La puériculture, terme issu du latin signifiant « élevage des tout-petits », a connu une évolution significative depuis son invention dans les années 1860 par le Dr. Caron. Cet article explore la définition de la puériculture dans les années soixante, en mettant en lumière son objectif, ses méthodes, et son impact sur la société.
Genèse et définition de la puériculture
Le mot puériculture est inventé dans les années 1860 par le Dr. Caron qui souhaite donner des cours. En dépit du soutien de Victor Duruy, ministre de l’Instruction publique, son projet échoue car l’impératrice Eugénie juge le sujet indécent, et le matérialisme du terme choque de nombreuses personnalités. L’idée faisant son chemin, le mot ressuscite grâce à Adolphe Pinard peu avant 1900 ; né en 1844 dans un milieu modeste de Méry sur Oise, Pinard est docteur en 1874, agrégé en 1878 ; appartenant en 1882 à la première promotion des accoucheurs des hôpitaux, il lutte en tant qu’obstétricien contre la basiotripsie, pour la symphyséotomie et la césarienne, puis il se tourne vers la puériculture qui fut « la passion de sa vie » comme le souligne son nécrologue en 1934.
À la fin du XIXe siècle, la pédiatrie se concentrait sur l’enfant malade, tandis que la puériculture, promue par des figures comme Pinard et Devraigne, visait la prévention et la normalisation, impliquant les mères avec l’aide des médecins. Pinard a inventé la « puériculture intrautérine ». Pour lui, comme pour Devraigne, la puériculture devait être à la fois post-natale, anté-natale et anté-conceptionnelle ; c’était au sens large « l’ensemble des règles ayant trait à la procréation, à la conservation et à l’amélioration de l’espèce humaine ». Mais son objectif essentiel restait l’élevage des enfants déjà nés.
L'essor de la puériculture dans l'entre-deux-guerres
Le mouvement de la puériculture s’est amplifié entre-les-deux-guerres. Le pouvoir médical s’est imposé entre la jeune mère et son enfant, diffusant par des moyens de plus en plus variés des conseils très rigides avec l’objet de normaliser toute la fonction de reproduction. En 1916, le Dr Bonnaire proposait dans un rapport de «défendre l’enfant nouveau-né contre la négligence et l’ignorance de la mère ». Au nom du salut des enfants, la puériculture, qui se voulait une science, traitait les femmes en coupables, en mineures à éduquer. Ses ennemis déclarés étaient « l’ignorance », les « préjugés », l’impulsivité. Les mères ne savaient pas ou leur savoir était entaché d’idées préconçues ou véhiculées par la famille, les voisines.
Normalisation et contrôle médical
La puériculture a imposé une normalisation stricte de la fonction de reproduction, souvent au détriment des pratiques traditionnelles et des savoirs populaires. Véritable catéchisme, elle décrétait la bonne et la mauvaise manière d’accomplir tel geste et les illustrait par des dessins didactiques et impersonnels. Elle s’érigeait en maximes simples dont la principale était de s’en remettre au conseil médical.
Lire aussi: Auxiliaire de puériculture : programme et débouchés
La puériculture voulait agir sur le comportement des femmes du peuple, celle des classes moyennes ou élevées étant plus perméables depuis plusieurs générations au discours médical ; c’était un moyen non seulement de sauver des enfants mais aussi de régler la vie quotidienne, d’influer sur la vie privée, de « civiliser ».
L'enseignement de la puériculture
L’enseignement scolaire de la puériculture fut généralisé. « C’est en agissant sur la cire molle des jeunes cerveaux féminins et non plus seulement sur les cerveaux déjà contaminés et endurcis des mères qu’on fera disparaître les préjugés » déclare Devraigne le 3 février 1918 devant la Société scientifique d’hygiène alimentaire.
En 1923, les décrets Bérard et Strauss rendirent officiel l’enseignement de la puériculture dans les écoles de jeunes filles et autorisèrent des visites dans les crèches et les consultations de nourrissons.
La puériculture après la Seconde Guerre mondiale
« Orienter l’ensemble de l’activité nationale » et appliquer des «nouvelles mesures concernant le peuplement du pays», c’est ainsi que le Général de Gaulle définit les objectifs des ordonnances adoptées à partir de novembre 1944. L’institution, par l’ordonnance du 2 novembre 1945, de la Protection maternelle et infantile (PMI), est révélatrice de cette volonté qui faisait du progrès démographique la nécessité absolue, la condition indispensable à la renaissance et au développement de la nation. Au cours des décennies suivantes, mais surtout à partir de 1970, de nombreux textes viendront modifier et compléter le document initial qui, par son esprit, sinon par sa lettre, demeure fondamental pour l’organisation de la protection sanitaire de l’enfance jusqu’à l’âge de l’école obligatoire.
Les consultations de nourrissons et les gouttes de lait
En 1892, Budin créa la première consultation de nourrissons à la Charité, et l’appela « l’école des Mères » ; ce fut un succès, le système des consultations fut peu à peu adopté par toutes les œuvres d’assistance maternelle et infantile, publiques ou privées comme les Gouttes de lait. Celles-ci distribuaient des biberons dosés « de bon lait stérilisé » ainsi que des conseils aux mères qui devaient amener régulièrement leur enfant à la consultation.
Lire aussi: Bien-être de l'enfant : l'importance de l'auxiliaire de puériculture
L'évolution des pratiques d'allaitement et de mise en nourrice
De l’antiquité jusqu’au Moyen-âge, ce sont uniquement les femmes de haut rang qui font allaiter leurs enfants par des nourrices pour des convenances personnelles. Au 17e siècle, les philosophes se révoltèrent contre cette pratique, mais les médecins protestèrent «le lait doit corriger l’influence exercée par la mère sur son enfant pendant la grossesse. Il est donc préférable de renoncer au lait maternel dès la naissance et de prendre une nourrice». Au 18e siècle, les moralistes démontrèrent l’importance de l’attachement à celle qui le nourrit, en rendant les mères jalouses de leurs nourrices, peut-être espéraient-ils les ramener à plus de compassion.
Au 19e siècle, la croissance urbaine et le développement du travail des femmes intensifièrent la mise en nourrice. La loi Roussel du 13 décembre 1874 tenta de redresser la situation en imposant chaque mois, à la nourrice de campagne, la visite d’un médecin inspecteur et d’un membre de la commission locale instituée par le Préfet.
À la fin du 19e siècle, les pouvoirs publics s’alarmèrent de « la dépopulation » qui guettait la France. Devant ce péril, médecins, législateurs, hommes et femmes de bonne volonté, allaient unir leurs efforts et oeuvrer pour le bien du nouveau-né et de sa mère.
Les crèches et les pouponnières
Fondée à la fin du 18e siècle, la première crèche parisienne comptait 12 berceaux. La mère venait allaiter son enfant 1 ou 2 fois dans la journée. Le décret du 26 février 1862 suivi d’un règlement ministériel le 30 juin de la même année entérinèrent cette décision. Dès lors, les crèches se trouvèrent placées sous la protection de l’autorité publique et des textes fixèrent leurs conditions d’installation et de fonctionnement.
Les pouponnières ayant un prix de revient très élevé, les centres d’élevage furent créés où les enfants étaient confiés à des nourrices choisies et surveillées par un médecin et sans cesse visitées par une infirmière compétente qui leur apprenait leur métier.
Lire aussi: Formation et salaires de l'Auxiliaire de Puériculture en Drôme
L'évolution des services sociaux et de la protection maternelle et infantile (PMI)
La création de services sociaux se fit d’abord au sein des maternités et des hôpitaux. Des travailleuses sociales formées dans des écoles, visitaient les jeunes mères avant leur sortie de la maternité et leur signalaient tout ce qui pouvait les aider à élever leur enfant. En 1913 le Parlement vota la loi d’assistance aux femmes en couches qui obligea toute femme travaillant à l’extérieur à prendre 4 semaines avant ses couches et autant après.
Après la guerre, en 1919, la Croix Rouge consacra une grande partie de son activité à la lutte contre la mortalité infantile. C’est vers 1920 que l’assistance publique regroupa l’activité des consultations de nourrissons et des gouttes de lait avec d’autres oeuvres telles les consultations prénatales et les pouponnières et créa les centres d’hygiène infantile qui assuraient dans le cadre de l’hôpital, le suivi médical des jeunes enfants.
Le champ d’application de la loi Roussel fut considérablement élargi par les décrets-lois du 30 octobre 1935 qui permettaient d’exercer une protection, non plus uniquement sur les enfants mis en nourrice mais sur tous. Pour faciliter la surveillance, chaque enfant fut désormais pourvu d’un carnet de santé. Ces centres d’hygiène infantile furent à l’origine des centres de PMI actuels.
Les professionnels de la petite enfance
Dans une structure Petite Enfance, les professions sont réglementées par le Code de la santé publique. La capacité d'ouverture d'un EAJE est autorisée uniquement si certaines personnes qualifiées travaillent dans l'établissement. Pour quarante pour cent au moins de l'effectif, des puéricultrices diplômées d'État, des éducateurs de jeunes enfants diplômés d'État, des auxiliaires de puériculture diplômés, des infirmiers diplômés d'État ou des psychomotriciens diplômés d'État. L'auxiliaire de puériculture accompagne les apprentissages des jeunes enfants jusqu'à 6 ans, tout en veillant à leur hygiène et à leur confort.
La motricité libre : une approche alternative
Le concept de motricité libre ou spontanée a été inventé par le Dr Emmi Pikler dans les années 1960. La pédiatre était convaincue que le petit enfant était un être doué de sensibilité et capable de se développer tout seul sans l’intervention d’un l’adulte. Aujourd’hui, les travaux du Dr Pikler sont plébiscités par un grand nombre de professionnels de la petite enfance.
La motricité libre permet aux enfants d’acquérir plus de confiance puisque ce sont eux-mêmes qui construisent leur propre chemin. Elle favorise aussi leur esprit d’initiative et leur créativité. Les accessoires qui vont gêner le bébé (transat, cale-bébé, trotteur) sont évités dans la mesure du possible.
tags: #puériculture #années #soixante #definition
