Le collectif Némésis, fondé en 2019 par Alice Cordier, une ancienne militante d'Action française, suscite de vives controverses. Se présentant comme un mouvement féministe, il est accusé de détourner les revendications féministes à des fins racistes et nationalistes. Cet article explore l'histoire, les actions et les idéologies de ce collectif, ainsi que les réactions qu'il suscite.
Genèse et idéologie du collectif Némésis
Le collectif Némésis, du nom de la déesse grecque de la vengeance, a été créé en réaction à « l’idéologie gauchiste » des mouvements féministes, après le mouvement #MeToo. Depuis 2021, il est aussi actif en Suisse romande. Ses membres, qui se revendiquent « féministes » sans quasiment jamais évoquer les droits des femmes, sont plutôt jeunes et ne cachent pas leur proximité avec l’extrême droite.
Alice Cordier, la fondatrice et porte-parole du collectif, est une figure médiatique qui intervient régulièrement dans les médias, notamment ceux du groupe Bolloré. Elle se présente comme une « féministe identitaire ».
Némésis se définit comme un groupe de féministes identitaires opposé au mouvement féministe progressiste et majoritaire. Elles marquent cette opposition en se définissant comme des « féministes mais anti-immigration ». Le collectif s’ancre dans une logique de fémo-nationalisme. Comme le définit la politologue Magali Della Sudda, chercheuse au CNRS, le fémo-nationalisme est « l’appropriation des droits des femmes par des groupes nationalistes pour légitimer des discours racistes ou xénophobes ».
Actions et prises de position
Némésis est connu pour ses actions coup de poing, comme des collages ou des « happenings » visant des lieux symboliques ou des rassemblements féministes classiques. Le collectif a une marque de fabrique : perturber des manifestations en brandissant des messages provocateurs ou xénophobes.
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Le collectif s'est fait connaître le 23 novembre 2019, lorsque plusieurs de ses membres ont brandi des pancartes évoquant notamment les "violeurs étrangers" lors d'une marche contre les violences sexuelles et sexistes organisée à Paris par le mouvement féministe #NousToutes.
Plus récemment, des militantes du collectif ont perturbé un rassemblement contre l'extrême droite à Paris, à trois jours du premier tour des élections législatives le 27 juin 2024. Elles avaient brandi des pancartes à l'encontre de trois candidats du Nouveau Front populaire accompagnées d'un service d'ordre cagoulé.
Une partie de leur militantisme important se fait sur les réseaux sociaux. Elles partagent notamment leur passage dans les médias, mais s’en servent également pour raconter des mensonges et se victimiser. Elles ont alors fait des vidéos pour dire que les personnes de gauche les auraient agressées et en ont profité pour cracher sur les « gauchistes » et les « féministes ».
Dans une récente vidéo, elles disent ne pas être contre l’avortement, mais ne pas se positionner sur cette question car cela ne fait pas consensus en leur sein.
Controverses et critiques
Le collectif Némésis est au cœur de nombreuses controverses. Les associations féministes ont écarté des militantes du collectif Némésis qui s’étaient invitées dans la manifestation parisienne pour les droits des femmes, ce samedi 8 mars.
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Le collectif est accusé d’instrumentaliser les luttes féministes à des fins racistes et nationalistes. Ses détracteurs dénoncent son discours essentialisant et raciste, qui consiste à attribuer les violences sexistes et sexuelles aux personnes étrangères, en particulier aux musulmans.
Le rapport de 2023 du Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes (HCE) montre que 80 à 90 % des agressions sexuelles ont lieu dans la sphère privée ou par des proches. Il faut en finir avec l’image des agresseurs comme des monstres. Des agresseurs qui agresseraient leurs victimes dans une ruelle tard le soir. Les hommes violents sont des hommes comme tout le monde. Cette idée est développée par Rose Lamy dans son livre Les bons pères de familles où elle montre que les hommes violents sont des hommes hors de la société, mais des hommes du quotidien. Ce sont nos pères, nos frères, nos amis et leurs comportements sont permis par la société patriarcale et la culture du viol.
Le collectif est également critiqué pour ses liens avec l’extrême droite. À titre d’exemple, Alice Cordier dit en parlant des femmes voilées qu’elles « sont des activistes pour un islam politique ». Ce qui marginalise et essentialise, de fait, une partie des femmes de la population selon leur religion. Si cela n’est pas assez convaincant, elles ont soutenu sur les réseaux sociaux, Marine Le Pen suite à sa condamnation pour détournement de fonds publics. Elles ont également soutenu une proposition de loi de Julien Odoul lui-même impliqué dans l’affaire des attachés parlementaires, mais qui a aussi tenu des propos sexistes envers Manon Aubry.
Soutiens et alliances
Le collectif Némésis bénéficie de soutiens logistiques, médiatiques et matériels puissants et assumés. Il est soutenu notamment par Éric Zemmour, Sarah Knafo et Bruno Retailleau.
Bruno Retailleau a même félicité la présidente du collectif identitaire Némésis. Face à ce tollé, Bruno Retailleau a fait machine arrière, vendredi, sur le plateau de CNews : "Je ne me sens pas du tout proche de cette association en tant que telle." Des membres du collectif "m'ont posé la question sur leur combat qui est contre l'islamisme, contre l'antisémitisme, et bien sûr, je leur ai dit que je partageais ces combats", a justifié le ministre, assurant avoir "vu après que c'était une association qui avait des positions très radicales, qui avait très brutalement d'ailleurs, par exemple, attaqué Valérie Pécresse".
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Si le collectif d'extrême droite n'est pas affilié au Rassemblement national, il n'en demeure pas moins que Némésis entretient des liens idéologiques avec le parti de Jordan Bardella et Marine Le Pen.
Fémo-nationalisme : l'instrumentalisation des droits des femmes
Le fémo-nationalisme est une idéologie qui instrumentalise les droits des femmes à des fins nationalistes et xénophobes. Les groupes fémo-nationalistes, comme Némésis, utilisent la cause des femmes pour justifier des politiques anti-immigration et anti-islam.
Le fémo-nationalisme repose sur une racialisation du sexisme. Les fémo-nationalistes considèrent que les hommes commettant des violences sexistes et sexuelles sont des personnes étrangères. Et par conséquent, le danger pour les femmes blanches serait les musulmans.
Cette vision est contredite par les faits. Le rapport de 2023 du Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes (HCE) montre que 80 à 90 % des agressions sexuelles ont lieu dans la sphère privée ou par des proches.
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