L'accouchement est un événement naturel, mais il arrive que des raisons médicales ou de convenance justifient un déclenchement artificiel du travail. Cet article explore les différentes causes du déclenchement de l'accouchement, les méthodes utilisées et les considérations importantes à prendre en compte.
Introduction
La grossesse est une période d'attente et d'anticipation, mais le déroulement de l'accouchement n'est pas toujours prévisible. Dans certaines situations, il peut être nécessaire de déclencher artificiellement le travail pour assurer la sécurité de la mère et de l'enfant. Le déclenchement de l'accouchement consiste à provoquer artificiellement les contractions utérines afin de démarrer le travail.
Raisons médicales du déclenchement
Plusieurs raisons médicales peuvent justifier un déclenchement de l'accouchement :
- Dépassement de terme : Lorsque la grossesse dépasse 41 semaines d'aménorrhée (SA), il peut être nécessaire de déclencher l'accouchement en raison des risques potentiels pour le bébé, tels que le vieillissement du placenta et la diminution des échanges entre la mère et le fœtus. La réalisation d’une échographie du premier trimestre à 11 - 13 semaines d’aménorrhée (SA) permet une détermination précise du terme à partir de la mesure de la longueur crânio-caudale du fœtus. Il est possible de réaliser un déclenchement à partir de 41 SA + 0 jour, à condition que le col soit favorable, et d’en avoir informé la femme enceinte et obtenu son accord.
- Rupture prématurée des membranes : Si la poche des eaux se rompt avant le début du travail, il existe un risque d'infection pour le bébé. Dans 80% des cas, l’accouchement se déclenche tout seul dans les 48 heures. Si le travail ne se déclenche pas naturellement dans les 48 heures, il est généralement recommandé de provoquer l'accouchement. Une des pistes pour expliquer la survenue d’une rupture prématurée des membranes est celle de l’infection.
- Pré-éclampsie : La pré-éclampsie est une complication de la grossesse caractérisée par une hypertension artérielle et la présence de protéines dans les urines. Dans les cas sévères, il peut être nécessaire de déclencher l'accouchement pour protéger la santé de la mère et du bébé. On parle d’hypertension lorsque la pression artérielle systolique est supérieure ou égale à 140 mm Hg et/ou la pression artérielle diastolique supérieure ou égale à 90 mm Hg.
- Retard de croissance intra-utérin (RCIU) : Si le fœtus ne se développe pas correctement dans l'utérus, il peut être préférable de déclencher l'accouchement pour lui offrir de meilleures conditions de croissance à l'extérieur de l'utérus. Le retard de croissance est généralement diagnostiqué ou repéré grâce à l’échographie pendant la grossesse. Le retard de croissance est en partie lié à des anomalies de la vascularisation entre l’utérus et le placenta. Les échanges entre la mère et le fœtus ne s’effectuant plus dans de bonnes conditions, les apports nutritionnels et en oxygène deviennent insuffisants. Si la pathologie placentaire est trop sévère et les apports très insuffisants, les risques pour le fœtus deviennent importants. C’est dans ce contexte que les équipes médicales sont conduites à provoquer l’accouchement prématuré, le plus souvent par césarienne. C’est pourquoi, il est très fréquent de voir associés l’hypertension artérielle maternelle et le retard de croissance chez l’enfant.
- Diabète gestationnel : La conduite à tenir en cas de diabète insulinodépendant relève d’une décision pluridisciplinaire au cas par cas.
- Grossesses gémellaires : Dans les grossesses gémellaires, la mortalité périnatale est augmentée après 39 SA.
- Antécédent d’accouchement rapide : Un antécédent d’accouchement rapide (< 2 heures) peut être une indication de déclenchement du travail à partir de 39 SA si le col est favorable.
- Hémorragies : Elles correspondent à des saignements abondants qui mettent en danger la mère et l’enfant.
- Travail prématuré spontané: Il correspond à un début de travail avant le terme normal de la grossesse (37 SA), les membranes étant intactes (poches des eaux non rompues au moment du début du travail). Le rôle des infections est là encore fortement suspecté. Au moins 15% des femmes accouchant après un travail prématuré spontané seraient porteuses d’une infection utérine (chorioamniotite).
Déclenchement de convenance
Le déclenchement de convenance est un déclenchement artificiel du travail réalisé pour des raisons non médicales, à la demande de la patiente. Ce type de déclenchement n'est pas toujours accepté par tous les praticiens, et la décision est prise en toute responsabilité par le médecin, en tenant compte des risques potentiels et des bénéfices pour la patiente. Il est tout à fait possible, pour arranger la maman dans son organisation familiale, ou si elle habite loin de la maternité, de choisir de déclencher l'accouchement, rappelle Isabelle Le Ray. En revanche, il faut impérativement que le terme soit supérieur à 39 SA, que le bébé soit tête en bas et que le col utérin soit déjà bien ouvert et raccourci. De plus, la maman ne doit pas avoir eu de césarienne lors d’une grossesse précédente puisque cela risquerait de fragiliser davantage l’utérus.
Méthodes de déclenchement
Plusieurs méthodes peuvent être utilisées pour déclencher l'accouchement :
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- Prostaglandines : Les prostaglandines sont des substances qui aident à ramollir et à ouvrir le col de l'utérus. Elles sont administrées par voie vaginale, sous forme de gel ou de tampon. L’utilisation des prostaglandines E2 est préférable à l’utilisation de l’ocytocine pour le déclenchement du travail quand le col est immature. Face à un col dit "défavorable", des prostaglandines sont donc appliquées au niveau du vagin, le plus souvent sous forme de gel, parfois par le biais d'un tampon. Après plusieurs heures d'action sur la maturation cervicale et le muscle utérin, les soignants posent une perfusion d'ocytocine en intraveineuse.
- Ocytocine : L'ocytocine est une hormone qui provoque des contractions utérines. Elle est administrée par voie intraveineuse. Ce qui est commun à ces déclenchements pour raison médicale, c’est que les conditions locales, c’est-à-dire le raccourcissement et l’ouverture du col, ne sont pas toujours au rendez-vous. Ici la séquence de déclenchement associera l’utilisation d’Ocytocine pour entraîner l’apparition de contractions puis la rupture de la poche des eaux qui sera l’élément déterminant pour l’accélération du travail. Si le col est favorable, c’est-à-dire ramolli, raccourci et/ou déjà un peu ouvert, la ou le sage-femme rompt directement la poche des eaux pour amorcer les contractions. Dans le cas où la poche des eaux est déjà rompue, on provoque des contractions en posant, là aussi, une perfusion d’ocytocine. La dose maximum recommandée d’ocytocine est de 20 milli-unités par minute.
- Rupture des membranes : La rupture artificielle des membranes consiste à percer la poche des eaux pour libérer le liquide amniotique et stimuler les contractions.
- Décollement des membranes : Dans cette situation, le décollement des membranes fœtales du col de l'utérus peut être réalisé manuellement, avant que la poche des eaux ne soit percée.
- Ballonnet : Dernière méthode : le déclenchement par ballonnet. Ici, on insère une sonde en caoutchouc dans le col de l'utérus, qui permet de gonfler un ballonnet avec de l'eau. Celui-ci permet d'ouvrir le col et de décoller les membranes mais sa pression sur le col de l'utérus peut être douloureuse, voire entraîner des saignements. La plupart du temps, le ballonnet tombe de lui-même dès que le col est à 3 cm. L’utilisation de la sonde de Foley n’est pas recommandée en routine dans le déclenchement artificiel du travail.
Risques et complications
Comme tout acte médical, le déclenchement de l'accouchement comporte des risques potentiels :
- Échec du déclenchement : Il est possible que le déclenchement ne fonctionne pas et qu'une césarienne soit nécessaire. Le principal risque ? Que le déclenchement ne “fonctionne” pas et qu'une césarienne ne soit inévitable - et plus le col est défavorable, plus le risque est important.
- Travail anormalement long : Le déclenchement peut entraîner un travail plus long que lors d'un accouchement spontané. Autre inconvénient : un travail anormalement long, ce qui augmente la survenue de saignements, juste après l’accouchement.
- Contractions excessives : Le déclenchement peut provoquer des contractions utérines trop fortes, ce qui peut être douloureux pour la mère et stressant pour le bébé. Le déclenchement entraîne des contractions qui, au bout d’un certain temps, peuvent devenir douloureuses. La pratique du déclenchement entraîne, dès le début du travail, la nécessité d’un monitorage fœtal continu, et généralement des contractions de forte intensité qui peuvent être plus douloureuses qu’un début de travail spontané.
- Complications maternelles : Dans de rares cas, le déclenchement peut entraîner des complications maternelles telles qu'une rupture utérine (en particulier chez les femmes ayant déjà eu une césarienne) ou des saignements excessifs après l'accouchement. Chez les grandes multipares (≥ 5 accouchements antérieurs), le déclenchement du travail par l’ocytocine peut être associé à une augmentation du risque de rupture utérine. Un déclenchement artificiel du travail, pour une indication maternelle oufœtale, peut s’avérer nécessaire chez une femme ayant un utérus cicatriciel. Le déclenchement artificiel du travail reste une option raisonnable, mais le risque potentiel de rupture utérine qui y est associé doit être discuté avec la patiente.
- Souffrance fœtale : Le déclenchement peut parfois entraîner une souffrance fœtale, nécessitant une intervention rapide.
Consentement éclairé
Avant de procéder à un déclenchement de l'accouchement, il est essentiel que la patiente soit pleinement informée des raisons du déclenchement, des méthodes utilisées, des risques potentiels et des alternatives possibles. La patiente doit donner son consentement éclairé avant que le déclenchement ne soit mis en œuvre. La présente fiche a pour but d’accompagner les informations qui vous ont été apportées oralement par le médecin ou la sage-femme en ce qui concerne les principes, les avantages et les inconvénients du déclenchement. Si vous avez demandé un déclenchement de convenance, vous pouvez changer d’avis tant que le déclenchement n’est pas commencé.
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