Le calendrier grégorien, aujourd'hui le plus répandu dans le monde, est intimement lié à la tradition chrétienne. Comprendre pourquoi il prend la naissance de Jésus comme point de départ nécessite un voyage à travers l'histoire des calendriers, des pratiques romaines aux réformes papales.

Diversité des calendriers avant l'ère chrétienne

Avant l'établissement du calendrier grégorien, le paysage temporel était fragmenté. Les Romains, par exemple, préféraient compter les années ab urbe condita (AUC), c'est-à-dire à partir de la fondation de Rome. À la fin de l'Empire romain et au début du Moyen Âge, en Occident, les calendriers variaient considérablement.

L'historien Bruno Dumézil souligne cette diversité : « C’est le cas des métiers judiciaires : les tribunaux ferment pendant les moissons, les vendanges, ou les anniversaires des membres de la famille impériale. Du point de vue religieux, les calendriers chrétien et judaïque cohabitent. Mais, au sein même des communautés chrétiennes, les temps forts de l’année varient en fonction des saints que l’on célèbre. Enfin, n’oublions pas les calendriers agricoles, qui rythment l’année en fonction des saisons et des travaux des champs, et qui ont leurs propres fêtes comme celles de la Saint-Jean. » Dans la vie quotidienne, la semaine de sept jours, héritée de la Genèse et marquée par le repos dominical, prenait de plus en plus d'importance.

Christianisation du temps et fixation de Noël

Avec l'ascension du christianisme comme religion officielle de l'Empire romain, le clergé s'est efforcé de christianiser les traditions païennes existantes. Un exemple frappant est la fixation de la fête de Noël au 25 décembre par le pape Libère en 354, en remplacement des Saturnales romaines et de la fête du Sol invictus (soleil invaincu). Cette date coïncidait avec le solstice d'hiver, moment où les Romains célébraient le retour du soleil.

Pour la date de Pâques, fête centrale commémorant la résurrection de Jésus-Christ, les premiers chrétiens se sont appuyés sur la tradition juive et son calendrier lunaire.

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Denys le Petit et l'Anno Domini

L'établissement de la naissance de Jésus comme point de départ du calendrier chrétien est attribué au moine Denys le Petit au VIe siècle. En 525, il proposa de faire commencer l’ère chrétienne non pas à partir de la résurrection du Christ, mais à partir de sa naissance, Anno Domini (AD), ce qui signifie "l'an de grâce" ou "l'an du Seigneur". Cette proposition, bien qu'initialement accueillie avec indifférence, a progressivement gagné en popularité.

Il faut d'abord rappeler qu'il n'y a pas d'an 0 dans notre calendrier : nous passons directement de l'an 1 avant Jésus-Christ à l'an 1 après Jésus-Christ. C'est pour cela que le troisième millénaire n'a commencé qu'en 2001 [et que la troisième décennie du XXIe siècle ne débutera qu'en 2021]. L'origine de notre calendrier a été fixée par le moine scythe (Roumanie et Bulgarie actuelles) Denys le Petit, qui a vécu au Ve et VIe siècle de notre ère. Ce dernier a fixé la naissance du Christ de manière assez arbitraire au 25 décembre 753 AUC (Ab Urbe Condita, "à partir de la fondation de la ville" de Rome). À partir de là, il pensait être 535 ans après cette date mais il a choisi 532 à la place car ce chiffre était le produit de trois cycles très important dans le calendrier (4 pour les années bissextiles, 7 pour la semaine et 19 pour suivre la Lune afin de fixer la date de Pâques (cycle de Méton qui ramène les mêmes phases au bout de 19 ans)). Tout cela est très compliqué mais c'est ainsi que l'ère chrétienne a été fixée : 532 ans avant les travaux de Denys le Petit, et correspondant à la date supposée de la naissance du Christ.

Adoption et diffusion du calendrier grégorien

L'idée de Denys le Petit a mis du temps à s'imposer. C’est Bède le Vénérable, un moine lettré anglo-saxon, qui mit au point ce projet entre 680 et 735. Jusqu’alors, on comptait par rapport à la fondation de Rome : 753 av. J.-C. Bède incorpora les précédentes décisions de l’Eglise. D’abord celle du pape Jules 1re qui, entre 337 et 340, décide de fixer au 25 décembre la naissance du Christ. Mais, à cette époque, le premier jour de l’année n’est pas le 1er janvier. Dans certaines provinces, c’est Pâques, date anniversaire de la réusurrection du Christ. Ailleurs, c’est le 25 décembre comme à Lyon, ou le 25 mars à Vienne. C’est le pape Libère qui décide en 352 de faire commencer l’année au 1er janvier, le jour de la circoncision de Jésus huit jours après sa naissance. La notoriété de Bède aidant, ce calendrier fondé sur l’ère chrétienne se répand dans toute l’Europe.

Le calendrier julien, mis en place en 45 avant Jésus-Christ par Jules César, était basé sur le cycle solaire et instaurait une année de 365 jours. Cependant, il présentait une inexactitude : la durée de l'année des saisons réelle est de 365,2422 jours, donc une durée plus courte. À cause de cette inexactitude, la dérive du calendrier avait atteint 10 jours en 1582 et les fêtes se produisaient de plus en plus tôt dans la saison.

Face à cette dérive, le pape Grégoire XIII initia une réforme en 1582, donnant naissance au calendrier grégorien. Cette réforme visait à corriger l'inexactitude du calendrier julien. L'introduction du calendrier grégorien en remplacement du calendrier julien commença le 15 octobre 1582 avec les pays se réclamant de l’alignement sur Rome : Espagne, Portugal, États de la péninsule italienne (dont les États pontificaux). Le pontife a décidé de supprimer dix jours d'un coup : du jeudi 4 octobre 1582 dans le calendrier julien, nous sommes passés directement au vendredi 15 octobre 1582 dans le calendrier grégorien. L'erreur d'origine de Jules César était imperceptible sur une année mais elle avait donné un décalage de dix jours sur quinze siècles. Pour éviter que cette dérive ne se produise à nouveau, Grégoire XIII a conservé les années bissextiles (un jour de plus tous les quatre ans) mais il a décidé que les années séculaires ne le seraient plus, sauf si elles sont divisibles par 400 [ainsi, 1700, 1800, 1900 ne sont pas bissextiles mais les années 1600 et 2000 l'ont été, comme le sera l'an 2400].

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Le 9 août 1564, le roi Charles IX signe l’édit du Roussillon qui fixe au 1er janvier le début de l’année dans toute la France. Prenant effet le 1er janvier 1567, elle est formalisée en 1582, dans le nouveau calendrier du pape Grégoire XIII.

Structure du calendrier grégorien

La structure du calendrier grégorien est analogue à celle du calendrier julien de la Rome antique en vigueur jusqu'alors. C'est un calendrier solaire, se basant sur la révolution de la Terre autour du Soleil en 365,2422 jours de 24 heures de 60 minutes de 60 secondes métriques. Le cycle complet du calendrier grégorien dure 400 ans : trois siècles constitués chacun de 24 cycles juliens (trois ans de 365 jours, puis une année de 366 jours) suivis de quatre années de 365 jours, puis un siècle constitué de 25 cycles juliens. Une période de sept jours forme une semaine.

L’ère ordinairement utilisée avec le calendrier grégorien est l’ère chrétienne, c’est-à-dire " après Jésus-Christ " (Anno Domini en latin, locution encore utilisée en anglais et le plus souvent notée après l’année sous sa forme abrégée AD, et autrefois désignée en français comme an de grâce ou an du Seigneur). Le zéro n’étant pas alors connu, il n’y a pas eu d’année zéro : les siècles et les millénaires commencent avec l’année numéro un, de façon ordinale. L’ère qui précède est l’ère pré-chrétienne, elle est comptée en sens opposé par rapport à cette année, là aussi à partir de l’an un " avant Jésus-Christ " (bien que ce soit l’année de sa naissance suivant la tradition chrétienne), désignation souvent abrégée en français " av. J.-C. ". L’an 1 av. J.-C., parfois noté aussi - de façon ambiguë - -1 (bien que ce soit l’an 0 UTC dans le nouveau calendrier astronomique, ce qui simplifie les calculs de dates) est aussi la dernière année du Ier millénaire av. J.-C., et la dernière année du Ier siècle av.

Critiques et alternatives

Malgré sa large adoption, le calendrier grégorien n'est pas exempt de critiques. Certains lui reprochent ses origines chrétiennes, jugées non neutres dans un monde multiculturel. Cela a motivé quelques projets de calendriers laïcs comme par exemple le calendrier républicain de la Révolution française. À la différence du système métrique, celui-ci n'aboutit pas : il est vrai que le principe de ne plus se reposer qu'un jour sur dix (decadi) au lieu de sept pouvait ne pas enthousiasmer. Un autre projet de calendrier laïc (le calendrier fixe) a été proposé par Auguste Comte : le calendrier positiviste.

Il faut cependant noter l'émergence du calendrier badi`, utilisé dans le bahaïsme. S’il se base également sur une année solaire, celle-ci débutant à l’équinoxe du printemps le 21 mars, son originalité tient à l’abandon de la référence lunaire pour la durée du mois. Une année de ce calendrier comporte en effet 19 mois de 19 jours (soit 361 jours).

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