La prééclampsie est une complication grave de la grossesse qui nécessite une prise en charge immédiate. Autrefois appelée toxémie gravidique, elle est considérée comme une pathologie et touche environ 5% des grossesses, selon l’Inserm. Dans 1 cas sur 10, elle se manifeste sous une forme sévère. Il est important de connaître cette pathologie, ses symptômes, et les traitements disponibles pour assurer une grossesse sereine et la santé de la mère et de l'enfant.

Qu'est-ce que la prééclampsie?

La prééclampsie est une maladie spécifique à la grossesse qui associe une hypertension artérielle (supérieure à 14/9) à une présence anormale de protéines dans les urines, appelée protéinurie. Elle survient le plus souvent après 20 semaines d’aménorrhée, parfois même en post-partum, et résulte d’un dysfonctionnement du placenta. La prééclampsie cesse avec la naissance de l’enfant et l’expulsion du placenta. Tous les traitements médicaux mis en œuvre lors de prééclampsie servent à maintenir la grossesse jusqu’à un terme compatible avec la survie du fœtus.

Causes et facteurs de risque

L’élément déclencheur de la prééclampsie est un dysfonctionnement du placenta, l’organe qui assure les échanges entre la mère et le fœtus et la sécrétion des hormones de grossesse. En cas de prééclampsie, son développement s’est anormalement effectué et il fonctionne mal, en raison notamment d’une mauvaise vascularisation. Autrement dit, l’ensemble des vaisseaux sanguins permettant d’irriguer le placenta ne jouent pas pleinement leur rôle. Il n’existe pas une cause unique, mais plusieurs facteurs qui peuvent contribuer à l’apparition de cette mauvaise vascularisation placentaire :

  • Des anomalies dans le dialogue immunitaire entre la mère et le fœtus.
  • Un dysfonctionnement de certains gènes impliqués dans la formation des vaisseaux (le placenta est en partie d’origine fœtale).
  • Une mauvaise tolérance du corps maternel au placenta, considéré comme "étranger".

La recherche avance : des pistes génétiques, hormonales et immunologiques sont actuellement à l’étude pour mieux comprendre pourquoi certaines femmes développent cette pathologie, et d'autres non.

Bien que toute femme enceinte puisse souffrir de prééclampsie, même sans antécédent médical, certaines sont plus à même de la développer en raison de différents facteurs de risque.

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Symptômes de la prééclampsie

La prééclampsie peut évoluer de manière silencieuse, surtout dans les premières semaines. C’est pourquoi les consultations de suivi de grossesse, avec prise de tension et analyse d’urines, sont si importantes. Cependant, certains signes peuvent alerter :

  • Hypertension artérielle : La tension est considérée comme trop élevée lorsqu’elle dépasse ou qu’elle est égale à 140/90 mmHg. C’est souvent le premier signe détecté lors d’un rendez-vous médical, sans que la patiente ressente forcément de gêne. L'hypertension artérielle gravidique (« gravidique » signifie « liée à la grossesse ») se caractérise par une tension artérielle supérieure à 14/9 qui survient après vingt semaines d'aménorrhée chez une femme n'ayant jamais eu d'hypertension artérielle par le passé. Comme la prééclampsie, elle est causée par un défaut des vaisseaux sanguins du placenta.
  • Présence de protéines dans les urines (protéinurie) : Les reins, perturbés par la maladie, laissent passer des protéines qui sont normalement filtrées. Cela ne provoque pas de douleur, mais se détecte par un test urinaire simple qui est pratiqué chaque mois là aussi. Bon à savoir : la recherche de protéines dans les urines fait partie des examens réguliers de la grossesse. Pendant la grossesse, le taux de protéines dans les urines est normalement plus élevé, mais cela n’est pas inquiétant.
  • Œdèmes importants : Il est normal d’avoir les jambes un peu gonflées en fin de grossesse, mais si les chevilles, les mains ou le visage se mettent à enfler brutalement, cela peut être un signe de prééclampsie.
  • Maux de tête persistants : Des céphalées intenses, inhabituelles et qui ne passent pas avec du paracétamol peuvent être le signe que la pression artérielle est trop élevée.
  • Troubles de la vision : Voir flou, percevoir des taches noires, des éclairs lumineux ou avoir une sensibilité accrue à la lumière sont des signes neurologiques à prendre au sérieux.
  • Douleurs sous les côtes, côté droit : Parfois ressenties comme une barre sous la poitrine, ces douleurs peuvent traduire une souffrance du foie liée à la prééclampsie.
  • Nausées ou vomissements inexpliqués : S’ils apparaissent après le 2ᵉ trimestre, ils peuvent être dus à un dysfonctionnement des organes internes et non aux « nausées de grossesse » habituelles.
  • Baisse de la quantité d’urines : Si vous urinez beaucoup moins que d’habitude ou que les urines sont très foncées, cela peut signaler un problème rénal.
  • Prise de poids rapide et importante : Au-delà de la prise de poids progressive normale pendant la grossesse, une augmentation de plusieurs kilos en quelques jours peut indiquer une rétention d’eau excessive.

Il est important de retenir que tous ces symptômes ne sont pas systématiques. Une femme peut avoir une prééclampsie sans gonflements visibles ni maux de tête. Mais en cas de doute, surtout au-delà de la 20ᵉ semaine de grossesse, il est toujours préférable de consulter.

Diagnostic de la prééclampsie

Le diagnostic de la prééclampsie repose sur deux éléments clés, faciles à surveiller lors du suivi de grossesse :

  • La tension artérielle : Une prééclampsie est suspectée si la tension artérielle est supérieure à 140/90 mmHg, et ce, après la 20ᵉ semaine d’aménorrhée. Deux mesures espacées dans le temps sont généralement nécessaires pour confirmer une hypertension.
  • La protéinurie : Il s’agit de la présence anormale de protéines dans les urines, qui indique que les reins sont affectés. Elle peut être détectée soit avec une bandelette urinaire en consultation ou en pharmacie, soit avec une analyse d’urines de 24 h en laboratoire pour quantifier plus précisément la protéinurie.

Quand ces deux signes sont présents (hypertension + protéinurie), le diagnostic de prééclampsie peut être posé. En cas de doute, d’autres examens peuvent compléter le bilan pour évaluer l’état de santé de la mère et de l’enfant : analyses sanguines (fonction hépatique, rénale, plaquettes), échographie pour surveiller la croissance fœtale, monitoring pour vérifier l’activité cardiaque du bébé.

Complications possibles

Si elle n’est pas surveillée ou traitée, la prééclampsie peut entraîner des complications graves :

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Pour la mère :

  • L’éclampsie : C’est la forme la plus sévère, avec des crises de convulsions. C’est une urgence vitale. L’éclampsie fait partie des complications d’une pré-éclampsie (d’où le préfixe « pré », puisque la pré-éclampsie précède l’éclampsie). Il s’agit de crises convulsives généralisées de la mère, semblables à l’épilepsie. Une éclampsie indique que la pré-éclampsie n’a pas été traitée et sa survenue est potentiellement mortelle. La prééclampsie peut laisser la place à l’éclampsie : une crise de convulsions qui touche le cerveau maternel. Ce phénomène apparaît en fin de grossesse et/ou après l’accouchement.
  • Le syndrome HELLP (hémolyse, cytolyse hépatique, thrombopénie traduit de l’anglais Hemolysis, Elevated Liver enzymes, Low Platelet count) : Il associe des troubles du foie, une baisse des plaquettes (risque d’hémorragie) et une destruction des globules rouges. Ce syndrome peut provoquer un hématome autour du foie, faisant alors ressentir des douleurs à l’abdomen, sous les côtes droites. Un hématome se forme autour du foie en fin de grossesse ou dans les 24 heures suivant l'accouchement.
  • Une hémorragie cérébrale : Liée à une hypertension très élevée et mal contrôlée.
  • Un œdème pulmonaire : Accumulation de liquide dans les poumons, provoquant un essoufflement brutal.
  • Une insuffisance rénale aiguë.
  • L’hématome rétroplacentaire : Un hématome situé au niveau de la zone de fixation du placenta et de la paroi interne de l’utérus. Cette situation peut provoquer le décollement du placenta, supprimant ainsi (plus ou moins, en fonction du degré de décollement) les échanges nécessaires entre la mère et son bébé. L’hématome rétroplacentaire se reconnaît par : des douleurs brutales au ventre, des pertes de sang noirâtres, des contractions utérines et un rythme cardiaque fœtal anormal.

Pour le bébé :

  • Un retard de croissance intra-utérin : À cause du placenta qui ne fonctionne pas correctement. Un retard de croissance intra-utérin est présent dans 7 à 20% des grossesses subissant une HTA, d’après l’Assurance maladie. Ce retard concerne généralement le périmètre de l’abdomen du bébé et peut être révélé par contrôle échographique à effectuer tous les 15 jours.
  • Une naissance prématurée, parfois très précoce si l’état de la mère ou du bébé se dégrade. La prématurité est généralement la conséquence d’un accouchement provoqué plus tôt que prévu, en cas d’apparition d’une complication.
  • Une souffrance fœtale aiguë : En cas de décollement du placenta ou de chute brutale de l’oxygène.
  • Dans de rares cas, le décès du bébé in utero ou à la naissance.

Traitement de la prééclampsie

Il n’existe pas de traitement qui « soigne » définitivement la prééclampsie pendant la grossesse. Le seul remède est l’accouchement, car le placenta doit être retiré pour que la maladie disparaisse. Les symptômes disparaissent généralement en quelques jours, mais une surveillance post-partum reste essentielle. Lorsque le diagnostic est posé, la future maman est rapidement hospitalisée dans une maternité dotée d’un équipement permettant sa prise en charge, ainsi que celle de son enfant. Et ce, afin d’établir un bilan fœto-maternel : l’évaluation de la sévérité de la prééclampsie et de la vitalité du fœtus, mais aussi pour la traiter au plus vite. L’objectif de cette prise en charge est de prolonger la grossesse le plus longtemps possible, afin que le fœtus puisse continuer à se développer in utero, sans conséquences sur sa santé ni celle de sa mère.

Plusieurs médicaments doivent être administrés, dont un incontournable : un traitement antihypertenseur par voie intra-veineuse, puis par voie orale si possible.

Pour les cas de pré-éclampsie sans symptôme sévère, la femme enceinte peut rester à domicile en évitant le travail, le stress et en privilégiant la position assise. Un arrêt de travail est proposé. Mais la plupart du temps, une hospitalisation de la femme enceinte est nécessaire pour évaluer la gravité de la maladie et suivre les effets de son évolution sur l’organisme de la patiente et de l’enfant qu’elle porte.

Au niveau médical, plusieurs résultats d’études scientifiques s’accordent sur l’effet protecteur de l’aspirine. Cette molécule, prise à faible dose, permettrait de réduire par 2 à 4 le risque de développer une pré-éclampsie. Cas particulier : un traitement préventif par aspirine à faible dose peut être prescrit aux patientes avec un antécédent de prééclampsie. Un traitement préventif avec de l'aspirine peut être prescrit aux femmes enceintes ayant déjà connu une pré-éclampsie lors d'une précédente grossesse.

Conséquences à long terme

La prééclampsie ne disparaît pas toujours complètement après l’accouchement. Certaines femmes développent ensuite une hypertension chronique, des problèmes cardiaques ou des troubles rénaux. Pour l’enfant, surtout en cas de prématurité, il peut exister un risque plus élevé de petit poids de naissance ou de retard de développement. Ces conséquences ne sont pas systématiques, mais elles rappellent l’importance d’un bon suivi médical après la naissance, pour la mère comme pour le bébé.

Lire aussi: Comprendre la pré-éclampsie

La prééclampsie peut toujours survenir après la naissance du bébé : immédiatement ou jusqu’à 6 semaines après. La contraception prescrite est décidée en fonction de l’état de santé de la mère : une contraception non hormonale est proposée en première intention. En effet, la contraception hormonale oestroprogestative est déconseillée jusqu’à 6 semaines après l’accouchement, en raison des effets secondaires qu’elle peut provoquer dans ce contexte. Voici pourquoi le suivi médical mis en place consiste à surveiller régulièrement la tension artérielle et la présence de protéines dans les urines, mais aussi à adapter le traitement antihypertenseur lorsque nécessaire et surveiller les facteurs de risque cardio-vasculaire.

Importance du suivi médical

En tant que femme enceinte, vous êtes normalement suivie chaque mois par votre sage-femme, votre gynécologue ou votre médecin traitant. Ces professionnels de santé mesurent votre tension lors de chaque consultation et vérifient vos résultats d’analyse de sang et d’urine, également effectuées chaque mois. La pression artérielle et le taux de protéines dans les urines sont testés à chaque rendez-vous de suivi habituel de grossesse.

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