La question de l'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un sujet de société complexe, particulièrement en France où le Rassemblement National (RN) se positionne de manière parfois ambiguë. Cet article vise à décortiquer les différentes facettes de cette position, entre les votes au Parlement européen, les déclarations de ses figures de proue, et les stratégies politiques déployées.

L'évolution de la position du RN sur l'IVG

Historiquement, le Front National (FN), devenu RN, affichait une position clairement anti-avortement. Jean-Marie Le Pen se disait "chrétien, donc (…) par principe contre l'avortement" et demandait à plusieurs reprises l'abrogation de l'IVG. Cependant, avec l'arrivée de Marine Le Pen à la tête du parti, une évolution s'est amorcée, dans un contexte de dédiabolisation et de conquête du pouvoir.

Les déclarations contrastées de Marine Le Pen et Jordan Bardella

Marine Le Pen, tout en n'ayant jamais clairement affiché ses convictions en matière sociétale, a compris que les Français étaient majoritairement favorables à la constitutionnalisation de l'IVG. Elle a donc choisi de la défendre, tout en assurant que l'IVG n'était pas en danger en France.

Jordan Bardella, quant à lui, a déclaré en mars que "nous devons refuser qu’une seule femme en France puisse un jour s’inquiéter de voir un de ses droits reculer". Il défend le vote de son groupe en faveur de la constitutionnalisation de l’IVG.

Un amendement pour constitutionnaliser l'IVG avec des conditions

En novembre, Marine Le Pen a déposé un amendement visant à consacrer les dispositions actuelles concernant l'IVG, en mentionnant spécifiquement le délai maximal de quatorze semaines de grossesse pour le recours à une IVG. Elle s'était opposée à cet allongement lors de la législature précédente, jugeant que « l’acte [changeait] complètement de nature ».

Lire aussi: Spectacles pour enfants au Lucernaire

Cet amendement, présenté comme un "amendement d'équilibre", visait à réconcilier les différentes sensibilités au sein du groupe RN, entre partisans du mariage homosexuel et catholiques "provie". Il s'agissait également d'éviter de nouvelles modifications de la loi encadrant l'IVG, et notamment d'allonger les délais d'intervention.

Les votes du RN au Parlement européen : une réalité plus nuancée

Au Parlement européen, les votes des élus RN révèlent une position plus nuancée, voire contradictoire, sur la question de l'IVG et des droits des femmes.

Abstentions et oppositions sur les résolutions pro-IVG

Les élu·es RN se sont opposé·es à une résolution condamnant la Pologne qui interdisait quasiment totalement l’avortement. Ils et elles se sont abstenu·es sur l’introduction du droit à l’avortement dans la Charte européenne des droits fondamentaux.

En 2023, les eurodéputés RN se sont abstenus concernant l’adoption d’un rapport demandant à ce que les pays de l’Union Européenne fassent plus d’efforts pour lutter contre le harcèlement sexuel.

Opposition à la sanctuarisation de l'IVG au niveau européen

Les eurodéputés RN n'ont pas soutenu la résolution d'inscription du droit à l’avortement dans la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne adopté en avril. Jordan Bardella, à l'instar de nombreux autres députés du groupe ID s'est abstenu, tandis que la grande majorité d'entre eux ont voté contre.

Lire aussi: CE2 - Programme du Deuxième Trimestre

Votes contre les droits des femmes

En 2021, les député·es européen·nes RN ont voté contre une résolution prévoyant des formations contre le harcèlement sexuel au sein des institutions de l’Union européenne. En mai 2023, les député·es RN se sont abstenues sur la « Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique » dite Convention d’Istanbul. Toujours en mai 2023, le RN s’abstient sur la « Directive européenne sur la transparence et l’égalité des rémunérations ».

Les alliances européennes du RN : des partenaires anti-droits des femmes

Les alliances du RN au Parlement européen, notamment au sein du groupe Identité et Démocratie, posent également question quant à son engagement réel en faveur des droits des femmes.

La Lega de Matteo Salvini en Italie

La Lega de Matteo Salvini, qui participe à la coalition gouvernementale de Georgia Meloni en Italie, fait tout pour contrecarrer le droit à l’avortement, notamment en laissant entrer les anti-avortement dans les centres de consultation familiale pour dissuader les femmes d’avorter.

L'AFD allemande

L'AFD (Alternative für Deutschland) allemande, jusqu’à récemment alliée du RN, élaborait des plans avec un identitaire Autrichien pour déporter en Afrique du Nord deux millions de citoyen·nes considéré·es comme non assimilé·es, étranger·es et demandeuses·eurs d’asile.

L'instrumentalisation des droits des femmes à des fins électorales

De nombreuses voix s'élèvent pour dénoncer une instrumentalisation des droits des femmes par le RN à des fins électorales et racistes.

Lire aussi: Activité Physique et Grossesse

Une stratégie de dédiabolisation

La stratégie de dédiabolisation engagée par Marine Le Pen semble avoir porté ses fruits, y compris auprès des femmes qui désormais votent autant RN que les hommes, sauf chez les plus jeunes. Cependant, il est important de ne pas se laisser duper par ce discours lissé et banalisé.

Des propositions natalistes et familiales traditionnelles

Le RN prône une politique nataliste pour sauver notre système de retraites, sans se soucier de l’accès à l’emploi des femmes. À travers le livret « famille », le parti de Marine Le Pen et Bardella porte haut et fort le modèle traditionnel de la famille nombreuse.

Une vision conservatrice de la société

Marine Le Pen s’engage à un moratoire de trois ans sur les sujets sociétaux. Pas d’évolution sociétale à venir qui soit en tout cas directement portée par son gouvernement. Attendre et voir ce que diront les Françaises et les Français.

tags: #programme #rn #sur #ivg

Articles populaires: