L'ordre national de la Légion d'honneur, fondé en 1802 par Napoléon Bonaparte, alors Premier consul de la République, est une distinction honorifique française. Conçue initialement pour récompenser le mérite et stimuler le zèle à servir l'État, elle a traversé les époques, suscitant admiration, fierté, mais aussi controverses et refus. Cet article explore l'histoire de la Légion d'honneur, son évolution, les raisons des refus de cette distinction, et les débats qu'elle continue de susciter.
Genèse et Objectifs de la Légion d'Honneur
Napoléon Bonaparte a créé la Légion d'honneur dans un but politique précis : recomposer l'ordre social post-révolutionnaire. En attribuant ce ruban honorifique à des citoyens, civils et militaires, présentés comme des exemples, il souhaitait créer un creuset où fusionneraient tous les groupes sociaux de la nouvelle France des notables. Il s'agissait d'un moyen symbolique d'intégrer la bourgeoisie commerçante ou industrieuse, la bourgeoisie de robe et les hommes distingués par leurs talents intellectuels, politiques ou militaires.
La Légion d’honneur fut aussi conçue comme un instrument visant à stimuler, en chaque citoyen, le zèle à servir l’État. Bonaparte utilisait le mot "hochet" pour la désigner en disant : "c’est avec des hochets que l’on mène les hommes".
Critiques et Controverses dès l'Origine
L'institution de la Légion d'honneur n'a pas fait l'unanimité dès sa création. Les républicains fidèles à l'esprit de la Convention y voyaient la restauration d'une nouvelle aristocratie, une entorse au principe révolutionnaire d'égalité, puisque la Révolution française avait aboli toutes les décorations de l'Ancien Régime. En 1848 et en 1870, les fondateurs de la Seconde et de la Troisième République envisagèrent à nouveau de supprimer ce genre de hochets.
En réponse à ces critiques qui parlent "d'hochet de la vanité", Napoléon Bonaparte aurait déclaré: "C'est avec ces hochets que l'on mène les hommes." Une manière pour lui d'infantiliser les esprits, pour qu'ils soient encore plus dociles, plus obéissants qu'ils ne l'étaient déjà.
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Évolution et Adaptation au Fil du Temps
Malgré les critiques, l'ordre national de la Légion d'honneur a fêté son bicentenaire. La hiérarchie des trois grades de chevalier, officier et commandeur semble immuable, et c'est toujours le président de la République qui est le grand maître de l'ordre.
Si dans son premier siècle d’existence l’ordre de la Légion d’honneur était resté dans le domaine civil assez fermé, le XXe siècle voit s’étendre la diversité des activités récompensées ; l’ordre est ainsi devenu une institution ouverte et représentative de l’élite vivante d’un pays moderne. En 1962, la Légion d’honneur comptait plus de 300 000 membres. Alors que la France retrouvait le temps de paix, le général de Gaulle estima qu’il convenait d’arrêter cette progression qu’il jugeait dangereuse pour le prestige de l’institution.
Les Refus Célèbres : Une Question d'Honneur et de Principe
Chaque année, environ 3000 personnes acceptent avec fierté de recevoir le ruban rouge, mais certains choisissent de le refuser. Ces refus, souvent motivés par des convictions personnelles ou politiques, remettent en question la légitimité de la distinction et son rôle dans la société.
La nouvelle année commence par une polémique. Elle vient de l'économiste Français Thomas Piketty, qui refuse la Légion d'honneur, alors que le gouvernement l'a nommé pour la promotion du 1er janvier 2015. L'exécutif voulait récompenser l'auteur du Capital au XXIe siècle, vendu à hauteur de 1,5 millions d'exemplaires dans le monde, avec notamment une tournée triomphale aux États-Unis pour le professeur de l'école d'économie de Paris, mais ce dernier ne "pense pas que ce soit le rôle d'un gouvernement de décider qui est honorable".
Thomas Piketty, plutôt proche du Parti socialiste actuellement au pouvoir, en profite pour critiquer le gouvernement dans son incapacité à relancer la croissance dans l'Hexagone et dans le reste de l'Europe. En tout cas, l'orientation social-libérale du gouvernement, dans la suite du discours présidentiel du 14 janvier 2014, n'inspire pas confiance pour Piketty. Par ailleurs, ce spécialiste de la fiscalité fustige l'absence de réforme fiscale, en particulier, la fusion de l'actuel impôt sur le revenu des personnes physiques (centenaire depuis l'an dernier) avec la contribution sociale généralisée, qui créerait un véritable impôt sur le revenu prélevé à la source. Ce dont Piketty, avec d'autres économistes, estime qu'il serait ainsi plus lisible pour les contribuables, plus juste au niveau social, et plus efficace au niveau économique.
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Il n'empêche, Thomas Piketty n'est pas le seul à avoir refusé la Légion d'honneur. On peut citer d'autres exemples célèbres ayant refusé de se montrer vaniteux. Les écrivains Louis Aragon, Albert Camus, le philosophes Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, les artistes Georges Brassens, Léo Ferré, Gustave Courbet ou les scientifiques Pierre et Marie Curie font partie de ces personnages historiques rejetant la Légion d'honneur. C'est signe que l'honneur est bien au-dessus de tout cadeau, aussi prestigieux soit-il.
D'autres exemples incluent Bourvil, Maurice Ravel, Marcel Aymé, et Jean d’Ormesson (qui accepta la décoration mais refusa de la porter). En 1985, Brigitte Bardot était nommée chevalier de la Légion d'honneur par le président François Mitterrand. Mais elle refusa d'aller chercher sa décoration en affirmant "Ma Légion d'honneur, je la dédie aux animaux qui souffrent".
Ces refus mettent en lumière la complexité de la notion d'honneur et la diversité des motivations individuelles face à une distinction nationale. Certains refusent par principe, considérant que l'honneur véritable ne se décrète pas par un gouvernement, mais se conquiert par l'action et l'engagement personnel. D'autres estiment que la Légion d'honneur est devenue un symbole de vanité ou un instrument politique, et préfèrent s'en distancer.
Critères d'Attribution et Polémiques Récentes
En refusant bruyamment la Légion d’honneur, l’économiste vedette Thomas Piketty a remis sur le devant de la scène la question de l’attribution de la plus haute distinction de la République. Comme à l’accoutumée, les nominations proviennent essentiellement des ministres, bien qu’il soit pourtant désormais possible pour chaque citoyen de proposer la nomination d’un individu méritant (un dossier soutenu par 100 signataires du même département doit alors être déposé par le préfet, validé puis transféré au grand chancelier de la Légion d’honneur). Évidemment, l’actuel processus de sélection s’accompagne tous les ans de nominations trop nombreuses, très politiques et bien souvent difficilement justifiables.
À titre d’exemple, et sans vouloir incriminer personnellement les personnalités suivantes, Mimi Mathy, Jack Lang, Arnold Schwarzenegger, les chanteurs Stone et Charden ou encore Salma Hayek ont-ils des mérites éminents acquis au service de la nation soit à titre civil, soit sous les armes dignes de la plus haute distinction française ?
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Les critères d'attribution, basés sur les "mérites éminents" acquis au service de la nation, sont jugés trop vagues et subjectifs, ouvrant la voie à des nominations contestables et politiquement motivées. Certains dénoncent le caractère arbitraire des décisions et le manque de transparence du processus de sélection.
Privilèges et Controverses Associés à la Légion d'Honneur
On estime aujourd’hui à 92 000 le nombre de membres de la Légion d’honneur, un chiffre qui s’explique en partie par l’Histoire sanglante de la France dans la première moitié du XXème siècle (1ère Guerre Mondiale, 2ème Guerre Mondiale, Guerre d’Indochine, etc.) et par la volonté des gouvernements de l’époque de récompenser le sacrifice exceptionnel de plusieurs générations de Français (à titre d’indication la Légion d’honneur comptait 362 000 membres en 1962).
Plus scandaleux encore, cette appartenance à la Légion d’honneur ouvre aux médaillés la possibilité de scolariser gratuitement leurs filles dans des établissements d’élite dont l’accès est réservé aux filles, petites-filles et arrière-petites-filles de membres de la Légion d’honneur, de Médaillés militaires ainsi que de décorés de l’ordre national du Mérite.
Ces privilèges, perçus comme anachroniques et inégalitaires, alimentent la polémique et remettent en question la pertinence de la Légion d'honneur dans une société qui se veut démocratique et égalitaire.
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