Introduction

Christine Pedotti, figure engagée dans le paysage intellectuel et religieux français, incarne un point de vue progressiste au sein du catholicisme. Son parcours, de la création de Grain de Soleil à la direction de Témoignage chrétien, témoigne d'une volonté constante de dialogue entre la foi et les enjeux contemporains. Cet article explore son rôle dans l'évolution du féminisme chrétien et sa position sur des questions bioéthiques sensibles comme la PMA, en s'appuyant sur ses déclarations et ses actions.

Christine Pedotti : Parcours et Engagements

Née en 1960 dans les Ardennes, Christine Pedotti a suivi des études d'histoire et de sciences politiques. Elle a ensuite participé à la création de Grain de Soleil, un mensuel chrétien destiné aux enfants publié par Bayard. Rédactrice en chef de l'hebdomadaire Témoignage chrétien de 2013 à 2014 et directrice déléguée de la rédaction depuis, elle en est devenue la nouvelle propriétaire.

Témoignage chrétien est un hebdomadaire engagé à gauche, fondé en 1941 par des résistants jésuites. Le journal a connu des difficultés financières et s'est transformé à plusieurs reprises. Christine Pedotti souhaite développer le site Internet du journal pour en faire un « site communautaire, vif sur l’actualité et la réflexion à long-terme », sans pour autant « devenir Mediapart ». Elle veut également recruter de nouveaux abonnés, en pariant sur le fait que « à chaque héritage, ses héritiers ».

Féminisme et Christianisme : Un Dialogue Complexe

La question du féminisme au sein du christianisme est complexe et souvent paradoxale. Le terme "féministe", apparu en France à la fin du 19e siècle, désigne les personnes défendant les « droits des femmes ». La première vague féministe, entre 1890 et 1920, a puisé dans le christianisme, notamment dans sa version protestante évangélique, avec le thème de l’égalité des humains devant Dieu.

Cependant, dans la première moitié du 20e siècle, le monde catholique s'est montré peu réceptif, voire hostile, au féminisme, car la hiérarchie catholique critiquait un mouvement associé au « modernisme », perçu comme un danger pour l'ordre social. Certains clercs distinguaient un « bon féminisme », qui voulait améliorer la situation des femmes sans remettre en cause les « hiérarchies naturelles » entre les sexes, d'un « mauvais féminisme », qui incitait à la « guerre des sexes » et entraînait la perte des valeurs morales.

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Le modèle de « la femme » au destin tout tracé d’épouse et de mère a été questionné, mis en cause par la deuxième vague féministe des années 1970-1980, qui appelait à la « libération des femmes » en mettant l'accent sur la liberté du corps et de la sexualité. L’Église catholique a alors été la cible de critiques sévères des féministes pour son opposition aux lois légalisant l’accès à la contraception (1967) et à l’IVG (1975).

Des figures comme Cécile de Corlieu, dans les années 1930, se sont présentées comme « catholique moderniste » et « féministe chrétienne ». À la fin des années 1950, Geneviève Texier s'interrogeait sur le fait que des hommes d’Église entendaient décider à la place des femmes et des couples sur des sujets éloignés de leur propre expérience.

Dans les années 1950-1960, on note un engagement important de femmes et d’hommes protestants en faveur de la « régulation des naissances » grâce à l’accès à une contraception moderne. L’accès des femmes à la fonction de pasteur est officiellement instauré dans les années 1960 par l’Église Réformée de France, alors que dans l’Église catholique, la prêtrise reste inaccessible aux femmes.

En 1970, est lancé à Bruxelles le réseau Femmes et hommes dans l’Église (FHE), qui veut faire évoluer l’Église vers un partenariat plus égalitaire entre femmes et hommes. L’une de ses fondatrices, Marie-Thérèse Van Lunen Chenu, se présentait comme « féministe catholique ».

En 2008, suite à une affirmation sexiste de l’Archevêque de Paris, Anne Soupa et Christine Pedotti ont fondé un « Comité de la jupe » pour lutter contre les discriminations à l’égard des femmes dans l’Église catholique, puis la Conférence des baptisé-e-s de France pour susciter le débat parmi les catholiques.

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La Position de Christine Pedotti sur le Rôle des Femmes dans l'Église

"La question des femmes dans l'Église est centrale", affirme Christine Pedotti. Plutôt que de se focaliser sur la question de l'accès des femmes à la prêtrise, elle préfère aborder la question d'un point de vue plus large. "Il faut aujourd'hui se poser la question de qui sont les prêtres, comment ils vivent", estime-t-elle, en plaidant pour la fin de "l'entre-soi clérical". Elle suggère de reconsidérer les conditions d'accès à la prêtrise, en envisageant des prêtres qui ne seraient pas exclusivement des hommes, célibataires, engagés pour toute la vie et à plein temps.

Christine Pedotti considère que l'exclusion des femmes de la prêtrise est un fait de tradition et non une volonté de Jésus. "Jésus n'a jamais choisi de prêtre", souligne-t-elle. Elle dénonce également le phénomène de "régression" qui conduit, dans certaines paroisses, à écarter les filles de l'autel et du chœur, y voyant un signe de mauvaise santé pour l'Église catholique.

Christine Pedotti et les Questions de Bioéthique : Focus sur la PMA

Christine Pedotti s'est également exprimée sur les questions de bioéthique, notamment sur la PMA (procréation médicalement assistée). Elle rappelle que l'Église y est opposée, y compris pour les couples hétérosexuels. Elle déplore "la couleur homophobe" que prend, selon elle, la "bataille qui semble vouloir être menée" autour de la PMA. Elle ajoute : "Je ne suis pas certaine qu’il y ait une différence substantielle entre des enfants aimés dans une famille homoparentale et des enfants aimés dans une famille hétérosexuelle !".

Sa position nuancée reflète une volonté de prendre en compte les évolutions de la société et les réalités des familles contemporaines, tout en restant fidèle à ses convictions chrétiennes.

PMA : Évolution des Débats et Positions en France

L’ouverture de la PMA à toutes les femmes est un sujet qui a suscité de vifs débats en France. En 2019, 65% des Français y étaient favorables, soit 10 points de plus qu’en 2014, selon un sondage BVA publié en avril. Même parmi les catholiques, le sujet ne mobilise pas autant que le mariage pour tous.

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Yann Raison du Cleuziou, maître de conférences, chercheur et auteur d'’Une contre-révolution catholique : aux origines de la Manif pour tous, caractérise trois positions parmi les catholiques conservateurs : ceux qui n'abandonnent pas, ceux qui considèrent que la Manif pour tous a échoué parce que le mouvement n'a pas réussi à se radicaliser, et ceux qui estiment qu'il ne faut pas limiter le discours catholique aux seules questions bioéthiques.

La Manif pour tous a laissé le souvenir d’un clivage que la plupart préférerait éviter autour de l’ouverture de la PMA à toutes les femmes. En 2012-2013, presque un catholique sur deux en France se prononçait pour le mariage homosexuel.

Christine Pedotti a confié avoir arrêté d'aller à la messe à cette période-là, car à la sortie des églises, on distribuait des tickets de bus pour pousser les catholiques à aller manifester à Paris.

L’épiscopat français a transmis son argumentaire aux députés par le biais de l’aumônerie catholique du 7e arrondissement de Paris. Les évêques ont également signé à l’unanimité, fin 2018, une déclaration s’opposant fermement à l’extension du droit à la PMA.

Les Anti-PMA : Un Mouvement en Déclin ?

Regroupés dans une vingtaine d’associations, les anti-PMA espèrent initier un important mouvement opposé au projet du gouvernement. Pourtant, la situation de 2019 est très différente de celle de 2013.

Charles*, un jeune étudiant parisien qui a défilé avec ses parents contre l’ouverture du mariage aux couples homosexuels en 2013, estime que « ils n’ont tout simplement pas accepté d’avoir perdu le combat ». Il ne répondra pas, six ans plus tard, à l’appel de Marchons enfants !, un collectif porté par la Manif pour tous et qui réunit une vingtaine d’associations opposées à l’ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules.

Ludovine de La Rochère, présidente de la Manif pour tous, veut croire à un nouveau succès. « La question de la ‘PMA sans père pour l’enfant’ n’est pas une question religieuse, elle concerne tous les Français, nous martèle-t-elle. Il s’agit d’une grande injustice pour les enfants et d’une remise en cause des pères. Je pense qu’il y a une opposition très large. Nous voyons bien les milliers de messages et d’interpellations que nous recevons, qui montrent à quel point les gens sont inquiets, choqués. »

Cependant, sur le papier, le compte n’y est pas. Aujourd’hui, 65% des Français sont favorables à la PMA pour les couples de femmes, soit 10 points de plus qu’en 2014, selon un sondage BVA publié en avril. Et même parmi les catholiques, pas sûr que le sujet mobilise autant que le mariage pour tous.

L'Hétérogénéité de la Communauté Catholique

Christine Pedotti insiste sur l'hétérogénéité de la communauté catholique. "Il y a des catholiques sur tout le spectre des usages. Certains avec des préférences pour les engagements sociaux autour des migrants, d’autres qui préfèrent choisir les batailles autour de la famille traditionnelle. C’est assez rare que les mêmes catholiques fassent les deux".

Elle souligne également les "oppositions violentes" auxquelles le pape doit faire face au sein de la curie romaine.

PMA et Interprétations Bibliques

La question de la PMA peut également être abordée à travers le prisme des textes bibliques. Si l’intervention de l’Esprit saint est explicite dans le cas de Marie, que dire de la conception de Jean - qui deviendra le Baptiste - dans la maison de Zacharie et d’Élisabeth. Contrairement à Marie, Élisabeth n’est pas vierge, mais vieille et stérile, et ni elle ni son époux Zacharie n’ont plus l’âge de procréer. Et pourtant, ils deviennent parents. Leur cas rappelle celui du patriarche Abraham et de Sarah, son épouse, qui, si l’on en croit la tradition, aurait enfanté à quatre-vingts ans.

On trouve aussi dans la Bible des naissances qui, ne devant rien à l’intervention divine, sont obtenues par des méthodes de procréation un peu particulières. Avant de mettre au monde Isaac dans sa vieillesse, Sarah avait combattu sa stérilité en conduisant son époux à sa servante Agar, laquelle accoucha d’un fils, Ismaël. La nombreuse descendance de Jacob, les douze fils qui sont à l’origine des douze tribus d’Israël, est elle aussi obtenue en partie par GPA.

Bioéthique : Un Débat en Constante Évolution

En France, les lois de bioéthique sont révisées régulièrement. De fait, un seul sujet focalise toute l’attention, l’ouverture de l’aide médicale à la procréation à toutes les femmes, c’est-à-dire aux célibataires et aux couples de femmes.

Ainsi que le souligne la sociologue Irène Théry, il s’agit d’une PMA « sociale », qui correspond à un état de la société et de l’opinion, qui considère qu’il est raisonnable de ne plus restreindre l’accès à la procréation assistée aux seules femmes vivant en couple hétérosexuel. La loi ne fait que reconnaître ce qui existe déjà, puisque chaque année quelques milliers de femmes passent la frontière pour recourir en Belgique ou en Espagne à une insémination artificielle.

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