La Pologne, un pays au cœur de l'Europe, est aujourd'hui le théâtre de vives tensions sociales, notamment en ce qui concerne la loi sur l'avortement. Cette question, bien que parfois éclipsée par d'autres événements mondiaux, révèle une régression inquiétante des droits fondamentaux dans un pays membre de l'Union Européenne.
Un Fiasco Parlementaire et une Législation Restrictive
Le 12 juillet, un vote crucial à la Diète, la chambre basse polonaise, concernant une proposition de loi visant à dépénaliser l'aide à l'avortement, s'est soldé par un échec. La proposition, qui visait à abroger la responsabilité pénale de toute personne aidant une femme à avorter, a été rejetée de justesse, avec 215 parlementaires votant pour et 218 contre.
Cette situation met en lumière la législation particulièrement restrictive en matière d'avortement en Pologne. Depuis 2021, l'avortement n'est autorisé que dans des circonstances très limitées : lorsque la grossesse résulte d'un viol ou d'un inceste, ou lorsque la vie ou la santé de la mère est en danger. Bien que les femmes restent libres de recourir à une IVG, les proches, les médecins et les activistes qui les aident sont passibles de poursuites pénales, risquant jusqu'à trois ans de prison.
Le Blocage Politique et la Persécution des Défenseurs des Droits
Le refus de dépénaliser l'aide à l'avortement de la part des partis nationaux-conservateurs du PiS (Droit et Justice) et des ultraconservateurs de Konfederacja (extrême droite) n'est guère surprenant. Cependant, ce qui est plus préoccupant, c'est que même au sein des partis démocrates, la question divise.
Le Premier ministre libéral, Donald Tusk, avait promis pendant sa campagne de revenir sur la législation restrictive, mais il a admis en août qu'il ne disposait pas d'une majorité parlementaire pour autoriser l'avortement jusqu'à la douzième semaine de grossesse. Quatre projets de loi visant à assouplir les règles sont actuellement en discussion, mais même s'ils étaient adoptés par les députés, le président conservateur, Andrzej Duda, a déjà annoncé qu'il s'y opposerait.
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La situation est encore compliquée par la persécution des défenseurs des droits à l'avortement. Justyna Wydrzynska, une militante du droit à l'avortement et fondatrice du Collectif Abortion Dream Team, a été reconnue coupable en 2023 d'avoir aidé une femme à avorter et condamnée à des travaux d'intérêt général, une première en Pologne. Bien que la cour d'appel ait rejeté le jugement contesté en février 2025, cette affaire illustre la pression et le harcèlement auxquels sont confrontés ceux qui soutiennent le droit à l'avortement.
La Décision du Tribunal Constitutionnel et ses Conséquences
Le 22 octobre 2020, le Tribunal constitutionnel polonais a validé une loi interdisant l'interruption volontaire de grossesse (IVG) en cas de malformation grave du fœtus. Cette décision, qui remet en cause la loi en vigueur depuis 1993, ne laisse plus que deux motifs possibles pour un avortement : la mise en danger de la santé de la femme et les grossesses issues de viols.
Cette décision a eu des conséquences dramatiques. Avant même cette interdiction, la Pologne avait l'une des lois sur l'avortement les plus restrictives d'Europe. Désormais, l'avortement n'est légal que lorsque la santé ou la vie de la personne enceinte est en danger ou lorsque la grossesse résulte d'un viol ou d'un inceste. Dans la pratique, cependant, il est quasi impossible pour les personnes éligibles à un avortement légal de l'obtenir.
En outre, cette décision met en danger la vie de milliers de femmes, de filles et de personnes pouvant être enceintes, contraintes désormais d'avorter dans des conditions dangereuses. En effet, 96% des avortements légaux pratiqués en Pologne l'étaient pour un motif d'anomalies fœtale grave ou mortelle diagnostiquée.
Les Manifestations et la Résistance
Malgré la répression et les obstacles politiques, la mobilisation pour le droit à l'avortement continue en Pologne. Des manifestations massives, connues sous le nom de "Grève des femmes" (Strajk Kobiet en polonais), ont eu lieu en 2020 et 2021, et la résistance s'organise à travers des collectifs et des organisations de la société civile.
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Ces organisations jouent un rôle crucial en aidant les femmes et les personnes enceintes à accéder à l'avortement, que ce soit en les informant sur leurs droits, en les aidant à se rendre à l'étranger pour avorter, ou en leur fournissant des pilules abortives. Elles sont souvent confrontées à des ressources limitées et à la persécution des autorités, mais elles continuent de se battre pour un accès sûr et légal à l'avortement en Pologne.
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