Il n'est pas toujours nécessaire d'avoir validé tous ses trimestres pour prétendre à la retraite. L'âge légal de départ à la retraite est un facteur déterminant, mais il existe des situations où la condition de trimestres n'est pas exigée. Cet article explore les différentes options et les implications financières d'un départ à la retraite sans le nombre de trimestres requis.

L'âge légal et le nombre de trimestres : les bases

L’« âge légal » permet d’obtenir une retraite (vers 64 ans, selon votre année de naissance). Pour bénéficier d'une retraite à taux plein, il faut avoir atteint l'âge légal de départ à la retraite (entre 62 et 64 ans selon votre année de naissance) et avoir validé un certain nombre de trimestres. Ce nombre de trimestres varie selon votre année de naissance. Le tableau suivant récapitule le nombre de trimestres exigé en fonction de l'année de naissance :

Vous êtes né :Vous pouvez partir en retraite à partir de :Nombre de trimestres exigé pour avoir le taux plein
Entre le 1er janvier 1958 et le 31 décembre 196062 ans167 (41 ans 9 mois)
Entre le 1er janvier 1961 et le 31 août 196162 ans168 (42 ans)
Entre le 1er septembre 1961 et le 31 décembre 196162 ans et 3 mois169 (42 ans 3 mois)
196262 ans et 6 mois169 (42 ans 3 mois)
196362 ans et 9 mois170 (42 ans 6 mois)
196463 ans171 (42 ans 9 mois)
196563 ans et 3 mois172 (43 ans)
196663 ans et 6 mois172 (43 ans)
196763 ans et 9 mois172 (43 ans)
À partir du 1er janvier 196864 ans172 (43 ans)

Si vous avez travaillé sous d'autres statuts que salarié (agent public, exploitant agricole, profession libérale, etc.) et que vous avez en conséquence cotisé à plusieurs caisses de retraite, c'est votre durée d'assurance totale, tous régimes confondus, qui est prise en compte pour déterminer si vous avez droit ou non à des pensions de retraite à taux plein.

Les conséquences d'un départ sans le nombre de trimestres requis : la décote

Si vous partez à la retraite sans avoir atteint ce nombre de trimestres, le montant de votre retraite est minoré définitivement. Cette minoration est appelée décote. Pour éviter la décote, il faut enregistrer au minimum le nombre de trimestres exigé.

Si vous partez à la retraite avant 67 ans sans avoir le nombre de trimestres exigé, vous n'avez pas droit à une retraite à taux plein. Dans ce cas, le montant de votre pension de retraite est réduit en fonction du nombre de trimestres qui vous manquent.

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Votre pension est calculée en fonction du nombre de trimestres que vous avez, quel qu'il soit. Si vous avez moins de trimestres qu'il n'en faut pour avoir droit à une retraite à taux plein avant 67 ans, la décote ne vous est pas appliquée.

Calcul de la décote

Le nombre de trimestres manquants retenu par l'Assurance retraite est le plus petit des 2 nombres suivants :

  • Nombre de trimestres manquants entre votre âge à la date de votre départ à la retraite et 67 ans.
  • Nombre de trimestres manquants entre votre nombre de trimestres à la date de votre départ à la retraite et le nombre de trimestres exigé pour avoir droit à une retraite à taux plein.

Le nombre de trimestres obtenu est arrondi au chiffre supérieur. Le nombre maximum de trimestres manquant pris en compte est limité à 20.

Exemple :

Vous êtes né le 1er juillet 1963. Vous pouvez partir à la retraite à partir de 62 ans et 9 mois. Vous décidez de partir à la retraite à 63 ans le 1er juillet 2026 en ayant seulement 159 trimestres au lieu des 170 requis pour avoir droit à une retraite à taux plein.

Taux de la retraite selon le nombre de trimestres manquants

Le tableau suivant illustre l'impact du nombre de trimestres manquants sur le taux de la retraite :

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Nombre de trimestres manquantsTaux de la retraite
149,375 %
248,750 %
348,125 %
447,500 %
546,875 %
646,250 %
745,625 %
845,000 %
944,375 %
1043,750 %
1143,125 %
1242,500 %
1341,875 %
1441,250 %
1540,625 %
1640,000 %
1739,375 %
1838,750 %
1938,125 %
20 et plus37,500 %

Exemple :

Reprenons l'exemple précédent : vous êtes né le 1er juillet 1963. Vous décidez de partir à la retraite à 63 ans le 1er juillet 2026 en ayant seulement 159 trimestres au lieu des 170 requis pour avoir droit à une retraite à taux plein. Vous partez sans avoir validé tous vos trimestres ? Si vous partez sans avoir validé le nombre de trimestres requis et avant l'âge du taux maximum automatique qui est de 67 ans (âge qui varie de 65 à 67 ans selon votre année de naissance et situation), un coefficient de minoration est appliqué sur ce taux. C’est le nombre de trimestres manquants le plus avantageux pour vous qui est retenu. Pour bénéficier du taux maximum, elle doit valider 169 trimestres ou attendre ses 67 ans, le 8 novembre 2028. Résultat : Sa retraite sera calculée avec un taux minoré. Le nombre de trimestres retenus pour la décote est le plus petit des deux, soit 9 trimestres ici. Le taux de 50 % sera réduit de 0,625 % par trimestre manquant, soit une décote totale de 5,625 % (=0,625 x 9 trimestres manquants). Sa retraite sera donc calculée avec un taux de 44,375 % (=50 - 5,625) au lieu de 50 %.

Les exceptions : partir à taux plein sans tous les trimestres

Par ailleurs, dans certaines situations, la condition de trimestres n’est pas demandée. Il existe des situations qui vous donnent droit d’office à la retraite à taux plein.

  • Atteindre l'âge du taux plein automatique (67 ans) : À partir de 67 ans, la retraite de base est calculée à taux plein (sans décote), quel que soit le nombre de trimestres enregistrés. Si vous partez à la retraite à 67 ans, vous avez droit à une retraite à taux plein, quel que soit votre nombre de trimestres d'assurance retraite. Votre pension est calculée en fonction du nombre de trimestres que vous avez, quel qu'il soit. Si vous avez moins de trimestres qu'il n'en faut pour avoir droit à une retraite à taux plein avant 67 ans, la décote ne vous est pas appliquée.

  • Situations spécifiques : Vous pouvez avoir droit à une retraite de base de l'Assurance retraite à taux plein, sans décote, avant 67 ans dans certaines situations particulières (pour carrière longue, handicap, invalidité, etc.). C’est le cas, par exemple, si vous êtes dans l’une des situations suivantes, qui vous donne droit à la retraite à taux plein à 65 ans (au lieu de 67 ans) : vous avez arrêté de travailler pendant au moins 30 mois consécutifs pour aider une personne handicapée, en tant qu’aidant familial ou tierce personne, à accomplir les actes ordinaires et essentiels de la vie ; vous avez aidé pendant au moins 30 mois votre enfant handicapé bénéficiaire de la Prestation de compensation du handicap (PCH) ; vous élevez ou avez élevé un enfant handicapé (éducation, soins matériels, soutien financier) atteint d’un taux d’incapacité d’au moins 80 % ; vous bénéficiez de l’Allocation de cessation anticipée d’activité des travailleurs de l’amiante (Acaata). Les situations suivantes vous donnent droit à la retraite à taux plein à un âge compris entre 62 et 64 ans selon votre date de naissance : vous êtes inapte au travail et atteint d’une incapacité définitive de travail de 50 % ; vous êtes handicapé et atteint d’une incapacité permanente de 50 % ; vous êtes mère de famille, avez élevé au moins 3 enfants, exercé un travail manuel ouvrier et avez au moins 120 trimestres d’assurance retraite. Avant 62 ans, vous avez également le droit à la retraite à taux plein si vous partez en retraite anticipée pour carrière longue, pour handicap ou pour incapacité permanente. Par dérogation, le taux plein s’applique à partir de 62 ans aux assurés reconnus inaptes au travail.

Les solutions pour améliorer sa retraite malgré un manque de trimestres

Si vous approchez de l’âge légal de départ à la retraite mais vous n’avez pas tous vos trimestres, quelques solutions existent pour retrouver votre taux plein et garantir l’intégralité de vos droits.

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  • Continuer à travailler : Si vous avez le nombre de trimestres requis à l’âge légal et que vous continuez à travailler, une surcote (majoration définitive) augmente le montant de votre retraite. À l’inverse, en cas de départ après l’âge légal avec un nombre de trimestres plus élevé que ce qui est requis, une surcote s’applique pour la retraite de base. S’il ne vous manque que quelques trimestres, vous avez également la solution de continuer à travailler pour les obtenir et bénéficier ainsi de votre retraite à taux plein. Si vous vous en sentez physiquement et moralement capable, vous pouvez continuer à travailler à temps plein.

  • Racheter des trimestres : Il est possible de racheter des trimestres de cotisation pour combler les éventuels manques. Le rachat de trimestres vous permet de compléter les années où vous n’avez pas suffisamment cotisé. L’intérêt du rachat est de réduire ou éviter une minoration (la fameuse décote donc) qui pourrait s’appliquer sur votre future pension si vous partez sans avoir réuni le nombre de trimestres requis. Pour savoir si cette option est réellement pertinente pour vous, consultez régulièrement votre relevé de carrière. Cela vous permet d’identifier précisément les périodes manquantes ou mal reportées. Idéalement, commencez ces vérifications dès 45 ans. Racheter des trimestres : si vous avez effectué des études supérieures (avec obtention d’un diplôme français) et si vous avez été affilié au régime général dès la fin de celles-ci ; si vous avez effectué des périodes d’apprentissage ou d’activité en tant qu’assistant maternel ; si vous justifiez d’années de cotisation incomplètes pendant lesquelles vous étiez affilié au régime général ; si vous êtes un enfant d’ancien harki, moghazni ou autres supplétifs ayant servi en Algérie et venus vivre en France.

  • Cumul emploi-retraite : Autre possibilité : le cumul emploi-retraite.

  • Épargne individuelle : En parallèle d’une carrière incomplète, l’épargne individuelle à moyen ou long terme reste un bon moyen d’anticiper une retraite modeste.

Comment connaître sa situation et anticiper sa retraite ?

La retraite, ça se prépare. Pour cela, il existe différentes modalités pour vous permettre de connaître le nombre de trimestres acquis, et savoir combien il vous en manque pour éviter une éventuelle décote.

  • À tout âge : En vous connectant à votre compte retraite du site info-retraite.fr, vous pouvez disposer de nombreuses informations concernant les droits que vous avez acquis pour la retraite. Plus précisément, vous aurez accès : à votre relevé de carrière ; aux coordonnées de vos régimes de retraite ; aux estimations personnalisées de votre retraite ; à vos contrats d'épargne retraite supplémentaire ; et au service de demande unique de correction de carrière, si vous avez au moins 55 ans.

  • À partir de l’âge de 35 ans : Tous les 5 ans, un Relevé Individuel de Situation (RIS) vous est adressé sans que cela nécessite une quelconque démarche de votre part. Vous pouvez ainsi connaître votre durée d’assurance retraite et les points que vous avez acquis dans chaque régime de retraite de base et complémentaire. Dès 35 ans, vous recevez automatiquement un relevé individuel de situation.

  • Dès l’âge de 45 ans : Il est envisageable de demander, à l’une des caisses de retraite dont vous dépendez, un entretien individuel gratuit au cours duquel vous serez informé sur : vos droits déjà acquis ; l’évolution de ceux-ci, en fonction de vos choix à venir et des aléas de votre carrière. Vous pourrez également obtenir une estimation de votre future pension et des renseignements sur les possibilités d’en améliorer le montant, ainsi que sur le cumul emploi-retraite.

  • À partir de l’âge de 55 ans : Tous les 5 ans, et jusqu’à votre liquidation de retraite, vous recevrez une Estimation Indicative Globale (EIG) du montant des différentes pensions (retraite de base et complémentaire) auxquelles vous pourrez prétendre selon la date choisie pour votre départ en retraite. Ces informations tiennent compte de l’âge légal de départ à la retraite à l’instant T.

Impact sur la retraite complémentaire

La décote n’a pas seulement un impact sur le montant de votre retraite de base. En effet, si vous étiez salarié, partir à la retraite avec un taux minoré entraine également une réduction définitive du montant de votre retraite complémentaire Agirc-Arrco si vous dépendez du régime général. La retraite du régime complémentaire des indépendants (RCI) est calculée sur un système de points. Si vous partez avec une décote, vous ne pourrez pas bénéficier du cumul emploi-retraite sans plafond. Vos nouveaux revenus seront en effet plafonnés.

Minimum contributif et minimum vieillesse

Contrairement au minimum vieillesse (Aspa), qui est une aide sociale soumise à conditions de ressources, le Mico est accordé uniquement si la retraite est liquidée au taux maximum, c’est-à-dire sans décote, même si tous les trimestres requis ne sont pas nécessairement validés.

Exemples concrets

  • Exemple n°1 : Pierre est actuellement salarié et a cotisé toute sa carrière auprès du Régime Général et auprès des caisses de retraites complémentaire AGIRC-ARRCO. Il est né en mars 1959 et pourra donc bénéficier de ses retraites à 62 ans dès le 01/04/2021. Toutefois, il faut à Pierre 167 trimestres pour liquider ses retraites à taux plein et au 01/04/2021 il n’en aura que 163 trimestres.

  • Exemple n°2 : Jacques, qui est actuellement commerçant, souhaite liquider ses pensions à 65 ans, au 01/04/2021. A cette date, il lui manquera 10 trimestres. Dans ce cas on regarde quel est le taux le plus avantageux.

  • Exemple : Née en 1970, Manon a été salariée du secteur privé, puis agent titulaire d’une collectivité territoriale, tout en exerçant une activité de micro-entrepreneuse (artisanat). Les règles de calcul peuvent différer d’un régime de retraite à l’autre.

  • Exemple : Céline estime qu’elle aura besoin d’au moins 1 700 € par mois à la retraite. En 2023, à 62 ans, elle a cotisé 152 trimestres sur les 168 nécessaires (pour sa génération, née entre le 1er janvier et le 31 août 1961) pour un taux plein. Son revenu mensuel moyen est de 2 000 €. Si elle part maintenant, son taux subira une décote de 20 % en raison des 16 trimestres manquants (1 trimestre manquant réduit le taux plein de 1,25 %) et sa pension un coefficient de proratisation de 0,90 (152/168 = 0,90). Sa retraite de base sera égale à 2 000 € x 40 % x 152/168 = 723 € par mois. Si elle décide de travailler jusqu’au taux plein, elle peut valider les 16 trimestres manquants en 4 ans, à l’âge de 66 ans. Sa retraite de base sera alors égale à 2 000 € x 50 % x 168/168 = 1 000 €. Il lui reste à calculer sa retraite complémentaire pour affiner sa stratégie de départ à la retraite.

  • Exemple : Jean part à la retraite en 2023, à l’âge de 67 ans (âge automatique de départ au taux plein) et profite d’une retraite de base à taux plein (50 %) de 752 € par mois. Cependant, sa retraite n’est pas complète, car il lui manque 10 trimestres. Sa pension est ainsi diminuée par un coefficient de proratisation de 0,94 (156/166). S’il avait obtenu une retraite complète, le montant de sa pension mensuelle de base serait de 800 €.

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