Le retard de croissance intra-utérin (RCIU) et le petit poids pour l’âge gestationnel (PAG) sont des situations obstétricales fréquentes, affectant environ 10 % des fœtus dans la population générale. Distinguer un retard de croissance pathologique d’un petit poids pour l’âge gestationnel n’est pas toujours aisé.

Définitions : PAG et RCIU

Il est essentiel de bien définir ces termes pour une compréhension claire.

  • PAG (Petit pour l’Âge Gestationnel) : Défini par une estimation du poids fœtal inférieure au 10e percentile. Il est considéré comme sévère si l’estimation est inférieure au 3e percentile.
  • RCIU (Retard de Croissance Intra-Utérin) : Correspond à la situation d’un fœtus qui ne parvient pas à atteindre son potentiel de croissance, indiquant une pathologie sous-jacente. Le RCIU (équivalent français de Fetal Growth Restriction [FGR] ou Intra-Uterine Growth Retardation [IUGR]).

L’estimation du poids fœtal est obtenue par échographie, mesurant le périmètre céphalique (PC), le périmètre abdominal (PA) et la longueur fémorale (LF). De nombreuses formules mathématiques existent pour calculer le poids fœtal, pouvant donner des valeurs différentes. Les sociétés savantes françaises (CNGOF, CFEF, SFIPP) recommandent une formule adaptée à la population française, en adéquation avec le poids néonatal. La vérification de la date de début de grossesse est cruciale pour éviter des erreurs de diagnostic.

Conséquences du RCIU

Le RCIU est associé à des complications anténatales et post-natales, à court et long terme. Il s’agit de la deuxième cause de mortalité périnatale, augmentant le risque de décès périnatal d’un facteur quatre. Il est responsable d’environ 30 % des morts fœtales in utero.

  • Complications Post-Natales : Risque de troubles neurodéveloppementaux, altérations du volume cérébral, de la myélinisation et de la structure corticale.
  • Conséquences à Long Terme : Les enfants nés avec un RCIU ont des taux plus élevés de troubles de la cognition, de la mémoire, de l’attention et de la motricité globale.

Causes du RCIU

Les causes du RCIU sont variées et peuvent être regroupées en plusieurs catégories. La cause la plus fréquente de RCIU est vasculaire (insuffisance placentaire).

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  • Causes Vasculaires (Insuffisance Placentaire) : Elles concernent la moitié des RCIU, survenant avant 32 SA et représentant 20 à 30 % des cas. La physiopathologie est liée à une anomalie de remodelage vasculaire myométriale et villositaire. Le RCIU est sévère et le risque de mortalité fœtale intra-utérine (MFIU) survient tardivement par rapport au diagnostic de RCIU.
  • RCIU Tardifs : Survenant après 32 SA, ils représentent 70 à 80 % des cas. La physiopathologie correspond à une sénescence placentaire. Le RCIU est modéré et le risque de MFIU survient plus précocement après le diagnostic de RCIU. Il s’agit d’un ralentissement de croissance chez un fœtus de poids plus élevé, avec des besoins nutritionnels importants.
  • Origines Chromosomiques et Génétiques : Triploïdie et trisomie 18, constituant environ 10 % des RCIU.
  • Infections : Cytomégalovirus (CMV) et toxoplasmose sont les plus fréquentes. Une sérologie CMV peut être demandée en cas de dépistage de RCIU. En cas de sérologie toxoplasmique négative, une surveillance mensuelle est recommandée.
  • Autres causes:
    • anomalie génétique ou chromosomique comme le nanisme.
    • notch utérin qui correspond à une baisse du flux sanguin dans l’une ou les deux artères qui irriguent l’utérus pendant la grossesse.
    • une insuffisance placentaire caractérisée par un flux sanguin insuffisant vers le placenta pendant la grossesse, à l’origine d’un approvisionnement réduit en oxygène et en nutriments du fœtus. Cette anomalie explique 5 % des RCIU.
    • un poids de naissance faible d’un parent ou des deux. Dans ce cas, il n’y a pas à s’inquiéter : le RCIU est dit « constitutionnel ».

Diagnostic du RCIU

Le diagnostic du RCIU repose sur plusieurs éléments.

  • Mesure du Rythme Cardiaque Fœtal : Réalisée à l’aide d’un cardiotocographe qui enregistre des séquences minimales de vingt minutes. Son analyse est à la fois subjective et informatisée.
  • Échographie : Permet d’apprécier la quantité de liquide amniotique, les mouvements actifs fœtaux, les dopplers fœtaux ainsi que la dynamique de croissance fœtale. L’estimation du poids fœtal est réalisée au minimum à deux semaines d’intervalle.
  • Hauteur utérine: La hauteur utérine est mesurée. Cette méthode non invasive est rapide et efficace pour le dépistage d’un éventuel retard de croissance et de l'insuffisance pondérale.
  • Doppler de l'artère utérine: Le doppler de l'artère utérine est un examen indolore et non invasif permettant d’explorer les artères utérines gauches et droites. Le Doppler permet de détecter d’éventuelles anomalies dans les échanges fœto-maternels, comme l’augmentation de certaines résistances.

Lors d’un examen échographique, la mesure du périmètre abdominal, la longueur du fémur, mais aussi l’estimation du poids du foetus donnent de précieuses indications pour établir un diagnostic en cas de suspicion de retard de croissance intra-utérin du foetus. Le poids, la taille et le périmètre crânien sont comparés à des courbes de référence en fonction de l’âge gestationnel. Un poids fœtal inférieur au 10e percentile (ou écart-type) suggère un petit poids. Le retard de croissance est jugé sévère quand le poids est inférieur au 3e percentile. Si un retard de croissance est observé lors d’un examen échographique, un deuxième examen à distance (d’environ 15 jours à 3 semaines) est réalisé pour confirmer ou non le diagnostic.

Il existe de nombreuses courbes de poids fœtal, avec différentes approches :

  • Approche Personnalisée : Les courbes intègrent le potentiel de croissance du fœtus, en tenant compte du sexe du fœtus ainsi que du poids et de la taille maternels.
  • Approche Prescriptive : S’appuyant sur un échantillon sélectionné de population à bas risque.

Prise en Charge et Traitement du RCIU

La prise en charge d’un RCIU varie en fonction de sa cause, de sa sévérité et du stade de la grossesse. Néanmoins, les moyens de traitement sont limités. La décision de naissance est multifactorielle et dépend de l’âge gestationnel, de la sévérité du RCIU et de l’état maternel.

  • Traitements anténataux : en cas de prématurité, des thérapeutiques sont indiquées afin de diminuer la morbi-mortalité néonatale. La réalisation d’une cure de corticothérapie par bétaméthasone à visée de maturation fœtale est indiquée avant 34 SA (2 injections en intramusculaire à 24 heures d’intervalle). Le repos est recommandé.
  • Avant la 34e semaine d’aménorrhée: pour un retard peu sévère, une prise en charge particulière et une administration de corticoïdes peuvent être envisagées. Une mise au repos de la future maman est également indispensable. Pour un RCIU sévère, une hospitalisation est nécessaire. En cas d’hypotrophie sévère liée à un problème vasculaire, un traitement par prise d’aspirine à faible dose est recommandé.
  • Après la 34e semaine d’aménorrhée: le gynécologue peut envisager un déclenchement de l’accouchement prématuré ou une césarienne, en fonction de l’état de santé de la mère et de signes éventuels de souffrance fœtale.
  • En cas d’anomalie génétique ou de cause infectieuse: les risques de handicap, de malformation ou de retard mental sont importants. Il est donc possible de demander une interruption médicale de grossesse (IMG) quel que soit le stade de la grossesse. L’IMG est réalisée en établissement de santé ou à l’hôpital.
  • En cas d’insuffisance placentaire ou de notch utérin : une surveillance monitoring du rythme cardiaque du fœtus peut être mise en place dès le 6e mois de grossesse pour déceler des signes de souffrance.

Comment aider bébé à prendre du poids in utero ?

La prise de poids du fœtus, en particulier au troisième trimestre, dépend étroitement de la qualité des échanges entre la mère et le placenta. Lorsqu'un cas de RCIU est suspecté, plusieurs leviers peuvent être envisagés pour optimiser la croissance de bébé dans le ventre.

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  • L’alimentation maternelle équilibrée doit être revue pour assurer un apport suffisant en calories, mais surtout en nutriments essentiels. Les protéines animales et végétales (viande maigre, poisson, œufs, légumineuses), les acides gras essentiels (oméga-3, notamment via les poissons gras comme le maquereau ou le saumon), ainsi que les vitamines et minéraux (fer, calcium, acide folique, zinc) jouent un rôle crucial dans le développement fœtal. En cas de carences ou de régime spécifique, une complémentation nutritionnelle peut être envisagée sous supervision médicale.
  • L'apport en oxygène, l'oxygénation placentaire, peut être améliorée par une bonne hygiène de vie. Le repos, en particulier en position latérale gauche, favorise le débit sanguin utéro-placentaire. La gestion du stress est également importante : un taux élevé de cortisol maternel peut nuire à la croissance fœtale. Il est aussi recommandé d’éviter le tabac, l’alcool, et d’éventuels toxiques environnementaux.
  • Un suivi échographique renforcé est souvent mis en place lorsque la croissance fœtale est sous surveillance. Des mesures biométriques régulières (périmètre crânien, abdominal, longueur fémorale) permettent d’évaluer l’évolution du poids estimé.

RCIU et Cerveau : Nouvelles Perspectives

Des recherches récentes mettent en lumière les mécanismes par lesquels le RCIU affecte le cerveau et les performances cognitives. Une équipe de l’Inserm a dévoilé un mécanisme impliquant une activation excessive des cellules microgliales.

Des études sur des modèles animaux ont montré un défaut de myélinisation et une connectivité défectueuse des neurones. L’étude du transcriptome de cellules cérébrales (oligodendrocytes et cellules microgliales) a révélé une expression anormalement élevée des gènes impliqués dans la régulation de la réponse inflammatoire.

L’identification de marqueurs moléculaires précoces du RCIU est un enjeu majeur, car cette pathologie est actuellement sous-diagnostiquée.

Lieux de Naissance et Prise en Charge Néonatale

Le lieu de naissance est un facteur important. Un enfant né avant 32 SA requiert des soins de réanimation néonatale en maternité de type 3. S’il est pris en charge directement à la naissance dans une maternité ayant un service de réanimation néonatale (naissance « inborn »), il a de meilleures chances de survie.

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