L'expression "âge de raison" est couramment utilisée, mais que recouvre-t-elle exactement ? Cet article se propose d'explorer en profondeur cette notion, en abordant sa définition, ses manifestations, ses implications psychologiques et juridiques, ainsi que son évolution dans la perception moderne de l'enfance.
Définition et Origines de l'Âge de Raison
Le terme "âge de raison" est apparu en 1690 dans le dictionnaire français et décrit l'âge où l'enfant est capable de raisonner. Plus précisément, il correspond à l'âge où l'enfant commence à avoir conscience de ses actes. Telle une lapalissade, il est décrit comme l'âge où l'enfant est capable de raisonner. Ces deux définitions sous-tendent une dimension intellectuelle et un aspect moral. Traditionnellement, on a coutume de fixer l’âge de raison à sept ans. En réalité c’est une période de la vie plus longue qui se situe entre l’enfance et la pré-adolescence, englobant en fait une période plus large entre six ans et la préadolescence. Généralement associé aux sept ans de l’enfant, mais il englobe en fait une période plus large entre six ans et la préadolescence. Cela correspond en psychanalyse à la période de latence.
Pour les stoïciens, à qui l’on doit la notion d’âge de raison, l’enfance désigne l’état de celui qui ne parle pas (in-fantia en latin). Par quoi il ne faut pas entendre la seule incapacité de prononcer des mots, mais celle de produire des jugements, d’élaborer des raisonnements et d’occuper sa place dans le monde (cosmos). Car il en va de l’enfant comme de l’adulte : pour être sage, il leur faut « tenir en place ». Et le seul moyen d’y parvenir consiste, selon les stoïciens, dans l’acquisition progressive des « notions communes », qui donnent la clé de l’ordre naturel. Intellectuelles (la logique), morales (le bien) et religieuses (le culte des dieux, le respect des morts), ces notions apparaissent sous une forme élémentaire à l’âge de 7 ans. Pourquoi 7 ans ? Parce que, au-delà de l’observation empirique, ce chiffre, pour le stoïcisme, correspond au rythme naturel et harmonieux des choses.
Caractéristiques Psychologiques et Émotionnelles
L’âge de raison est avant tout un moment de grande curiosité et de développement pour l’enfant, et notamment intellectuelle. Il commence peu à peu à distinguer des notions plus complexes de la vie, qui l’éloignent de l’enfance. Il commence également à raisonner, cela signifie pour les parents qu’il devient désormais possible de s’adresser à sa raison.
Du fait d’être sorti de la “phase du non” des 2 ans et d’avoir résolu son complexe d'oedipe, l’enfant est apaisé sur un plan émotionnel. En effet, à la fin de sa petite enfance, l’enfant réalise qu’il ne se mariera pas avec papa ou maman : il est donc amené à se resituer face à lui/elle et, par la même occasion, mettre ses pulsions sexuelles entre parenthèses. Après avoir réalisé qu’on ne peut pas entretenir une relation avec l’un de ses parents, il y a un début de prise de conscience notamment vis-à-vis des notions de bien et de mal, de justice et d’injustice. Dans la petite enfance, il est tourné vers ce qui lui fait du bien à lui. A “l’âge de raison” cependant, il s’ouvre aux autres.
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Les capacités cognitives de l'enfant, par le biais du langage, s'élaborent. Les associations mentales se développent, la perception met en jeu des constructions cérébrales reposant sur les analyses, les comparaisons et les anticipations. Le langage intérieur se met en place. Tout en restant concrète, la pensée devient plus logique. Jusqu'à sept ans, si l'on présente à un enfant cinq pommes et deux abricots en lui demandant : « Y a-t-il plus de pommes ou de fruits ? », il répond qu'il y a plus de pommes, car il ne parvient pas à intégrer que « pomme » ou « abricot » sont des sous-catégories de la catégorie « fruit ». À mesure qu'il grandit, il parvient à annuler mentalement l'effet d'un précédent raisonnement. Ses interrogations sont plus nombreuses et plus insistantes. Ce nouveau mode de fonctionnement de la pensée a des conséquences sur la vie affective. L'enfant peut se sentir en contradiction avec autrui. Les sentiments moraux autonomes se développent. Les règles et les interdits dépendaient du monde des adultes - c'était la loi. Les consignes étaient respectées parce qu'elles étaient émises par un adulte détenant l'autorité. Avec l'âge de raison, l'enfant se pose des questions et fait intervenir sa volonté personnelle. Il constate que l'adulte aussi se soumet. Il se rend compte que la multiplicité des consignes les rend parfois contradictoires. C'est l'avènement du respect mutuel, soubassement de sa morale propre. L'enfant réalise les dangers du vol, du mensonge et des délits dans une société.
L'enfant est facilement ému. Il manque de confiance et peut devenir moins téméraire. S'il a une altercation avec un membre de la famille, il peut quitter la pièce en ayant l'impression qu'on ne l'aime plus. S'il réussit ce qu'on attend de lui, il s'en montre excessivement fier. L'anxiété est plus vive, et des peurs irraisonnées peuvent l'habiter. Dans ses relations avec autrui, il se sert du « nous », se rend serviable et fait volontiers de petites courses. La notion de territoire se précise : il veut préserver le domaine où il garde ses « trésors ». Il est facilement jaloux du cadet de la fratrie, même si le besoin d'aider les plus faibles se met en place. Dans le groupe, il se montre conformiste et a tendance à rejeter ceux qui sont hors norme. Il est encore trop tourné vers lui-même pour supporter longtemps les jeux de groupe. L'enfant joue seul des heures et devient collectionneur. Il peut entasser des objets qui paraissent sans valeur ou sans intérêt aux yeux des adultes. La lecture acquiert une valeur particulière, car l'enfant pénètre mieux le sens de l'histoire et le héros devient un ami. La musique prend aussi de l'importance. C'est à cet âge qu'il exprime le désir de jouer d'un instrument, bien que la télévision et les jeux vidéo gardent une place prépondérante. Devenu un être responsable, l'enfant est particulièrement sensible à la notion de justice. Il connaissait l'existence de la mort et savait que les personnes âgées disparaissent. Grâce à sa nouvelle compréhension, il ressent le désenchantement de son éventuelle finitude. Cela ravive son anxiété s'il est malade. Il n'ose poser des questions sur ce sujet, d'autant que l'entourage a tendance à éluder. Ces préoccupations peuvent engendrer des troubles du comportement tels que des insomnies, crises d'angoisses ou phobies. Quand les parents ou le pédiatre peuvent faire avouer à l'enfant les idées morbides qui le tracassent, il en est soulagé. Vers six ou sept ans, on apprend que le père Noël est un mythe, que les cloches ne laissent pas tomber d'œufs à Pâques et que les cigognes n'apportent pas les bébés. La déconvenue se révèle encore plus grande quand on sait que la mort est au bout du chemin.
L'entrée à l'école primaire et l'ouverture au monde
C’est, bien évidemment, à mettre en lien avec l’entrée en CP. Selon Marie-Gilles Valet, “Dès son entrée en élémentaire, l’enfant va vivre de nombreuses expériences qui vont mener à des questionnements”. A partir du CP, l’enfant s’ouvre à un autre cercle : les “groupes de classe”. Il va être confronté à d’autres et être amené à se comparer à eux et à leur famille. Ce qui allait de soi, jusqu’ici, va alors commencer à poser question. L’enfant va se demander par exemple : “pourquoi chez Gabriel on a le droit de faire ça ?”, “pourquoi le dimanche, il va à l’Eglise et pas moi ?”, etc. Cependant, nous ne sommes pas encore dans une remise en question rebelle qu’il manifestera à l’adolescence mais plutôt sur un mode interrogatif. Le rapport à la fratrie va également évoluer à partir du moment où l’enfant va développer une amitié avec des pairs du même âge, partageant les mêmes centres d’intérêts. Il va se demander : “Pourquoi Gabriel n’est pas mon frère alors que lui, il partage son dessert avec moi ?”, “Bah toi tu n’es plus mon frère !”. L’enfant réalise qu’il n’est plus un “bébé” et s’aventure sur le chemin de l'autonomie physique mais surtout mentale ! Il essaye de comprendre et de construire un avis : "c’est bien, c’est mal". Cependant, sa vision est encore trop abstraite pour le moment. A cet âge là par exemple, l’enfant considère encore que la mort est réservée aux vieilles personnes ou les “méchants”.
L'Âge de Raison et le Droit
Selon le statut juridique de l'enfant dans la loi française, sa responsabilité dépend de l'âge : sept ans est l'âge de raison, dix ans celui de la sanction pénale, mais aussi du consentement (on demande son avis à l'enfant) pour les actes importants (changement de nom, adoption). Il semblerait toutefois qu'avec l'évolution des mœurs et de la famille, on ait décidé de donner à l'âge de raison un terrain plus large, plus fluctuant, allant de 7 à 13 ans et pouvant dépendre de l'appréciation du juge aux affaires familiales. Ce serait à lui de décider si l'enfant est capable de discernement.
Sur le plan historique, on sait que dans l'Ancien Régime, les garçons, dès l'âge de sept ans, suivaient leur père dans les champs, avant d'être placés chez un voisin ou dans une famille. Garçons et filles étaient vêtus d'une robe d'enfance différente pour chaque sexe avant de porter, vers l'âge dit de raison, un costume semblable à celui de l'adulte.
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Comment accompagner l'enfant pendant l'âge de raison ?
Bien qu’il s’affirme et qu’il commence à évoquer des choix qui lui sont propres, l’enfant de sept ans ne gagne pas forcément en indépendance ni en responsabilité. En effet, l’autonomie à cet âge fait peur, tout naturellement et plus que jamais. Les enfants ont donc besoin de l’aide des personnes adultes qui l’entourent, les parents et les Grands-Parents en priorité. C’est enfin à l’âge de raison qu’il faut motiver intellectuellement les enfants et essayer de nouvelles activités pour leur faire découvrir un maximum de choses. Comme nous l’avons dit, l’âge de sept ans marque un petit tournant dans la vie d’un enfant. Il commence à se désintéresser de certaines choses, et à s’intéresser à de nouvelles. Les enfants de cet âge commence à avoir une bonne perception du monde qui les entoure, et c’est alors qu’ils vont l’intégrer dans leur imaginaire de jeu. Vous pouvez tout à fait commencer à leur apprendre des jeux à jouer en famille, c’est important de leur montrer qu’il y a des règles à suivre et à respecter, et aussi leur apprendre à gagner et perdre.
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