La protéinurie, définie par la présence anormale de protéines dans l'urine, est un indicateur qui peut refléter divers états physiologiques ou pathologiques. Cet article explore les causes potentielles de la protéinurie, en mettant en lumière les facteurs non pathologiques et les conditions médicales sous-jacentes qui peuvent la provoquer.

Introduction à la Protéinurie

La protéinurie, autrefois appelée albuminurie, se manifeste, lorsqu'elle est abondante, par un syndrome néphrotique (œdèmes des jambes et du visage, diminution du taux de protéines dans le sang). Normalement, les reins filtrent les déchets du sang tout en retenant les protéines essentielles. Un taux "normal" de protéines dans l'urine doit être inférieur à 150 mg par jour. La présence de protéines dans l'urine peut être détectée par des bandelettes réactives que l'on trempe dans les urines fraîchement recueillies. La réaction est positive lorsque la coloration de la bandelette passe du jaune au vert.

Causes Non Pathologiques de la Protéinurie

Avant de s'alarmer, il est important de noter que la présence de protéines dans l'urine ne signale pas toujours un problème de santé grave. Plusieurs facteurs temporaires ou non pathologiques peuvent provoquer une protéinurie transitoire.

Réaction Chimique et Produits Ménagers

Il peut (tout simplement) être question d'une réaction chimique entre les substances qui composent l'urine… et un produit ménager placé à l'intérieur de la cuvette des toilettes. Ainsi, s'il y a un produit détergent à l'intérieur de vos toilettes et que vous n'avez pas rincé la cuvette après avoir fait le ménage, vous pouvez observer une urine relativement mousseuse. Rien de grave là dedans ! Attention ! Surtout, ne nettoyez pas vos toilettes avec de l'eau de Javel. En effet : au contact de l'ammoniaque (une molécule que l'on trouve naturellement dans l'urine et qui lui donne cette odeur caractéristique), cette substance désinfectante (qui est bactéricide, virucide et fongicide) dégage des composés chimiques toxiques : les chloramines. Lorsqu'ils sont inhalés, ces gaz peuvent provoquer des difficultés respiratoires, des douleurs thoraciques, des troubles de la conscience ou encore des troubles digestifs… qui sont potentiellement mortels.

Rétention Urinaire Prolongée

On peut constater la présence d'une urine mousseuse lorsqu'on se retient trop longtemps de faire pipi. À force de se retenir d'aller aux toilettes, l'urine se charge notamment en sels minéraux et en protéines : c'est la présence de ces protéines qui, en particulier, va donner une urine mousseuse. Il est donc conseillé de ne pas se retenir d'aller aux toilettes si vous en avez envie, car ce comportement peut favoriser la survenue d'infections urinaires. Par ailleurs, pensez à bien boire tout au long de la journée pour maintenir une composition équilibrée de votre urine.

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Jet d'Urine Fort

Enfin, l'urine peut sembler mousseuse lorsque le jet d'urine est particulièrement fort. Là non plus, rien d'inquiétant.

Protéinurie Orthostatique

La protéinurie orthostatique, qui ne revêt aucun caractère pathologique, ne s'observe que chez l'enfant et disparaît spontanément vers l'âge de 20 ans. Cette anomalie de cause inconnue n'a aucune conséquence et ne nécessite aucun traitement.

Causes Pathologiques de la Protéinurie

Si la protéinurie persiste ou s'accompagne d'autres symptômes, elle peut être le signe d'une condition médicale sous-jacente nécessitant une évaluation plus approfondie.

Hématurie

Lorsqu'il y a des protéines dans l'urine, l'urine a tendance à être "mousseuse" lorsqu'on va aux toilettes. L'urine contient normalement peu de protéines puisque les reins sont chargés de les filtrer : dans l'urine, les reins éliminent les déchets, et les protéines n'en sont pas. La plupart du temps, on est en présence d'une hématurie, ce qui signifie qu'il y a du sang dans l'urine : le sang contient en effet une protéine (l'albumine) qui peut donner cette urine mousseuse.

Diabète

Cette maladie chronique peut être responsable d'une atteinte rénale : on parle de néphropathie diabétique. La néphropathie diabétique entraîne la présence d'albumine dans l'urine (albuminurie) avec un taux qui peut dépasser 500 mg par jour au bout de plusieurs années. Les experts estiment que 20 % à 40 % des patients atteints d'un diabète de type 1 et que 10 % à 30 % des diabétiques de type 2 (le fameux "diabète sucré") sont à risque de développer une néphropathie diabétique. Cette complication du diabète peut aboutir à une insuffisance rénale.

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Calculs Vésicaux et Polypes Vésicaux

Ces calculs urinaires localisés dans la vessie peuvent notamment être liés à une cystite chronique (plutôt chez la femme) ou à une hypertrophie bénigne de la prostate (chez l'homme). Les calculs vésicaux peuvent entraîner la présence de sang dans l'urine, parce qu'il y a une irritation des tissus de la vessie ; idem pour les calculs de l'uretère, présents dans le canal qui conduit l'urine du rein vers la vessie. Bénins dans 70 % à 75 % des cas, les polypes vésicaux sont des petites excroissances sur la paroi interne de la vessie. Ils peuvent entraîner une hématurie : lorsqu'on fait pipi, les dernières gouttes d'urine sont teintées de sang. Ces polypes vésicaux sont 3 fois plus fréquents chez les hommes, et le tabagisme constitue un facteur favorisant leur apparition.

Tumeurs Vésicales ou Rénales

Plus rarement : une hématurie peut être liée à une tumeur cancéreuse de la vessie ou du rein.

Maladies Glomérulaires et Tubulaires

Une protéinurie abondante (supérieure à 3 grammes par 24 heures) traduit le plus souvent une maladie glomérulaire (glomérulopathie). Les protéinuries inférieures à 2 grammes par 24 heures sont plutôt en relation avec des maladies tubulaires ou interstitielles (néphrite tubulaire ou interstitielle).

Hypertension Artérielle

D'autre part, une protéinurie peut être également symptomatique d'une atteinte rénale liée à l'hypertension artérielle.

Prééclampsie

Chez les femmes ayant une prééclampsie, on constate, outre l'hypertension, une protéinurie, c'est-à-dire la présence de protéines dans les urines (normalement, on ne détecte pas de protéines dans les urines). Cette fuite de protéines est souvent associée à des œdèmes : la perméabilité des capillaires augmente de façon anormale, de sorte que du liquide quitte les vaisseaux, s'accumulant dans l'espace extracellulaire. Une prééclampsie est généralement découverte tardivement, après la vingtième semaine de grossesse, souvent au cours du troisième trimestre. La définition de la prééclampsie, auparavant nommée toxémie gravidique, a évolué. Aujourd'hui, elle est définie par l'association d'une hypertension artérielle supérieure ou égale à 140/90 millimètres de mercure et d'une protéinurie supérieure ou égale à 0,30 gramme par 24 heures.

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Lupus Systémique

Le lupus systémique (LS) ou lupus érythémateux aigu disséminé (LEAD) est un syndrome caractérisé par des manifestations cliniques variables, plus ou moins durables, diversement associées d’un patient à l’autre, et des anomalies biologiques multiples. Les tissus et les organes les plus souvent atteints sont la peau, les articulations, les reins, les séreuses (enveloppes qui entourent le cœur et les poumons), le système nerveux central et les cellules sanguines.

Protéinurie et Menstruations

Bien que les informations fournies ne mentionnent pas directement une relation entre la protéinurie et les menstruations, il est important de considérer certaines situations spécifiques. Les changements hormonaux qui se produisent pendant le cycle menstruel peuvent influencer la fonction rénale et potentiellement affecter la quantité de protéines excrétées dans l'urine. Cependant, il n'existe pas de preuve directe que les menstruations causent directement une protéinurie significative chez les femmes en bonne santé.

Il est possible que certaines femmes présentant des conditions médicales sous-jacentes, telles que des maladies rénales ou des troubles auto-immuns comme le lupus, puissent observer des fluctuations de leur protéinurie pendant leur cycle menstruel en raison des changements hormonaux et inflammatoires. Dans ces cas, il est essentiel de consulter un médecin pour une évaluation appropriée et une gestion individualisée.

Quand s'Inquiéter et Examens de Diagnostic

Si vous constatez que votre urine mousse mais qu'il n'y a aucun symptôme associé, il n'est pas forcément nécessaire de consulter votre médecin : vous pouvez toutefois mentionner cette anomalie lors de votre prochain rendez-vous médical. En revanche, si votre urine est mousseuse et qu'il y a des symptômes associés (une prise de poids, des œdèmes des jambes…), le mieux reste de consulter votre médecin traitant sans trop attendre car il est peut-être question d'une néphropathie, c'est-à-dire d'une atteinte rénale.

Face à une urine qui mousse, le médecin prescrira d'abord une analyse d'urine : cet examen cytobactériologique des urines (ECBU) se fait en laboratoire d'analyses médicales.

Examens Complémentaires

Des examens complémentaires permettent de préciser la nature exacte de l'atteinte rénale révélée par une protéinurie.

- L'électrophorèse permet de connaître la nature des protéines présentes dans l'urine. Il s'agit le plus souvent d'albumine : on parle alors de protéinurie sélective ; s'il s'agit d'un mélange d'albumine et d'autres protéines, les globulines, on parle de protéinurie non sélective.

  • la mesure des anticorps anti-ADN natif et du complément dans le sang.

Traitement

Une protéinurie, lorsqu'elle n'entre pas dans le cadre d'un syndrome néphrotique, ne nécessite ni traitement ni régime : il est inutile de réduire les apports alimentaires en protéines. Le traitement médicamenteux repose sur la prise au long cours d’antipaludéens de synthèse (hydroxychloroquine, Plaquenil® ou chloroquine, Nivaquine®), utilisés dans pratiquement toutes les formes de lupus comme traitement de fond sauf en cas de contre-indication (maladie ophtalmologique grave, allergie ou intolérance au Plaquenil®). Selon le type d’organe atteint, d’autres médicaments seront utilisés : anti-inflammatoires non stéroïdiens, corticostéroïdes et immunosuppresseurs. Etant donné que les manifestations du LS sont très variables d’un malade à l’autre, la combinaison de médicaments doit être élaborée au cas par cas et évoluer en fonction de la maladie.

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