Les problèmes de clapet, se manifestant souvent par des régurgitations ou un reflux gastro-œsophagien (RGO), sont très courants chez les nourrissons. Bien que généralement bénignes, il est essentiel de comprendre les causes, les symptômes et les traitements disponibles pour assurer le bien-être de votre bébé.
Régurgitations vs. Vomissements : Quelle est la Différence ?
Très fréquentes et courantes chez le nourrisson, les régurgitations ne sont pas des vomissements, mais simplement des petits rejets de lait involontaires qui se produisent après la tétée. Elles sont inoffensives et indolores pour l’enfant.
Symptômes des régurgitations
Dans l’heure qui suit la tétée, le nourrisson rejette par la bouche du lait plus ou moins caillé en quantité réduite (une cuillère à soupe ou un peu plus), parfois à l’occasion d’un rot. Contrairement aux vomissements, les régurgitations surviennent sans effort. Les régurgitations sont fréquentes : deux tiers des nourrissons de 4 à 5 mois, 5 % de ceux de 10 à 12 mois.
Les régurgitations n’ont aucune répercussion sur la santé de l’enfant. Elles disparaissent le plus souvent lorsque l’alimentation devient solide et que l’enfant commence à marcher, vers l’âge de douze à dix-huit mois. Toutefois, si les régurgitations deviennent importantes, se répètent fréquemment ou se produisent à distance du repas, il est possible que le bébé souffre d’un reflux gastro-œsophagien.
Qu'est-ce que le Reflux Gastro-Œsophagien (RGO) ?
Le reflux gastro-œsophagien (RGO) est un phénomène courant chez le nourrisson. Il se manifeste par la remontée du contenu de l’estomac vers l’œsophage, parfois jusqu’à la bouche. Ces régurgitations peuvent être impressionnantes, mais elles sont le plus souvent bénignes et transitoires. Dans certaines situations, ces régurgitations dépassent le cadre normal et demandent une intervention médicale spécifique.
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Le reflux gastro-œsophagien, ou RGO, survient lorsqu’une partie du contenu gastrique, composé de sucs et d’acide chlorhydrique, remonte de l’estomac dans l’œsophage. Chez le nourrisson, cela s’explique par l’immaturité du sphincter œsophagien inférieur, une sorte de valve située entre l’œsophage et l’estomac. Cette remontée acide peut être fréquente sans être inquiétante : on parle alors de reflux gastro-œsophagien physiologique.
Symptômes du RGO
Les symptômes du RGO chez les nourrissons sont variés et parfois difficiles à identifier. Ils peuvent inclure :
- Dos arqué durant ou après les repas
- Pleurs pendant plus de 3 heures par jour sans raison médicale connue
- La toux
- Étouffements ou difficultés à avaler
- Irritabilité après le repas
- Peu d’appétit ou refus de manger
- Faible prise de poids ou perte de poids
- Difficulté à respirer
- Vomissements intenses ou fréquents
- Régurgitations fréquentes
Si un enfant régurgite du lait après chaque repas, cela peut être lié à de nombreuses causes, mais il y a de fortes chances qu’il ou elle souffre de ce type de reflux. Au fur et à mesure qu’ils grandissent, le RGO du nourrisson disparaît tout seul sans nécessité d’intervention.
Reflux Silencieux (RGO Interne)
Un autre type de reflux gastrique chez le nourrisson est le reflux silencieux, également appelé reflux gastro-laryngé (RGL). Ce type de reflux arrive quand les contenus gastriques dans l’estomac d’un enfant circulent dans le sens inverse vers le larynx, le fond de la gorge et les voies nasales. Les symptômes du RGL ne sont pas toujours visibles, c’est pourquoi le type de reflux gastrique chez un bébé est décrit comme « silencieux ». Il est possible que les bébés aient un RGO et un reflux silencieux en même temps. Cependant, les deux ont des symptômes légèrement différents.
Symptômes du RGL
Les symptômes du RGL incluent :
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- Les problèmes de respiration
- Les étouffements
- La toux chronique
- La difficulté à se nourrir
- Les régurgitations
- La faible prise de poids ou perte de poids
Quand Contacter un Professionnel de Santé ?
La plupart du temps, le RGO et le reflux silencieux disparaissent tout seuls, mais dans certains cas les reflux gastriques du nourrisson persistent. Voici une liste de situations dans lesquelles il est préférable de contacter un professionnel de santé si vous identifiez des symptômes de reflux chez bébé :
- Si les symptômes de reflux silencieux persistent au-delà de la première année.
- Si le bébé souffre de vomissements violents, ou de sang dans ses selles.
- Si le bébé présente un ralentissement de la croissance, du fait d’une gêne importante à l’alimentation et d’une diminution des rations bues.
- Si le bébé pleure souvent pendant les biberons et a des troubles du sommeil.
- En cas de survenue ou d’aggravation de maladies respiratoires par micro-inhalation directe de liquide gastrique dans les bronches : bronchiolites à répétition, bronchites à répétition, asthme du nourrisson, etc.
- En cas de survenue ou d’aggravation de maladies ORL : aggravation d’un stridor congénital, pharyngites gênantes à répétition avec difficultés alimentaires, d’otites à répétition ou otites chroniques séro-muqueuses, etc.
Causes du RGO
Nous savons maintenant que les reflux de bébé sont courants et nous avons exploré les signes du RGO et les symptômes associés. Mais quelle en est la cause ? Le sphincter œsophagien inférieur (SOI) est un anneau musculaire entourant l’œsophage à l’entrée de l’estomac qui se relâche et se referme pour faire passer la nourriture et la garder à l’intérieur de l’estomac. C’est pour cette raison que la nourriture peut facilement remonter vers l’œsophage. En bref, le RGO survient quand le muscle du SOI s’affaiblit ou se relâche au mauvais moment. Résultat, le contenu gastrique dans l’estomac revient dans l’œsophage.
De plus, la jonction entre l’œsophage et l’estomac, appelée cardia, est immature chez les nourrissons. Lorsque l'estomac est complètement distendu, il occupe les 2/3 du ventre à la fin du repas et doit trouver sa place entre un colon plein d'air ou plein de selles. Le colon du milieu gène alors l'estomac. Un bébé peut avoir un transit ralenti.
Comment Aider un Bébé avec RGO ou Reflux ?
Les signes de reflux chez les nourrissons disparaissent généralement d’eux-mêmes, mais vous souhaitez tout de même soulager les symptômes du RGO de bébé ? Voici quelques conseils pour vous aider à apaiser les reflux de bébé :
- Mesures hygiéno-diététiques : Elles consistent à adapter l’alimentation et les habitudes quotidiennes de votre bébé pour limiter les remontées acides.
- Position verticale après les repas : Après chaque tétée ou biberon, il est important de maintenir le nourrisson en position verticale pendant une vingtaine de minutes pour favoriser une bonne digestion.
- Rot après chaque repas : Faire faire un rot systématique après chaque repas permet d’évacuer l’air avalé et de réduire la pression intra-abdominale.
- Fractionner les repas : Donner les repas très tranquillement en faisant des pauses pour faciliter les rots.
- Épaissir les repas : Épaissir les repas avec des céréales de riz ou un épaississant spécial pour le lait adapté aux nourrissons. Évitez de changer le lait habituel de votre bébé sans en parler en amont à votre généraliste ou pédiatre. Pour cela vous pouvez utiliser des spécialités vendues en pharmacie (Magic mix®, Gumilk®, Gelopectose®).
- Laits AR : Utiliser les “laits AR“, plus épaissis, vendus exclusivement en pharmacie et faisant partie des denrées alimentaires destinées à des fins médicales spéciales (DADFMS) et donc soumis à une règlementation spécifique. Il existe 3 types de laits AR, soit par l’ajout d’amidon (plus de 2 g/100 ml), soit par l’ajout de caroube, soit par un mix des 2 épaississants. Les laits AR amidon peuvent entraîner une constipation modérée et les laits AR caroube plutôt un ramollissement des selles (et parfois une augmentation de l’émission de gaz). Les laits AR mixtes auraient moins d’effets secondaires. Au niveau des protéines, une forte proportion de caséine (80%) par rapport aux protéines solubles (C/PS) participe à la limitation des régurgitations.
- Position du biberon : Changer l’angle du biberon. Tenez le biberon en vous assurant que la tétine soit entièrement remplie de lait pour réduire la quantité d’air avalée par bébé. Cela peut diminuer les risques de coliques, de gaz et de reflux. Optez pour un biberon doté d’une valve anti-coliques conçue pour permettre à bébé d’avaler moins d’air durant les repas. Proposer le biberon de façon physiologique : bébé semi-assis sur les genoux de son parent, biberon proposé horizontal. Il y aura de l’air sur le haut de la tétine, c’est normal et pas grave. Cette façon de donner permet au tout-petit d’être actif dans sa prise, de ne pas subir un flux trop important, et de plus facilement faire des pauses et ressentir sa satiété.
- Allaitement maternel : Si le bébé est allaité, il n’est pas question ni de le tirer pour l’épaissir, ni de stopper l’allaitement ! Le lait maternel est un véritable « médicament » en cas de reflux, ses propriétés cicatrisantes notamment aident grandement à limiter les occurrences d’œsophagite. Il est également très digeste. Ne pas hésiter à proposer autant de fois que bébé le réclame.
- Température du lait : Impérativement chauffer le lait. A « température ambiante », la préparation est très indigeste et demande au bébé énormément d’énergie pour réguler sa température interne après un repas perçu comme froid (18-20 degrés c’est assez froid comparativement à la température corporelle de 37), énergie qui n'est pas allouée à la digestion.
- Position de sommeil : Surélever légèrement (10 à 15°) la tête du lit. Un bébé qui vient de téter ne devrait pas être allongé sur le dos pendant au moins 20 minutes. Le portage en écharpe (ou porte bébé) est idéal après les tétées car la gravité permet au lait de rester bien au fond de l’estomac jusqu’à ce qu’il soit digéré. On peut aussi allonger bébé contre le ventre de maman ou papa pour se reposer/dormir après la tétée. Cette position ventre contre ventre favorise la vidange de l’estomac.
- Éviter la compression abdominale : Ne manipulez pas trop votre bébé après la tétée. Changez la couche de bébé en milieu de tétée ou biberon plutôt qu'à la fin pour éviter de comprimer son abdomen. Le fait de relever ses jambes exerce une pression sur celui-ci et donc sur son estomac, ce qui peut engendrer un reflux. N'asseyez pas bébé après la tétée. Essayez de mettre ses jambes dans le prolongement de son corps en le mettant debout contre vous. Évitez les couches ou vêtements trop serrés à la taille (qui comportent un élastique par exemple).
Traitements Médicaux
Dans certains cas, les mesures hygiéno-diététiques ne suffisent pas à soulager les symptômes du RGO. Le médecin peut alors prescrire des médicaments. Il n’est indiqué que dans les cas de reflux pathologique avéré, lorsque les mesures hygiéno-diététiques ont échoué et que le bébé souffre de complications.
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- Alginate de sodium (Gaviscon®) : Gel visqueux qui vise à limiter la fréquence et le volume de ce qui est reflué de l’estomac vers l’œsophage ; il permet aussi une atténuation des douleurs liées à l’acidité refluée en s’interposant entre la muqueuse œsophagienne et le liquide gastrique. Ce médicament est efficace (à condition de le donner avant les repas) et sans effets secondaires mis à part la possibilité d’une légère constipation. A quel moment donner du gaviscon ? Le Gaviscon est un médicament limitant les régurgitations grâce à la formation d’une couche de gel qui flotte à la partie supérieure de l’estomac.
- Inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) : Des inhibiteurs de la pompe à protons (IPP), comme l’ésoméprazole (Inexium®) ou l’oméprazole (Mopral®), prescrits uniquement sur avis médical en cas d’œsophagite sévère. La HAS rappelle que ces traitements doivent être utilisés avec prudence chez les nourrissons. L’INEXIUM se donne une fois par jour, à heure fixe et entre 2 biberons. Ne pas écraser l’IPP s’il est prescrit sous forme de granules contenues dans un sachet ou une gélule. L’utilisation prolongée d’un IPP sans diagnostic certain de RGO est déconseillée. Les effets secondaires des IPP, survenant dans plus de 14 % des cas, doivent être mis en balance avec leurs bénéfices. Ainsi ces médicaments doivent être utilisés pendant des durées limitées, et pas en première intention, et toujours associés aux mesures diététiques et de puériculture. Ce type de traitement sera arrêté en cas d’inefficacité après 1 à 2 semaines ou en cas d’effets secondaires.
Le dompéridone (Motilium® Péridys®), le métoclopramide (Primpéran®), la métopimazine (Vogalène®) sont de moins en moins utilisés car ils ont une efficacité très discutée et ne sont pas dénués d’effets secondaires…Les contre-indications sont importantes et la Dompéridone n’est plus du tout prescrite avant l’âge de 2 ans.
Allergie aux Protéines de Lait de Vache (APLV)
L’autre piste à ne pas négliger en cas de reflux est l’allergie au lait de vache. De plus en plus de nourrissons y sont sujets, même à travers le lait maternel quand la maman consomme des produits laitiers. Chez les bébés allergiques on observe parfois aussi de l’eczéma et/ou des problèmes digestifs (constipation ou diarrhée). Un lait spécifique (hydrolysat extensif de protéines du lait de vache ou hydrolysat de protéines du riz) pour les enfants allergiques aux protéines du lait de vache sera prescrit dans cette hypothèse pendant 2 à 4 semaines, Il s’agit d’un test diagnostique d’éviction, suivi d’une réintroduction.
Ostéopathie
Enfin le reflux est parfois causé par des verrouillages dû à la position de votre bébé dans le ventre de maman ou suite à l’accouchement. En tant qu’ostéopathes spécialistes en pédiatrie, n’hésitez pas à venir nous consulter rapidement, nous pourrons faire le point ensemble et vous conseiller pour permettre la diminution voire la disparition des troubles.
Diagnostic du RGO
Dans la plupart des cas, un RGO physiologique ne nécessite pas d’examen complémentaire. Le diagnostic repose d’abord sur un examen clinique. Cependant, dans certains cas, des examens complémentaires peuvent être nécessaires :
- pH-métrie : La pH-métrie est l’examen de référence. Elle permet de déterminer si le reflux est acide et s’il est responsable des symptômes observés.
- Endoscopie oesogastroduodénale : L’endoscopie oesogastroduodénale permet le diagnostic direct des lésions inflammatoires d’œsophagites.
Régurgitations Physiologiques vs. RGO Pathologique
Il est important de distinguer les régurgitations physiologiques du RGO pathologique. Les régurgitations physiologiques sont reliées à une immaturité du petit clapet à la base de l’œsophage. Après une tétée ou un biberon, le trop-plein ressort (souvent au même moment qu’on propose le rot), sans que choupinou ne paraisse le moins du monde gêné d’avoir retapissé tout votre t-shirt. D’ailleurs il vous fait un grand sourire ! Les régurgitations physiologiques ont donc lieu juste après le repas, le lait qui sort n’est pas du tout caillé - prédigéré. Et surtout votre bout de chou n’est pas ni gêné ni douloureux par ces dernières.
Dans le cas d’un RGO, les remontées sont moins liées aux repas, elles existent même lorsque l’estomac est « vide », et elles sont extrêmement acides. Évidemment tous les bébés ne vont pas montrer les mêmes signaux, certains n’en présenteront que quelques-uns, d’autres la quasi-totalité… A noter que le reflux n’est pas forcément associé à des renvois de lait, on parle alors de reflux « interne ».
Survivre au Quotidien avec un Bébé RGO
Les pleurs importants sont extrêmement fatigants et difficiles à vivre pour les familles. C’est une pathologie qui devrait induire chez les professionnels de santé qui accompagnent le bébé une grande vigilance sur la santé (psychologique en particulier) des parents. C’est un facteur favorisant notamment les dépressions post-partum ou les syndromes du bébé secoué.
Soulager la douleur est une priorité. Pour le reste, si la maison est en bazar et qu’on mange un peu plus de pâtes que d’habitude, ma foi ce n’est pas si grave. C’est le bon moment pour appeler à l’aide autour de vous : grands-parents, oncles et tantes, amis… Pouvoir laisser votre bébé 1h pour souffler dormir, ou déléguer un peu de ménage et de cuisine. Vous pouvez aussi trouver de l’écoute et des ressources auprès des PMI ou de lieux d’accueil parents-enfants (LAEP). D’une manière générale il faut bien intégrer que si votre enfant pleure, ce n’est aucunement de votre faute. Vous ne faites rien « mal », ce n’est pas lié à une incompétence X ou Y de votre part. Vous faites tout le nécessaire pour aider votre bout de chou (d’ailleurs vous êtes précisément en train de lire cet article !). Il s’agit bel et bien d’une pathologie.
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