L'assistance médicale à la procréation (PMA) est un sujet d'une importance capitale, tant sur le plan individuel pour les couples confrontés à des difficultés de conception, que sur le plan démographique pour des départements comme les Vosges, confrontés à un déclin de la natalité. Cet article se penche sur les enjeux de la PMA dans les Vosges, en s'appuyant sur des témoignages poignants et des données démographiques alarmantes.
Le Parcours du Combattant : Témoignages et Réalités de la PMA
Pour de nombreux couples, le désir d'enfant est un projet de vie fondamental. Cependant, pour certains, ce rêve se heurte à des obstacles biologiques qui rendent la conception naturelle difficile, voire impossible. C'est dans ce contexte que la PMA intervient, offrant une lueur d'espoir à ceux qui aspirent à fonder une famille.
Aurélie et Guillaume Bernet, membres du collectif BAMP 54, témoignent de leur parcours éprouvant pour concevoir un enfant. Ils approchent de la quarantaine et essayent d’avoir un enfant depuis 2020. Aurélie a subi trois inséminations et quatre fécondations in vitro (FIV), impliquant 23 embryons et 15 transferts, avec autant d'échecs. Ces chiffres ne rendent pas compte des centaines de rendez-vous médicaux, des ponctions ovocytaires, de l'espoir suscité par chaque transfert, des symptômes de grossesse illusoires, et de la douleur physique et psychologique des fausses couches. « Un parcours de PMA, assure Aurélie Bernet, c’est long, difficile, douloureux. Cette souffrance est sous-estimée, même par le corps médical ».
Ce témoignage poignant met en lumière la réalité complexe et souvent méconnue des parcours de PMA. Au-delà des aspects médicaux, il révèle la dimension émotionnelle intense, le stress, l'anxiété et le sentiment d'isolement que peuvent ressentir les couples confrontés à l'infertilité.
Les Défis Professionnels et le Manque de Sensibilisation
Le parcours de PMA peut également avoir des répercussions importantes sur la vie professionnelle des personnes concernées. Aurélie Bernet, auparavant ingénieur dans une entreprise de chimie, a été contrainte de quitter son emploi en raison des contraintes liées aux traitements et du manque de compréhension de son employeur. Elle explique : « Des aménagements de travail sont nécessaires. Quand on est enceinte, on est protégée. Dans un parcours de PMA on n’est ni enceinte, ni pas enceinte et on n’est pas protégée ». Elle était en contact avec des produits reprotoxiques et elle a tenté de s’en écarter. Elle ajoute : « Quand au bout d’un an et demi j’ai essayé de parler avec mon employeur, il m’a dit ‘tu as fait un choix de vie’. Ce qui signifiait que mon désir d’enfant n’était pas son problème. Il faut avancer sur le sujet. Quand on vient de subir un examen douloureux et invasif, il faudrait pouvoir télétravailler, par exemple ».
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Aurélie et Guillaume Bernet ont également souligné le manque de sensibilisation à l'infertilité, notamment auprès des jeunes. « Nous avons grandi avec la formule un bébé si je veux, quand je veux. À l’école on parle de la reproduction, jamais de l’infertilité. Il faudrait commencer par rappeler aux jeunes qu’à 25 ans on est fertile, un peu moins à 30 ans et encore moins à 35 ans. Moi j’ai un problème d’ovulation.
Améliorer la Prise en Charge et Considérer le Rôle des Hommes
Le couple Bernet a également mis en évidence des pistes d'amélioration de la prise en charge en PMA, notamment en ce qui concerne la formation des sages-femmes et la place des hommes dans le processus. Aurélie Bernet évoque encore le manque de formation des sages-femmes et la place des hommes dans la PMA : « Il y a autant d’infertilité masculine que féminine, mais les hommes sont encore moins bien diagnostiqués, moins bien orientés que les femmes. On cherche toujours le problème chez la femme en première intention. Elle peut subir une hystérosalpingographie, un examen douloureux, avant même qu’un spermogramme soit demandé ». Guillaume Bernet a également témoigné en s’appuyant sur les données d’une méta analyse qui prouve que la concentration des spermatozoïdes a baissé de 50 % en 45 ans : « J’ai deux fois moins de spermatozoïdes en concentration que mon grand-père et pourtant la santé reproductive des hommes n’est pas abordée comme un problème de santé publique ».
Ils plaident pour une meilleure prise en compte de l'infertilité masculine, souvent négligée au profit d'une focalisation sur les problèmes féminins. Ils insistent sur la nécessité de réaliser des spermogrammes plus systématiquement et d'impliquer davantage les hommes dans le parcours de PMA.
Diagnostic Préimplantatoire des Aneuploïdies (DPI-A)
Autre message fort que le témoignage du couple Bernet aura permis de porter en haut lieu, le besoin, selon eux, d’avancer sur le diagnostic préimplantatoire des aneuploïdies (DPI-A). « Autoriser ce diagnostic permettrait de détecter les anomalies aléatoires du nombre de chromosomes dans les cellules de l’embryon explique Aurélie Bernet. Aujourd’hui on m’implante des embryons qui sont beaux sur photo mais sans savoir s’ils sont génétiquement viables. C’est une aberration financière et scientifique ».
L'Accompagnement Psychologique : Un Soutien Indispensable
Face à la difficulté des parcours de PMA, l'accompagnement psychologique est devenu une composante essentielle de la prise en charge. La docteure Oxana Blagosklonov, responsable du Centre d’étude et de conservation des œufs et des spermatozoïdes humains (Cecos) au CHU Minjoz, explique que « Maintenant, tous les centres d’assistance médicale à la procréation (AMP) ont un psychologue, voire plusieurs. L’hôpital de Besançon a mis en place des groupes de parole pour les patientes célibataires ». Depuis 2021, les femmes célibataires et les couples de femmes peuvent avoir accès à la PMA grâce au don de sperme. « Plus largement, l’accompagnement psychologique est proposé à toutes les personnes en parcours AMP. En hôpital de jour, une journée préparatoire a été mise en place : c’est un moment où l’on réunit plusieurs couples pour leur donner des informations sur le déroulé des tentatives. Vous gardez la possibilité de retirer votre consentement à tout moment en consultant notre politique de protection des données.
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Des initiatives telles que les groupes de parole, proposés par l'association Coccinelle à Besançon, permettent aux personnes concernées de briser l'isolement, de partager leurs expériences et de trouver un soutien auprès de ceux qui vivent des situations similaires. « Ces rencontres, qui réunissent six personnes maximum dans un cadre bienveillant et confidentiel, sont ouvertes à toutes et tous avant, pendant ou après le parcours. Elles sont animées par une salariée de l’association Coccinelle et une bénévole. L’objectif est d’échanger avec des personnes qui vivent la même chose autour de ce qui peut se passer à tous les niveaux, en termes émotionnel (difficultés, joie), juridique, technique. Partager des informations et des ressources. Briser l’isolement et la solitude du parcours qui peut s’inscrire dans la durée », explique l’association.
La PMA dans les Vosges : Un Enjeu Démographique Majeur
La question de la PMA dans les Vosges prend une dimension particulière dans le contexte du déclin démographique que connaît le département. Alors qu'il perd 0,5 % de sa population chaque année depuis 20 ans, les Vosges ne peuvent se permettre de se passer des 140 naissances annuelles permises par la PMA. Alors que près de 5 000 enfants naissaient dans les Vosges chaque année au début des années 90, ce chiffre est tombé à 2 655 en 2024. En résumé, il naît deux fois moins d’enfants dans les Vosges par rapport à il y a 30 ans. Dès lors, toutes les initiatives pour faciliter les projets de maternité des Vosgiennes sont à encourager.
La disparition de l’assistance médicale à la procréation (AMP) à Épinal serait forcément préjudiciable pour l’avenir. Depuis 1982, la PMA a permis à plus de 400 000 enfants de voir le jour en France. Ce qui représente en moyenne 3,5 % des naissances. Dans les Vosges, cela représente donc encore 140 enfants chaque année.
Dans ce contexte, le maintien et le développement des centres de PMA dans les Vosges apparaissent comme un enjeu crucial pour l'avenir du département. Ces centres offrent non seulement une chance aux couples infertiles de réaliser leur désir d'enfant, mais contribuent également à soutenir la natalité et à freiner le déclin démographique.
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