Le placenta est un organe vital qui se développe pendant la grossesse, assurant un rôle d'intermédiaire essentiel entre la mère et le fœtus. Il est responsable de l'apport en oxygène, en nutriments et en hormones nécessaires au développement du bébé. Cependant, diverses complications placentaires peuvent survenir, et l'une des plus préoccupantes est la calcification placentaire. De plus, le tabagisme, même arrêté avant la grossesse, peut avoir des conséquences durables sur le placenta et le développement du fœtus. Cet article vise à explorer les risques associés à la calcification placentaire, l'impact du tabac sur le placenta, et les mesures à prendre pour favoriser une grossesse saine.
Le Placenta : Un Organe Vital pour la Grossesse
Appelé trophoblastique jusqu’à la fin du premier trimestre de grossesse, le placenta est un organe composé de veines et d’artères (appelées villosités), qui se créé après la fécondation, pour disparaitre à l’accouchement. Implanté dans la muqueuse utérine, le placenta est relié au fœtus par le cordon ombilical. Son rôle principal est d'assurer l'interface entre la mère et l'enfant, en transmettant à ce dernier l'oxygène, les minéraux et les vitamines nécessaires à son développement. Autrement dit, le placenta permet au bébé de respirer et de se nourrir. Il assure ainsi les éléments essentiels au développement du bébé. Mais ce n’est pas tout. Le placenta fait aussi office de bouclier contre une partie des maladies. En effet, il filtre certaines bactéries, parasites et autres substances nocives pour le fœtus.
Dès la 5e semaine de grossesse, le placenta joue un rôle essentiel dans le bon développement de la grossesse et du fœtus. Il est l’unique moyen d’échange entre la mère et le futur enfant. Implanté dans la muqueuse de l’utérus d’un côté et relié au fœtus par le cordon ombilical de l’autre, le placenta gorgé de sang et de tissus constitue l’unique moyen d’échange materno-fœtal.
Anomalies Placentaires : Quand le Placenta ne se Développe pas Correctement
Lorsque le placenta ne se développe pas correctement, on parle alors d’anomalie placentaire. Normalement, le placenta s’insère dans la partie haute de l’utérus. Mais parfois, il s’insère trop bas dans l’utérus, il peut être au bord du col de l’utérus (placenta marginal) ou couvrir partiellement ou totalement le col utérin (placenta recouvrant). Cette anomalie d’insertion visible lors de l’échographie du premier trimestre est parfois accompagnée de saignements à ne pas négliger. À ce jour, aucune intervention médicale ne permet de modifier l’insertion du placenta praevia.
Différents symptômes peuvent traduire un dysfonctionnement du placenta. Il peut s’agir de saignements légers, d’une hémorragie (cela est souvent le cas quand lorsqu'une partie du placenta est insérée sur la partie basse de l'utérus, près du col), de contractions intenses, de douleurs au ventre… Au moindre doute, parlez-en à votre sage-femme ou gynécologue, qui pratiquera alors une échographie. Parfois, cet examen n’est pas suffisant.
Lire aussi: Réalités médicales concernant le placenta après l'accouchement
Le placenta se déplace au cours de la grossesse pour aller vers le fond de l'utérus. Lors de ce cheminement, il remonte progressivement. Toutefois, il arrive que cela ne se passe pas comme prévu.
Placenta Praevia
Cela concernerait une grossesse sur 200. Il s’agit d’un placenta situé en bas de l’utérus, au niveau du col. On le classifie ainsi lorsqu’il recouvre en petite partie, moyenne partie ou totalement (ce qui est rare) le col de l’utérus (alors une césarienne est obligatoire). Cette anomalie placentaire peut causer de sévères hémorragies au cours des trois derniers mois de grossesse et lors de l’accouchement. En effet, le placenta se situant près du col de l'utérus, les contractions peuvent l’abîmer et entraîner un décollement du placenta (d’où les hémorragies). Lorsqu’il n’est pas diagnostiqué assez tôt, le bébé a 90 % de risques de décéder in utero, et la maman présente 25 % de risques de mourir elle aussi.
Placenta Accreta, Increta et Percreta
- Le placenta acreta: Cela se traduit par une insertion trop profonde du placenta dans le myomètre (la couche musculeuse de la paroi utérine).
- Le placenta increta: On le qualifie ainsi lorsqu’il envahit la paroi utérine profondément, voire dans sa totalité.
- Le placenta percreta: Il s’agit d’un placenta qui s'étend en dehors de l’utérus, allant jusqu’à atteindre les organes environnants.
Hématome Rétroplacentaire
La plupart du temps, l’hématome rétroplacentaire survient en fin de grossesse, voire parfois pendant le travail. Pour le bébé, cela entraîne une raréfaction des échanges via le placenta entre la mère et l’enfant (nutriments, oxygène).
Calcification Placentaire : Qu'est-ce que c'est et Quels sont les Risques?
La calcification placentaire est un processus normal qui se produit généralement vers la fin de la grossesse. Elle se caractérise par le dépôt de calcium sur le placenta, ce qui peut entraîner une diminution de sa capacité à transporter les nutriments et l'oxygène au fœtus. Bien qu'une certaine calcification soit normale, une calcification excessive ou précoce peut être préoccupante.
Facteurs de risque de calcification placentaire:
- Tabagisme: Le tabagisme est l'un des principaux facteurs de risque de calcification placentaire précoce.
- Hypertension artérielle: L'hypertension artérielle pendant la grossesse peut également augmenter le risque de calcification placentaire.
- Diabète gestationnel: Le diabète gestationnel peut également contribuer à la calcification placentaire.
- Grossesse prolongée: Une grossesse qui dépasse le terme prévu peut augmenter le risque de calcification placentaire.
Risques associés à la calcification placentaire:
- Retard de croissance intra-utérin (RCIU): La calcification placentaire peut entraîner une diminution de l'apport de nutriments et d'oxygène au fœtus, ce qui peut entraîner un retard de croissance.
- Prééclampsie: La calcification placentaire peut être associée à un risque accru de prééclampsie, une complication grave de la grossesse caractérisée par une hypertension artérielle et une protéinurie.
- Accouchement prématuré: La calcification placentaire peut augmenter le risque d'accouchement prématuré.
- Mort fœtale in utero: Dans les cas les plus graves, la calcification placentaire peut entraîner la mort fœtale in utero.
Impact du Tabac sur le Placenta : Même l'Arrêt Avant la Grossesse Peut Laisser des Traces
Des travaux d’une équipe de l’Inserm, du CNRS et de l’Université Grenoble Alpes au sein de l’Institut pour l’avancée des biosciences, publiés dans BMC Medicine vont plus loin, et montrent pour la première fois que la consommation de tabac, même lorsqu’elle est stoppée avant la grossesse, peut avoir des conséquences sur le placenta. À travers l’étude de l’ADN placentaire de 568 femmes, les chercheurs montrent que fumer pendant mais aussi avant la grossesse entraîne des modifications épigénétiques (méthylation de l’ADN) qui pourraient avoir des conséquences sur son déroulement.
Lire aussi: Déclenchement de l'accouchement et décollement
Bien qu’il ait été montré que la consommation de tabac pendant la grossesse a de nombreuses conséquences néfastes sur la santé de la mère et de l’enfant, les mécanismes en jeu sont encore mal connus. De précédentes études ont associé la consommation de tabac durant la grossesse à des altérations de la méthylation de l’ADN - une forme de modification épigénétique (voir encadré) impliquée dans l’expression des gènes - dans le sang du cordon ombilical et dans les cellules du placenta. En effet, ce dernier joue un rôle crucial dans le développement du fœtus, tout en restant vulnérable à de nombreux composés chimiques. En revanche, l’impact de l’exposition au tabac avant la grossesse sur la méthylation de l’ADN placentaire n’avait jusqu’à présent jamais été étudié.
Une équipe de l’Inserm, du CNRS et de l’Université Grenoble Alpes, au sein de l’Institut pour l’avancée des biosciences, a mesuré et comparé l’impact chez la femme enceinte de la consommation de tabac dans les 3 mois précédant la grossesse et/ou pendant la grossesse sur la méthylation de l’ADN placentaire.
Les chercheurs ont étudié l’ADN d’échantillons de placenta, prélevés au moment de l’accouchement chez 568 femmes de la cohorte EDEN [1] réparties en trois catégories : non-fumeuses (n’ayant pas fumé depuis les trois mois précédant la grossesse ni pendant la grossesse), anciennes fumeuses (arrêt de la consommation dans les trois mois précédant la grossesse) et fumeuses (consommation dans les trois mois précédant la grossesse et pendant toute la durée de la grossesse).
Les scientifiques ont observé que, chez les fumeuses, 178 régions du génome placentaire présentaient des altérations de la méthylation de l’ADN. Chez les anciennes fumeuses, les chercheurs ont identifié 26 de ces 178 régions dont la méthylation de l’ADN était encore altérée. La méthylation des 152 autres régions n’était altérée que chez les femmes ayant fumé pendant leur grossesse.
Les régions altérées correspondaient le plus souvent à des zones dites enhancers, qui contrôlent à distance l’activation ou la répression de gènes. De plus, une partie d’entre elles étaient situées sur des gènes connus pour avoir un rôle important dans le développement du fœtus.
Lire aussi: Prise en charge de l'accreta placentaire
« Si un grand nombre de régions semblent avoir un profil de méthylation normal chez les femmes après arrêt du tabac, la présence de certaines modifications de méthylation de l’ADN dans le placenta de femmes ayant arrêté de fumer avant la grossesse suggère l’existence d’une mémoire épigénétique de l’exposition au tabac », précise la chercheuse Inserm Johanna Lepeule qui a dirigé ces travaux. Selon elle, des modifications de la méthylation de l’ADN placentaire au niveau des gènes liés au développement du fœtus et des régions enhancers pourraient en partie expliquer les effets du tabagisme observés sur le fœtus et la santé ultérieure de l’enfant.
Modifications Épigénétiques et Méthylation de l’ADN
Les modifications épigénétiques sont matérialisées par des marques biochimiques présentes sur l’ADN. Réversibles, elles n’entraînent pas de modification de la séquence d’ADN mais induisent toutefois des changements dans l’expression des gènes. Elles sont induites par l’environnement au sens large : la cellule reçoit des signaux l’informant sur son environnement, et se spécialise en conséquence, ou ajuste son activité.
Le Placenta Conserverait la Mémoire de l’Exposition au Tabac
Le placenta conserverait donc la « mémoire » de l’exposition au tabac des femmes avant leur grossesse, expliquent des chercheurs de l’Inserm, du CNRS et de l’université Grenoble Alpes. La consommation de tabac, même lorsqu’elle est stoppée avant la grossesse, peut avoir des conséquences sur le placenta de la femme enceinte, montre une étude française publiée.
Chez les fumeuses, ces scientifiques ont observé des altérations dites « épigénétiques » dans 178 régions du génome placentaire (la séquence d’ADN n’est pas modifiée, mais la façon dont les gènes s’expriment peut être affectée). Chez les anciennes fumeuses, ces altérations sont bien moins nombreuses mais ont malgré tout été retrouvées dans 26 régions, montre leur article publié dans la revue BMC Medicine.
Il a été montré que la consommation de tabac pendant la grossesse avait de nombreuses conséquences néfastes sur la santé de la mère et de l’enfant, mais « les mécanismes en jeu sont encore mal connus ». On sait par ailleurs que le placenta, vulnérable à de nombreux composés chimiques, joue un rôle crucial dans le développement du fœtus.
Dans l’étude, les chercheurs ont constaté que les régions altérées correspondaient le plus souvent à des zones qui contrôlent à distance l’activation ou la répression de gènes. De plus, une partie d’entre elles étaient situées sur des gènes connus pour avoir un rôle important dans le développement du fœtus.
Johanna Lepeule, chercheuse à l’Inserm qui a dirigé ces travaux, fait l’hypothèse que les modifications épigénétiques observées sur le placenta de mères fumeuses ou ex-fumeuses « pourraient en partie expliquer les effets du tabagisme observés sur le fœtus et la santé ultérieure de l’enfant ».
Comment Favoriser le Bon Développement du Placenta ?
Si l'on ne peut empêcher une anomalie placentaire, on peut favoriser le bon développement du placenta en adoptant certaines habitudes de vie saines :
- Une bonne alimentation: Soit une alimentation équilibrée, variée, de saison, si possible bio, et dépourvue d’aliments interdits pendant la grossesse (poissons et viandes crus, crustacés, certains fromages…).
- L’absence d’alcool: En 2019, une équipe de chercheurs de Rouen mené par Bruno Gonzalez, directeur de recherche Inserm, a examiné des placentas alcoolisés et non alcoolisés chez l’Homme et la souris, qui ont révélé la relation entre les désordres vasculaires du placenta et ceux du cerveau.
- Une activité physique régulière: Et adaptée à la grossesse, cela va s’en dire.
- L’arrêt du tabac: Fumer affecte le placenta, même après l’arrêt du tabac.
- Éviter les sources de stress tant que possible: Les effets du stress maternel sur le bébé sont connus depuis longtemps. Déjà en 2014, le CAIRN (site de référence pour les recherches des scientifiques, consacré aux sciences humaines et sociales) rappelait que le placenta transporte les hormones du stress de la mère au bébé. Cela entrave son développement, réduit la circulation sanguine reliée au placenta et par conséquent, diminue l’apport en nutriments et en oxygène.
Arrêt du Tabac et Substituts Nicotiniques : Quelle Stratégie Adopter Pendant la Grossesse ?
La question de l'utilisation de substituts nicotiniques, tels que les patchs ou les gommes à la nicotine, pendant la grossesse est un sujet de débat. Certains professionnels de la santé estiment qu'il est préférable d'arrêter de fumer complètement, sans substituts, tandis que d'autres considèrent que les substituts nicotiniques peuvent être une aide précieuse pour les femmes enceintes qui ont du mal à arrêter de fumer.
Il est important de noter que la nicotine n'est pas la seule substance nocive contenue dans la cigarette. La fumée de cigarette contient également du goudron, du monoxyde de carbone et de nombreuses autres substances chimiques toxiques qui peuvent nuire au développement du fœtus.
Les médecins préfèrent largement que l'on arrête de fumer sans substitut de nicotine, néanmoins, entre fumer pendant toute ta grossesse ou avoir des patch de nicotine pendant 3 mois puis plus rien, ils préfèrent largement la deuxième solution.
Les toubibs sont maintenant souvent contre les patch car ils s'appercoivent que les femmes enceintes utilisent les patchs toute la grossesse et même après. Idem pour les gommes à macher.
Entre tout ça, un médecin préférera voir une femme enceinte fumer 4/5 clopes par jour plutôt que de tomber dans ce shéma.
Si vous avez du mal à arrêter de fumer sans aide, parlez-en à votre médecin ou à votre sage-femme. Ils pourront vous conseiller sur la meilleure stratégie à adopter pour votre situation personnelle.
Il existe également des ressources disponibles pour vous aider à arrêter de fumer, telles que des groupes de soutien, des thérapies comportementales et des médicaments sur ordonnance.
tags: #placenta #calcifié #risques #et #arrêt #tabac
