Les traitements anticancéreux, bien que nécessaires et efficaces, peuvent avoir des effets secondaires importants sur le corps, notamment sur les cycles menstruels des femmes. L'aménorrhée, ou l'arrêt des règles, est une préoccupation fréquente chez les patientes suivant une chimiothérapie. Cet article vise à informer sur les causes, les conséquences et les solutions relatives à l'aménorrhée après une chimiothérapie.
Impact de la Chimiothérapie sur les Cycles Menstruels
Les chimiothérapies sont des traitements agressifs qui peuvent affecter les cycles menstruels des femmes. L’arrêt des règles pendant les traitements n’est pas systématique, mais il est fréquent que le cycle menstruel soit perturbé. Les traitements peuvent mimer une ménopause, provoquant des perturbations et un arrêt des cycles, des bouffées de chaleur et une sécheresse vaginale.
Dans le cas de cancers gynécologiques (sein, ovaires, utérus, col de l’utérus), l’aménorrhée est presque systématique pendant la chimiothérapie. Pour les cancers non gynécologiques, l’arrêt des règles dépend de la composition de la chimiothérapie et de ses effets secondaires. L’oncologue informera la patiente des effets secondaires potentiels, y compris l’arrêt des règles. Parfois, le cycle peut s’arrêter même si cela ne fait pas partie des effets secondaires fréquents. Dans certains cas, une contraception peut être prescrite pour stopper artificiellement les règles et éviter d’aggraver une anémie.
Fertilité et Traitements Anticancéreux
La chimiothérapie et la radiothérapie peuvent affecter la fertilité chez la femme, car les ovaires sont des cellules très sensibles. Les traitements anticancéreux peuvent réduire la réserve ovarienne et empêcher les ovules d’arriver à maturation. La question de la fertilité est une source d’angoisse pour les jeunes femmes, mais des solutions existent grâce à l’oncofertilité.
Retour des Règles Après la Chimiothérapie
Après la fin des traitements, le corps reprend progressivement son fonctionnement normal. Une femme de moins de 30 ans touchée par un arrêt des règles pendant ses traitements a 80 % de chances que son cycle revienne à la normale après l’arrêt des traitements.
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Une étude prospective a montré que près de 83 % des femmes non-ménopausées traitées pour un cancer du sein localisé présentent une aménorrhée un an après le diagnostic. Cependant, quatre ans après, 74 % des patientes de moins de 40 ans ont retrouvé un cycle menstruel. Cette étude indique également qu’une aménorrhée persistant quatre ans après le diagnostic est associée à un impact négatif sur la santé sexuelle, la fonction cognitive et davantage d’effets secondaires de la chimiothérapie.
Facteurs Associés à l’Aménorrhée Chimio-Induite
Une analyse prospective basée sur 1676 patientes de la cohorte CANTO âgées de 18 à 50 ans a révélé qu’en plus de l’âge et de l’hormonothérapie, un indice de masse corporelle faible et l’ajout de taxane contribuaient à l’absence de règles chez ces patientes. Une seconde analyse sur 745 femmes a montré que 45 % des femmes de 18 à 34 ans récupéraient des cycles menstruels à l’issue de la première année après le diagnostic, et 26 % conservaient une aménorrhée quatre ans après.
Qualité de Vie et Aménorrhée
L’étude CANTO s’est intéressée au lien entre l’aménorrhée chimio-induite et ses effets sur la qualité de vie. L’aménorrhée peut avoir un impact sur la qualité de vie globale, entraînant des symptômes physiques tels que bouffées de chaleur, sueurs nocturnes et douleurs mammaires, ainsi que des manifestations psychologiques liées aux préoccupations concernant la fertilité et l’activité sexuelle.
Prise en Charge de l’Aménorrhée
Toute aménorrhée doit être explorée, même après l’arrêt d’une contraception hormonale, sauf en cas de grossesse, de lactation ou de ménopause. La prise en charge de l’aménorrhée primaire comprend un examen avec recherche des antécédents familiaux de troubles pubertaires, une carence nutritionnelle, le développement pubertaire selon Tanner et un examen gynécologique. Le bilan biologique comprend œstradiol, FSH, LH ± ßhCG en l’absence de développement pubertaire, une échographie pelvienne lorsque le développement est normal, et une IRM hypothalamique lorsque les gonadotrophines sont basses.
La prise en charge de l’aménorrhée secondaire comprend la recherche d’hyperandrogénie (hirsutisme, séborrhée, acné) voire un virilisme (alopécie, hypertrophie musculaire, raucité de la voix). Le bilan élimine d’abord une grossesse, complété en cas de négativité des ßhCG avec œstradiol, FSH, LH, prolactine, testostéronémie totale et TSH.
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Causes de l’Aménorrhée
L’aménorrhée peut être primaire ou secondaire. L’aménorrhée primaire est l’absence de cycles menstruels chez une fille à partir de 15 ans, avec ou sans développement pubertaire, et est principalement génétique. L’aménorrhée secondaire est l’interruption des cycles menstruels pendant plus de trois mois chez une femme préalablement réglée de façon régulière, ou six mois en cas de cycles irréguliers, et est surtout acquise.
Aménorrhée Primaire
Les principales causes d’aménorrhée primaire sont génétiques ou chromosomiques :
- Hypogonadismes hypogonadotrophiques congénitaux : Syndrome de Kallmann, syndrome de Turner.
- Hypogonadismes hypergonadotrophiques : Syndrome de Rokitanski, syndrome d’insensibilité aux androgènes.
- Causes gynécologiques : Hématocolpos.
- Cause métabolique : Maladie de Wilson.
Aménorrhée Secondaire
L’aménorrhée secondaire résulte le plus souvent d’une pathologie acquise après la puberté :
- Physiologique : Grossesse, allaitement, ménopause.
- Hypogonadismes hypogonadotrophiques acquis : Tumeurs hypothalamo-hypophysaires, hypothalamique fonctionnel (anorexie mentale, sport intense, carence en lipides), hypophysites lymphocytaires du post-partum, hémochromatose, maladies de système (histiocytose, sarcoïdose), radiothérapie encéphalique, traumatisme hypophysaire, maladies chroniques (maladie de Crohn, maladie cœliaque, insuffisance respiratoire, insuffisance rénale terminale ou hépatique), médicaments (opioïdes, corticoïdes), syndrome de Sheehan.
- Hyperprolactinémie : Dysthyroïdie, médicaments (neuroleptiques, antidépresseurs, antihistaminiques), tumeurs hypothalamo-hypophysaires (adénome à prolactine).
- Insuffisances ovariennes : Syndrome de Turner, syndrome de l’X fragile.
Préservation de la Fertilité
Lors du diagnostic d’un cancer, l’équipe médicale doit prendre en compte l’efficacité du traitement et les effets indésirables potentiels, y compris ceux à long terme qui peuvent impacter la fertilité. En cas de risque d’altération de la fertilité, la patiente doit être informée et orientée vers une consultation d’oncofertilité pour discuter des conséquences des traitements sur la reproduction et proposer des solutions de préservation de la fertilité.
Méthodes de Préservation de la Fertilité Féminine
Plusieurs méthodes existent pour contrer les effets délétères des thérapies anticancéreuses sur la fertilité féminine. Le choix de la méthode dépend du profil de la patiente, de la toxicité des traitements, de l’urgence de la situation et de la nature du cancer traité.
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- Cryoconservation d’ovocytes : Prélèvement et congélation d’ovocytes avant le traitement, souvent pour les jeunes patientes ou celles sans désir de grossesse actuel.
- Cryoconservation d’embryons : Prélèvement d’ovocytes après stimulation ovarienne, fécondation avec les gamètes du conjoint, et congélation des embryons.
- Conservation de tissus ovariens : Prélèvement d’une partie ou de la totalité d’un ovaire avant le traitement, et conservation de fragments de la corticale ovarienne.
- Maturation in vitro des ovocytes (MIV) : Technique sans stimulation ovarienne préalable, réalisée en urgence, où des ovocytes immatures sont prélevés et maturés en laboratoire.
- Prescription d’un agoniste de la LHRH : Diminue le risque d’aménorrhée chimio-induite et augmente le taux de grossesse, mais ne remplace pas les autres méthodes de préservation de la fertilité.
Grossesse Après Cancer du Sein
Une étude française a montré que le fait d’avoir un antécédent de cancer du sein n’a pas d’incidence sur le risque de césarienne, de complications pendant la grossesse ou de malformation du bébé. Le délai de conception était de cinq mois pour les femmes avec un antécédent de cancer du sein, contre trois mois pour les autres femmes. Les professionnels de santé devraient informer leurs patientes des options de préservation de la fertilité et de la forte probabilité d’obtenir une grossesse spontanée après le traitement.
Techniques de Procréation Médicalement Assistée (PMA)
Après le feu vert des cancérologues et un bilan global de l’infertilité, le recours à une technique de procréation médicalement assistée (insémination artificielle, FIV, ICSI) peut être envisagé. La stimulation des ovaires après un cancer du sein pose des questions spécifiques. Si la femme ovule, le recours à ces techniques en « cycles spontanés » est possible. Dans les autres cas, des protocoles de stimulation adaptés peuvent être proposés sous surveillance attentive des taux d’estradiolémie.
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