L'élection de Roberta Metsola à la présidence du Parlement européen en janvier 2022 a suscité de vives réactions, notamment en raison de ses positions personnelles sur l'avortement. Bien que se revendiquant féministe, son profil conservateur et son opposition à l'IVG ont créé un malaise parmi de nombreux eurodéputés, soulevant des questions sur sa capacité à représenter la diversité des opinions au sein de l'institution.
Un Contexte Électoral Attendu
Le 18 janvier 2022, Roberta Metsola, eurodéputée maltaise issue du PPE (droite conservatrice), a été élue Présidente du Parlement européen, le jour de ses 43 ans. Cette élection, bien qu'attendue, a mis en lumière les tensions persistantes au sein de l'Union européenne concernant les droits des femmes et l'accès à l'avortement. Son élection n'était une surprise pour personne. Au nom de l’alternance de mi-mandat, les groupes S & D (sociaux-démocrates) et Renew Europe (libéraux) avaient appelé à voter pour elle, sans présenter de candidats issus de leurs rangs.
L'Héritage de David Sassoli et les Premiers Pas de Metsola
Roberta Metsola succède à l'Italien David Sassoli, brutalement décédé. Elle a débuté son mandat en rendant hommage à son prédécesseur, soulignant son engagement envers l'Europe. « La première chose que j’aimerais faire en tant que Présidente, c’est de nous rappeler l’héritage de David Sassoli, il avait foi en le pouvoir de l’Europe » a-t-elle salué, promettant d’honorer la mémoire de son prédécesseur. Ses premiers mots lui ont d’ailleurs été adressés.
Un Profil Conservateur au Sein d'une Institution Progressiste
Roberta Metsola est une avocate de formation et eurodéputée depuis 2013. Elle est membre du PPE, la droite conservatrice et première force politique au Parlement européen. Si sa personnalité et ses compétences sont largement reconnues, ses convictions personnelles sur l'avortement ont suscité des inquiétudes. En effet, Metsola est issue de Malte, le dernier État membre de l'UE à interdire totalement l'IVG, même en cas de viol ou pour des raisons médicales.
Malaise et Symbolique de l'Élection
Pour Bernard Guetta, eurodéputé Renew Europe, l’arrivée de Roberta Metsola, « adversaire déclarée à l’IVG » a créé un profond « malaise ». L'élection d'une femme anti-IVG à la tête du Parlement européen, 42 ans après Simone Veil, a été perçue par certains comme un signal désastreux, notamment pour les femmes polonaises dont le droit à l'avortement a été restreint. Clément Beaune, Secrétaire d’Etat en charge des affaires européennes est même sorti de sa réserve sur Franceinfo : « Le symbole de cette élection me gêne » a-t-il taclé.
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La Position Maltaise et la Réponse de Metsola
Alfred Sant, ancien Premier ministre maltais et eurodéputé S & D tempère : « Être contre l’avortement à Malte est très ‘mainstream’, c’est un positionnement majoritaire dans le pays. » Questionnée sur le sujet, Roberta Metsola a affirmé que son devoir serait de représenter la position du Parlement en toutes circonstances, même si cela implique de dédire ses convictions personnelles. « La présidente ne peut qu’être l’avocate d’une position majoritaire au Parlement », renchérit Bernard Guetta.
Féminisme et Engagements Européens
Roberta Metsola se revendique pourtant « féministe » bien que certaines de ses prises de positions publiques ne la montrent pas à la pointe en matière de droits des femmes. Malgré ses positions controversées sur l'avortement, Roberta Metsola met en avant son engagement européen, sa lutte contre la corruption et son ouverture sur des dossiers tels que les questions migratoires et la défense des droits LGBT.
Renforcer le Rôle du Parlement Européen
Certains eurodéputés, comme Sylvie Guillaume, espèrent que Roberta Metsola renforcera les pouvoirs du Parlement face au Conseil de l'UE. Bernard Guetta abonde : « Il y a une aspiration du Parlement européen à tenir un rôle de plus en plus important dans les institutions. »
Feuille de Route et Défis Futurs
Le mandat de Roberta Metsola court jusqu'aux prochaines élections européennes de 2024. D'ici là, elle devra se conformer à la feuille de route signée entre le PPE, S & D (sociaux-démocrates) et Renew Europe. La question de l'avortement reste un enjeu majeur, avec des demandes croissantes pour inscrire ce droit dans la Charte des droits fondamentaux de l'UE.
L'Avortement au Sein de l'Union Européenne : Divergences et Perspectives
Sur 27 États membres, 24 pays de l'UE ont légalisé ou dépénalisé l'avortement, sans besoin de justification de la part de la femme qui décide de recourir à l'IVG. Le délai maximal pour avorter varie de 10 semaines de grossesse au Portugal à 24 semaines aux Pays-Bas, plus de la moitié des pays ayant fixé cette limite à 12. En Pologne, l'avortement n'est autorisé qu'en de cas de viol ou de danger pour la vie de la mère depuis janvier 2021. Il n'y a qu'à Malte que l'IVG est totalement interdite, quelle que soit la situation.
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Réflexions en France et Initiatives Européennes
Déjà en janvier, avant la stupeur provoquée par la décision de la Cour suprême américaine, le président français Emmanuel Macron, qui prenait alors la présidence tournante de l'UE, avait souhaité inscrire le droit à l'avortement dans la Charte des droits fondamentaux de l'UE. Son parti politique et l'actuel gouvernement français ont aussi en projet de l'inscrire dans la Constitution française.
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