La maladie de Lyme, également appelée borréliose de Lyme, est une infection causée par la bactérie Borrelia burgdorferi, transmise à l'homme par la piqûre de tiques infectées. En l'absence de traitement, elle peut évoluer en plusieurs phases. Il est donc crucial de comprendre les recommandations pour une prise en charge adéquate, en particulier pour les femmes enceintes et allaitantes.

Épidémiologie et Zones à Risque

En France, l'incidence de la maladie de Lyme atteignait 53 cas pour 100 000 habitants en 2024 (Sentinelles). Les zones à risque de tiques infectées couvrent l'ensemble du territoire métropolitain, avec une prévalence plus élevée en Alsace, Lorraine et Limousin. Une recrudescence des cas est observée de mars à novembre, et la maladie est plus fréquente après 60 ans.

Prévention des Piqûres de Tiques

La prévention reste la meilleure arme contre la maladie de Lyme. Il est recommandé d'appliquer les mesures suivantes lors de promenades en forêt ou dans les zones à risque :

  • Porter des vêtements couvrants (protection de la tête et du cou, en particulier un chapeau pour les enfants) et des chaussures fermées. Des vêtements de couleur claire permettent de repérer plus facilement les tiques.
  • Utiliser des répulsifs sur la peau et les vêtements. Le DEET est la seule molécule à disposer d'une AMM (autorisation de mise sur le marché) en France. D'autres options incluent le KBR3023, l'IR35/35 et le PMDRBO (principe actif de l'eucalyptus citronné). Cependant, ces répulsifs ne sont généralement pas recommandés chez les femmes enceintes et les enfants de moins de 24 mois.
  • Imprégner les vêtements avec des insecticides. La perméthrine peut être appliquée en pulvérisation sur la face externe des vêtements et son effet dure environ 6 semaines.
  • Inspecter minutieusement le corps au retour de la promenade, à la recherche de tiques.

Prise en Charge d'une Piqûre de Tique

Si une tique est découverte sur la peau, il est essentiel de la retirer rapidement et correctement :

  • Utiliser une pince fine ou un tire-tique pour saisir la tique au plus près de la peau.
  • Tirer doucement mais fermement sans tourner ni écraser la tique.
  • Éviter d'utiliser des substances "chimiques" (alcool, vaseline, essence, etc.) car cela peut augmenter le risque de régurgitation de la tique et donc de transmission de la bactérie.
  • Désinfecter la zone de la piqûre après le retrait de la tique.
  • Surveiller la zone de la piqûre pendant au moins 30 jours pour détecter l'apparition d'un érythème migrant.
  • Un traitement antibiotique n'est pas systématiquement nécessaire après une piqûre de tique, sauf dans des situations particulières à évaluer par le médecin traitant.

Diagnostic et Prise en Charge de l'Érythème Migrant

L'érythème migrant est le signe clinique le plus caractéristique de la phase localisée précoce de la maladie de Lyme. Il se manifeste par une macule rose à rouge, ovalaire, qui s'étend de manière centrifuge.

Lire aussi: Péridurale : avantages et inconvénients

  • Diagnostic clinique : L'érythème migrant apparaît généralement dans les 3 à 30 jours suivant la piqûre de tique. Il est souvent supérieur à 5 cm au diagnostic et n'est généralement pas prurigineux. Des signes généraux (fatigue, fébricule, arthro-myalgies) peuvent être présents dans 10 à 30 % des cas. L'érythème migrant peut être unique ou multiple (EMM, érythèmes migrants multiples), surtout chez l'enfant.
  • Antibiothérapie : Tout érythème migrant doit être traité par antibiothérapie sans examen complémentaire. Le traitement de première intention est la doxycycline (200 mg/jour pendant 10 jours). En cas de contre-indication à la doxycycline (notamment chez la femme enceinte à partir du 2e trimestre), l'azithromycine peut être utilisée (1 g en dose de charge, puis 500 mg par jour pendant 15 jours).
  • Surveillance : L'érythème migrant guérit généralement en 7 à 13 jours sous traitement antibiotique adapté (6 semaines sans traitement). Il est important de surveiller la disparition de l'érythème dans le mois suivant le traitement et de noter les informations dans le dossier médical. En cas de persistance de l'érythème malgré le traitement, il est nécessaire de remettre en cause le diagnostic.

Autres Manifestations Cliniques de la Maladie de Lyme

Si l'érythème migrant n'est pas traité, la maladie de Lyme peut évoluer vers une phase disséminée, avec des atteintes neurologiques, articulaires, cardiaques et cutanées.

  • Lymphocytome borrélien : Plaque ou nodule unique, infiltré, de couleur variable (rose-rouge, rouge-brun), asymptomatique ou légèrement prurigineux, localisé au lobule de l'oreille chez l'enfant, à l'aréole mammaire chez l'adulte, ou exceptionnellement au visage, au tronc ou aux membres.
  • Acrodermatite chronique atrophiante (ACA) : Macule ou plaque extensive, mal limitée, de couleur variable (rouge sombre ou violacée), sur un segment de membre, surtout chez les personnes de plus de 50 ans.
  • Neuroborréliose de Lyme : Méningoradiculite, paralysie faciale (uni ou bilatérale), méningite, myélite, encéphalite.
  • Atteintes articulaires : Arthralgies, monoarthrite (genou dans 85 % des cas), oligoarthrite.
  • Atteintes cardiaques : Blocs auriculo-ventriculaires, péricardite.
  • Atteintes ophtalmologiques : Uvéite, neuropathie optique.

Diagnostic Biologique de la Maladie de Lyme

Le diagnostic biologique de la maladie de Lyme repose sur la sérologie et, dans certains cas, sur la recherche de la bactérie par PCR ou culture.

  • Sérologie : La sérologie de Lyme est réalisée en deux temps : une technique ELISA suivie d'un Western blot si le test ELISA est positif ou équivoque. La sérologie ne doit pas être réalisée devant un érythème migrant, où le diagnostic est clinique. Elle est indiquée en cas de suspicion de forme disséminée. La sérologie peut être répétée à 3 semaines si elle est négative en cas de forte suspicion clinique. Elle est considérée comme négative en l'absence d'apparition d'IgG au-delà de 6 semaines d'évolution. Des taux élevés d'anticorps de type IgG peuvent persister des années après la guérison clinique. Il n'existe pas de test permettant de différencier une cicatrice sérologique d'une infection active.
  • PCR et culture : La PCR Borrelia dans le LCS présente une sensibilité trop faible pour être recommandée au-delà de 6 semaines d'évolution des symptômes. La culture est le diagnostic biologique de référence, mais sa sensibilité est médiocre.

Maladie de Lyme et Grossesse

Si une femme enceinte contracte la maladie de Lyme, le risque est le même que pour la population générale. La maladie de Lyme pendant la grossesse se traduit par les mêmes symptômes, notamment l'apparition d'un érythème migrant et, éventuellement, une phase disséminée de l'infection, avec des symptômes principalement neurologiques.

À ce jour, au vu des données recueillies, le risque de transmettre la bactérie au bébé pendant la grossesse est considéré comme nul.

La doxycycline, habituellement prescrite aux patients atteints de maladie de Lyme, est déconseillée durant la grossesse, en particulier aux deuxième et troisième trimestres, car elle peut provoquer une coloration permanente des dents (jaune-gris-marron) lors du développement dentaire.

Lire aussi: Tout savoir sur l'injection pour la conception

Pour la femme enceinte, les mesures préventives sont les mêmes que pour la population générale : repérage et extraction précoce des tiques. Il est également conseillé de traiter ses animaux de compagnie à l'aide de produits vétérinaires adéquats.

Syndrome Persistant Polydoloureux Après Borréliose de Lyme (SPPT)

Le lien du syndrome SPPT avec la maladie de Lyme est très controversé. Le SPPT se caractérise par une triade clinique associant, plusieurs fois par semaine depuis plus de 6 mois, un syndrome polyalgique (douleurs musculo-squelettiques et/ou d'allure neuropathique et/ou céphalées), une fatigue persistante avec réduction des capacités physiques, et des plaintes cognitives (troubles de la concentration et/ou de l'attention, troubles mnésiques, lenteur d'idéation). Cette triade peut être associée à des signes fonctionnels polyorganiques.

Une fièvre et un syndrome inflammatoire biologique élevé sont peu évocateurs d'un SPPT et doivent faire rechercher d'autres maladies infectieuses (dont les autres maladies vectorielles à tiques), ainsi que les autres diagnostics différentiels.

Environ 85 % des diagnostics posés au décours d'une évaluation médicale soigneuse, souvent multidisciplinaire, ne sont pas en rapport avec une borréliose de Lyme. Les diagnostics médicaux finaux sont très divers et concernent la neurologie, la rhumatologie, la médecine interne, les maladies infectieuses (< 10 %), la cardiologie ou la psychiatrie.

Rôle des Centres de Référence et de Compétence pour les Maladies Vectorielles à Tiques (MVT)

En cas d'évaluation difficile, il est recommandé de contacter l'un des 5 centres de référence MVT situés aux CHU de Rennes, Nancy-Strasbourg, Clermont-Ferrand-Saint-Étienne, Henri Mondor à Créteil, et HU/AP-HM à Marseille. Ces centres offrent une prise en charge personnalisée des patients atteints de formes complexes de borréliose de Lyme, mais surtout de SPPT. Ils devraient contribuer à mettre en place des recherches multicentriques pour améliorer les connaissances sur les symptômes persistants, les méthodes diagnostiques, les traitements au long cours, le suivi, etc.

Lire aussi: Efficacité des Corticoïdes

tags: #piqure #tique #allaitement #recommandations

Articles populaires: