Le déclenchement de l'accouchement est une intervention médicale qui consiste à provoquer artificiellement le travail, c'est-à-dire les contractions utérines qui mènent à la naissance du bébé. Bien que la plupart des naissances se produisent naturellement, le déclenchement de l'accouchement peut être nécessaire dans certaines situations pour protéger la santé de la mère, du bébé ou des deux. Cet article explore les raisons médicales et non médicales qui peuvent conduire à un déclenchement, les méthodes utilisées, ainsi que les aspects émotionnels et psychologiques liés à cette intervention.
Raisons médicales du déclenchement de l'accouchement
Dans certaines situations, il est impératif de déclencher l'accouchement lorsqu'il existe un risque pour la santé du bébé, de la maman ou des deux. Parmi ces situations, on retrouve :
- Dépassement du terme : Bien que dépasser la date prévue du terme ne soit pas une indication systématique, le déclenchement peut être envisagé si la grossesse excède 6 jours après le terme prévu ou si le corps médical juge que la poursuite de la grossesse présente un risque. Un déclenchement peut être envisagé à partir de 41 SA + 0 jour, à condition que le col soit favorable, et d’en avoir informé la femme enceinte et obtenu son accord.
- Rupture prématurée de la poche des eaux : Lorsque la poche des eaux se rompt avant le début du travail, le déclenchement artificiel est généralement entrepris dans un délai maximum de 48 heures pour réduire le risque d'infection pour le bébé. Dans 80% des cas, l’accouchement se déclenche tout seul dans les 48 heures.
- Pré-éclampsie sévère : La pré-éclampsie est une affection caractérisée par une hypertension artérielle et un taux élevé de protéines dans les urines.
- Retard de croissance in utero : Lorsque le fœtus ne se développe plus correctement dans le ventre de sa mère, il est préférable de déclencher l’accouchement.
- Diabète insulinodépendant : La conduite à tenir en cas de diabète insulinodépendant relève d’une décision pluridisciplinaire au cas par cas.
- Grossesses gémellaires : Dans les grossesses gémellaires, la mortalité périnatale est augmentée après 39 SA.
- Antécédent d’accouchement rapide : Un antécédent d’accouchement rapide (< 2 heures) peut être une indication de déclenchement du travail à partir de 39 SA si le col est favorable.
Déclenchement de convenance
Le déclenchement de convenance, ou accouchement programmé, est un déclenchement artificiel du travail entrepris en l'absence d'indication médicale précise. Il est entrepris pour éviter les complications de grossesse.
En France, les accouchements ne sont pas programmés par « confort » pour la femme enceinte, mais bien pour éviter les complications de grossesse. À titre d’exemple, le déclenchement de l’accouchement est souvent programmé dans le cadre des grossesses gémellaires ou multiples qui présentent plus de risques que les grossesses « classiques ». Néanmoins, ce type d’accouchement artificiel ne peut être pratiqué que si les conditions médicales et techniques à sa réalisation sont réunies : grossesse avancée à 39 semaines minimum (8 mois et demi), utérus non cicatriciel, col favorable (col ramolli et un peu ouvert).
Il est important de préciser que, jusqu’au dernier moment, la future mère garde le droit de refuser le déclenchement de son accouchement. Si vous avez demandé un déclenchement de convenance, vous pouvez changer d’avis tant que le déclenchement n’est pas commencé.
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Ce déclenchement de convenance n’est pas toujours accepté par tous les praticiens, celui-ci prenant cette décision en toute responsabilité vis-à-vis d’une conduite (en l’occurrence le déclenchement) pour une raison non médicale.
Méthodes de déclenchement artificiel du travail
Plusieurs méthodes sont disponibles pour déclencher artificiellement le travail, et le choix de la méthode dépend de l'état du col de l'utérus et des circonstances individuelles de chaque femme. Le médecin gynécologue prend la décision finale du choix de la méthode employée. Il devra toutefois en informer sa patiente et lui expliquer son fonctionnement, ses avantages et ses inconvénients.
Maturation cervicale : Si le col n'est pas favorable (pas « mûr »), il faut d’abord préparer le col : c’est la maturation. Pendant longtemps, on a cru qu’il suffisait de provoquer des contractions utérines pour déclencher l’accouchement. La réalité est plus complexe. Une meilleure connaissance de la physiologie du col de l’utérus a permis de comprendre que celui-ci ne pouvait se dilater qu’après avoir subi des modifications de structure.
- Prostaglandines : Face à un col dit "défavorable", des prostaglandines sont donc appliquées au niveau du vagin, le plus souvent sous forme de gel, parfois par le biais d'un tampon. Les prostaglandines font, en effet, partie des hormones sécrétées par l’organisme au cours de l’accouchement. Pour démarrer le travail et préparer le col, des prostaglandines de synthèse sont donc introduites au sein du col. Après avis de l’équipe médicale, le déclenchement de l’accouchement peut ainsi être opéré au moyen d’un gel ou d’un tampon imbibé par l’hormone. Par son action, le dispositif va contribuer à la maturation et au raccourcissement du col de l’utérus. L’utilisation des prostaglandines E2 est préférable à l’utilisation de l’ocytocine pour le déclenchement du travail quand le col est immature. En cas de déclenchement par les prostaglandines E2 en application vaginale, un monitorage fœtal continu doit être réalisé pendant au moins 2 heures.
- Ballonnet : Ici, on insère une sonde en caoutchouc dans le col de l'utérus, qui permet de gonfler un ballonnet avec de l'eau. Celui-ci permet d'ouvrir le col et de décoller les membranes mais sa pression sur le col de l'utérus peut être douloureuse, voire entraîner des saignements. La plupart du temps, le ballonnet tombe de lui-même dès que le col est à 3 cm. Pour cette technique, le professionnel de santé utilise un ballonnet. Celui-ci est placé au niveau du col utérin où il sera délicatement gonflé avec de l’eau stérilisée. Le ballon ainsi positionné va exercer une pression sur le col, ce qui va favoriser mécaniquement sa dilatation et son effacement. Cette technique n’est généralement pas douloureuse. Certaines femmes rentrent même chez elles avec le dispositif en place en attendant que le travail débute, ce qui peut prendre plusieurs heures. Nous utilisons une méthode mécanique, par la pose d’un ballonnet intra-utérin (sonde de Foley). Cette maturation se fait dans la plupart des cas « en externe », c’est-à-dire que la femme repart chez elle après la pose du ballonnet. La sonde de Foley n’est pas recommandée en routine dans le déclenchement artificiel du travail.
Décollement des membranes : Il s’agit d’une méthode relativement simple puisqu’elle consiste à décoller doucement la membrane qui compose le sac amniotique dans lequel baigne le bébé, de la paroi de l’utérus. Pour ce faire, le médecin ou la sage-femme introduit un doigt à l’intérieur du col utérin. Chez certaines femmes enceintes, la technique s’avère particulièrement efficace et déclenche des contractions dans les 48h suivant la manipulation. Pour d’autres, en revanche, le décollement des membranes occasionne des douleurs, une sensation d’inconfort, voire des saignements. Cela s’explique par le fait que cette méthode va provoquer une irritation de l’utérus et des contractions de faible intensité qui ne permettront pas de déclencher le travail. Il est à noter que l’on doit toujours vous demander votre consentement et qu’on ne peut pas procéder à cette méthode sans vous avoir consulté au préalable. Dans cette situation, le décollement des membranes fœtales du col de l'utérus peut être réalisé manuellement, avant que la poche des eaux ne soit percée.
Rupture artificielle des membranes : Lorsque le bébé est engagé dans le col utérin dilaté à 2 cm minimum, le médecin gynécologue-obstétricien peut décider de procéder à une rupture des membranes, autrement dit de rompre la fameuse « poche des eaux ». Après avoir déterminé son positionnement, le praticien utilise une sorte de petit crochet pour « trouer » la membrane. Si la procédure peut s’avérer inconfortable pour la future maman, elle n’est en revanche pas douloureuse et permet bien souvent de déclencher des contractions dans les heures qui suivent. Si le col est favorable, c’est-à-dire ramolli, raccourci et/ou déjà un peu ouvert, la ou le sage-femme rompt directement la poche des eaux pour amorcer les contractions. Dans le cas où la poche des eaux est déjà rompue, on provoque des contractions en posant, là aussi, une perfusion d’ocytocine. Ici la séquence de déclenchement associera l’utilisation d’Ocytocine pour entraîner l’apparition de contractions puis la rupture de la poche des eaux qui sera l’élément déterminant pour l’accélération du travail.
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Ocytocine : Après le déclenchement de l’accouchement par ballon, rupture des membranes ou gel de prostaglandines, les médecins disposent d’une dernière arme pour engager le travail : l’ocytocine. Cette hormone naturellement produite par l’organisme de la femme enceinte au moment de l’accouchement déclenche les contractions de l’utérus. Pour un déclenchement artificiel, l’ocytocine de synthèse est administrée par voie intraveineuse. Les médecins ont recours à des doses minimes, car l’hormone peut provoquer des contractions très intenses et particulièrement douloureuses chez certaines femmes. C’est la raison pour laquelle une surveillance accrue et un monitorage attentif du bébé seront mis en œuvre. Pour atténuer la douleur ressentie, une anesthésie péridurale est proposée dès que le travail et la dilatation du col utérin le permettront. La dose maximum recommandée d’ocytocine est de 20 milli-unités par minute.
Durée du déclenchement
La durée d’un déclenchement peut varier selon les cas, mais un déclenchement dur en moyenne générale entre 24 et 48 heures. Vous serez d’abord accueillie à la maternité, avant de procéder à un examen qui précédera le début de l’enclenchement de l’accouchement. Une fois cela effectué, vous serez surveillée, avant d’être conduite en salle de naissance une fois votre col prêt à s’ouvrir et que le travail commence. En fonction de l'ouverture du col de l'utérus, la durée du déclenchement est très variable. Si le col est tonique et fermé, il faudra attendre plusieurs heures que des substances fassent effet avant le début du travail. Le travail peut sembler plus long. Notons toutefois que la durée du travail est en moyenne plus longue lorsque l'accouchement a été déclenché artificiellement plutôt que naturellement.
Risques et complications possibles
Comme toute intervention médicale, le déclenchement artificiel du travail comporte des risques et des complications potentielles, tant pour la mère que pour le bébé. Il est important de noter que « Le risque zéro n’existe pas, mais, en suivant les recommandations, on les évite au maximum. »
Parmi les risques et complications possibles, on peut citer :
- Contractions excessives de l’utérus : Lors d’une naissance provoquée artificiellement - au même titre que lors d’un accouchement naturel - des complications peuvent apparaître, comme des contractions excessives de l’utérus. La pratique du déclenchement entraîne, dès le début du travail, la nécessité d’un monitorage fœtal continu, et généralement des contractions de forte intensité qui peuvent être plus douloureuses qu’un début de travail spontané.
- Arrêt de la dilatation du col : Lors d’une naissance provoquée artificiellement - au même titre que lors d’un accouchement naturel - des complications peuvent apparaître, comme un arrêt de la dilatation du col.
- Nécessité d'une césarienne : Si ces complications apparaissent, une césarienne est nécessaire. Que le déclenchement ne “fonctionne” pas et qu'une césarienne ne soit inévitable - et plus le col est défavorable, plus le risque est important. Dans l’accouchement déclenché, comme dans l’accouchement spontané, il peut se produire des contractions excessives de l’utérus ou un arrêt de la dilatation du col qui nécessite une césarienne.
- Travail anormalement long : Autre inconvénient : un travail anormalement long, ce qui augmente la survenue de saignements, juste après l’accouchement.
- Douleur accrue : Le déclenchement entraîne des contractions qui, au bout d’un certain temps, peuvent devenir douloureuses.
- Risque de rupture utérine : Chez les grandes multipares (≥ 5 accouchements antérieurs), le déclenchement du travail par l’ocytocine peut être associé à une augmentation du risque de rupture utérine. Un déclenchement artificiel du travail, pour une indication maternelle oufœtale, peut s’avérer nécessaire chez une femme ayant un utérus cicatriciel. Le déclenchement artificiel du travail reste une option raisonnable, mais le risque potentiel de rupture utérine qui y est associé doit être discuté avec la patiente.
- Risque infectieux : La rupture prématurée de la poche des eaux avant le début du travail peut parfois entraîner une infection chez l’enfant. Si la poche des eaux se rompt et que le travail ne se met pas naturellement en route dans les 48 heurs, il faut provoquer la naissance.
Aspects émotionnels et psychologiques
Le déclenchement de l’accouchement peut susciter des préoccupations émotionnelles pour certaines futures mamans. L’inquiétude liée à la douleur, la déception de ne pas vivre un accouchement spontané ou l’incertitude concernant le processus sont des sentiments fréquents. Si cet acte reste à l’appréciation des professionnels de santé, aucune décision ne sera prise sans discussion préalable avec la future mère. Elle sera donc en mesure de poser toutes les questions qu’elle souhaite.
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Le soutien de l’entourage et de l’équipe médicale joue un rôle essentiel pour atténuer ces craintes et aider les mères à se sentir rassurées et en sécurité. Il est tout à fait possible d'avoir une péridurale même si notre accouchement est déclenché de façon artificielle. En attendant que le travail soit suffisamment avancé pour permettre la mise en place d’une analgésie péridurale si la future maman le souhaite, d’autres moyens antidouleur pourront être proposés.
Comment se déclenche le travail spontanément ?
Le mécanisme physiologique qui provoque le début du travail est appelé « parturition », c’est un phénomène encore assez mal compris. On pense qu’il résulte d’une combinaison de signaux venant de la mère et du fœtus au terme de la grossesse : la sécrétion de cortisol par le fœtus d’une part, la diminution de la progestérone et l’augmentation des prostaglandines maternelles d’autre part.
On croit souvent que la perte du bouchon muqueux marque le début du travail, est-ce vrai ? Le bouchon muqueux est un amas de glaire cervicale qui ferme le col de l’utérus. La modification du col en fin de grossesse entraîne l’évacuation de cette glaire, soit progressivement, soit en une seule fois.
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