La pré-éclampsie, une complication spécifique de la grossesse, suscite de nombreuses interrogations et fait l'objet de recherches approfondies. Cet article vise à faire le point sur cette pathologie, en abordant sa définition, ses facteurs de risque, ses symptômes, son diagnostic, ses complications potentielles et les avancées de la recherche.
Qu'est-ce que la pré-éclampsie ?
La pré-éclampsie est une maladie qui ne se développe que pendant la grossesse, généralement après 20 semaines, et jusqu'à six semaines après l'accouchement. Elle associe une hypertension artérielle (tension supérieure à 14/9) à une présence anormale de protéines dans les urines, appelée protéinurie. Dans sa définition clinique (antérieure à 2015), la pré-éclampsie est associée à une concentration de protéines dans les urines supérieure à 300 mg/24h, une pression artérielle systolique supérieure à 140 mmHg et une pression artérielle diastolique supérieure à 90 mmHg. Selon une définition plus récente, elle peut également se manifester par une dysfonction d'un organe maternel (foie, rein…) ou un œdème pulmonaire.
Elle résulte d'un dysfonctionnement du placenta, l'organe éphémère qui assure les échanges entre la mère et le fœtus (oxygène, nutriments, hormones). Chez les femmes qui développent une pré-éclampsie, le placenta paraît se former et fonctionner normalement pendant le premier trimestre de grossesse. Mais après la 20e semaine, des défauts apparaissent dans le réseau vasculaire entre le placenta et la paroi de l'utérus. Le placenta "imparfait" libère alors des substances dans le sang maternel, notamment des protéines aux propriétés inflammatoires, anti-angiogéniques et vasoconstrictrices, qui agressent les vaisseaux sanguins et altèrent la fonction rénale maternelle, déclenchant ainsi les principaux symptômes de la pré-éclampsie.
Environ 5 % des grossesses s'accompagnent de pré-éclampsie. Dans la plupart des cas, un suivi permet d'éviter les complications graves. Mais dans 1 cas sur 10, une forme sévère survient. La façon définitive de protéger la mère est alors d'extraire le fœtus et le placenta, que le fœtus soit déjà viable ou non.
Facteurs de risque
La pré-éclampsie peut toucher n'importe quelle femme enceinte, même sans antécédent médical. Cependant, certains facteurs de risque ont été identifiés :
Lire aussi: Traitement de l'éclampsie post-partum
- Un antécédent de pré-éclampsie (qui multiplie le risque par 7).
- Une hypertension chronique, une pathologie rénale ou un diabète.
- Des antécédents familiaux de pré-éclampsie (chez la mère, une grand-mère…).
- Une obésité (IMC supérieure à 30).
- Une grossesse multiple.
- Un changement de partenaire sexuel ou une insuffisance à l’exposition du sperme de son partenaire (port prolongé du préservatif).
- Une première grossesse (nulliparité).
- Être âgée de plus de 40 ans ou de moins de 18 ans.
- Un syndrome des ovaires polykystiques.
- Une maladie auto-immune.
Entre 70 et 75 % des pré-éclampsies surviennent lors de la première grossesse d’une femme. Néanmoins, il n’est pas exclu de présenter ce syndrome au cours d’une grossesse ultérieure, notamment en cas de changement de partenaire.
Symptômes
La pré-éclampsie peut évoluer de manière silencieuse, surtout dans les premières semaines. C’est pourquoi les consultations de suivi de grossesse, avec prise de tension et analyse d’urines, sont si importantes. Cependant, certains signes peuvent alerter :
- Une hypertension artérielle : la tension est considérée comme trop élevée lorsqu’elle dépasse ou qu’elle est égale 140/90 mmHg.
- Une présence de protéines dans les urines (protéinurie) : les reins, perturbés par la maladie, laissent passer des protéines qui sont normalement filtrées.
- Des œdèmes importants : si les chevilles, les mains ou le visage se mettent à enfler brutalement, cela peut être un signe de pré-éclampsie.
- Des maux de tête persistants : des céphalées intenses, inhabituelles et qui ne passent pas avec du paracétamol peuvent être le signe que la pression artérielle est trop élevée.
- Des troubles de la vision : voir flou, percevoir des taches noires, des éclairs lumineux ou avoir une sensibilité accrue à la lumière sont des signes neurologiques à prendre au sérieux.
- Des douleurs sous les côtes, côté droit : parfois ressenties comme une barre sous la poitrine, ces douleurs peuvent traduire une souffrance du foie liée à la pré-éclampsie.
- Des nausées ou vomissements inexpliqués : s’ils apparaissent après le 2ᵉ trimestre, ils peuvent être dus à un dysfonctionnement des organes internes et non aux « nausées de grossesse » habituelles.
- Une baisse de la quantité d’urines : si vous urinez beaucoup moins que d’habitude ou que les urines sont très foncées, cela peut signaler un problème rénal.
- Une prise de poids rapide et importante : au-delà de la prise de poids progressive normale pendant la grossesse, une augmentation de plusieurs kilos en quelques jours peut indiquer une rétention d’eau excessive.
Tous ces symptômes ne sont pas systématiques. En cas de doute, surtout au-delà de la 20ᵉ semaine de grossesse, il est toujours préférable de consulter.
Diagnostic
Le diagnostic de la pré-éclampsie repose sur deux éléments clés :
- La tension artérielle : une pré-éclampsie est suspectée si la tension artérielle est supérieure à 140/90 mmHg, et ce, après la 20ᵉ semaine d’aménorrhée.
- La protéinurie : il s’agit de la présence anormale de protéines dans les urines. Elle peut être détectée soit avec une bandelette urinaire, soit avec une analyse d’urines de 24 h en laboratoire pour quantifier plus précisément la protéinurie.
D’autres examens peuvent compléter le bilan pour évaluer l’état de santé de la mère et de l’enfant : analyses sanguines (fonction hépatique, rénale, plaquettes), échographie pour surveiller la croissance fœtale et monitoring pour vérifier l’activité cardiaque du bébé.
Lire aussi: Prééclampsie : Guide complet
Chez les femmes considérées comme à risque, un examen biologique peut être réalisé à partir de la 20e semaine de grossesse. Il s’agit du dosage de deux biomarqueurs : SFLT1 (un récepteur soluble du facteur de croissance vasculaire VEGF) et PGF (Placenta Growth Factor, un facteur de croissance placentaire).
Complications possibles
Si elle n’est pas surveillée ou traitée, la pré-éclampsie peut entraîner des complications graves :
Pour la mère :
- L’éclampsie : c’est la forme la plus sévère, avec des crises de convulsions.
- Le syndrome HELLP : il associe des troubles du foie, une baisse des plaquettes (risque d’hémorragie) et une destruction des globules rouges.
- Une hémorragie cérébrale : liée à une hypertension très élevée et mal contrôlée.
- Un œdème pulmonaire : accumulation de liquide dans les poumons, provoquant un essoufflement brutal.
- Une insuffisance rénale aiguë.
Pour le bébé :
- Un retard de croissance intra-utérin : à cause du placenta qui ne fonctionne pas correctement.
- Une naissance prématurée, parfois très précoce si l’état de la mère ou du bébé se dégrade.
- Une souffrance fœtale aiguë : en cas de décollement du placenta ou de chute brutale de l’oxygène.
- Dans de rares cas, le décès du bébé in utero ou à la naissance.
La pré-éclampsie peut en outre avoir des conséquences à plus long terme sur la santé cardiovasculaire et rénale de la mère, et probablement celle de l’enfant.
Traitement
Il n’existe pas de traitement qui « soigne » définitivement la pré-éclampsie pendant la grossesse. Le seul remède est l’accouchement, car le placenta doit être retiré pour que la maladie disparaisse. Les symptômes disparaissent généralement en quelques jours, mais une surveillance post-partum reste essentielle.
Une hospitalisation est nécessaire pour permettre un suivi extrêmement régulier de la future maman. Ce suivi inclut l’évaluation de la gravité de la pré-éclampsie pour la mère et le fœtus. Les médecins vont également régulièrement évaluer les mesures à mettre en œuvre s’il devient nécessaire d’extraire le fœtus et son placenta en urgence, par césarienne ou en déclenchant le travail. Des corticoïdes sont administrés au fœtus pour accélérer la maturation pulmonaire.
Lire aussi: Comprendre la pré-éclampsie
Chez les patientes qui ont un antécédent de pré-éclampsie, un traitement préventif par aspirine à faible dose peut être prescrit. Il doit être commencé avant la 16e semaine d’aménorrhée.
Recherche et perspectives
La recherche sur la pré-éclampsie est active et vise à mieux comprendre les mécanismes de la maladie, à identifier des marqueurs précoces et à développer de nouvelles stratégies de prévention et de traitement.
Les chercheurs étudient notamment :
- Les facteurs génétiques et épigénétiques impliqués dans la susceptibilité à la pré-éclampsie.
- Le rôle des cellules immunitaires dans le développement de la maladie.
- De nouveaux biomarqueurs pour détecter précocement le risque de pré-éclampsie.
- L’intérêt de traitements préventifs, comme l’aspirine à faible dose.
- De nouvelles pistes thérapeutiques ciblant des mécanismes spécifiques de la maladie.
Des modèles précliniques, comme des souris transgéniques surexprimant le gène STOX1 dans leur placenta, permettent de progresser dans la connaissance de la maladie et de tester des voies thérapeutiques.
Une étude évalue une stratégie de dépistage de la pré-éclampsie reposant sur un algorithme combinant des caractéristiques maternelles, les paramètres de l’étude Doppler des artères utérines et le dosage sanguin d’un biomarqueur de la pré-éclampsie, le Placental Growth Factor (PLGF). Cet algorithme permet de calculer le risque individuel de développer une pré-éclampsie et notamment de pré-éclampsie avant 37 semaines. Un risque supérieur à 1/100 permet de définir une population de femmes enceintes à risque accru de pré-éclampsie qui pourrait bénéficier d’un traitement par aspirine à faible dose.
Grossesses à haut risque et pré-éclampsie : un témoignage
L'histoire de Jessica Lottbrein et de son mari John, un couple américain déjà parents de deux enfants, illustre les défis et les émotions liés à une grossesse à très haut risque. Après avoir entrepris un parcours de procréation médicalement assistée dans l’espoir d’agrandir leur famille, ils ont découvert qu'ils attendaient non pas un, mais cinq bébés.
Informés de cette grossesse à très haut risque, l’équipe médicale de la maternité a immédiatement mis en place un suivi renforcé. Le Dr Dawei David Wang, spécialiste en médecine materno-fœtale, a expliqué aux parents les dangers liés à ce type de grossesse multiple : « Des grossesses comme celle-ci comportent des risques nettement accrus, notamment un accouchement prématuré, de l’hypertension, une pré-éclampsie ou encore du diabète. Il y a aussi des contraintes physiques importantes, avec une pression sur les systèmes cardiaque et respiratoire ».
Jessica a été admise en unité de soins intensifs néonatals de niveau IV, où les équipes se sont préparées à l’arrivée imminente des bébés. Les quintuplés (trois garçons et deux filles) ont vu le jour, chacun pesant environ 900 grammes. Depuis leur naissance, les bébés grandissent progressivement, mais le parcours reste semé d’embûches.
Malgré la fatigue et les montagnes russes émotionnelles, Jessica tient à adresser un message aux femmes confrontées à des grossesses à haut risque : « Gardez la tête haute. Restez fortes, maman. C’est difficile, mais ça en vaudra la peine. »
tags: #pre #eclampsie #actualites
