Introduction
L'infertilité est un problème de santé publique qui touche un nombre significatif de couples à travers le monde. En Guadeloupe, comme ailleurs, elle représente un défi majeur pour de nombreux couples désirant fonder une famille. Le Centre Caribéen de Médecine de la Reproduction (CCMR), situé à Moudong sud à Jarry, joue un rôle crucial dans l'accompagnement de ces couples grâce à la Procréation Médicalement Assistée (PMA). Cependant, le centre est confronté à des difficultés notables, notamment une pénurie de donneurs de sperme et d'ovocytes, qui entravent sa capacité à répondre à la demande croissante.
L'Infertilité en Guadeloupe : Un Tabou Persistant
En Guadeloupe, l'infertilité touche un couple sur quatre, une proportion significative qui souligne l'importance de cette problématique. L'an dernier, le Centre Caribéen de Médecine de la Reproduction (CCMR) a enregistré 600 nouveaux dossiers. Entre 20% et 25% des couples ne parviennent pas à avoir un enfant. Ils sont considérés comme infertiles s’ils ne parviennent pas à obtenir une grossesse après 12 mois ou plus d'essais. Malgré sa prévalence, l'infertilité reste un sujet tabou dans la société guadeloupéenne, ce qui peut empêcher les couples concernés de rechercher l'aide dont ils ont besoin. Selon le Dr Catherine Morinière, chef du service de PMA au CCMR, il est essentiel de briser ce tabou pour permettre aux couples de se sentir plus à l'aise pour parler de leurs difficultés et explorer les options disponibles.
Le Centre Caribéen de Médecine de la Reproduction (CCMR) : Un Acteur Clé
Le CCMR, situé depuis 2020 à Moudong sud à Jarry, offre un accompagnement aux couples confrontés à l'infertilité. Le territoire dispose de sa propre banque de sperme et d’ovocytes. Ce centre devrait investir d’ici à la fin de l’année les locaux du nouveau CHU à Perrin aux Abymes. Il propose des solutions de PMA pour les couples hétérosexuels, les couples de femmes et les femmes célibataires désireuses d'avoir un enfant. Le centre offre une gamme de services, notamment la fécondation in vitro (FIV) et l'insémination artificielle. Cependant, le CCMR est confronté à un défi majeur : une pénurie de donneurs de sperme et d'ovocytes.
La Pénurie de Donneurs : Un Obstacle Majeur
La pénurie de donneurs de sperme et d'ovocytes est un problème critique pour le CCMR. Seuls trois dons de sperme par an sont recensés au CCMR. De nombreuses Guadeloupéennes sont sur liste d’attente, faute de donneurs. Cette situation entraîne une réduction du nombre de tentatives de FIV et d'inséminations possibles pour les patientes. « Normalement, on a le droit à quatre tentatives de FIV et six inséminations. Mais comme nous n'avons pas assez de donneurs, on va réduire les possibilités de tentatives à deux tentatives de FIV et trois inséminations. Donc effectivement, c’est une perte de chance quand même pour les patientes. » Dr Catherine Morinière.
La pénurie de donneurs antillais contraint les personnes receveuses à accepter des donneurs qui n’ont pas les mêmes caractéristiques physiques qu'elles. « Le problème c’est qu’ici, 90 % des patientes vont être d’origine antillaise alors que plus la moitié de nos donneurs sont caucasiens. Donc, nous n'avons pas suffisamment de donneurs antillais pour les patientes qui le souhaiteraient et on est obligé d’attribuer des donneurs caucasiens ou alors d’augmenter nos délais d’attente, en espérant que des donneurs des Antilles viennent. » Dr Sandra Boyer Kacem, responsable du laboratoire et du CECOS, le Centre d’étude et de conservation des œufs et du sperme humain.
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Le Don de Sperme et d'Ovocytes : Un Acte Encadré par la Loi
Le don de sperme et d'ovocytes est encadré par la loi de bioéthique. Le don de sperme et volontaire, anonyme et gratuit. Pour effectuer un don, il faut avoir entre 18 et 44 ans inclus, être en bonne santé. Le nombre de naissance est limité à 10 par donneur. Et pour ceux qui seraient inquiets du risque de consanguinité liée à l’insularité, ici en Guadeloupe, on peut aussi faire des échanges" avec l'Hexagone, explique la spécialiste. "On peut envoyer leur don, comme ça, les enfants issus du don seront dans l'Hexagone et nous, faire venir des donneurs de l'Hexagone ici". Depuis la nouvelle loi de bioéthique de 2022, quatre bébés sont nés grâce aux dons de sperme en Guadeloupe, et 6 grossesses sont en cours.
Les donneurs ne peuvent pas connaître l’identité des personnes qui recevront leur don et inversement. Depuis 2022, les enfants nés d’un don de spermatozoïdes ou d’ovocytes ont accès, à leur majorité, si elles le souhaitent, à l’identité du donneur. Le recueil du consentement et la collecte d’informations sur le donneur sont réalisés avant le don. En cas de refus, le don n’est pas possible.
Des Dons d'Ovocytes Également Insuffisants
Comme pour le don de sperme, le nombre de dons ovocytes n’est pas suffisant pour répondre à la demande. En moyenne, une quinzaine de femmes sont prêtes à faire un don chaque année en Guadeloupe et en face, Une trentaine de couples et de femmes célibataires sont sur liste d’attente. « Elles sont moins nombreuses que celles qui attendent pour un don de sperme. Mais bon, en général quand on a une donneuse d'ovocytes, elle donne pour deux, voire trois patientes maximum. Alors que c’est vrai qu’un donneur de sperme va donner pour 15/20 patientes. Donc on a besoin de beaucoup plus de donneuses que de donneurs. » Dr Sandra Boyer Kacem.
À l’instar des dons de sperme, la plupart des donneuses d'ovocytes "sont d’origine caucasienne et on a des receveuses qui sont d’origine antillaise et donc, ce n'est pas toujours facile de pouvoir respecter leur choix de caractéristiques morphologiques" précise le Dr Boyer Kacem. Résultat, faute de donneuses antillaises, les couples hétérosexuels et les couples de femmes se tournent vers l’étranger ou le don est rémunéré pour les donneuses. Les femmes célibataires, elles, préfèrent souvent attendre.
À l’étranger, le don d’ovule ou d'ovocyte peut-être rémunéré entre 5 000 et 10 000 €. En raison de la pénurie d’ovocytes, le service d’AMP (assistance médicale à la procréation) de Guadeloupe, attribue seulement cinq ovocytes par femme. Comme pour le don de sperme, cela réduit le nombre de tentatives possibles et donc les chances de grossesse.
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Le Don d'Ovocyte : Plus Contraignant Mais Bien Accompagné
Par ailleurs, le don d’ovocytes est un peu plus contraignant.« Les donneuses doivent avoir entre 18 et 38 ans, donc être un petit peu plus jeunes que pour les donneurs, mais également en bonne santé. La contrainte du don d'ovocytes, c’est qu’elles devront avoir une stimulation folliculaire et une ponction au bloc opératoire, ce qui peut freiner. Mais en général, cela se passe très bien et on les accompagne tout le long du parcours. C’est vraiment quelque chose de très altruiste, qui est important pour aider toutes nos patientes qui attendent. » Dr Boyer Kacem.
Les frais sont entièrement pris en charge. Le don site et volontaire anonyme est gratuit. Le don de gamètes d’une donneuse ne peut pas conduire à la naissance de plus de 10 enfants, les traitements liés au don ne diminuent pas les chances de grossesse ultérieure de la donneuse et n'avancent pas non plus l'âge de la ménopause.
Les donneuses ne peuvent pas connaître l’identité des personnes qui recevront leur don d’ovocytes et inversement. Comme pour les enfants nés d’un don de spermatozoïdes, ceux nés d'un don d’ovocytes ont accès, à leur majorité s'ils le souhaitent, à l’identité du donneur. Le recueil du consentement et la collecte d’informations sur le donneur sont réalisés avant le don. En cas de refus, le don n’est pas possible. Il n’y a aucune filiation entre l’enfant et le donneur/la donneuse.
L’Autoconservation des Gamètes : Une Démarche de Prévention
Femme, homme, en couple ou célibataire désirant un enfant mais n'étant pas prêts peuvent faire congeler ses gamètes : ovocytes ou spermatozoïdes. L’autoconservation des gamètes est autorisée depuis la loi de bioéthique 2021. Une démarche de prévention pour préserver la fertilité, soumise à plusieurs critères.
Il n'est plus nécessaire de réaliser un bilan médical d’infertilité. C’est un choix personnel et non une indication d’ordre médical. Cette procédure réalisée en Guadeloupe permet notamment aux femmes d’utiliser leurs ovocytes plus tard et donc d’envisager une grossesse à un âge plus avancé.
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« Les femmes peuvent congeler leurs ovocytes pour leur propre compte entre 29 ans et 36 ans et 12 mois. Et c’est vrai que cela peut avoir un intérêt puisque, soit elles vont les utiliser pour plus tard si elles n’ont pas réalisé leur grossesse, ou soit elles pourront les donner pour justement alimenter la banque de dons ovocytes. Et puis les hommes aussi peuvent conserver… Pour eux, il y a moins d’intérêt, parce qu’on sait que l’homme il va avoir des spermatozoïdes jusqu’à sa mort presque, mais cela peut quand même être intéressant à savoir. » Dr Catherine Morinière.
Pour faire conserver ses gamètes, il faut donc avoir entre 29 et 37 ans pour une femme et entre 29 ans et 45 ans pour un homme. Et une femme doit utiliser ses propres gamètes avant 45 ans, un homme avant 60 ans.
L'Autoconservation des Gamètes : Une Prévention
Pourquoi se lancer dans cette procédure ? C’est avant tout de la prévention pour le Dr Morinière, cheffe du service de PMA au Centre Caribéen de Médecine de la Reproduction. Le message clé, c’est qu'en gros la fertilité, elle est correcte jusqu’à 35 ans et après 35 ans, elle va décliner de façon très importante pour arriver, autour de 40 ans à 5 % de grossesse maximum. Avec beaucoup de fausses couches, beaucoup d’anomalies chromosomiques. Donc le message clé, c’est la prévention. Il faudrait peut-être faire des campagnes de sensibilisation de la population pour faire ses enfants tôt ou alors congeler ses ovocytes et éviter justement ce déclin de la fertilité après 35 ans et 37 ans.
En faisant appel à l’autoconservation de ses gamètes, il faudra indiquer chaque année si l'on souhaite les conserver, les utiliser, en faire don à des personnes sur liste d’attente, faire un don à la recherche scientifique ou mettre fin à la conservation. Ceux qui ne répondent pas aux relances verront leur stock détruit au bout de 10 ans, Si le recueil ou le prélèvement sont remboursés, en revanche, les frais de conservation des gamètes ne sont pas pris en charge par l’Assurance maladie et restent donc à la charge du patient.
Perspectives d'Avenir
Face à ces défis, il est impératif de sensibiliser la population guadeloupéenne à l'importance du don de sperme et d'ovocytes. Des campagnes d'information ciblées pourraient encourager davantage de personnes à franchir le pas et à contribuer à aider les couples infertiles à réaliser leur rêve de parentalité. De plus, il est essentiel de renforcer la coopération avec les centres de PMA de l'Hexagone pour faciliter les échanges de gamètes et réduire les délais d'attente pour les patients. L'annonce récente d'Emmanuel Macron concernant un plan de lutte contre l'infertilité pourrait également apporter un soutien financier et logistique supplémentaire au CCMR, lui permettant ainsi de mieux répondre aux besoins de la population guadeloupéenne.
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