La prééclampsie est une complication spécifique de la grossesse qui peut avoir des conséquences graves pour la mère et le bébé. Elle se définit par une hypertension artérielle et la présence de protéines dans les urines. Bien que la plupart des femmes enceintes aient une grossesse normale, il est essentiel de comprendre les causes, les conséquences et la prise en charge de cette pathologie pour assurer la santé de la mère et de l'enfant.

Définition et Caractéristiques de la Prééclampsie

La prééclampsie est une maladie gravidique, c'est-à-dire liée à la grossesse, qui se manifeste généralement pendant la seconde moitié de la grossesse, à partir de 20 semaines d'aménorrhée. Autrefois appelée « toxémie gravidique », elle est due à une malformation des vaisseaux sanguins du placenta. Cette pathologie se caractérise par :

  • Une hypertension artérielle (tension supérieure à 14/9) qui survient après 20 semaines d'aménorrhée chez une femme n'ayant jamais eu d'hypertension par le passé.
  • Une perte de protéines dans les urines.

La prééclampsie est dite « sévère » et justifie une hospitalisation lorsqu'il existe certains signes de gravité, qu'ils soient physiques, biologiques ou échographiques.

Causes et Facteurs de Risque

La cause exacte de la prééclampsie reste méconnue, mais on sait que des problèmes au niveau de la vascularisation du placenta contribuent à son développement. Elle résulte d’anomalies de la formation des vaisseaux sanguins du placenta, l'organe qui permet les échanges nutritifs et gazeux entre la mère et le fœtus.

Plusieurs facteurs de risque ont été identifiés :

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  • Première grossesse: La maladie est plus fréquemment observée en cas de première grossesse. Entre 70 et 75 % des pré-éclampsies surviennent lors de la première grossesse d’une femme.
  • Faible exposition au sperme du père avant de tomber enceinte: Par exemple, du fait d'un changement récent de partenaire ou d'une contraception par préservatif. Les spécialistes évoquent ainsi l'hypothèse d'une réaction immunitaire, déclenchée par l'exposition aux antigènes du père de l'enfant.
  • Antécédents de prééclampsie: Une femme qui a déjà présenté une prééclampsie a une chance sur quatre d’en souffrir à nouveau lors d'une nouvelle grossesse. Il existe également des antécédents familiaux de prééclampsie (chez la mère, une grand-mère…).
  • Maladies préexistantes: Obésité, hypertension artérielle chronique, maladie rénale chronique, syndrome des anticorps antiphospholipides, diabète.
  • Grossesse tardive: Grossesse chez une femme âgée de plus de 40 ans.
  • Grossesse multiple.
  • Syndrome des ovaires polykystiques.
  • Maladie auto-immune.

Symptômes et Diagnostic

La prééclampsie ne provoque pas toujours de symptômes. En revanche, l'hypertension artérielle, systématiquement associée à cette maladie, provoque des œdèmes (gonflements) des mains, des pieds et du visage notamment. Pour confirmer le diagnostic de prééclampsie, une analyse d'urines doit toutefois être réalisée, afin de rechercher la présence de protéines.

Lorsque la prééclampsie est sévère, la patiente peut également ressentir des symptômes tels que :

  • Des maux de tête persistants.
  • Des bourdonnements d'oreille.
  • La vision de taches noires ou lumineuses qui bougent (comme des mouches volantes).
  • Une douleur forte juste en dessous des côtes, en particulier du côté droit.
  • Des troubles visuels, par exemple une sensibilité anormale à la lumière, des tâches ou zones de brillance devant les yeux, vision floue ou double.
  • Des nausées ou vomissements.
  • Une diminution de la quantité d’urines.
  • Une prise de poids rapide (en quelques jours).
  • Des acouphènes.

Le diagnostic est posé chez une patiente enceinte qui souffre à la fois d'hypertension artérielle (tension supérieure à 14/9) et de la présence de protéines dans ses urines.

Conséquences et Complications

La prééclampsie peut avoir des conséquences graves pour la mère et le fœtus. En France, la prééclampsie et ses complications comptent parmi les principales causes de décès maternel et fœtal.

Complications maternelles:

  • Crise d'éclampsie: Phénomène grave se traduisant par des convulsions (comme une crise d'épilepsie). La crise elle-même se déroule en quatre phases. Tout d'abord, la patiente « roule des yeux », tandis que les muscles de son visage et de ses mains se contractent légèrement. Ensuite, pendant environ 30 secondes, ses muscles deviennent rigides. La femme cesse de respirer et peut se mordre la langue en serrant les dents. La contraction cesse, mais de violents spasmes musculaires se déclenchent. Ce sont les convulsions, qui durent environ 2 minutes. La dernière phase est un coma qui peut durer quelques minutes à plusieurs heures, et se complique parfois d'un arrêt cardiaque.
  • Hématome rétroplacentaire: Il s’agit d’un décollement prématuré du placenta, provoquant un hématome (poche de sang) entre le placenta et l'utérus. Ce phénomène douloureux gêne (voire interrompt) les échanges sanguins entre la mère et le fœtus. Une césarienne doit être pratiquée en urgence.
  • Syndrome HELLP (Hemolysis, Elevated Liver enzymes and Low Platelets count): Il associe une destruction des globules rouges, des cellules hépatiques et des plaquettes sanguines. Dans ce cas, une césarienne doit également être réalisée au plus vite.
  • Autres complications: Coagulation du sang dans les petits vaisseaux sanguins (coagulation intravasculaire disséminée), insuffisance rénale aiguë, rupture hémorragique du foie, accident vasculaire cérébral (AVC), œdème aigu du poumon, ou encore un décollement de rétine.

Complications fœtales:

  • Retard de croissance pendant la grossesse. 7 à 20 % des grossesses avec une hypertension artérielle donnent lieu à des retards de croissance du fœtus in utero.
  • Souffrance aiguë lors d'un hématome rétroplacentaire ou d'une crise d'éclampsie.
  • Prématurité, parfois extrême, et ses conséquences potentielles. La pré-éclampsie est responsable d’un tiers des naissances de grands prématurés.
  • Décès dans 2 à 5 % des cas (soit à cause du manque chronique d'oxygène et de nutriments, soit à la suite d'une complication aiguë).

Prévention et Dépistage

La prévention de l'hypertension gravidique et de la prééclampsie réside avant tout dans la surveillance mensuelle de la femme enceinte. Elle consiste à prendre la tension artérielle et à réaliser un test d'urines pour y rechercher la présence de protéines. Ces mesures permettent de commencer un traitement au plus vite si nécessaire.

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Une femme qui a déjà présenté une prééclampsie a une chance sur quatre d’en souffrir à nouveau lors d'une nouvelle grossesse. En prévention, son médecin peut lui prescrire de l'aspirine à faible dose, dès la 12e semaine de cette nouvelle grossesse. Attention toutefois : chez les femmes enceintes, l'aspirine doit TOUJOURS être prise sous contrôle médical (et jamais avant la 12e semaine d'aménorrhée).

Enfin, lorsqu'une prééclampsie a été diagnostiquée, la prévention d'une éventuelle crise d'éclampsie consiste à prescrire un traitement antihypertenseur et anticonvulsivant.

Le dépistage de la pré-éclampsie se fait au premier trimestre de la grossesse, entre 11 et 14 semaines. Un résultat indiquant un risque élevé ne signifie pas nécessairement que vous développerez une pré-éclampsie. Néanmoins, en sachant que vous présentez un risque supérieur à la normale, votre médecin peut préparer la prise en charge de votre grossesse de façon optimale.

Traitements

L'hypertension artérielle gravidique et la prééclampsie cessent après l’accouchement et l'expulsion du placenta. Tous les traitements médicaux mis en œuvre servent à prolonger la grossesse jusqu'à un terme compatible avec la survie du fœtus. Après la naissance de l’enfant, les symptômes s'estompent en quelques jours.

Pendant la grossesse, en cas d'hypertension artérielle gravidique ou de prééclampsie sans complication, la patiente peut demeurer à son domicile. Elle doit alors rester couchée sur le côté gauche, afin de faciliter l'arrivée du sang au placenta. Elle reçoit également un traitement contre l'hypertension artérielle. Pour les cas de pré-éclampsie sans symptôme sévère, la femme enceinte peut rester à domicile en évitant le travail, le stress et en privilégiant la position assise. Un arrêt de travail est proposé.

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Si la maladie est grave, la patiente est hospitalisée et doit également rester couchée sur le côté gauche. Elle prend un traitement contre l'hypertension artérielle, voire un médicament pour prévenir les convulsions. Jusqu'à la 34e semaine d'aménorrhée, des corticoïdes (dérivés de la cortisone) lui sont également administrés. Ils favorisent la maturation des poumons du fœtus, ce qui est préférable en cas de naissance prématurée.

Une césarienne est réalisée en urgence au moindre symptôme d'aggravation chez la mère ou le fœtus. L’accouchement est provoqué ou une césarienne est pratiquée si la santé de la mère ou de l’enfant le nécessite.

Recherche et Perspectives d'Avenir

Les recherches en cours devraient permettre de mieux comprendre comment et pourquoi survient cette maladie, de manière à la détecter et à la traiter le plus précocement possible. Une piste intéressante se dessine avec les cellules immunitaires « T régulatrices ». Ces cellules sont en effet présentes en plus faible quantité dans le sang maternel en cas de pré-éclampsie : leur taux pourrait éventuellement servir d’indicateur de risque.

Une équipe de recherche internationale a mis en évidence que le patrimoine génétique du fœtus pourrait influencer le risque de pré-éclampsie. Une première variante génétique du gène FLT1 est associée significativement à la pré-éclampsie. Portée par la moitié de la population, elle majore de 20 % le risque de pré-éclampsie tardive.

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