Le déclenchement artificiel de l'accouchement est une intervention médicale de plus en plus courante, mais qui soulève de nombreuses questions et préoccupations. Cet article vise à explorer les raisons pour lesquelles une femme pourrait refuser un déclenchement, ainsi que les conséquences potentielles de ce choix. Il est essentiel de comprendre les tenants et aboutissants de cette décision pour prendre une position éclairée et respectueuse des souhaits de la future mère.
Introduction
Alors que le terme de la grossesse approche, la question du déclenchement de l'accouchement peut se poser. Bien que cette pratique soit parfois nécessaire pour des raisons médicales, elle n'est pas sans risques ni conséquences. De plus en plus de femmes s'interrogent sur la pertinence d'un déclenchement systématique et souhaitent explorer d'autres options. Il est donc crucial d'examiner les raisons qui peuvent motiver un refus de déclenchement et d'analyser les implications de cette décision.
Raisons Médicales du Déclenchement
Le déclenchement artificiel des contractions utérines peut être proposé par le médecin pour répondre à un impératif médical. Plusieurs situations peuvent ainsi nécessiter le déclenchement du travail :
- Dépassement du terme: Bien que dépasser la date prévue du terme de la grossesse ne soit pas une indication systématique, le déclenchement peut être envisagé si la durée du dépassement excède les 6 jours ou si le corps médical juge que la poursuite de la grossesse entraîne un risque pour l’enfant ou pour la femme enceinte. Selon le Syndicat national des gynécologues et obstétriciens de France (SYNGOF), il existe des facteurs de risque à l’allongement de la grossesse : premier enfant, âge de la mère avancé, antécédent de dépassement de terme. Il y a aussi des raisons mécaniques comme des problèmes de contractilité de l’utérus ou un défaut de maturation du col de l’utérus. Passé un certain nombre de jours de dépassement, le placenta, qui fournit les nutriments et l’oxygène au fœtus durant la grossesse, risque d’avoir du mal à jouer son rôle. Les échanges mère-enfant sont en effet moins performants au-delà de 41 SA. Quant au liquide amniotique, lui aussi essentiel à bébé, il peut s’altérer ou voir sa quantité diminuer. Une souffrance fœtale peut alors survenir (hypoxie fœtale).
- Rupture prématurée de la poche des eaux: Lorsque la rupture des membranes survient avant le début du travail, le déclenchement artificiel est généralement entrepris dans un délai maximum de 2 jours, car le risque infectieux pour le bébé augmente considérablement.
Déclenchement de Convenance: Une Réalité Questionnable
Le déclenchement peut également être proposé sans indication médicale précise, pour des raisons de convenance. En France, les accouchements ne sont pas programmés par « confort » pour la femme enceinte, mais bien pour éviter les complications de grossesse. À titre d’exemple, le déclenchement de l’accouchement est souvent programmé dans le cadre des grossesses gémellaires ou multiples qui présentent plus de risques que les grossesses « classiques ». Néanmoins, ce type d’accouchement artificiel ne peut être pratiqué que si les conditions médicales et techniques à sa réalisation sont réunies : grossesse avancée à 39 semaines minimum (8 mois et demi), utérus non cicatriciel, col favorable (col ramolli et un peu ouvert).
Cependant, certains professionnels de la santé dénoncent une augmentation des déclenchements dits « de convenance », motivés par la demande des patientes ou par la volonté de faciliter la vie de l’obstétricien ou du service de maternité. Ils estiment que les ¾ des raisons de déclenchement sont « fantaisistes », « capricieuses » ou « commerciales », ramenant l’accouchement à un produit de consommation courante.
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Raisons de Refuser un Déclenchement
Plusieurs raisons peuvent amener une femme à refuser un déclenchement de l'accouchement, qu'il soit médicalement justifié ou proposé pour des raisons de convenance :
- Préférence pour un accouchement naturel: Certaines femmes souhaitent vivre un accouchement le plus naturel possible, sans intervention médicale. Elles peuvent considérer que le déclenchement interfère avec le processus physiologique du travail et préfèrent attendre que le travail commence spontanément.
- Craintes liées aux interventions médicales: Le déclenchement implique l'utilisation de diverses techniques médicales (décollement des membranes, rupture artificielle des membranes, administration de prostaglandines ou d'ocytocine), qui peuvent susciter des craintes et des appréhensions chez certaines femmes.
- Souhaits d'éviter la péridurale: L'administration d'ocytocine de synthèse peut provoquer des contractions très intenses et douloureuses, ce qui conduit souvent à la demande d'une péridurale. Les femmes qui souhaitent éviter la péridurale peuvent donc être réticentes au déclenchement.
- Manque d'information et de consentement: Selon une enquête du Collectif interassociatif autour de la naissance (CIANE), un tiers des femmes qui ont été déclenchées disent ne pas avoir reçu d’information sur cette intervention et 36 % d’entre elles n’ont pas été sollicitées pour donner leur consentement. Ce manque d'information et de consentement peut amener les femmes à refuser le déclenchement, car elles ne se sentent pas suffisamment éclairées pour prendre une décision.
- Expériences négatives antérieures: Les femmes ayant vécu des accouchements déclenchés difficiles ou traumatisants peuvent être réticentes à revivre cette expérience.
- Volonté de respecter le rythme de son bébé: Certaines femmes estiment que le bébé sait quand il est prêt à naître et préfèrent attendre que le travail commence naturellement, plutôt que de forcer le processus.
Conséquences du Refus de Déclenchement
Le refus d'un déclenchement de l'accouchement peut avoir plusieurs conséquences, qu'il est important de prendre en compte :
- Surveillance accrue: Si une femme refuse un déclenchement médicalement justifié (par exemple, en cas de dépassement de terme), une surveillance rapprochée de la mère et du bébé sera mise en place pour s'assurer de leur bien-être. À partir de 41 SA, une fois ce rendez-vous à la maternité passé, vous aurez un contrôle tous les deux jours. Une échographie est le plus souvent pratiquée : elle permet de s’assurer de la bonne forme de votre bébé, de déterminer si le liquide amniotique ne vient pas à manquer et si le placenta n’est pas en train de se détériorer. Analyse du rythme cardiaque, mouvement du bébé, rien n’est laissé au hasard !
- Risques potentiels pour la mère et le bébé: Dans certaines situations, le refus de déclenchement peut entraîner des risques pour la santé de la mère et du bébé. Par exemple, en cas de dépassement de terme, le placenta risque d'avoir du mal à jouer son rôle, ce qui peut entraîner une souffrance fœtale. En cas de rupture prématurée de la poche des eaux, le risque infectieux pour le bébé augmente.
- Possibilité d'un accouchement plus long et plus difficile: Si le travail ne démarre pas spontanément, l'accouchement peut être plus long et plus difficile, ce qui peut nécessiter des interventions médicales supplémentaires (césarienne, utilisation de forceps ou de ventouses).
- Pression de l'équipe médicale: Les femmes qui refusent un déclenchement peuvent se sentir sous pression de l'équipe médicale, qui peut insister sur les risques potentiels et les inciter à changer d'avis.
Techniques de Déclenchement
Pour provoquer l’accouchement en provoquant les contractions utérines qui permettront au travail de débuter, les équipes médicales disposent de différentes techniques. Mais c’est au médecin gynécologue que revient la décision finale du choix de la méthode employée. Il devra toutefois en informer sa patiente et lui expliquer son fonctionnement, ses avantages et ses inconvénients.
- Le décollement des membranes: Il s’agit d’une méthode relativement simple puisqu’elle consiste à décoller doucement la membrane qui compose le sac amniotique dans lequel baigne le bébé, de la paroi de l’utérus. Pour ce faire, le médecin ou la sage-femme introduit un doigt à l’intérieur du col utérin. Chez certaines femmes enceintes, la technique s’avère particulièrement efficace et déclenche des contractions dans les 48h suivant la manipulation. Pour d’autres, en revanche, le décollement des membranes occasionne des douleurs, une sensation d’inconfort, voire des saignements. Cela s’explique par le fait que cette méthode va provoquer une irritation de l’utérus et des contractions de faible intensité qui ne permettront pas de déclencher le travail.
- La rupture artificielle des membranes: Lorsque le bébé est engagé dans le col utérin dilaté à 2 cm minimum, le médecin gynécologue-obstétricien peut décider de procéder à une rupture des membranes, autrement dit de rompre la fameuse « poche des eaux ». Après avoir déterminé son positionnement, le praticien utilise une sorte de petit crochet pour « trouer » la membrane. Si la procédure peut s’avérer inconfortable pour la future maman, elle n’est en revanche pas douloureuse et permet bien souvent de déclencher des contractions dans les heures qui suivent.
- Le déclenchement de l’accouchement avec des prostaglandines: Cette méthode est assez couramment employée chez les femmes enceintes dont le col utérin reste totalement fermé ou très peu ouvert. Les prostaglandines font, en effet, partie des hormones sécrétées par l’organisme au cours de l’accouchement. Pour démarrer le travail et préparer le col, des prostaglandines de synthèse sont donc introduites au sein du col. Après avis de l’équipe médicale, le déclenchement de l’accouchement peut ainsi être opéré au moyen d’un gel ou d’un tampon imbibé par l’hormone. Par son action, le dispositif va contribuer à la maturation et au raccourcissement du col de l’utérus.
- Le déclenchement de l’accouchement par ballon: Pour cette technique, le professionnel de santé utilise un ballonnet. Celui-ci est placé au niveau du col utérin où il sera délicatement gonflé avec de l’eau stérilisée. Le ballon ainsi positionné va exercer une pression sur le col, ce qui va favoriser mécaniquement sa dilatation et son effacement. Cette technique n’est généralement pas douloureuse. Certaines femmes rentrent même chez elles avec le dispositif en place en attendant que le travail débute, ce qui peut prendre plusieurs heures. Cette méthode n'est pas recommandée en routine dans le déclenchement artificiel du travail d'après la HAS1.
- Le déclenchement de l’accouchement avec de l’ocytocine: Après le déclenchement de l’accouchement par ballon, rupture des membranes ou gel de prostaglandines, les médecins disposent d’une dernière arme pour engager le travail : l’ocytocine. Cette hormone naturellement produite par l’organisme de la femme enceinte au moment de l’accouchement déclenche les contractions de l’utérus. Pour un déclenchement artificiel, l’ocytocine de synthèse est administrée par voie intraveineuse. Les médecins ont recours à des doses minimes, car l’hormone peut provoquer des contractions très intenses et particulièrement douloureuses chez certaines femmes. C’est la raison pour laquelle une surveillance accrue et un monitorage attentif du bébé seront mis en œuvre. Pour atténuer la douleur ressentie, une anesthésie péridurale est proposée dès que le travail et la dilatation du col utérin le permettront. En attendant que le travail soit suffisamment avancé pour permettre la mise en place d’une analgésie péridurale si la future maman le souhaite, d’autres moyens antidouleur pourront être proposés.
Aspects Émotionnels et Psychologiques
Le déclenchement de l’accouchement peut susciter des préoccupations émotionnelles pour certaines futures mamans. L’inquiétude liée à la douleur, la déception de ne pas vivre un accouchement spontané ou l’incertitude concernant le processus sont des sentiments fréquents. Si cet acte reste à l’appréciation des professionnels de santé, aucune décision ne sera prise sans discussion préalable avec la future mère. Elle sera donc en mesure de poser toutes les questions qu’elle souhaite.
Le soutien de l’entourage et de l’équipe médicale joue un rôle essentiel pour atténuer ces craintes et aider les mères à se sentir rassurées et en sécurité.
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Importance de l'Information et du Consentement
Selon la loi (Kouchner, 2002), les soignants sont dans l’obligation de recueillir votre consentement avant tout acte. Un « petit décollement des membranes » fait pendant un toucher vaginal et sans vous avoir prévenue avant est illégal ! N’hésitez pas à discuter, à vous renseigner, à poser des questions.
Il est primordial que les femmes soient pleinement informées des raisons du déclenchement, des techniques utilisées, des risques et des bénéfices potentiels, ainsi que des alternatives possibles. Elles doivent également avoir la possibilité de poser toutes les questions qu'elles souhaitent et de donner leur consentement éclairé avant toute intervention.
Alternatives au Déclenchement
Avant d'envisager le déclenchement, plusieurs alternatives peuvent être explorées pour favoriser le démarrage spontané du travail :
- Méthodes naturelles: Certaines méthodes naturelles, telles que l'acupuncture, l'homéopathie, l'ostéopathie ou la stimulation des mamelons, peuvent aider à déclencher le travail.
- Activité physique: La marche, les exercices de relaxation et les étirements peuvent favoriser la descente du bébé et le démarrage du travail.
- Relations sexuelles: Les relations sexuelles peuvent stimuler les contractions utérines grâce à la libération d'ocytocine et à la présence de prostaglandines dans le sperme.
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