L'extension du droit à la procréation médicalement assistée (PMA) est un sujet brûlant en France, ravivant les tensions politiques et éthiques. Promesse de campagne d'Emmanuel Macron, cette réforme suscite des débats passionnés, oscillant entre avancée sociale et remise en question des valeurs traditionnelles.

Un Projet de Loi en Marche

La machine législative semble enclenchée pour l'extension du droit à la PMA, une promesse d'Emmanuel Macron durant sa campagne. La présentation du projet de loi était prévue dans les mois à venir. Le gouvernement attendait l’avis du comité consultatif national d’éthique (CCNE), qui a rendu un avis favorable. Selon le CCNE, l'ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules « peut se concevoir notamment pour pallier une souffrance ».

Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, a réaffirmé l'engagement de l'exécutif : « Je souhaite qu’on puisse aller au bout car nous avons un mantra : nous faisons ce que nous avions annoncé que nous ferions ». Il a souligné que cette position était « partagée par la majorité parlementaire dans son immense majorité ».

Olivier Véran, député LREM, a mis en avant le fait que « les politiques suivent souvent les évolutions de la société, et la PMA en est un exemple flagrant ». Il a ajouté : « Aujourd’hui, des milliers de femmes françaises vont à l’étranger, chaque année, pour avoir une PMA. Donc on n’ouvre pas de brèche ou quoi que soit, on conforte quelque chose qui est déjà une réalité ».

Opposition et Inquiétudes

Cependant, tous les députés ne partagent pas cet enthousiasme. À droite, les arguments s'affûtent en vue du débat parlementaire. Lydia Guirous, porte-parole des Républicains, craint qu'« une digue cède et la porte de la GPA (gestation pour autrui) s’ouvre de plus en plus ». Au sein de LREM, certains députés évoquent, sous couvert d’anonymat, « une régression sociale ».

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Les députés LR et UDI sont pour la plupart opposés à l'extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules. Christian Jacob, patron du groupe LR, a déclaré que son groupe a "toujours été opposés à l'élargissement de la procréation médicalement assistée. Elle doit être une réponse aux situations d'infertilité", tout en précisant "attendre le texte" du gouvernement. Jean-Christophe Lagarde, président de l'UDI, a déclaré qu'"une grande majorité du groupe est opposée à l'extension de la PMA aux femmes seules et aux couples de femmes" car "c'est un acte médical et le gouvernement veut le transformer en un acte social".

Le Spectre du Mariage Pour Tous

La perspective de débats houleux rappelle les échanges passionnés lors de la loi sur le mariage pour tous en 2013. Olivier Véran, qui siégeait alors avec les socialistes, relativise : « A l’époque, on nous prédisait l’apocalypse, la fin de la civilisation. Ce qu’on constate maintenant, c’est que la société s’est réconciliée et qu’elle ne s’est pas effondrée. Je ne suis pas inquiet sur la teneur des débats ».

Revendications des Associations

Pour les associations qui défendent l’extension de la PMA, le gouvernement ne peut plus reculer. Céline Cester, présidente de l’association « Les Enfants d’Arc-en-ciel », insiste sur la nécessité d'« arrêter les débats et de prendre une décision ». Elle ajoute : « Pour nous l’enjeu c’est que la loi soit complète. Il faudra absolument que la PMA soit remboursée et que le droit de la filiation soit modifié ».

Céline Cester souhaite l’instauration d’une déclaration volontaire en mairie, pour que l’enfant soit protégé dès la naissance. Une proposition qui suscite des inquiétudes à droite.

Les Hésitations d'Emmanuel Macron

Malgré ses promesses de campagne, Emmanuel Macron a semblé adopter une position plus prudente sur la PMA depuis son élection. Lors d'une interview, il a exprimé son souhait d'un « débat apaisé » sur la question, justifiant cette prudence par la nécessité de ne pas « brutaliser les consciences ». Il a également souligné l'importance du « respect de la filiation » et s'est déclaré opposé à la GPA, entretenant une confusion dénoncée par certains.

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Ces précautions ont suscité des critiques de la part de ses soutiens pro-PMA, qui lui reprochent de ne pas assumer pleinement ses engagements. Certains observateurs estiment qu'Emmanuel Macron est « un traumatisé du Mariage pour tous » et craint de réveiller les conservatismes.

Divisions au Sein du Gouvernement

Les hésitations d'Emmanuel Macron reflètent les divisions au sein de son gouvernement. Marlène Schiappa, secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, a d'abord annoncé l'ouverture de la PMA à toutes les femmes en 2018, avant de relativiser cette information et d'annoncer un « débat » sur la question. Gérard Collomb, ministre de l'Intérieur, a exprimé ses réserves, estimant que la PMA pour toutes les femmes posait « sans doute un certain nombre de problèmes ». Bruno Le Maire, ministre de l'Économie, s'est déclaré personnellement « pas favorable » à la PMA pour toutes.

Ces divisions illustrent la complexité du sujet et la nécessité de trouver un compromis qui puisse satisfaire les différentes sensibilités.

Réactions Politiques et Associatives

À l'inverse des partis de droite, les députés communistes sont favorables à la PMA "depuis de nombreuses années" et souhaitent que le débat arrive "le plus vite possible", selon Elsa Faucillon. Le MoDem aura "une liberté de vote" sur le texte.

Les associations pro-PMA dénoncent les atermoiements du gouvernement et appellent à une action rapide. Joël Deumier, président de SOS Homophobie, qualifie de « couac » les déclarations de Gérard Collomb. Un collectif d'associations a demandé au gouvernement d'élargir l'accès à la PMA aux couples de femmes et aux femmes célibataires sans attendre la révision des lois de bioéthique.

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Le Grand Débat National

Lors du grand débat national, la question de la PMA a été soulevée par plusieurs maires. Franck Meyer, maire de Sotteville-sous-le-Val, a rappelé que « les Français s’étaient prononcés contre la PMA lors des États généraux de la bioéthique », tandis qu'Hélène Obissier, maire d’Origny-le-butin, a exprimé son espoir qu'Emmanuel Macron aille « au bout de ses engagements de campagne et qu’il donne la possibilité de procréer aux couples de femmes ».

Emmanuel Macron a réaffirmé que le Comité consultatif d’éthique avait rendu un avis favorable sur la PMA, mais pas « sur la marchandisation du corps » évoquant ainsi la GPA. Il a exprimé son souhait que ce soit « un sujet sur lequel la France ne se déchire pas ».

L'Avis du Comité Consultatif National d'Éthique (CCNE)

Le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) a rendu un avis favorable à l’extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules. Cet avis constitue une étape importante dans le processus législatif et renforce la position des partisans de la réforme.

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