La grossesse extra-utérine (GEU) est une complication de la grossesse où l'œuf fécondé se développe en dehors de l'utérus. Cette condition, qui concerne environ 2% des grossesses (soit 15 000 femmes par an en France), représente une urgence médicale. En effet, le développement de l'œuf en dehors de l'utérus peut mettre la vie de la femme en danger en l'absence d'intervention médicale. Bien que la mortalité liée à une GEU soit devenue exceptionnelle dans les pays développés grâce à l'amélioration des méthodes diagnostiques, la préservation de la fertilité ultérieure reste une préoccupation majeure pour les femmes concernées.

Qu'est-ce qu'une Grossesse Extra-Utérine ?

Une grossesse extra-utérine (GEU), également appelée grossesse ectopique, se définit par le développement de l'œuf fécondé en dehors de la cavité utérine. Le plus souvent, l'implantation se produit dans une trompe de Fallope (grossesse tubaire), mais elle peut aussi se produire dans la cavité abdominale, le col de l'utérus, ou, plus rarement, sur un ovaire.

La fécondation a lieu habituellement dans la partie distale d’une trompe, puis sous l’effet de la contractilité de celle-ci, l’embryon migre vers l’utérus pour s’y implanter. Des troubles de la motilité utérine et les facteurs ralentissant la progression de l’oeuf dans la trompe favorisent une nidation ectopique.

Le diagnostic et le traitement rapides sont essentiels, car l'œuf fécondé continue de croître, distendant la partie de l'anatomie féminine où il est situé, ce qui peut entraîner une rupture et un saignement dans la cavité abdominale. Cette situation met en danger la santé de la femme et peut compromettre sa fertilité future.

Causes et Facteurs de Risque

Les causes exactes d'une GEU ne sont pas toujours clairement identifiées, mais plusieurs facteurs peuvent augmenter le risque :

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  • Antécédents de GEU : Les femmes ayant déjà eu une GEU présentent un risque accru d'en développer une autre.
  • Antécédents de chirurgie pelvienne : Les interventions chirurgicales dans la région pelvienne peuvent endommager les trompes de Fallope.
  • Anomalies ou dommages aux trompes de Fallope :
    • Inflammations (salpingites) dues aux Infections Sexuellement Transmissibles (IST)
    • Infections gynécologiques
    • Chirurgie antérieure des trompes
    • Anomalie congénitale des trompes
  • Tabagisme : La consommation de tabac entraîne une GEU sur 5.
  • Âge avancé de la mère : Les femmes plus âgées ont un risque plus élevé.
  • Infertilité : Les femmes ayant des difficultés à concevoir sont plus susceptibles de développer une GEU. Les traitements pour la procréation médicalement assistée sont responsables d’environ 5 % des GEU. L’induction de l’ovulation par des gonadotrophines humaines ou un anti-œstrogène (clomifène®) altère le transport ciliaire et multiplie le risque de GEU par 4 ou 5.
  • Présence d'un dispositif intra-utérin (DIU) au moment de la conception : Bien que rare, une grossesse survenant avec un DIU en place a plus de chances d'être ectopique.
  • Fécondation in vitro (FIV) et autres techniques de procréation assistée : Ces techniques peuvent légèrement augmenter le risque.

Symptômes

Les symptômes d'une GEU peuvent varier et parfois ne se manifestent qu'après la rupture de la structure qui abrite la grossesse. Les symptômes les plus courants incluent :

  • Saignements vaginaux ou pertes légères : Des saignements anormaux peuvent être un signe d'alerte.
  • Douleurs ou crampes dans le bas de l'abdomen : Ces douleurs peuvent être localisées d'un seul côté.

En cas de rupture de la structure, les symptômes peuvent être plus graves :

  • Douleur soudaine, intense et constante dans la partie inférieure de l'abdomen : Une douleur aiguë et persistante nécessite une attention médicale immédiate.
  • Évanouissements ou étourdissements : Ces symptômes peuvent indiquer une perte de sang importante.
  • Péritonite : Inflammation de la membrane qui tapisse la cavité abdominale, causant une douleur abdominale sévère.
  • Douleur à l'épaule droite : Cette douleur est due à l'irritation du diaphragme par le sang, qui irradie vers l'épaule.

Il est impératif de consulter un médecin immédiatement si vous ressentez un ou plusieurs de ces symptômes. Un diagnostic précoce et un traitement rapide peuvent sauver la vie de la patiente et préserver sa fertilité.

Diagnostic

Le diagnostic d'une GEU repose sur plusieurs éléments :

  • Examen gynécologique : L'examen peut révéler un utérus moins volumineux que prévu pour l'âge gestationnel et une douleur pelvienne localisée du côté de la GEU.
  • Échographie abdomino-pelvienne : Réalisée par voie endovaginale, elle permet de visualiser l'utérus vide et de détecter une masse au niveau d'une trompe utérine. Une visualisation directe de l’image intra-tubaire rend ainsi possible un diagnostic échographique précoce des GEU.
  • Dosage sanguin de l'hormone bêta-HCG : Un taux élevé de bêta-HCG confirme la grossesse. Lors d’une grossesse normalement évolutive, le taux des β-HCG plasmatiques double toutes les 48 heures au début. S’il chute c’est en faveur d’une fausse couche quel qu’en soit le lieu. S’il stagne cela oriente vers une GEU ou vers une grossesse arrêtée, sans indiquer son siège (intra ou extra-utérin). Pour une grossesse normale de 5 semaines d’aménorrhée le taux est égal ou supérieur à 3000 UI/ml. Un taux de bêta-HCG qui correspond à une grossesse débutante en évolution est supérieur à 10 mUI /ml et double tous les deux jours. En l'absence de sac gestationnel visible dans l'utérus à l'échographie, cela confirme la suspicion de GEU. La progestérone est stable durant les premières semaines d’une grossesse évolutive. La créatine-kinase est le marqueur de l’invasion tubaire par le trophoblaste.

Traitements

Le traitement d'une GEU vise à interrompre la grossesse et à éliminer l'œuf mal implanté. Les options de traitement comprennent :

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  • Traitement médical : Il consiste en une injection de méthotrexate, un médicament qui détruit l'œuf et élimine la GEU sans endommager la trompe. Cette option est privilégiée en cas de diagnostic précoce et en l'absence de contre-indications. Une surveillance clinique, échographique et par dosage des bêta-HCG est nécessaire après l'injection pour s'assurer de l'arrêt de la grossesse. La surveillance nécessite des dosages des bêta-HCG plasmatiques au deuxième, cinquième et dixième jour, puis tous les 7 à 10 jours jusqu’au retour à la normale du taux des bêta-HCG. Le taux de succès est compris entre 90 et 94 %. Pour Perrine Capmas, « le traitement médical devrait être privilégié en cas de grossesse extra-utérine peu actives en raison d’une part de la préférence des patientes mais aussi des risques moindres notamment de par l’absence d’anesthésie et de chirurgie. Cependant, étant donné l’absence de différence pour la fertilité ultérieure, le traitement chirurgical doit être proposé en première intention aux femmes dont on craint qu’elles ne soient pas observantes (la surveillance après traitement médical pouvant être prolongée pendant plusieurs semaines) ».
  • Traitement chirurgical : L'intervention est réalisée par cœlioscopie. Elle peut consister en une salpingotomie (incision de la trompe pour aspirer l'œuf, préservant ainsi la trompe) ou en une salpingectomie (ablation de la trompe, si la GEU est plus avancée ou si la trompe est trop endommagée). Le traitement cœlioscopique conservateur nécessite, au 2ième jour, une surveillance du taux des bêta-HCG car il existe un taux d’échec d’environ 5 à 10 %.

Complications Possibles

Une GEU non traitée peut entraîner des complications graves :

  • Rupture de la trompe de Fallope : C'est une urgence médicale qui peut provoquer des douleurs intenses, des saignements internes et un choc hémorragique. Aigu, le risque majeur est la rupture tubaire par distension excessive, entraînant hémopéritoine, choc hémorragique voire décès.
  • Infertilité : Une GEU peut endommager les trompes de Fallope et augmenter le risque de problèmes de fertilité à l'avenir. Ce taux de fertilité est abaissé à 45 % en cas de salpingectomie. L’évaluation de l’état des trompes et, par conséquent le risque de récidive, peut être réalisée par une hystérosalpingograhie, environ trois mois après le traitement. Les caractéristiques de la GEU (taille, localisation, notion de rupture tubaire ou volume initial de l’hémopéritoïne) n’ont pas d’impact sur le pronostic de fertilité.
  • GEU récidivante : Les femmes ayant eu une GEU ont un risque plus élevé d'en avoir une autre.

Grossesse et Fertilité Après une GEU

De nombreuses femmes peuvent vivre une nouvelle grossesse naturelle après une GEU. Néanmoins, sachez que des risques de récidive existent. Ainsi, les chances de tomber enceinte suite à une grossesse extra-utérine peuvent être plus faibles pour certaines femmes, selon les causes de la GEU et le traitement reçu, notamment en cas d’intervention chirurgicale radicale, c'est-à-dire d’ablation de la trompe.

Pour les chercheurs, les résultats de cet essai invitent les gynécologues à reconsidérer la prise en charge des grossesses extra-utérines en tenant compte des différents éléments que sont la fertilité ultérieure, la durée de suivi après traitement, la préférence des patientes mais aussi les risques inhérents à chacun des traitements.

Quel que soit le traitement, médical ou chirurgical, une future grossesse reste dans la grande majorité des cas possible, même si les cicatrices ou une ablation peuvent diminuer les chances de tomber enceinte. En cas de chirurgie d’une trompe de Fallope, le médecin cherche à conserver la trompe et essaie, si possible, d’éviter l’ablation totale (salpingostomie) en effectuant une cœlioscopie. Vous souhaitez retenter une nouvelle grossesse plus tard ? Faites part de votre intention au médecin afin qu’il préserve du mieux possible les trompes.

Avant de tenter un nouvel essai bébé, quelques précautions sont à prendre :

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  • Connaître la cause de la GEU : Connaître la cause de la grossesse ectopique permettra au médecin de vous prescrire un traitement adapté, mais également d’éviter le risque de récidives.
  • Disposer d’un suivi médical et psychologique : Traverser une grossesse extra-utérine n’est pas évident pour une femme et il est important de ne pas négliger sa santé mentale.
  • Être bien entourée : Ne vous renfermez pas sur vous-même et n’hésitez pas à en parler autour de vous. Conjoint·e, famille, amis, personnel médical, il est important que vous ne restiez pas seule pour traverser cette épreuve.

Il est impossible de prédire à l’avance combien de temps il vous faudra avant de vous lancer dans un nouvel essai bébé. L’attente est différente selon chaque femme et dépend de divers facteurs :

  • La cause de la grossesse extra-utérine : Selon les cas, la cause de la GEU peut être plus difficile à déterminer.
  • Les traitements : Il est primordial d’attendre d’avoir reçu le traitement nécessaire à votre GEU, qu’il soit médical ou par intervention chirurgicale, et de vérifier que la grossesse ectopique s’est correctement résorbée. En cas de traitement au méthotrexate, il est conseillé d’attendre 12 semaines pour que le médicament soit bien éliminé par votre corps. En effet, si le médicament est encore présent au moment de concevoir, il existe un risque pour le bon développement de l’embryon pendant la grossesse.
  • Se sentir prête physiquement et psychologiquement : Une grossesse extra-utérine est une épreuve difficile à vivre pour une femme. Si vous ne vous sentez pas encore prête à retomber enceinte et qu’une nouvelle grossesse vous fait peur, prenez votre temps et adaptez votre contraception.
  • Avoir l’accord d’un professionnel de santé : Seul le médecin pourra vous indiquer si une nouvelle grossesse semble de nouveau possible ou non, selon votre état de santé.
  • Le retour des règles.

Étude de l'Inserm sur l'Impact des Traitements sur la Fertilité

Les chercheurs de l’équipe Inserm « Epidemiologie de la reproduction et du développement de l’enfant » (Unité 1018 « Centre de recherche en épidémiologie et sante des populations ») ont pour la première fois comparé l’ensemble des traitements existants de la grossesse extra-utérine quant à leur impact sur la fertilité naturelle dans les 2 ans qui suivent.

Les chercheurs de l’Inserm ont comparé, pour la première fois dans un même essai thérapeutique, la fertilité des femmes deux ans après les différents traitements.Pour cela, les chercheurs ont inclus des femmes présentant une grossesse extra-utérine traitées dans un des 17 centres français participants à l’étude entre 2005 et 2009. Un peu plus de 400 femmes ont été réparties en deux groupes selon l’activité (et la gravité) de la grossesse extra utérine. Dans chaque groupe un des deux traitements possibles a été tiré au sort et les femmes ont ensuite été suivies pendant 2 ans.

Dans le premier groupe, les courbes de fertilité cumulatives qui sont le reflet du nombre de grossesse obtenue par les patientes au cours des deux ans de suivi n’étaient pas significativement différentes entre le traitement médical et la chirurgie conservatrice. Le taux de grossesse intrautérine deux ans après l’intervention était de 67 % après le traitement médical par méthotrexate et de 71 % après la chirurgie conservatrice dans la population des femmes en recherche de grossesse. Dans le second groupe, deux ans après le traitement, 70 % des femmes qui ont désiré une nouvelle grossesse ont pu obtenir une grossesse intra-utérine après le traitement chirurgical conservateur et 64 % après le traitement chirurgical radical.

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