La procréation médicalement assistée (PMA) a permis à de nombreux couples de réaliser leur rêve de parentalité. Cependant, avec l'évolution des lois bioéthiques, notamment en France, une nouvelle dimension émerge : la question de l'accès aux origines pour les enfants conçus grâce à un don de gamètes. Cet article explore les témoignages poignants d'enfants issus de la PMA, leurs motivations à rechercher ou non leur donneur, et les implications de la levée de l'anonymat.
Le Désir d'Enfant : Un Parcours Semé d'Embûches
Pour de nombreux couples, le désir d'avoir un enfant est une évidence. Cependant, la réalité peut être plus complexe, comme en témoigne une femme qui, après avoir arrêté la pilule et attendu en vain, a finalement entamé un parcours de PMA avec son conjoint. Les examens révèlent alors un problème de mobilité et d'anomalie des spermatozoïdes chez son conjoint, les contraignant à envisager une fécondation in vitro avec ICSI (FIV ICSI).
Le parcours de PMA est souvent long et éprouvant, ponctué d'examens, de traitements hormonaux, de piqûres quotidiennes et d'attentes interminables. Les échecs des transferts d'embryons peuvent être dévastateurs, suscitant un sentiment d'injustice et de colère. Face à ces difficultés, certains couples envisagent alors le don de sperme ou l'adoption.
Le Don de Gamètes : Un Acte d'Amour et de Responsabilité
Le don de gamètes est un acte de générosité qui permet à des couples en détresse de concevoir un enfant. Pour certains donneurs, comme Michel, le don est motivé par le désir d'aider un couple confronté à l'infertilité. Il souligne l'importance de lever l'anonymat pour permettre aux enfants issus de dons de connaître leurs origines. Michel a même fait le choix de recourir (illégalement) à deux tests ADN pour permettre à ces enfants d’éclairer leur parcours.
D'autres donneurs, comme celui qui a fait un don après avoir subi une vasectomie, considèrent le don de gamètes comme un acte altruiste, comparable au don de sang ou au partage de graines avec un voisin. Ils comprennent cependant le désir des enfants de connaître leurs origines et se disent prêts à les rencontrer si cela peut les aider à mieux vivre.
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En 1984, un homme a été interpellé par un médecin au sujet des difficultés rencontrées par de nombreux couples, en attente depuis plusieurs années d’un don de sperme. Avec son épouse, ils ont engagé en couple auprès du CECOS une démarche de don, désintéressé et anonyme, à des couples en détresse.
La Levée de l'Anonymat : Une Loi Qui Divise
La loi bioéthique du 2 août 2021 a marqué une avancée majeure en France en ouvrant la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules, mais aussi en autorisant l'accès aux origines pour les enfants nés d'un don de gamètes. À partir du 1er septembre 2022, les nouveaux donneurs doivent consentir à ce que les enfants issus de leur don aient accès à leur identité et à des données non identifiantes à leur majorité.
Cette modification de la loi a suscité des débats passionnés. Laurence Monier, membre de l'association Célia Fertilité, craint une pénurie de dons en raison de la levée de l'anonymat. Elle souligne que les délais d'attente sont déjà longs et pourraient s'allonger davantage, incitant certains couples à se tourner vers l'étranger.
Une étude réalisée par l'institut Viavoice pour l'Agence de la biomédecine révèle que 80 % des Français sont favorables au don de gamètes. Cependant, chez les hommes en âge de faire un don, les principaux freins sont la crainte que leur identité soit révélée à l'enfant et le sentiment qu'une part d'eux-mêmes se retrouve dans la nature.
Certains donneurs sont partagés sur la question de l'anonymat. Une donneuse d'ovocytes, psychologue de profession, estime que l'accès aux origines est essentiel pour la construction identitaire de l'enfant. Elle ne se considère pas comme la mère de ces enfants et n'a pas d'enjeu personnel dans cette démarche.
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D'autres donneurs, en revanche, sont gênés par cette nouvelle loi. Ils craignent que les enfants nés de leur don ne viennent sonner à leur porte des années plus tard. Ils considèrent que le don de gamètes a pour but d'offrir la chance à des parents d'avoir un enfant, et non de se retrouver avec un enfant supplémentaire à l'âge adulte.
Les Enfants Issus de la PMA : En Quête d'Identité
Les enfants nés de PMA sont les premiers concernés par l'évolution de la loi bioéthique. Leurs avis sont partagés, certains souhaitant connaître leurs origines, d'autres préférant préserver l'anonymat du donneur.
Alexandre, qui a découvert qu'il était né d'un don de sperme à l'âge de 33 ans, témoigne du choc et du besoin d'en savoir plus sur ses origines. Il a entrepris des démarches pour retrouver son donneur, non pas pour trouver un nouveau père, mais pour mettre un visage sur son histoire. Il considère que la levée de l'anonymat est une avancée positive qui responsabilise les donneurs.
D'autres personnes nées d'un don témoignent de leur sérénité et de leur bonheur de vivre, malgré leur mode de conception originale. Elles estiment que la question de l'anonymat est complexe et que l'opposition systématique entre les partisans et les opposants à la levée de l'anonymat n'est pas constructive.
Une jeune femme de 24 ans, conçue par FIV avec donneur inconnu, a appris son mode de conception à l'âge de 13 ans. Elle témoigne de la violence de cette annonce et des questions identitaires qu'elle a soulevées.
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La CAPADD : Un Dispositif Encore Insuffisant
La Commission d'accès des personnes nées d'une assistance médicale à la procréation aux données des tiers donneurs (CAPADD) a été créée pour permettre aux personnes nées d'un don de gamètes d'accéder à des informations sur leur donneur. Cependant, le dispositif est encore perfectible.
Depuis sa création en septembre 2022, la CAPADD a reçu de nombreuses demandes, mais n'a pu identifier qu'un nombre limité de donneurs. Les difficultés résident notamment dans la recherche des anciens donneurs, dont les dossiers sont parfois incomplets ou ont été détruits. De plus, la CAPADD ne dispose pas de pouvoir d'enquête et doit se fier à la bonne volonté des centres de dons.
Charles, une personne née d’une PMA avec un tiers donneur, a finalement retrouvé ce dernier et témoigne auprès de France Inter. Il a reçu un courrier recommandé lui indiquant qu’il y a une suite favorable à sa demande. Dans cette enveloppe, il y avait un deuxième courrier, une lettre scellée avec les informations relatives au donneur.
Timothée Marteau, représentant de l'Association PMA Anonyme et membre de la CAPADD, souligne que la procédure est plus simple pour les nouveaux donneurs, qui sont obligés de remplir un formulaire de consentement au moment du don. Il plaide pour que les donneurs passent directement par la CAPADD, sans passer par les centres de dons, afin de faciliter les recherches.
Les Motivations des Donneurs : Altruisme, Militantisme et Histoire Personnelle
Les dons de gamètes peuvent être motivés par différentes raisons, allant de l'altruisme au militantisme, en passant par l'histoire personnelle des donneurs. L'Agence de la biomédecine a lancé une campagne de sensibilisation pour encourager le don de sperme et d'ovocytes, en soulignant que toute personne en bonne santé, âgée de 18 à 44 ans pour les hommes et de 18 à 37 ans pour les femmes, peut donner ses gamètes.
Une femme mariée à une femme témoigne de son parcours de PMA en Belgique, où la PMA était ouverte aux couples de femmes avant la France. Elle a souhaité faire un don de gamètes pour renvoyer l'ascenseur et offrir le bonheur qu'elle a connu à d'autres personnes.
Une femme noire témoigne de l'importance de donner ses ovocytes pour aider les personnes racisées, qui attendent encore plus longtemps un don de gamètes en raison du manque de donneurs racisés.
Un homme qui a longtemps été journaliste sur les questions de société a décidé de faire un don de sperme artisanal à un couple de femmes, en raison des atermoiements et des reports du projet de loi élargissant l'accès à la PMA.
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