Le retard de croissance intra-utérin (RCIU), également appelé hypotrophie fœtale, est une condition où un fœtus est plus petit que la normale pour son âge gestationnel. Cette pathologie obstétricale fréquente, touchant environ 3 à 10 % des grossesses, peut avoir des répercussions significatives sur la santé du bébé, voire sur sa vie. Il est crucial de comprendre les causes potentielles, les méthodes de diagnostic et les implications à long terme du RCIU pour assurer une prise en charge adéquate et améliorer les résultats pour les nourrissons affectés.

Qu'est-ce que le RCIU ?

Le RCIU se traduit par un fœtus petit par rapport au stade de la grossesse. Plus précisément, on parle de RCIU lorsque le poids fœtal estimé est inférieur au 10e percentile pour l'âge gestationnel. Un RCIU sévère est diagnostiqué lorsque les mensurations du fœtus sont en deçà du 5e percentile. Cette pathologie est sous-diagnostiquée en France, malgré sa fréquence.

Il existe deux types principaux de RCIU :

  • RCIU Harmonieux (ou symétrique) : Tous les paramètres de croissance (tête, abdomen et fémur) sont diminués de façon identique. On estime que le fœtus se développe régulièrement malgré son retard de croissance. Dans 20 % des cas, il est dit harmonieux ou symétrique et concerne tous les paramètres de croissance (tête, abdomen et fémur).
  • RCIU Disharmonieux (ou asymétrique) : Le périmètre crânien est normal, mais le poids et/ou le périmètre abdominal et/ou la taille sont diminués. Dans 80 % des cas, le retard de croissance apparaît tardivement, au 3e trimestre de grossesse, et ne touche que l’abdomen.

Causes du RCIU

Les causes du RCIU sont variées et peuvent être classées en plusieurs catégories :

  • Facteurs constitutionnels : Un poids de naissance faible d’un parent ou des deux peut entraîner un RCIU dit « constitutionnel », sans nécessité d’inquiétude particulière.
  • Anomalies fœtales : Des anomalies génétiques ou chromosomiques, comme le nanisme, peuvent être à l'origine d'un RCIU.
  • Problèmes vasculaires et placentaires : Un notch utérin (baisse du flux sanguin dans les artères irriguant l’utérus) ou une insuffisance placentaire (flux sanguin insuffisant vers le placenta) peuvent réduire l'apport en oxygène et en nutriments au fœtus. Les cas de RCIU dits dysharmonieux sont le plus souvent la conséquence de lésions placentaires, qui entraînent une diminution des échanges nutritionnels et de l’apport en oxygène, indispensables au fœtus.
  • Pathologies maternelles : Certaines maladies chroniques de la mère (diabète sévère, lupus, maladie rénale), l'hypertension gravidique, l'anémie sévère ou la prééclampsie peuvent être impliquées dans un RCIU.
  • Grossesses multiples : Une grossesse gémellaire peut entraîner un RCIU en raison du partage des ressources. La principale raison du RCIUs chez les jumeaux monochorioniques est le partage inégal du territoire placentaire correspondant à chaque foetus.
  • Infections : Les infections à cytomégalovirus (CMV) et la toxoplasmose sont des causes possibles de RCIU.
  • Facteurs liés au style de vie : La consommation de drogue augmente le risque de RCIU.

Il est important de noter que le RCIU peut toucher n’importe quelle femme enceinte, quels que soient son âge, son ethnie, ses antécédents de santé et son mode de vie. Dans 20 % des cas, la cause du RCIU reste inconnue.

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Diagnostic du RCIU

Le diagnostic du RCIU repose sur plusieurs outils et mesures :

  • Mesure de la hauteur utérine : Cette méthode simple permet de dépister un éventuel retard de croissance.
  • Échographies : Des examens échographiques réguliers permettent de mesurer le périmètre abdominal, la longueur du fémur et d’estimer le poids fœtal. Le poids, la taille et le périmètre crânien sont comparés à des courbes de référence en fonction de l’âge gestationnel. L’échographie surveille la circonférence céphalique, le diamètre bipariétal et abdominal transverse, la longueur du fémur et du pied.
  • Doppler : Un doppler des artères utérines, ombilicales et cérébrales permet d’évaluer le flux sanguin et de détecter d’éventuelles anomalies dans les échanges fœto-maternels.

Si un retard de croissance est suspecté, un deuxième examen échographique est réalisé à distance (15 jours à 3 semaines) pour confirmer ou infirmer le diagnostic.

Prise en Charge du RCIU

La prise en charge du RCIU varie en fonction de sa cause, de sa sévérité et du stade de la grossesse. Les moyens de traitement sont limités et la prise en charge se fait au cas par cas.

  • Surveillance : Une surveillance monitoring du rythme cardiaque du fœtus peut être mise en place dès le 6e mois de grossesse pour déceler des signes de souffrance.
  • Corticothérapie : Avant 34 semaines d’aménorrhée, une administration de corticoïdes peut être envisagée pour favoriser la maturation des poumons du bébé en cas de naissance prématurée probable. La réalisation d’une cure de corticothérapie par bétaméthasone à visée de maturation fœtale est indiquée avant 34 SA (2 injections en intramusculaire à 24 heures d’intervalle).
  • Repos : Une mise au repos de la future maman est indispensable. Le repos est recommandé. La décision de naissance dépend de l’avancée de la grossesse, de la sévérité du RCIU et de l’état de santé maternel.
  • Traitement de la cause sous-jacente : En cas d’hypotrophie sévère liée à un problème vasculaire, un traitement par prise d’aspirine à faible dose est recommandé.
  • Déclenchement de l’accouchement ou césarienne : Après la 34e semaine d’aménorrhée, le gynécologue peut envisager un déclenchement de l’accouchement prématuré ou une césarienne, en fonction de l’état de santé de la mère et de signes éventuels de souffrance fœtale.

En cas d’anomalie génétique ou de cause infectieuse, une interruption médicale de grossesse (IMG) peut être envisagée, quel que soit le stade de la grossesse.

Comment favoriser la croissance du bébé in utero ?

Plusieurs mesures peuvent être prises pour optimiser la croissance du bébé dans le ventre en cas de suspicion de RCIU :

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  • Alimentation maternelle équilibrée : Assurer un apport suffisant en calories et en nutriments essentiels (protéines, acides gras essentiels, vitamines et minéraux). Une complémentation nutritionnelle peut être envisagée sous supervision médicale.
  • Amélioration de l'oxygénation placentaire : Le repos, en particulier en position latérale gauche, favorise le débit sanguin utéro-placentaire.
  • Gestion du stress : Éviter le tabac, l’alcool et les toxiques environnementaux.
  • Suivi échographique renforcé : Des mesures biométriques régulières permettent d’évaluer l’évolution du poids estimé.

Conséquences à Long Terme du RCIU

Les conséquences à long terme du RCIU peuvent être multiples :

  • Retard de croissance : Environ 7 à 10 % des enfants nés avec un RCIU conservent un retard de croissance définitif dès la 3ème année de vie. Il existe une réduction de la taille finale d’environ une déviation standard chez les sujets atteints d’un RCIU, le risque de retard de la taille est 7 fois plus élevé chez les sujets nés avec un RCIU.
  • Troubles neurodéveloppementaux : Le RCIU est associé à un risque de troubles neurodéveloppementaux que sont les altérations du volume cérébral, de la myélinisation et de la structure corticale. Les enfants d’âge scolaire nés avec un retard de croissance ont des taux plus élevés de troubles de la cognition, de la mémoire, de l’attention et de la motricité globale.
  • Syndrome métabolique : Les sujets nés avec un RCIU présentent un risque accru de développer à l’âge adulte des maladies cardiovasculaires, de l’hypertension artérielle, une intolérance glucidique, un diabète, une dyslipidémie et de l’obésité (syndrome X).

Il est important de noter que la plupart des enfants rattrapent le poids à 6 mois et la taille à 1 an. Cependant, un suivi statural et pondéral est recommandé pour les enfants n’ayant pas rattrapé leur taille. Un traitement par l’hormone de croissance peut être envisagé si le déficit statural persiste après l’âge de 3 ans.

Syndrome X et programmation métabolique

L’origine fœtale des maladies de l’adulte a été établie par D. Barker en 1992. Il décrivit une corrélation inverse entre le poids de naissance et le développement à l’âge adulte d’un syndrome appelé syndrome X, associant obésité, hypertension et diabète de type II.

Selon Barker et A. Lucas, le syndrome X est lié à une réponse cellulaire secondaire à une agression durant la vie fœtale et enregistrée pour la vie entière, modifiant définitivement la programmation génétique sous l’effet d’un stimulus ou d’une agression nutritionnelle précoce.

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