L'inscription du droit à l'interruption volontaire de grossesse (IVG) dans la Constitution française a suscité une vague de réactions à travers le monde. Le 5 mars, la presse étrangère a largement salué cette décision historique, la considérant comme un moment clé pour les droits des femmes et un signal fort envoyé aux pays où ce droit fondamental est menacé ou inexistant.
Un moment historique salué par la presse internationale
La presse étrangère a unanimement salué l'introduction de l'IVG dans la Constitution française. Le New York Times a titré "French enshrines Abortion rights", tandis que le journal brésilien O Globo a proclamé "França é primeiro pais a elevar o direito ao aborto à Constituiçao". Des États-Unis au Brésil, en passant par l'Espagne, le Royaume-Uni, l'Italie et le Japon, la presse internationale a souligné le caractère historique de cette décision.
El Pais, cité par Courrier international, a rappelé que "la France est le premier pays au monde à défendre la liberté de l'avortement en l'inscrivant dans sa Constitution". Die Welt a salué le fait que "rien ni personne ne pourra retirer aux Françaises le droit de mettre fin à une grossesse non désirée dans un avenir proche ou lointain".
Un signal fort pour les femmes du monde entier
Au-delà de la reconnaissance du droit à l'IVG en France, de nombreux médias ont souligné la portée symbolique de cette décision pour les femmes du monde entier. Die Welt a qualifié le vote français de "signal fort de Macron aux femmes du monde entier", un signal adressé "à tous les pays occidentaux où ce droit laborieusement gagné dans les années 1970 a ensuite été remis en question ou retiré".
Le Washington Post a capturé l'atmosphère de célébration qui a suivi le vote à Versailles, décrivant comment "les centaines de personnes réunies sur la place du Trocadéro ont soudainement chantonné 'Who run the world ? Girls'", le tube de Beyoncé.
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Une alerte pour les pays où le droit à l'IVG est menacé
L'inscription de l'IVG dans la Constitution française a également été perçue comme une alerte pour les pays où ce droit est menacé ou inexistant. Die Welt a estimé que "l'Allemagne, où le droit à l’avortement n'existe toujours pas, devrait se sentir interpellée". La Repubblica a vu dans ce débat "un affrontement avec le Vatican", qui s'oppose à tout "droit à supprimer une vie humaine".
Le journal argentin Clarín a rappelé le précédent chilien, où une tentative d'introduire le droit à l'IVG dans le projet de nouvelle Constitution en 2022 avait échoué.
La France, pionnière en matière de droits des femmes
Pour El Pais, la France, qui avait "dans un passé récent adopté des droits sociétaux plus tardivement que d’autres pays", peut aujourd'hui "se targuer d’avoir été un pionnier" en matière de droits des femmes. Le quotidien espagnol a décrit "une cérémonie solennelle et émouvante dans le cadre auguste de l’hémicycle de l’aile sud du château de Versailles, symbole du pouvoir absolu de Louis XIV, le Roi-Soleil, et de la grandeur française", soulignant la "charge émotionnelle forte qui a atteint le public et les tribunes de presse".
Une réponse à la Cour suprême américaine
De nombreux médias ont souligné que cette inscription de l’IVG dans la Loi fondamentale française "était une réponse" à la décision prise par la Cour suprême en juin 2022 d’abroger l’arrêt Roe vs Wade, qui accordait depuis 1973 aux Américaines le droit d’avorter dans tout le pays. Le Wall Street Journal rappelle que c'est l'abrogation de l'arrêt Roe vs Wade qui a incité Emmanuel Macron à "faire de l'avortement un droit irréversible en France".
Le Washington Post a noté que "la modification de la Constitution ne modifie pas le contenu de la législation telle qu’elle existe aujourd’hui", mais qu'il sera néanmoins "plus difficile pour un nouveau gouvernement d’interdire l’avortement à moins de quinze semaines ou même de décider que l’avortement n’est plus couvert par la Sécurité sociale".
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La situation aux États-Unis : un contraste saisissant
Le vote français intervient dans un contexte de fortes tensions aux États-Unis concernant le droit à l'avortement. Depuis l'abrogation de l'arrêt Roe vs Wade, chaque État américain est libre d'interdire l'IVG sur son sol. Le New York Times a souligné que "contrairement aux Etats-Unis, la question de l'avortement en France n'est pas politiquement chargée et ne suscite pas de fortes divisions".
Depuis 2022 et jusqu’ici aux Etats-Unis, les hôpitaux avaient l’obligation de fournir des soins et des IVG d’urgence pour stabiliser l’état de santé des femmes enceintes en situation critique. Cette directive, émise sous la présidence de Joe Biden, s’appuyait sur l’Emergency Medical Treatment and Labor Act (EMTALA), une loi fédérale exigeant des établissements de santé qu’ils prennent en charge les patientes en urgence absolue, indépendamment des lois étatiques sur l’avortement. La révocation de cette directive soulève des préoccupations parmi les professionnels de santé et les défenseurs des droits reproductifs.
Nancy Northup, présidente du Centre pour les droits à la reproduction (Center for Reproductive Rights), s’emporte : « Le gouvernement Trump préfère voir les femmes mourir aux urgences plutôt que leur prodiguer un avortement qui leur sauverait la vie ». Cette décision « nourrit la peur et la confusion qui existe déjà dans les hôpitaux de chaque Etat où l’avortement est interdit », a-t-elle ajouté.
De leur côté les anti-avortement saluent cette décision, arguant à l’inverse que la politique de l'ère Biden avait permis d'élargir l’accès à l’avortement dans les États où il était illégal. « Les démocrates ont semé la confusion sur ce point pour justifier leur programme extrêmement impopulaire en faveur de l’avortement à tous les trimestres », affirme Marjorie Dannenfelser, présidente de l’association SBA Pro-Life America. « Dans des situations où chaque minute compte, leurs mensonges entraînent des retards dans les soins et exposent les femmes à un danger inutile et inacceptable », ajoute-t-elle.
Les actions de Donald Trump contre le droit à l'avortement
Moins de cinq jours après son investiture, Donald Trump est revenu sur plusieurs mesures de son prédécesseur qui visaient à protéger l’accès à l’avortement. Le nouveau président des États-Unis a notamment réaffirmé la mise en application dans un décret l’amendement dit « Hyde », datant de 1976, qui vise à empêcher l’utilisation de fonds fédéraux pour des interruptions volontaires de grossesse (IVG), sauf dans de rare cas. C’est ainsi que Donald Trump justifie la suppression de deux décrets pris par Joe Biden qui entre autres, facilitaient l’accès à certains moyens contraceptifs - comme la pilule du lendemain - ou encore visait à lutter contre l’utilisation de données personnelles numériques (issues d’applications mobiles, par exemple) pour poursuivre des femmes ayant avorté en justice.
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La nouvelle administration américaine a aussi acté le retour de la « Mexico City Policy », une politique mise en place sous la présidence Reagan en 1984. Elle supprime les subventions publiques américaines aux organisations qui défendent, conseillent ou pratiquent des avortements à l’étranger, même si ces actions ne sont pas directement financées par les fonds américains en question. Par ailleurs, les États-Unis rejoignent de nouveau une déclaration internationale s’opposant au droit à l’avortement initiée lors du premier mandat de Donald Trump - et dont Joe Biden s’était retiré - dite Déclaration de consensus de Genève sur « la promotion de la santé de la femme et le renforcement de la famille ».
Ces décisions de la nouvelle administration républicaine sont intervenues le jour de la 52e édition de la « Marche pour la vie », défilé annuel du mouvement anti-avortement aux États-Unis qu’a soutenu Donald Trump par un message vidéo. « Pendant mon second mandat, nous nous battrons à nouveau fièrement pour les familles et la vie », a-t-il promis aux manifestants. « Nous protégerons les acquis historiques que nous avons obtenus ».
Les divisions au sein du Rassemblement National
En Suisse, Le Temps a vu dans cette constitutionnalisation de l’IVG un vote "bien pratique pour le camp présidentiel", lui permettant de "pointer les menaces d’une arrivée au pouvoir du Rassemblement national, particulièrement gêné aux entournures sur ce sujet". Les députés d’extrême droite se sont, en effet, montrés très divisés sur le sujet : 46 élus RN sur 88 ont voté pour, 11 contre et 20 se sont abstenus. Onze d’entre eux n’ont pas pris part au vote.
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