Sommaire
- Introduction : "Une Jeunesse au temps de la Shoah" et l'engagement de Simone Veil
- La Dimension Référentielle et Historique de "Une Jeunesse au temps de la Shoah"
- La Violence dans "Une Jeunesse au temps de la Shoah" : Réflexions sur la Réception de l'Œuvre
- Entrer dans l'Œuvre par la Polyphonie des Voix de Rescapés
- Entrelacer Lecture Collective et Lecture en Autonomie : Approche Pédagogique de "Une Jeunesse au temps de la Shoah"
- Trois Figures de Femmes et la Constitutionnalisation de l'IVG
- La Loi Veil et la Clause de Conscience : Un Équilibre Délicat
- La Constitutionnalisation de l'IVG en France : Un Pas en Avant pour les Droits des Femmes
- Les Obstacles Persistants à l'Accès à l'IVG et la Nécessité d'une Vigilance Continue
- Conclusion : Un Combat Sans Fin pour la Liberté et l'Égalité des Femmes
Introduction : "Une Jeunesse au temps de la Shoah" et l'engagement de Simone Veil
"Une Jeunesse au temps de la Shoah" est un récit poignant qui extrait les quatre premiers chapitres de l'autobiographie de Simone Veil, "Une vie", parue en 2007. Cette œuvre, centrée sur la jeunesse de l'auteure, de son enfance à Nice à sa déportation à Auschwitz, offre un témoignage précieux et accessible aux jeunes générations. L'éditeur a judicieusement suggéré cette extraction afin de proposer des passages d'une "utile pédagogie vis-à-vis de la jeunesse d'aujourd'hui".
L'étude de cet ouvrage en classe de 3e offre aux élèves de quatorze ans une occasion unique de se confronter à l'expérience concentrationnaire à travers le regard d'une adolescente de dix-sept ans, devenue par la suite une figure historique majeure du XXe siècle. Simone Veil, dont le nom est indissociable du droit à l'interruption volontaire de grossesse (IVG) et du Parlement Européen, incarne un engagement citoyen et des valeurs humanistes qui méritent d'être partagés et compris.
La Dimension Référentielle et Historique de "Une Jeunesse au temps de la Shoah"
La dimension référentielle et historique du récit peut constituer un obstacle pour certains lecteurs. Il est donc essentiel de travailler en étroite collaboration avec les enseignants d'histoire-géographie et d'éducation morale et civique (EMC) afin de contextualiser le récit et de s'assurer que les élèves disposent des connaissances historiques nécessaires à sa compréhension.
Il peut être judicieux d'adosser le cours de français à des connaissances préalablement acquises en histoire, ce qui permet une réactivation des notions. Il est également intéressant d'inviter les élèves à s'interroger sur la différence entre le cours d'histoire et le cours de français, afin de leur faire saisir les enjeux littéraires du récit de soi, de l'expression des émotions et des sentiments, ainsi que la valeur personnelle et intime du témoignage.
La Violence dans "Une Jeunesse au temps de la Shoah" : Réflexions sur la Réception de l'Œuvre
Le second obstacle auquel on peut être confronté est celui de la violence : la violence des faits historiques relatés - depuis l’organisation de la discrimination des Juifs jusqu’à la déshumanisation mise en œuvre dans les camps - ; mais aussi la violence exercée par le récit sur le lecteur, donc sur l’élève. On ne saurait faire l’économie d’une réflexion sur la réception de cette œuvre.
Lire aussi: Enjeux Constitutionnalisation IVG
Après avoir abordé cette même œuvre avec plusieurs générations d’élèves, on a pu constater, au fil des années, différents types de réactions en classe de 3e. Certains élèves, y compris parmi ceux réputés « petits lecteurs », se lancent avec beaucoup d’intérêt dans ce récit, souvent bouleversés, parfois révoltés, éprouvant une empathie manifeste pour la souffrance de Simone Veil et des personnes déportées. D’autres ressentent une incapacité à poursuivre la lecture de cette œuvre, trop saisissante et troublante.
Le projet présenté dans cet article propose un dispositif pédagogique correspondant à environ trois semaines de cours, visant à étayer la compréhension du texte de Simone Veil en réfléchissant, avec les élèves, à la notion de violence.
Entrer dans l'Œuvre par la Polyphonie des Voix de Rescapés
La première étape de la séquence consiste à faire entendre ou voir des témoignages de rescapés, avant de faire lire celui de Simone Veil. Il s’agit d’une première manière de se lancer dans la réflexion et de désamorcer les résistances auxquelles l’élève va être confronté en lisant Une jeunesse au temps de la Shoah. De nombreuses ressources en ligne sont disponibles, que ce soit des enregistrements audio ou vidéo, de formats de différentes longueurs. Il est suggéré aux élèves de noter, à la fin de leur visionnage en autonomie, ce qu’ils ont compris, sous la forme de mots-clés.
En effet, si les témoignages de rescapés des camps trouvent la plupart du temps un écho sensible chez les élèves de 3e, en suscitant leur empathie, on ne saurait bâtir la séquence sur cette seule porte d’entrée dans le témoignage, car des dynamiques de résistance ou de conflit mémoriel peuvent opérer et entraver l’approche du texte.
La fin de la séance est consacrée à l’écoute d’une interview d’Esther Senot, une autre survivante, dont le propos final permet de tisser des liens entre le passé et le présent : mettre les jeunes en garde […] : ce qui nous est arrivé peut encore arriver malheureusement.
Lire aussi: Avis sur la crèche Simone Veil
Entrelacer Lecture Collective et Lecture en Autonomie : Approche Pédagogique de "Une Jeunesse au temps de la Shoah"
L'étude de "Une Jeunesse au temps de la Shoah" peut être abordée de différentes manières, en alternant lecture collective et lecture en autonomie, afin de favoriser l'engagement des élèves et de les aider à surmonter les difficultés de compréhension.
Par exemple, le premier chapitre peut être lu en classe, avec projection d'une carte des lieux évoqués afin de permettre une meilleure représentation mentale. On indique au préalable à la classe qu’il n’est pas nécessaire de tout comprendre, que lire est une expérience qui peut nous placer face à des incompréhensions, sur lesquelles il s’agit de ne pas se focaliser. L’objectif est de percevoir une atmosphère : celle d’une enfance bercée par un bonheur réel mais précaire.
Le deuxième chapitre, intitulé "La nasse", peut être lu en autonomie à la maison, suivi d'une mise en commun en classe visant à étayer la compréhension de ce moment clé de l'œuvre.
Le troisième chapitre, qui relate les mois passés dans le camp d'Auschwitz, peut être considéré comme le cœur de l'ouvrage. On commence par interroger la classe sur le titre du chapitre que S. « L’Enfer » : Qu’est-ce que ce titre évoque, pour vous ? À quoi le lecteur peut-il s’attendre ? Puis les vingt premières pages du chapitre (p.69 à 89) sont lues en classe, soit par l’enseignante, soit en écoutant les passages concernés proposés par Radio France.
Enfin, le quatrième chapitre peut être abordé en demandant aux élèves de choisir un seul passage (environ une page) entre les pages 89 à 144, et de justifier leur choix. Cette activité personnelle sert d’appui à une activité de synthèse proposée en classe pour ressaisir l’œuvre dans son ensemble, tout en initiant les élèves à l’argumentation.
Lire aussi: Droit à l'Avortement en France : La Loi Veil
Trois Figures de Femmes et la Constitutionnalisation de l'IVG
L'œuvre de Simone Veil résonne particulièrement avec l'actualité récente, marquée par la constitutionnalisation du droit à l'IVG en France. Cette avancée historique est le fruit d'un long combat mené par des femmes pionnières, dont Simone Veil, Gisèle Halimi et Simone de Beauvoir.
Le 4 mars 2024, la France est devenue le premier État à inscrire explicitement dans sa Constitution le droit des femmes à interrompre une grossesse. Cette décision, saluée comme une "première dans l'histoire de l'Humanité", est le résultat d'un consensus politique rare, témoignant de l'importance de ce droit pour la société française.
La Loi Veil et la Clause de Conscience : Un Équilibre Délicat
La loi Veil, adoptée en 1975, a dépénalisé l'avortement sous certaines conditions, tout en reconnaissant aux médecins la possibilité dinvoquer une clause de conscience pour ne pas pratiquer l'IVG. Cette clause de conscience, bien que jamais véritablement remise en cause, constitue une entorse au principe de neutralité/laïcité régissant les services publics.
Le législateur a légalisé l’avortement en 1975 et fait des médecins les débiteurs du nouveau droit reconnu aux femmes. Soucieux du compromis indispensable à l’adoption de la loi mais aussi de la nécessaire collaboration du corps médical, il a permis à ses membres la possibilité d’invoquer une clause de conscience les dispensant de participer à une interruption volontaire de grossesse.
Dans ce discours prononcé devant les députés par Simone Veil à l’automne 1974 lors de la présentation du projet de loi sur l’interruption volontaire de grossesse, la conscience, sans être nommée, occupe une place cruciale.
Le législateur en 1975 entend cela en votant une loi dépénalisant l’avortement sous certaines conditions. L’expression « clause de conscience » est absente du Code de la santé publique.
On dénombre cependant, dans la version actuelle du Code de la santé publique, trois clauses de conscience spécifiques : en matière d’interruption volontaire de grossesse (IVG), de stérilisation à visée contraceptive et de recherche sur l’embryon ou les cellules souches.
Le respect de la conscience pose en effet la question de la trahison. En assortissant la légalisation de l’avortement d’une clause de conscience, le législateur a eu comme préoccupation, en 1975, que les médecins ne se trahissent pas.
La Constitutionnalisation de l'IVG en France : Un Pas en Avant pour les Droits des Femmes
La constitutionnalisation de l'IVG en France représente une avancée majeure pour les droits des femmes. En inscrivant ce droit dans la Constitution, la France se positionne comme un leader mondial en matière de droits reproductifs et envoie un message fort aux femmes du monde entier.
L’article 34 de la Constitution comporte trois types de formulations pour aborder le « domaine » de la loi, innovation constitutionnelle de la Ve République. Du « droit fondamental à » à la « liberté de », cette évolution dans le temps, de 2022 à 2024, dans l’espace, du titre VIII à l’article 34 de la Constitution, doit-elle appeler une analyse politique ou juridique ? Si les termes de « droit » et de « liberté » ne sont pas synonymes, l’idée que la nouvelle formulation marquerait un recul en retenant la notion de « liberté » au lieu de celle de droit ne convainc pas nécessairement.
Comme le rappelle Gabriel Attal, « souvenons-nous des mots qui résonnent alors [en 1974], de ces insultes qui fusent dans l’hémicycle à son endroit : “barbarie”, “nazisme”, “génocide”, “four crématoire”, et tant d’autres.
En faisant applaudir madame Simone Veil, le Premier ministre invite le Congrès à la mémoire, à la solennité et au progrès. Les débats montrent un consensus rarement atteint lors de discussions parlementaires, témoignant ainsi de la solennité du moment.
Pour madame Geneviève Darrieussecq, pour le groupe Démocrate (MODEM et indépendants) de l’Assemblée nationale, il s’agit d’« écrire collectivement une nouvelle page, pour toutes les femmes de France, et ainsi faire de la France une pionnière, la première à graver ce droit fondamental dans le marbre de la Constitution - un message fort pour toutes les femmes du monde ».
Les Obstacles Persistants à l'Accès à l'IVG et la Nécessité d'une Vigilance Continue
Malgré cette avancée historique, il est important de rester vigilant et de ne pas considérer le combat pour les droits des femmes comme terminé. Des obstacles matériels et concrets à l'accès à l'avortement persistent en France, notamment le manque de moyens alloués à l'hôpital public, les nombreuses fermetures de centres IVG et les difficultés à trouver des professionnels de santé disponibles.
L’avortement reste, néanmoins, prégnant en France. Le corps est toujours l’endroit de nombreux débats. L’effectivité du droit à l’avortement et les causes bridant l’accès à ce droit structurelles ; nous les soutiendrons volontiers.
En aucun cas l'interruption volontaire de la grossesse ne doit constituer un moyen de régulation des naissances. A cet effet, le Gouvernement prendra toutes les mesures nécessaires pour développer l'information la plus large possible sur la régulation des naissances, notamment par la création généralisée, dans les centres de protection maternelle et infantile, de centres de planification ou d'éducation familiale et par l'utilisation de tous les moyens d'information.
Il faut donner les moyens, en métropole comme dans les territoires ultramarins, en ville comme dans les territoires ruraux, d’asseoir le droit concret à l’avortement. Le manque de moyens alloués à l’hôpital public, les nombreuses fermetures de centres IVG - près de 150 en 15 ans -, les difficultés à trouver des professionnels de santé disponibles et les déserts médicaux, partout sur notre territoire, placent de nombreuses femmes, aujourd’hui, en France, dans l’incapacité pratique d’exercer ce droit.
tags: #preambule #ivg #simone #veil #texte #intégral
