Introduction
L'hémorragie du post-partum (HPP) représente une urgence obstétricale et anesthésique majeure et demeure une cause significative de mortalité maternelle à l'échelle mondiale, bien que sa prévalence en tant que principale cause de décès maternel ait diminué en France grâce à des protocoles de prévention et de gestion plus rigoureux. L'application des recommandations nationales vise à homogénéiser les pratiques et à améliorer la prise en charge des patientes, en privilégiant les techniques conservatrices.
L'HPP est classiquement définie par des pertes sanguines supérieures ou égales à 500 ml après un accouchement, mais cette définition se heurte à la difficulté d’une mesure fiable en pratique clinique. Une HPP est considérée comme sévère lorsque la perte sanguine dépasse 1000 ml. L'estimation visuelle est souvent imprécise, d'où la recommandation d'utiliser des méthodes objectives comme les sacs de recueil gradués.
Paradoxalement, le taux d'HPP nécessitant des transfusions sanguines a augmenté ces dernières décennies, en raison d'une meilleure reconnaissance de l'HPP, d'une prise en charge plus précoce et de facteurs de risque croissants tels que l'âge maternel avancé, l'obésité et l'augmentation des césariennes.
Etiologies de l'HPP: la Règle des Quatre "T"
Les causes de l’hémorragie du post-partum sont regroupées sous le modèle mnémotechnique des « Quatre T » :
- Tonus (Atonie utérine): L'atonie utérine est la cause la plus fréquente, représentant environ 70 % des cas. Elle se produit lorsque l’utérus ne se contracte pas efficacement après la délivrance, laissant les vaisseaux sanguins du site placentaire ouverts et entraînant une perte de sang massive.
- Trauma (Traumatismes obstétricaux): Les traumatismes obstétricaux surviennent dans environ 20 % des cas d'HPP et peuvent inclure des déchirures du périnée, du vagin, ou du col de l’utérus. Ces lésions sont souvent associées aux accouchements difficiles, notamment ceux nécessitant l’utilisation d’instruments comme les forceps ou spatules.
- Tissu (Rétention placentaire): La rétention placentaire, responsable de 10 % des cas d’HPP, se produit lorsque des fragments de placenta restent dans l’utérus, empêchant celui-ci de se contracter efficacement. Le risque de rétention placentaire est accru chez les patientes ayant des antécédents de césarienne.
- Thrombine (Troubles de la coagulation): Les troubles de la coagulation sont rares mais graves, et peuvent aggraver considérablement une hémorragie. Des conditions pathologiques comme le HELLP syndrome ou des troubles de la coagulation héréditaires peuvent compliquer la gestion de l'HPP.
L'identification des facteurs de risque est essentielle pour anticiper et prévenir l'HPP. Certaines conditions médicales, comme les troubles de la coagulation ou une obésité importante, augmentent le risque d’HPP.
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Prise en Charge Initiale et Monitorage
Dès le diagnostic posé, un monitorage clinique non invasif (électrocardioscope, pression artérielle au brassard, SpO2, diurèse) doit être installé pour surveiller l’apparition de signes de mauvaise tolérance hémodynamique. Des bilans biologiques fréquents et répétés doivent être réalisés. La recherche répétée d’une anémie aigue par la mesure de l’hémoglobine capillaire est indispensable dans ce contexte. L’apparition et la sévérité d’une coagulopathie sont évaluées par des mesures répétées de la numération plaquettaire et de l’hémostase (TP, TCA, fibrinogène plasmatique). Un taux de fibrinogène plasmatique <2g/dL est un marqueur de gravité de l’HPP et doit donc être recherché de manière régulière.
Conduite à Tenir Immédiate
Une hémorragie persistante dans les 15 à 30 minutes après diagnostic et prise en charge initiale ou très abondante d’emblée doit amener à une prise en charge complémentaire. Le bilan initial est le même en cas d’HPP quelle qu’en soit la gravité initiale. Le bilan étiologique doit évaluer chaque cause possible de saignement : vérification de la vacuité utérine, recherche et parage chirurgical d’éventuelles lésions de la filière génitale.
Traitement Médicamenteux
- Ocytocine (Syntocinon): Le traitement médicamenteux de première intention est le syntocinon (Ocytocine).
- Sulprostone (Nalador): Au bout de 15 à 30 minutes ou plus tôt selon l'abondance des saignements, le recours au Sulprostone (Nalador) est recommandé. La sulprostone est efficace pour la prise en charge des HPP sévères ou persistantes et son utilisation est recommandée pour la prise en charge des HPP d’origine endo-utérine résistant aux ocytociques. L’administration de sulprostone devrait intervenir dans les 30 minutes suivant le diagnostic d’HPP en cas d’échec de l’oxytocine, ce délai pouvant être raccourci en fonction de la gravité du saignement. Le Sulprostone est LE médicament utérotonique à utiliser en cas d’échec des premières mesures thérapeutiques (par oxytocine). L’efficacité est à évaluer après 20 minutes.
- Misoprostol: Si l’oxytocine a déjà été administrée, il n’est pas recommandé d’utiliser du misoprostol comme traitement de seconde ligne, car il n’existe pas de preuve de son intérêt dans cette indication.
- Acide Tranexamique: L’efficacité de l’acide tranexamique à réduire les pertes sanguines est largement prouvée dans le contexte de la chirurgie programmée. Il est urgent de réaliser un essai de qualité sur le traitement curatif de l’HPP par acide tranexamique.
Si les saignements persistent encore après 15 à 30 minutes, il faut alors recourir aux traitements invasifs.
Traitement Mécanique et Interventions Invasives
- Tamponnement Utérin: En cas d’échec de la prise en charge initiale par sulprostone, la prise en charge mécanique de l’atonie utérine par tamponnement intra-utérin par ballon semble permettre dans la majorité des cas d’éviter un recours à une prise en charge par radiologie interventionnelle ou par chirurgie. Le tamponnement intra-utérin peut être proposé en cas d’échec de la prise en charge par sulprostone et avant recours à une prise en charge chirurgicale ou par radiologie interventionnelle. Le dispositif le plus utilisé est le ballon de Bakri, qui est inséré dans l'utérus et gonflé avec jusqu'à 500 ml de solution saline pour exercer une pression uniforme sur les parois de l’utérus. Cette technique est efficace dans environ 85 % des cas, ce qui en fait une intervention de première intention avant de recourir à des mesures chirurgicales. Le tamponnement utérin permet non seulement de réduire la perte de sang, mais il offre également un répit pour évaluer si d'autres interventions seront nécessaires.
- Embolisation Artérielle: Lorsqu’elle est possible, l’embolisation artérielle constitue un énorme progrès dans le traitement conservateur non invasif, surtout après les accouchements par voie basse. Elle est envisageable en cas de stabilité hémodynamique mais doit être disponible rapidement, soit dans le centre lui-même, soit après transport inter-hospitalier par le SAMU vers un centre de référence. L’hémorragie après césarienne conduit à la reprise chirurgicale. Cependant, en présence d’une unité de radiologie interventionnelle au sein de l’établissement, si l’état hémodynamique est conservé et en absence d’hémopéritoine faisant craindre une complication chirurgicale, une embolisation artérielle peut être tentée. En présence d’une unité d’embolisation au sein de la maternité d’accouchement, il est préférable de s’orienter vers l’embolisation, si l’état hémodynamique maternel et l’organisation des soins le permettent. Si l’état hémodynamique est stable et en absence de saignement abondant, un transfert vers une structure hospitalière disposant d’une unité d’embolisation peut être licite. En cas d’hémorragie per-césarienne (à ventre ouvert), la réalisation d’une embolisation n’est pas recommandée, un traitement conservateur par ligature vasculaire ou compression utérine doit être réalisé.
- Traitement Chirurgical Conservateur: Les traitements conservateurs de l’utérus sont peu morbides et efficaces, ils doivent être réalisés en priorité. En cas d’échec du traitement médical, la réalisation d’un traitement chirurgical conservateur de l’utérus a une efficacité de l’ordre de 70 % sur l’arrêt des saignements quelle que soit la technique utilisée (ligature vasculaire ou compression utérine). La dévascularisation utérine étagée est conservatrice de la fertilité maternelle et efficace. En l’absence d’étude comparative portant sur l’efficacité des différentes techniques chirurgicales, aucune des techniques de chirurgie conservatrice n’est à privilégier. L’efficacité sur l’arrêt des saignements des techniques de ligatures vasculaires (ligature bilatérale des artères utérines ou ligature bilatérale des artères hypogastriques) en première ligne de traitement chirurgical conservateur de l’HPP est de l’ordre de 70 %. La Ligature des artères utérines est une technique chirurgicale simple et à faible risque de complication immédiate sévère. Ces ligatures vasculaires ne semblent affecter ni la fertilité ni le devenir obstétrical ultérieur. L’efficacité des techniques de compression ou de plicature utérine sur l’arrêt des saignements en cas d’HPP résistant au traitement médical est de l’ordre de 75 % et n’entraînent pas non plus de complications pour une grossesse ultérieure. Les sutures de compression, comme la technique de B-Lynch, peuvent être utilisées pour comprimer l’utérus et arrêter le saignement. Cette intervention consiste à enrouler des sutures autour de l’utérus de manière à comprimer les vaisseaux sanguins qui saignent. Le choix de la technique chirurgicale conservatrice dépend des habitudes de chacun.
- Hystérectomie d'Hémostase: Certaines situations (HPP massive, état hémodynamique précaire) doivent faire envisager une hystérectomie d’hémostase de première intention. En absence de réponse rapide à une première ligne de traitement conservateur, une hystérectomie d’hémostase doit être réalisée sans délai. L’hystérectomie totale ne semble pas augmenter significativement la survenue de plaie de l’appareil urinaire par rapport à la technique d’hystérectomie subtotale. Le type d’hystérectomie (totale ou subtotale) est laissé à l’appréciation de l’opérateur.
Prise en Charge Anesthésique
Une prise en charge anesthésique rapide et adaptée est cruciale en cas d'HPP sévère ou résistante au traitement médical.
Prévention de l'HPP
- Gestion Active du Travail: La gestion active du travail est une stratégie clé pour prévenir l'HPP. Elle se complète par l'administration prophylactique d’oxytocine (délivrance dirigée) : 5 ou 10 UI administrées lors du dégagement de la première épaule par voie intraveineuse lente.
- Évaluation Prénatale Rigoureuse: Une évaluation prénatale rigoureuse permet d'identifier les femmes à risque élevé d'HPP. Cela inclut celles ayant des antécédents d'hémorragie, des grossesses multiples, ou des troubles de la coagulation connus.
Formation Continue et Simulations
L'OMS souligne l'importance de la formation continue pour les professionnels de santé. Des simulations régulières et des protocoles de gestion des hémorragies doivent être intégrés dans la pratique clinique pour garantir que les équipes soient prêtes à intervenir efficacement. La formation continue des professionnels de santé est clé pour gérer efficacement l'hémorragie du post-partum (HPP). Des études montrent que les équipes médicales bien formées peuvent réduire significativement la mortalité et la morbidité associées. Les simulations d'urgence sont un outil essentiel pour préparer les équipes. Ces exercices, réalisés dans un environnement réaliste, permettent de répéter les gestes techniques, de renforcer la communication, et d'améliorer la gestion de la crise. La standardisation des protocoles de gestion des hémorragies est un autre aspect important de la formation. Ces protocoles décrivent chaque étape de la prise en charge, de la reconnaissance précoce des signes à l’utilisation des interventions chirurgicales si nécessaire. Les aides-cognitives sont des résumés opérationnels faciles à appliquer qui peuvent être affichés en posters sur les murs, disponibles en version papier plastifiée sur le chariot “HPP” ou exister en version numériques. Les programmes de formation, lorsqu'ils sont bien conçus et mis en œuvre, ont un impact tangible sur la qualité des soins. Dans les hôpitaux ayant investi dans ces programmes, le taux de mortalité maternelle a considérablement diminué.
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Complications et Séquelles
L’hémorragie du post-partum peut entraîner de nombreuses complications graves, tant immédiates qu'à long terme. Certaines femmes qui survivent à une HPP sévère peuvent développer des séquelles durables. Vivre une HPP est une expérience traumatisante, et de nombreuses femmes rapportent des symptômes de trouble de stress post-traumatique (TSPT). La peur de mourir et les interventions médicales invasives peuvent laisser des séquelles émotionnelles importantes, nécessitant un suivi psychologique.
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