternative naturelle aux traitements traditionnels.
- Composition Naturelle : Ils sont formulés avec des ingrédients naturels, dont le safran. Cette alternative rassure les parents préoccupés par les effets secondaires des médicaments traditionnels, qui contiennent souvent des produits chimiques.
- Effets Apaisants : Le safran est reconnu pour ses propriétés calmantes et pour ses effets bénéfiques sur l’humeur.
Mises en garde concernant les compléments alimentaires
Plusieurs mises en garde sont nécessaires concernant l'utilisation de compléments alimentaires à base de safran pour le TDAH :
- Absence de preuve d'efficacité : À ce jour, la communauté scientifique s’accorde à dire qu’aucune preuve d’efficacité du safran n’existe dans la prise en charge du TDAH. Et pour cause : les compléments alimentaires, contrairement aux médicaments, n’ont pas à faire la preuve de leur efficacité avant d’être mis sur le marché !
- Risques potentiels : Si le safran ne semble pas provoquer d’effets indésirables aux doses recommandées, il peut devenir toxique à fortes doses, tout comme la vitamine B9 avec laquelle il est parfois associé. D’autant plus problématique que le format gummies (gommes à mâcher) sous lequel il est souvent commercialisé peut entraîner une confusion avec de simples bonbons. Enfin, cette vitamine peut aussi interagir avec certains traitements antiépileptiques.
- Interactions médicamenteuses : Certains ingrédients présents dans ces compléments, comme le ginkgo biloba, le maca ou le ginseng, peuvent interagir avec des traitements médicamenteux et provoquer des effets indésirables.
- Retard de prise en charge : De manière générale, recourir exclusivement aux compléments alimentaires n’est pas recommandé. Sans suivi médical et psychologique structuré, le risque est grand de retarder une prise en charge efficace.
Cadre légal et allégations non prouvées
Certes, grâce à une très grosse faille dans la réglementation européenne, certaines promesses non prouvées demeurent autorisées : c'est le cas par exemple des affirmations « le guarana aide à améliorer la concentration » ou encore « la DHA contribue au maintien d’une fonction cérébrale normale ». Mais beaucoup d'autres ne le sont pas. En particulier, il est strictement interdit d’établir un lien entre la prise d’un complément alimentaire et un effet thérapeutique, ou encore de présenter le produit comme une alternative à un médicament.
Importance d'un suivi médical et d'une approche globale
Face à la complexité du TDAH, le recours exclusif aux compléments alimentaires, sans suivi médical et psychologique, retarde une prise en charge médicale efficace. Or, le TDAH est un trouble neurodéveloppemental complexe qui, sans accompagnement, peut entraîner des difficultés scolaires, professionnelles et sociales, ainsi qu’un risque accru de troubles anxieux, dépression, addictions ou comportements à risque. Les compléments alimentaires ne remplacent donc pas une prise en charge médicale, seule capable de réduire durablement les symptômes et leurs conséquences.
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Il est essentiel de consulter un professionnel de santé avant d’introduire des compléments alimentaires à base de safran dans le régime alimentaire d’un enfant atteint de TDAH. Un diagnostic différentiel doit obligatoirement être mené par un médecin pour écarter d’autres problématiques pouvant provoquer des symptômes similaires à ceux du TDAH.
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